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Fourvière, sur la route du deuxième centenaire

 

Fourvière - 2015/16

Contempler l’histoire à la lumière de nos vies d’aujourd’hui
Antonio Martínez Estaún, fms - 30/05/2015

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Bicentenary of the foundation of the Institute
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I – UNE SOURCE D’INQUIÉTUDES PARTAGÉES

1. Et ils ont gravi la colline de Fourvière

Les douze séminaristes arrivèrent au sanctuaire de Fournière après à un long pèlerinage intérieur. Ce chemin spirituel avait commencé au Puy, comme celui de tant d’autres pèlerins qui se proposaient d’aller sur la tombe des Apôtres sur le chemin de Jérusalem, de Saint-Jacques ou de Rome. Au Puy, Courveille commence un cheminement intérieur en entendant une voix « non avec les oreilles du corps, mais avec celles du cœur » qui lui disait : « Mon souhait est que, dans ces derniers temps d’impiété et d’incrédulité, il y ait une Société qui me soit consacrée »1.

Ce chemin intérieur a traversé les salles de classe et les cours du Grand Séminaire du Puy, puis de celui de Lyon, suite à la nouvelle division du diocèse. C’est là que Courveille rencontre Champagnat et d’autres compagnons. « Nous étions environ 12. Nous parlions toujours de la possibilité de la Société de Marie. Ceci s’est poursuivi jusqu’en 1816, alors que nous allâmes ensemble à Fourvière pour nous consacrer à la Très Sainte Vierge. Je célébrai la sainte messe. Tous les autres ont communié de ma main, les prêtres comme ceux qui ne l’étaient pas »2.

Les graines semées tout au long de ce fécond cheminement spirituel ont germé et se sont transformées en une source d’inquiétudes partagées et qui furent confirmées dans une profession de foi et une consécration aux pieds de Marie.

2. En lien avec la foi des pionniers

Ce groupe de séminaristes gravit la colline de Fourvière, un haut lieu, la « colline qui prie », où la nature offre un langage de beauté universel et où le croyant communie à la transcendance. Ce petit groupe porte dans son âme le germe, la semence d’une nouvelle façon d’être Église qu’il veut confier à la Mère du Seigneur, à la compagne qui chemine avec eux sur les sentiers de la foi. Fourvière est la première présence mariale dans le charisme de fondation. Cette petite cellule d’Église qui naît, Église qui est en pèlerinage vers sa source, les origines de la culture des précurseurs, mais aussi les origines de la foi, porte son regard sur Marie, la croyante fidèle.

Sur les ruines de l’ancienne ville païenne se dresse maintenant un sanctuaire dédié à Marie; saint Pothin souffrit le martyre en ce lieu. Emprisonné en 177, sous le règne de Marc-Aurèle, avec un groupe de chrétiens – qui deviendraient les premiers martyrs de Lyon, il mourut en prison suite aux mauvais traitements infligés par ses bourreaux. Son successeur sera saint Irénée qui avait reçu la foi de saint Polycarpe qui, lui-même, l’avait reçue de l’apôtre Jean. Cette colline reçut la semence de la foi et fut irriguée par le sang des martyrs. C’est le point de rencontre choisi par ces séminaristes de Lyon avec la primitive Église qui, à travers des témoins de la foi, est arrivée jusqu’à eux et va servir de référence à leur mission.

3. Et affirmer leurs intentions et leurs projets

Les pèlerins sont 12 apôtres récemment choisis pour la mission. Conseillers par leur directeur spirituel, ils ont entrevu de vastes horizons pour l’avenir. Six étaient prêtres; les autres n’avaient pas encore reçu l’ordination sacerdotale. Ils portaient avec eux une déclaration d’intentions3 écrite pour la déposer aux pieds de la statue miraculeuse de la Vierge de Fourvière avec l’engagement de se consacrer à la nouvelle Société de Marie.

« Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Tout pour une plus grande gloire de Dieu et un plus grand honneur de Marie, mère du Seigneur Jésus.
Nous soussignés, désireux de contribuer à une plus grande gloire de Dieu et à un plus grand honneur de Marie, mère du Seigneur Jésus, affirmons et manifestons notre intention sincère et notre ferme volonté de nous consacrer, dès qu’il sera possible, à former la très pieuse congrégation des Maristes.
C’est pourquoi, par notre geste et par notre signature, nous consacrons sans appel, et autant que nous le pouvons, nous-mêmes et tous nos biens à la société de la sainte Vierge.

La Mère de Fourvière accueille et accompagne le projet de cette petite cellule d’Église apostolique qui naît. « De même que je fus l’appui de l’Église naissante, de même le serai-je dans ces derniers temps. Ce sont ces paroles qui ont présidé à la naissance de la Société »5. Et « qui ont servi de fondement et de soutien »6.

« L’intention sincère et la ferme volonté de se consacrer » représente l’engagement collectif. La promesse des pèlerins exprimée « par le présent acte et notre signature » se réalise le 23 juillet 1816. On considère cette date historique comme le moment de fondation et le premier acte officiel, bien que privé, posé par les candidats à la Société de Marie.

4. La consécration personnelle de Marcellin

 Le lendemain, avant de quitter Lyon, Champagnat retourne de nouveau au sanctuaire de Notre-Dame de Fourvière pour faire sa consécration personnelle à Marie et lui recommander son ministère. C’est une initiative qui surgit de son cœur et qui manifeste sa personnalité à l’intérieur du groupe. Après la sainte messe, prosterné aux pieds de l’image de Marie, il prononça cette consécration qu’il avait lui-même composée :

« Vierge sainte, cest vers vous, comme vers le trésor des miséricordes et le canal des grâces, que jélève mes mains suppliantes, vous demandant avec instance de me prendre sous votre protection, et dintercéder pour moi auprès de votre adorable Fils, afin quil maccorde les grâces qui me sont nécessaires pour faire de moi un digne ministre des autels. Cest sous vos auspices que je veux travailler au salut des âmes. Je ne puis rien, ô Mère de Miséricorde! je ne puis rien, je le sens; mais vous pouvez tout par vos prières; Vierge sainte, je mets toute ma confiance en vous. Je vous offre, vous donne et vous consacre ma personne, mes travaux et toutes les actions de ma vie. »

En quittant Fourvière, le pèlerinage spirituel de ce groupe d’apôtres a continué à travers les chemins de la vie : « Depuis cette cérémonie, dit M. Courveille, chacun se rendit à l’endroit qui lui avait été désigné par l’autorité ecclésiastique »7. Mais certains revinrent, à diverses occasions, aux pieds de la Vierge au teint basané, symbole de l’inclusion et de la solidarité, pour inscrire, dans des cœurs d’or ou d’argent, les noms des missionnaires qui porteront la foi dans des terres lointaines. Champagnat déposera, à l’Hermitage dans un cœur d’argent suspendu au cou de l’image de Marie, les noms des frères avant de les envoyer en mission dans les paroisses et les hameaux où ils allaient déployer leur ministère de catéchistes et d’instituteurs.

 

II – UN NOUVEAU COMMENCEMENT POUR NOS VIES

1. Aujourd’hui, nous aussi nous allons en pèlerinage à Fourvière

Nous continuons aujourd’hui une tradition centenaire en faisant ce pèlerinage spirituel et marial jusqu’à Fourvière, en suivant l’exemple de Champagnat et de ses compagnons. Ainsi l’ont fait des centaines de maristes. Parmi eux, le frère François, vint aux pieds de la Vierge au visage basané en pèlerinage spirituel, comme il l’écrivit dans sa circulaire du 2 février 1858, à l’occasion de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception. Et l’intuition de son cœur interprète ainsi la Société de Marie dont l’histoire commence à circuler parmi les frères.

« Avons-nous besoin de chercher ailleurs des motifs de confiance, des signes de la puissante et maternelle protection de Marie et des signes sensibles de sa compatissante bonté et de sa tendresse incomparable pour nous, ses enfants ? Notre Société n’en est-elle pas une preuve continuelle, et chacun de nous ne peut-il pas en témoigner ?

Demandons-le à ce pieux novice, à ce jeune frère, à nos frères chargés de classe, à nos frères Directeurs, dans quelque situation où ils se sont retrouvés, demandons-leur qui les a soutenus dans les difficultés, dans les peines et dans les dangers; qui les a préservés du malheur d’offenser Dieu, de céder à la tentation de perdre leur vocation; qui les a fait triompher de tous les obstacles qu’ils ont rencontrés; comment ils ont réussi dans leur emploi, dans leur charge, dans leur établissement; qui a rendu leurs élèves pieux, soumis, assidus et respectueux; tous, ils nous répondront :

C’est Marie que nous devons remercier; c’est pourquoi nous avons recours à Marie, pourquoi nous invoquons Marie, pourquoi nous nous consacrons à Marie, pourquoi nous mettons sous sa protection et entre ses bonnes mains nos enfants, nos travaux et nos établissements, devant toutes ces grâces qu’elle nous a accordées. Oh ! que de grandes choses, que de miracles, que de prodiges de bonté, de miséricorde et d’amour ont été réalisés par cette tendre Mère en faveur de ses chers enfants qui l’aiment tant et qui s’efforcent de la faire aimer et invoquer autant qu’il leur sera possible ! »8

« Cette tendre Mère, notre vie et notre espérance, ne se laissera pas vaincre en générosité et en amour : elle nous donnera sûrement des signes nouveaux et clairs de sa bonté et de sa puissante intercession. Le passé est une garantie sûre de l’avenir. Qui a invoqué Marie et n’a pas été écouté ? Qui a imploré son assistance et a été abandonné ? Jamais on ne pourra dire que cette Vierge puissante et fidèle, en qui se retrouvent puissance et amour, dont l’héritage est la tendresse et la miséricorde, ait déçu celui qui l’invoque, dans quelque situation, circonstance ou besoin spirituel ou corporel dans lequel il s’est retrouvé »9.

« Heureux le Petit Frère de Marie qui instruit bien ses élèves des grandeurs et des bontés de cette tendre Mère, qui les habituent à se consacrer à elle chaque jour et à recourir à sa maternelle protection dans tous leurs besoins, de l’invoquer dans tous les périls auxquels ils peuvent être exposés, et dans tous les malheurs de l’âme et du corps ! Heureux aussi les enfants confiés à un tel Frère !

On peut affirmer qu’il sera pour eux une source de vertus et de sainteté et que l’amour de Marie qu’il saura leur inspirer, en les éloignant du vice les conduira sûrement sur les chemins du salut et leur ramènera tôt ou tard sur le bon chemin si la faiblesse ou l’ignorance les en font sortir parfois. Quelle consolation pour un Frère instituteur ! Quel motif de confiance et quel stimulant ! Comme il se sentira heureux de voir tous ses élèves prier Marie, se consacrer à Marie, de l’aimer, de l’honorer et de se former sous son regard pour la servir tous les jours de sa vie ! »10.

Des guides spirituels et des pèlerins comme les frères Jean-Marie Merino, Balko ou Gabriel-Michel ont aidé beaucoup de personnes qui sont montées à Fourvière pour y découvrir l’histoire du charisme mariste dans cette Basilique.

2. Le laïcat mariste à Fourvière

 À la suite de Champagnat comme père d’une nouvelle famille charismatique sont aussi montés à Fourvière les laïcs et les laïques qui seraient engendrés par le charisme de Champagnat.

Le jeune Champagnat, tout juste âgé de 28 ans et fort de son choix volontaire de vie comme prêtre, en montant en pèlerinage à Fourvière porte sur ses épaules tous les jeunes qui vont le suivre tout au long de l’histoire, attirés par son charisme. Tous ceux qui ont été fécondés par le charisme de Champagnat y ont été présents avec Marcellin. Ce sont là quelques-unes des conséquences historiques d’un petit acte de pèlerinage à un sanctuaire. Nous portons l’avenir dans le cœur. Aujourd’hui, les jeunes maristes éclairent leur chemin de foi grâce à la lumière qui resplendit du regard de Champagnat aux pieds de Marie à Fourvière.

Sous le regard de la Dame au visage basané se trouvait le jeune Fondateur qui, un jour, attaquera le rocher, le Fondateur qui réunira autour de la même table une communauté de frères, le Fondateur qui partagera l’eau du rocher qui pourra étancher la soif de spiritualité, le Fondateur qui engendrera une famille charismatique qui se rendra présente dans de nombreux diocèses du monde.

Là, il a prié Marie pour chacun des frères et chacune des sœurs dont il allait avoir besoin pour réaliser le projet qu’il déposait à ses pieds. Là, dans son cœur, le jeune Marcellin a recommandé et consacré à Marie la Famille Mariste de Champagnat, la nouvelle famille charismatique avec laquelle allait se bâtir dans l’avenir une Église de communion. Là, dans le cœur de Champagnat, nous étions tous et là nous voulons être de nouveau pour prendre conscience de nos origines.

 

III – CONSACRER LE CHEMIN DE LA VIE

1. Chemin de vie comme consécration

Se consacrer, c’est s’engager. Fourvière inspire le chemin de notre consécration, l’avenir de notre existence, le nouveau commencement de la fondation mariste. Se consacrer à Jésus par Marie, c’est actualiser l’engagement de notre baptême ou de notre profession religieuse pour accueillir l’aurore des temps nouveaux. Consécration baptismale et consécration religieuse. Fourvière invite à faire de notre vie une marche comme consacrés qui renvoie aux origines pour partir vers les terres nouvelles de la mission.

Les douze séminaristes, en allant se consacrer à Marie à Fourvière, ont vécu une nouvelle naissance que nous pouvons comparer à celle du baptême par l’eau et la parole.

La consécration de Champagnat et de ses compagnons à Fourvière est un signe de résurrection et de vie nouvelle. C’est un acte d’option pour Jésus Christ guidés par Marie et d’engagement à l’Église pour toujours. La consécration à Marie est une dénonciation prophétique de la malice qui domine tant de consciences et de conduites humaines, et qui empêche l’arrivée du Royaume de Dieu.

Se consacrer à l’œuvre de Marie, c’est s’engager dans l’Église afin de construire une Église de communion prenant Marie comme guide. Se consacrer à Marie, c’est choisir un service de qualité dans l’Église par l’éducation de la foi des enfants et des jeunes. Se consacrer à Marie, c’est se mettre du côté de petits et des marginaux.

2. À la découverte du visage marial de l’Église

La promesse de Fourvière est une rénovation solennelle et une explicitation des promesses baptismales de ce groupe de séminaristes pèlerins. Une promesse s’appuie sur la foi et sur la confiance. Ce sont les promesses du baptême, l’engagement incontournable de tout chrétien : « Je me consacre à Jésus et à son Église pour toujours ». Les maristes ont exprimé leur engagement à Jésus et à l’expansion de son Royaume en prenant Marie comme médiatrice : « À Jésus par Marie » dit leur devise. Consacrer sa personne et ses actions à Jésus par Marie, c’est actualiser l’engagement baptismal et la profession religieuse pour accueillir l’aurore des temps nouveaux.

L’engagement pour l’Église est un appel caractéristique de ce groupe de séminaristes. « Marie qui a consolidé, protégé et sauvé l’Église naissante, la sauvera en ces derniers temps. » Pour cela, « Marie se servira de nous, ses enfants. Rendons-nous-en dignes; par nous, elle luttera contre le démon et le monde, par nous elle vaincra si nous nous tenons à ses côté par la pureté de nos vies, l’innocence de nos cœurs et si nous nous rendons dignes de ses grâces et de ses faveurs »11.

Les participants à la promesse de Fourvière affirment : « Nous nous engageons avec tout ce que nous avons ». Champagnat l’explicite clairement avec une nuance toute personnelle : « Je vous offre, vous donne et vous consacre ma personne, mes travaux et ma vie entière ». La promesse de Fourvière est une conséquence pratique de la promesse du baptême, et c’est avec elle que commence la Société de Marie.

Ce moment historique de la promesse de ces jeunes séminaristes à Fourvière, et dont nous faisons mémoire avec reconnaissance, est un moment propice pour assumer dans notre propre intérieur une nouvelle naissance par l’eau et la parole. « Par le baptême, nous sommes régénérés comme fils de Dieu, nous devenons des membres du Christ, nous sommes incorporés à l’Église et nous sommes faits participants à sa mission ». Colin, alors qu’il voyait déjà les premiers fruits concrets de la Société, invitait ses confrères par ces paroles : « Il faut chercher à faire tout ce qui est possible maintenant, en ce moment présent; plus tard, l’œuvre grandira. Dieu suscitera d’autres personnes; les hommes ne se font pas nombreux tout d’un coup, et les œuvres non plus; les débuts ne sont pas grandioses »12. C’est pourquoi il invite à agir immédiatement en faisant confiance à Dieu pour soutenir les décisions : « Si nous prétendons agir par nous-mêmes, nous sommes des fous. Notre façon de voir ne peut que produire un effet passager, et la Société doit être une œuvre durable dans l’Église »13.

 

IV – L’ORIGINALITÉ D’UN NOUVEAU VISAGE DE L’ÉGLISE

1. L’avenir d’une nouveauté prophétique

Les futurs maristes entrevoient l’avenir de leurs vies comme une nouvelle prophétie. « La Société de Marie ne doit prendre comme modèle aucun des groupes qui l’ont précédée : rien de cela; mais notre modèle, notre unique modèle, doit être et est la primitive Église. Et la Très Sainte Vierge qui fit, à ce moment, de grandes merveilles, en fera alors, à la fin des temps, de plus grandes encore, puisque le genre humain sera plus malade ». (OM 631).

Et ils renforcent leur identité autour d’un nom charismatique : « Sentons-nous heureux d’être membre de sa Société et de porter son nom; les communautés qui naissent nous envient ce doux nom ». (OM 674). Les Constitutions des frères reprendront cette inspiration : Champagnat « nous a donné le nom de Marie pour que nous vivions de son esprit ». (Const. 4).

2. Marie dans l’Église naissante

Le rôle de Marie dans l’Église naissante après l’Ascension du Christ est devenu une grande source d’inspiration pour Colin dans sa réflexion sur les origines de la Société de Marie. « Les débuts de la Société sont comme ceux de l’Église »14. Dans le contexte ecclésial dans lequel l’Église postrévolutionnaire française conçoit l’Église, celle-ci est vue comme une ville forte et les croyants comme une armée qui doit livrer l’ultime bataille contre le mal et écraser la tête du serpent; c’est ainsi que les séminaristes qui montent à Fourvière pensent la nouvelle façon d’être Église dans laquelle ils se voient eux-mêmes comme un modèle original : de même que les disciples d’Ignace de Loyola pensent une « Société de Jésus » au service d’une nouvelle Église et se nomment ‘jésuites’, les membres de la nouvelle « Société de Marie » s’appelleront ‘maristes’ ».

« La Société n’a pris comme modèle aucune autre qui existe déjà »16. Nous n’avons d’autre modèle que l’Église naissante »16. « La Société a commencé comme l’Église; il faut que nous soyons comme les apôtres et ceux qui se joignirent à eux et qui étaient nombreux : Cor unum et anima una. Ils s’aimaient comme des frères »17.

3. Ouverts à l’universalité

Nous découvrons chez Colin des intuitions semblables à celles de Marcelin qui rêvaient de tous les diocèses du monde. Une perspective très actuelle quand on parle d’internationalité : « Les Maristes doivent conquérir tout le monde; ils se disperseront partout; ils ne seront jamais aussi unis que lorsqu’ils seront dispersés par la volonté de Dieu et pour le salut des

âmes »18. « Nous voulons tout envahir »19 dit Colin. « Parce que Marie veut couvrir toute la terre de son manteau »20. « Notre but n’est autre que faire en sorte que l’univers soit mariste »21. Et en parlant avec le cardinal Castracane, il a ce dialogue : « Donc, tout le monde sera mariste ? – Oui, Éminence, y compris le Pape; c’est lui que nous voulons comme chef »22. « Personne ne pourra résister à la Société, et ses membres auront tant de courage que personne ne pourra les retenir »23.

4. Avec Marie à la tête des croyants

Colin rappellera le rôle central de Marie dans la Société : « Rappelons-nous, révérends Pères, que nous l’avons reconnue – et c’est ce qu’elle est effectivement – comme notre unique et véritable Fondatrice, et que nous l’avons prise comme notre première et perpétuelle Supérieure »24. « Elle est à l’avant de la barque et elle conduit tous ses enfants au port. Comment pourrions-nous périr sous la bannière d’une telle Générale ? Non ! Ayons confiance! »25. « Marchons, allons en tête des croyants »26.

La Société de Marie est consciente d’incarner une Église militante : « J’ai toujours pensé – dit Colin – que la Société de Marie est destinée à combattre jusqu’à la fin des temps. Marie a été l’appui de l’Église naissante; elle le sera aussi à la fin, et le sera à travers vous. Il est donc nécessaire de le remplir de son esprit et cet esprit, il faut l’obtenir de son cœur. Les apôtres ne faisaient rien sans la consulter, puisqu’elle avait la loi nouvelle écrite dans son cœur; depuis l’Incarnation, elle avait été instruite par l’Esprit Saint »27. « Marie se servira de nous, ses enfants; rendons-nous-en dignes; par nous, elle luttera contre le démon et le monde, par nous elle vaincra »28. Aujourd’hui, le cœur de Marie est ouvert pour accueillir les maristes nouveaux pour la mission.

________________
AMEstaún


1 OM 718, 1-21.

2 OM 718, 1-21.

3 « Le texte n’est pas proprement un vœu ou une consécration, mais plutôt une déclaration d’intentions ». Juntin Taylor, sm. – François Drouille, sm. Ils montèrent à Fourvière. Commémoraison du bicentenaire de la promesse mariste 1816-2016, p. 21.

« La consécration est un document solennel de haut niveau. Le texte est écrit à la première personne du pluriel, « nous ». Ses auteurs s’identifient formellement comme « Nous, soussignés », ce qui semble indiquer que ce texte sera un document signé et non lu à haute voix, car on s’attendrait à quelque chose comme « Nous, ici réunis ». Le fait d’être écrit en latin, avec l’utilisation d’une série d’expressions formelles et emphatiques atteste le désir des aspirants maristes de lui donner le plus haut degré de solennité dont ils étaient capables ». Juntin Taylor sm. – François Drouille, sm. Ils montèrent à Fourvière. Commémoraison du bicentenaire de la promesse mariste 1816-2016.

5 OM 582.

6 OM 674.

7 OM 718 [20]

8 Frère François. Circulaires, T. 2, p. 214. Circulaire du 2 février 1858.

9 Frère François, Circulaires, T. 2, p. 212. Circulaire du 2 février 1858.

10 Frère François, Circulaires, T. 2, p. 218. Circulaire du 2 février 1858.

11 Colin. Au réfectoire pendant la retraite générale. Mayet 3, 271s.

12 Colin. Au P. Alphonse Cozon. APM 249, Agenda Cozon.

13 Cozon. Postulatum au chapitre général de 1880-1884. APM 322.581 et 811.3 (A5).

14 Colin. Entretien à table. OM 425, [2].

16 Colin. Entretien à table. OM 425, [2].

16 Colin. Remarques au P. Mayet. Mayet 1, 286.

17 Colin. Remarques au P. Mayet. Mayet 1, 286.

18 OM T. 2, p. 124, nota 3.

19 Colin, OM 427.

20 Colin. Mayet 5, 668s.

21 Colin, Remarques au P. Mayet. Mayet 1, 275s.

22 Colin, OM 427, [2].

23 Colin OM 452, [1].

24 Colin. Au chapitre général, relation Ducournau. APM 322.459.

25 Colin. Au chapitre général, relation Ducournau. APM 322.459.

26 Colin. Au chapitre général, relation Ducournau. APM 322.459.

27OM 897, 4.

28 Colin ES 160, 6s

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