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Circulaires 46

 

Br. François
24/12/1851 - Vol. II, n. 5
Circular 46


Circulaire du 21 décembre 1851 : Esprit de foi (3e partie). - Pratique de cette vertu .

1.01.01.1851.2

 V. J. M. J.

Notre-Dame de l'Hermitage, le 21 décembre 1851.

    Nos Très Chers Frères,

 Je viens aujourd'hui vous donner la troisième instruction que je vous ai annoncée sur l'esprit de foi, et vous entretenir de la pratique de cette vertu. Nous continuerons à nous aider de la doctrine des maîtres de la vie spirituelle sur cet important sujet.

 La grande règle à suivre dans la pratique de l'esprit de foi, c'est de l'exercer continuellement et dans toutes nos actions. Chrétiens et fidèles en tout temps, en tout lieu et dans tout ce que nous faisons, nous devons soutenir toujours cet auguste caractère, et montrer partout que nous sommes les enfants de la foi et les disciples de Jésus-Christ. Il faut donc que nous employions la foi à toutes choses, comme la seule règle infaillible qui nous soit donnée pour la conduite de notre vie ; il faut que nous nous en servions comme d'une lampe spirituelle pour regarder toutes les créatures pour les examiner et en juger selon sa lumière, et non dans les ténèbres de nos passions ou les fausses lumières de notre esprit naturel.

 Et ce que nous devons surtout observer en cette matière, c'est que la foi devance toujours la nature, afin de se rendre maîtresse de notre âme la première et de l'assujettir plus facilement à ses lois. L'imagination et l'inclination naturelle se portant avec impétuosité et sans réflexion à tout ce qui flatte les sens, comme les biens decette vie, les jouissances et les honneurs de ce monde ; repoussant de même avec horreur tout ce qui leur est opposé, comme la souffrance, les humiliations, la vie humble et pauvre, si la foi n'est pas toujours là pour nous éclairer et garder les avenues de notre âme, il est fort à craindre que les moindres apparences ne nous séduisent et ne nous enchantent, que le faux éclat et les charmes trompeurs des créatures n'embrouillent notre esprit et ne faussent notre jugement ; et qu'ensuite, quand nous viendrons à réfléchir, la foi ne se trouve comme impuissante à dissiper nos illusions et à nous faire revenir de nos erreurs. Il est donc de toute nécessité que la foi marche toujours la première, qu'elle s'empare des facultés de notre âme, et qu'elle ne leur permette pas de s'occuper d'elles-mêmes et à leur manière, des créatures qui nous environnent. A l'imitation des Saints, nous devons nous demander en toute occasion : Qu'est-ce que cela pour l'éternité? Qu'est-ce que ce plaisir, cet honneur, ce bien-être d'un jour pour la vie qui ne doit jamais finir, en présence des maux à venir auxquels ils me conduisent ou m'exposent? Qu'est-ce que cette privation, cette humiliation, ce travail d'un moment devant la gloire, les richesses et les joies du ciel qui en seront la récompense? Qu'est-ce que cela pour l'éternité? Et ainsi, nous pèserons toutes choses au poids du sanctuaire, nous en jugerons à la lumière de la foi, et nous marquerons toutes nos œuvres du sceau de l'éternité.

 Sur ce principe, entrant dans le détail des vérités du salut et de nos actions de chaque jour, voyons comment l'esprit de foi formera nos pensées et nos jugements, comment il animera et dirigera toutes nos œuvres.

 1. La foi, en nous rappelant, comme vérité première et fondamentale, l'être infini de Dieu et notre néant, nous portera efficacement à rendre à la souveraine majesté le culte d'adoration, d'amour et de dépendance que nous lui devons. D'un côté, en effet, elle nous montrera Dieu comme le seul être nécessaire, souverain, indépendant, immense, immuable, d'une excellence et d'une perfection absolument infinies. De l'autre, elle nous fera voir avec la même certitude que tout ce qui existe ne tient l'être que de lui, et que toutes les créatures sont dans une dépendance de son souverain pouvoir, si absolue, si universelle, si continuelle, que, sans son assistance de tous les instants, elles retomberaient aussitôt dans le néant d'où sa puissance et sa bonté seules les ont tirées; qu'en conséquence, de nous-mêmes nous ne sommes rien, nous n'avons rien, nous ne pouvons rien : Toute ma substance, dit le Prophète, n'est qu'un néant devant Dieu (Ps. 38. 6). Devant lui, dit Isaïe, tous les peuples de la terre tic sont que comme une goutte d'eau au fond d'un vase, comme un grain de poussière dans une balance ; ou plutôt, ils sont en sa présence comme s'ils n'existaient pas, et ils disparaissent comme de vrais néants (Is. 40, 15). Tout est donc de Dieu seul, à Dieu seul et pour Dieu seul. Ce, n'est donc qu'à lui que nous devons rapporter tout notre être et tout ce que nous pouvons faire ou penser. Ainsi, sur cette grande vérité de l'être infini de Dieu et de notre néant, l'esprit de foi nous fera jeter les fondements d'une solide humilité ; il nous établira dans le mépris et le détachement de nous-mêmes et des créatures, il nous apprendra à estimer Dieu au-dessus de tout, à l'adorer, à l'aimer et à le servir de tout notre cœur.

 2. Une seconde vérité, non moins importante pour le règlement de notre vie, sur laquelle nous devons exercer notre foi, c'est celle de la fin de l'homme. « Oui, mon Dieu, devons-nous dire souvent, je crois ferme ment que vous êtes ma fin et tout mon bonheur pour cette vie et pour l'autre ; que je suis fait pour vous seul et que vous êtes seul capable de donner un par  fait contentement à mon cœur; que jamais, quoi qu'il fasse, il ne pourra trouver le bonheur hors de vous ; et qu'ainsi, ce serait pour moi une folie de le chercher dans les richesses, dans les honneurs et les plaisirs et dans quelque créature que ce soit. » L'âme de l'homme, dit saint Bernard, peut bien être amusée et occupée par les choses créées, mais non remplie. Dieu l'a faite à son image, et l'a faite très vaste et d'une capacité immense : lui seul peut la remplir, parce que lui seul est infini.

 Aimer, honorer et servir Dieu ; pair cet amour, par cet honneur et ce service, arriver à le posséder ; dans cette possession, ici-bas par la grâce, dans l'éternité par la gloire, trouver tout le bonheur et toute la perfection dont je suis capable, et ainsi glorifier à jamais la puissance et la bonté de celui qui m'a fait : voilà donc ma fin, voilà pourquoi j'ai été tiré du néant, pourquoi je suis au monde. C'est l'unique cause, c'est tout le but, c'est la seule raison de ma création et de mon existence. Si donc Dieu m'a donné un esprit capable d'intelligence, c'est uniquement pour que je le connaisse ; s'il m'a donné un cœur libre et capable d'amour, ce n'est qu'afin que je l'aime et que je m'attache, à lui ; s'il m'a donné un corps, de la santé, des forces, ce n'est qu'afin que je les emploie à son service. Enfin, la foi me dit que tout ce que je suis, je ne le suis que pour Dieu seul ; et, parce que je suis tout de Dieu et toujours tout de Dieu, elle veut que je sois tout à Dieu et toujours tout entier à lui seul. Donc, tout emploi de mes facultés, de ma santé, de mes forces, de mes talents, qui me divise d'avec Dieu, est un larcin ; tout le temps que je donne à autre chose, est un temps perdu ; toute pensée, toute action qui me détourne de là est un crime, ou un amusement qui me dispose au crime. Voilà les enseignements que nous donnera l'esprit de foi sur notre fin dernière et les conséquences pratiques qu'il nous en fera tirer.

 3. Il nous apprendra aussi, et c'est la troisième vérité fondamentale que nous ne devons jamais oublier, que toutes les créatures ne nous sont données que comme des moyens pour nous aider à aller à Dieu et à nous sauver. Conséquemment, nous ne devons les estimer, les rechercher et les employer qu'en tant et qu'autant qu'elles peuvent nous être utiles pour cette fin. Dans le choix des créatures, la seule raison qui doive nous déterminer, c'est le plus ou le moins de bonté, le plus ou le moins de force qu'elles peuvent avoir pour nous faire arriver au salut. Hors de là, elles doivent nous être parfaitement indifférentes. Mais tel moyen, tel emploi, telle vocation est pénible, difficile, crucifiante, n'importe ; je sais que ce moyen, cette vocation me conduit à Dieu plus promptement, plus sûrement, plus parfaitement, je l'embrasse et je m'y attache parce que je veux me sauver absolument ; c'est là mon but, ma fin, mon unique affaire. Toutes les autres lui sont subordonnées, ou plutôt, je ne vois que celle-là, je ne veux que celle-là et je la veux à tout prix. Oh ! heureux celui qui a compris et qui a dit du fond de son cœur cette parole: JE VEUX ME SAUVER, QUOI QU'IL M'EN COUTE: elle a fait la force des Martyrs et de tous les Saints. « Qu'on me jette dans les feux ardents, disait saint Ignace, martyr, qu'on m'expose à la fureur des bêtes, qu'on me brise les os, qu'on me déchire les membres, qu'on me mette tout le corps en pièces, et qu'enfin tous les démons emploient leurs efforts pour m'accabler de tourments, tout cela me sera doux, pourvu que je reste uni à Jésus-Christ, et qu'en souffrant pour lui je le glorifie et je m'assure la participation de sa gloire. »

 Hélas ! faute de ce courage et de cette prudence inspirés par la foi, les créatures nous deviennent comme autant de pièges et de souricières (Sap., 14, 11), où, par l'appât d'un petit gain,d'une fumée d'honneur, d'un plaisir sensuel, par la crainte d'une petite humiliation, d'une petite peine, d'un travail léger, les démons nous attrapent et nous conduisent en enfer. Ne soyons pas de ce nombre, ne nous laissons pas fasciner les yeux par les bagatelles de ce monde ; et, puisque la foi nous dit que toutes les créatures ne nous sont données de Dieu que pour l'aimer et le bénir, ne nous en servons qu'à cette fin, ne les estimons qu'à ce prix.

 4. La foi arrêtera nos regards sur la Providence de Dieu, qui préside à tous les événements, qui dirige et dispose toutes choses pour sa gloire et pour le bien des élus. C'est de lui, dit le Sage, que viennent les biens et les maux, la pauvreté et les richesses (Eccl.11, 14), et rien ne nous arrive que par les ordres de sa Providence. C'est sa main puissante qui régit l'univers, qui préside aux générations, qui prépare et dirige les révolutions des états, des empires et des familles, et cela avec tant de sagesse et de bonté qu'il n'ordonne et ne permet rien que pour sa gloire et pour notre bien, rien qui ne puisse nous devenir un moyen de salut, si nous le voulons. Ainsi, dans les accidents fâcheux, dans les calamités publiques, dans les maladies et les persécutions, dans les besoins pressants de quelque nature qu'ils soient, la foi nous apprendra à détourner les yeux de dessus les instruments dont Dieu se sert pour nous affliger, à ne considérer que sa main paternelle qui nous frappe et nous blesse pour nous guérir, et à ne compter que sur sa bonté pour être délivrés de nos maux ou secourus dans nos besoins.

 La foi nous fera bénir aussi cette divine Providence dans les biens et les consolations qui nous arrivent, en nous rappelant que nous ne les tenons que de sa bonté.

 Elle nous fera reposer avec une douce confiance sur le soin que prendde nous cette aimable Providence, qui a compté les cheveux mêmes de notre tête (Luc, 12, 7), et qui s'est engagée àn'en pas laisser perdre un seul. (Luc, 21, 18.) Tranquilles entre ses mains comme un enfant dans les bras de sa mère, nous nous interdirons toute sollicitude qui ne tendrait qu'à troubler et à inquiéter notre âme, ainsi que nous le recommande, avec tant d'amour, Notre-Seigneur lui-même dans son discours sur la montagne. (Matth., 6.)

 5. L'esprit de foi nous rappellera que nous sommes toujours en la présence du Dieu vivant (III., Rois,17, 1), qu'il remplit le ciel et la terre de son immensité (Jér., 23,24) et que sa divine essence nous pénètre et nous environne de toutes parts.

 Nous croirons donc d'une foi ferme que Dieu observe chacune de nos pensées et de nos paroles, comme si nous étions le seul être de l'univers, qu'il considère et pèse chacune de nos actions, et qu’il voit jusqu'aux plus secrets mouvements de notre cœur ; et cette foi vive et actuelle de la présence de Dieu, en même temps qu'elle nous détournera du péché, nous portera très puissamment à la vertu. Qui, en effet, oserait faire le mal, s'il pensait sérieusement que Dieu lui est intimement présent, qu'il le voit et qu'il le pénètre tout entier? Qui reculerait devant les sacrifices que nous impose la vertu, s'il se rappelait fortement que Dieu est témoin de tous ses combats, qu'il est là pour l'aider de sa grâce, et compte ses moindres efforts pour l'en récompenser? Dans une bataille, la présence du prince communique à tous les soldats une force et un courage surhumains; dans la guerre contre les vices, dans l'acquisition des vertus, rien ne nous animera et ne nous soutiendra comme le souvenir actuel de Dieu présent.

 Mais, pour nous rappeler cette divine présence, ayons soin de voir Dieu dans toutes les créatures, puisquetoutes sont des présents de sa bonté, et comme des canaux par où sa puissance, sa justice et sa miséricorde s'écoulent jusqu'à nous. Que le ciel nous raconte sa gloire (Ps. 18, 1), in terre ses bienfaits, l'océan son immensité, les -vents sa puissance, le tonnerre ses justices, et que tout nous crie, comme à saint Augustin, d'aimer et de bénir Dieu, puisqu'il a tout fait pour nous. C'est ce que les saints appellent chercher Dieu dans les créatures et, les créatures dans Dieu.

 Mais cherchons-le surtout au-dedans de nous-mêmes, au fond de notre cœur car, c'est là qu'il habite comme dans son sanctuaire pour y recevoir nos adorations et nos hommages. Ne savez-vous pas, dit saint Paul, que vous êtes le temple de Dieu, et que l'esprit de Dieu habite en vous? (l Cor., 3, 16.) Rentrons donc souvent dans cette cellule intérieure, dans ce temple de notre âme, pour y trouver Dieu, pour nous entretenir avec lui et lui rendre nos devoirs. Adorons-le, offrons-nous à lui, multiplions en sa présence nos actions de grâces, nos louanges, nos actes de, contrition, d'amour et de confiance, nos demandes et nos supplications: par de courtes, mais ferventes oraisons jaculatoires[1], par l'intention souvent renouvelée de ne plaire qu'à lui et de n'agir que pour sa gloire. C'est là le grand secret de la sainteté et de la perfection.

 6. La foi tiendra tout notre intérieur dans un vif saisissement et dans un anéantissement profond devant l'adorable Eucharistie. Nous n'entrerons dans le lieu saint qu'avec un religieux respect, nous saluerons le Saint Sacrement avec un sentiment très animé de la présence réelle de Jésus-Christ sous les sacrées espèces. Dans cette vue, nous ferons une génuflexion très profonde en sa présence, nous marcherons sans précipitation les yeux modestement baissés, et annonçant par tout notre extérieur la foi vive dont nous sommes pénétrés et les profonds sentiments de respect qu'elle fait naître en nous, devant le Verbe de Dieu, caché dans les saints tabernacles.

 Ces sentiments, cette modestie et ce respect, nous nous efforcerons de les inspirer à nos enfants, et nous mettrons tout notre zèle et tous nos soins à les habituer à une conduite très religieuse dans le lieu saint.

 7. Le même esprit de foi nous remplira de respect et de vénération pour tout ce qui a rapport au culte et à la religion : les cérémonies de l'Eglise, l'eau bénite, les croix, les images et les statues de Notre Seigneur et de la Sainte Vierge. Tous ces objets de la foi parleront à nos yeux et à notre cœur, ils seront un aliment très substantiel pour notre piété ; et, en nous rappelant les bienfaits de Dieu, ils exciteront notre amour et notre reconnaissance. Nous en prendrons occasion de rendre nos hommages à Notre-Seigneur, à sa sainte Mère et. aux Saints, nos protecteurs et nos modèles. Tout en nous et dans nos maisons témoignera du respect que nous leur portons, et nous ne souffrirons jamais que nos élèves les traitent avec légèreté et étourderie. Nous nous ferons un devoir en particulier de bien former les enfants à servir la sainte Messe, et à faire avec gravité et modestie les cérémonies auxquelles ils peuvent prendre part dans les Offices de l'Eglise.

 Il faut encore que nous apportions une attention particulière à faire avec esprit de foi le signe de la croix, afin de ne pas former ce caractère de vie par un mouvement mort ou d'une manière imparfaite et presque ridicule. Pensons qu'il nous représente les plus grands mystères de la foi, et qu'il suffirait, si nous le faisions avec attention, avec réflexion, pour donner du mérite à toutes nos œuvres, puisqu'il nous les fait faire Au Nom c'est-à-dire sous la dépendance, par la vertu et pour la gloire de la très sainte Trinité.

 Que les Frères profès s'estiment heureux de porter la croix sur leur poitrine, et qu'ils ne fassent rien qui soit indigne de ce signe salutaire. Sa vue doit leur rappeler sans cesse la sainteté de leurs engagements et l'obligation où nous sommes tous de mourir à nous-mêmes, pour ne vivre qu'en Dieu et pour Dieu, par Jésus-Christ mort en croix pour nous.

 8. L'esprit de foi nous découvrira l'excellence et les avantages de notre vocation, et nous fera regarder l'état religieux comme le plus saint et le plus heureux que nous puissions désirer sur la terre.

 Quel bonheur, en effet, n'est-ce pas pour nous d'être débarrassés des soins des choses temporelles, et de n'avoir, comme les Anges, qu'à jouer, aimer, bénir et servir Dieu, à travailler pour sa gloire et pour le salut de nos frères, d'avoir tout donné à Dieu, biens, honneurs, plaisirs, liberté même, et de pouvoir dire comme saint François d'Assise : Mon Dieu est mon tout, et je n'ai plus rien que lui ! de nous voir continuellement les favoris de Jésus-Christ et l'objet de ses divines communications à l'oraison, à la communion, dans les visites au Saint Sacrement, dans tous nos exercices de piété qui sont si multipliés ; enfin, d'être appelés à nu état où tous les moyens de salut nous sont prodigués, où nous nous trouvons dans l'heureuse nécessité de faire le bien et comme dans l'impossibilité de commettre le péché ou du moins d'y persévérer? C'est là, dit saint Bernard, que l'homme vit avec plus de pureté, qu'il tombe plus rarement, qu'il se relève plus promptement, qu'il marche avec plus d'assurance, qu’il reçoit plus de grâces, qu'il repose plus doucement, qu'il meurt avec plus de confiance, qu'il est purifié plus tôt, et qu'il se voit récompensé plus abondamment. Que ces avantages inestimables aux yeux de la foi nous attachent pour jamais à notre saint état, et qu'ils nous y soutiennent toujours malgré les difficultés que la nature peut y rencontrer.

 9. Gardons-nous, au reste, de nous exagérer les peines et les difficultés de la vie religieuse ; car, par la foi, ces souffrances et ces peines nous deviendront non seulement supportables, mais douces et précieuses.

 La foi nous convaincra qu'elles nous sont nécessaires et que sans elles nous ne pouvons ni faire le bien ni nous sauver. En effet, Notre Seigneur ayant racheté le monde par la pauvreté, par les travaux et par la croix, tous ceux qu'il appelle à travailler, de près ou de loin, au salut du prochain, doivent s'attendre à souffrir comme lui, et à ne faire le bien qu'à travers des difficultés et des combats de toutes sortes, qu'en s'usant et en s'épuisant dans les œuvres de zèle. Cet homme, est-il dit de saint Paul, est un instrument que je me suis choisi pour porter mon nom devant les enfants d'Israël ; aussi je lui montrerai combien il faudra qu'il souffre pour mon nom (Act., 9., 15, 16). Les peines et les tribulations sont donc le cachet de la divinité de notre mission et de la sainteté de notre emploi .

 Elles sont aussi le sceau des élus et la marque des prédestinés ; car, dit l'Apôtre, si nous voulons être glorifiés avec Jésus-Christ, il faut que nous souffrions avec lui (Rom., 8. 15). Depuis les jours de Jean-Baptiste, c'est-à-dire, depuis que le Fils de Dieu a donné ses malédictions à ceux qui ont leur consolation ici-bas, à ceux qui passent leurs jours dans le rassasiement des voluptés, des joies et des applaudissements du monde (Lue, 6) ; depuis qu'il a proclamé la nécessité de se renoncer soi-même, de porter sa croix, de haïr son âme, d'entrer par la porte étroite (Lue, IX, XIII), le royaume des cieux se prend par la violence, et il n'y a que les violents qui l'emportent. (Matth., 11, 12.) Aussi, pour encourager les premiers fidèles, les apôtres ne cessaient-ils de leur remontrer que c'est par beaucoup de peines et de tribulations que nous devons entrer dans le royaume des cieux (Act., 14, 21); et saint Paul nous déclare formellement qu'il n'y a de prédestinés et d'appelés à la gloire que ceux qui seront trouvés conformes à l'image de Jésus-Christ (Rom. 8, 29, 30), c'est-à-dire, qui auront souffert avec lui et pour lui, puisque la vie de Jésus-Christ n'a été qu'une croix et un martyre continuel. Il y a donc pour nous nécessité absolue d'embrasser la croix et de souffrir avec Jésus, notre sauveur et notre modèle, si nous voulons parvenir au salut. Donc, bien loin de redouter les peines de notre état et de nous en plaindre, nous devons les estimer et les aimer, comme étant le cachet de notre ressemblance avec Jésus-Christ, le gage de la semence de notre bonheur éternel.

 C'est ainsi que tous les Saints les ont envisagées. « Dans l'impatience où je suis de voir mon Dieu, disait sainte Thérèse, rien ne me rend la vie supportableque le bonheur de souffrir pour quelque chose celui qui a tant souffert pour moi. répétait-elle sans cesse. » s'écriait saint François Xavier, quand Dieu lui montrait tous les travaux, toutes les peines et toutes les souffrancesqui l'attendaient aux Indes et au Japon.« C'est assez, Seigneur, c'est assez ! » disait le saint, quand il l'inondait de consolations dans la so­litude de Goa. Et saint Paul : Les chaînes, les fouets, les combats et les afflictions de toutes sortes m'attendent à Jé­rusalem, mais je ne crains rien de tout cela, et je n'estime pas ma vie plus que moi-même. Il me suffit que j'achève ma course et que je remplisse le ministère que j'ai reçu du Sei­gneur Jésus, (Act., 20, 23, 24). Voilà ce que les Saints, éclairés par la foi, pensaient des travaux et des souf­frances. A leur exemple, ne calculons pas ce qu'il nous en coûte pour faire le bien et nous sauver, n'examinons pas si notre santé s'use et si nos forces s'épuisent à procu­rer la gloire de Dieu et le salut des âmes ; mais persuadés, comme eux, que les souffrances de la vie présente n'ont aucune proportion avec la gloire qui doit éclater un jour en nous (Rom., VIII, 18), poursuivons aussi notre course avec courage, remplissons généreusement le ministère que nous avons reçu du Seigneur Jésus auprès des en­fants, et estimons-nous heureux de pouvoir nous assurer par des peines si courtes et si légères, le poids éternel de cette sublime et incomparable gloire qui nous attend dans le ciel, (11. Cor., 4, 17).

 10. Nous devons ajouter, N. T. C. F., que les peines de notre état, les épreuves que Dieu nous envoie, adoucies qu'elles sont par la grâce et par l'espérance qu'elles font naître en nous, ne sont pas au fond ce qui nous abat et nous décourage ; mais si l'esprit de foi nous fait remonter jusqu'à la source des ennuis et des amertumes qui nous accablent quelquefois, nous trouverons que la cause est en nous-mêmes et qu'ils viennent surtout de ce que nous ne sommes pas bien avec Dieu, de ce que nous nous sommes retirés de lui par quelque péché, par quelque résistance à ses volontés. Il fallait obéir, et nous ne l'avons pas fait ; il fallait observer notre Règle, et nous l'avons négligée ; nous avons un emploi à remplir, et nous nous en acquittons mal ; les tentations nous poursuivent, et nous n'y résistons pas ; enfin, il y a dans notre conduite quelque chose qui nous inquiète, quelque chose avec, quoi nous ne voudrions pas mourir, peut-être certaines confessions sur lesquelles notre conscience sent le besoin de revenir, et voilà ce qui nous peine et nous déchire le cœur, voilà la vraie source de nos ennuis et de nos dégoûts. Mais quand nous sommes unis avec Dieu, quand nous vivons ensemble en union de grâces et d'amour, quand nous prions, que nous résistons à nos passions, que nous sommes réguliers, studieux, obéissants, zélés, oh ! alors nous avons des satisfactions sans pareilles, même au milieu des peines et des travaux. Oui, nous savons par expérience, que tant que nous nous conservons dans la ferveur, rien ne nous coûte, ni les fatigues de l'enseignement, ni l'observation de la Règle, ni la pratique des vertus, ou du moins que si nous sentons la peine et le travail, l'amour de Dieu nous les rend doux et agréables. Ne nous en prenons donc qu'à nous-mêmes si le joug de la vie religieuse nous pèse quelquefois, s'il nous semble que le centuple promis dès ici-bas aux pauvres de Jésus-Christ ne nous est pas donné. Soyons ce que nous devons être, et Dieu ne restera pas en arrière ; tenons nos engagements, et il tiendra sa parole : Vous qui avez tout quitté pour me suivre, vous recevrez le centuple dès à présent, au milieu même des persécutions (Marc, 10, 29).

 11. Disons encore sur ce point important, et pour nous exciter à la haine et au mépris du monde, que la foi doit nous inspirer, qu'à tout considérer, les peines de la vie religieuse et de la vertu sont incomparablement moindres que celles des mondains, de ceux qui vivent au gré de leurs passions.Croyez-vous, dit l'auteur de l'Imitation, que les hommes du monde n'aient que peu ou point de peine à souffrir? Ceux mêmes, ajoute-t-il, qui sont le plus, dans les délices, n'en sont pas exempts. Toutes purs joies sont mêlées d'amertumes, d'ennui et de crainte ; et souvent ce qui leur a fait le plus de plaisir, est ensuite ce qui leur cause le plus de tourments. Qui Pourrait dire tout ce qu'ils ont à souffrir de l'injustice du monde dans ses faveurs, de son infidélité dans ses promesses, de son inconstance et de sa perfidie dans son amitié, de la bizarrerie dans toute sa conduite? Qu'y a-t-il dans ce monde réprouvé de Dieu (Matth., 6) qui puisse les satisfaire? Ses biens ne sont que vanité, ses plaisirs que crimes ou illusions, ses honneurs que tromperies. Rarement on y arrive à la fortune ; et, si l'on y parvient à force de peines, on ne la conserve qu'avec des inquiétudes extrêmes, on en jouit à peine quelques instants, et on la perd avec les plus extrêmes regrets. Le monde, dit saint Liguori, est un abîme de tourments où règnent et s'agitent toutes sortes de passions : la soif dévorante des richesses, l'amour effréné des jouissances, l'ambition démesurée des grandeurs; et comme, ou on ne peut jamais désirer que ce que l'on convoite, ou que, si on l'obtient, on en est bientôt lassé, quiconque se nourrit des biens du monde, se nourrit de fiel et de poison. Mais quand le monde offrirait à ses sectateurs quelques jouissances prétendues, combien durera ce bonheur imaginaire? Hélas! dit encore l'auteur de limitation, vous verrez tous ces heureux du siècle disparaître en un moment et ils perdront jusqu'au souvenir de leurs plaisirs passés, plaisirs cependant qu'ils auront achetés au prix de la mort éternelle de leurs âmes!...

 O ! heureux donc le religieux qui aime Dieu et dont la foi sait apprécier le bonheur de sa vocation. Il a la première des jouissances morales, le contentement de l'âme, le festin perpétuel de la bonne conscience., (Prov. 15, 15). Sa gloire est dans le fond de son cœur, et non dans la bouche des hommes. Sa joie est de Dieu et en Dieu, sa joie est dans la vérité. (Imit. 1. 11, c. VI.). Il jouit d'un calme, d'une paix céleste cent fois plus délicieuse, selon l'expression de l'Apôtre, que tous les plaisirs des sens. (Ph. 4, 7.). Non, il n'est pas de bonheur comparable à celui d'un religieux, d'un Frère humble et pieux qui, dépouillé de tous biens terrestres, ne songe qu'à plaire à Dieu et remplit avec zèle tous ses devoirs : Personne, dit Jésus-Christ, la souveraine vérité, ne quittera pour moi ou pour l'Evangile sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou ses terres, qui, dès à présent ne reçoive cent fois plus, au milieu même des persécutions, et dans le siècle à venir la vie éternelle. (Matth., 19, 29, Luc, 18, 29-30).

 12. Nous l'avons vu, pour goûter le bonheur de notre saint état, il faut que nous vivions en bons religieux et que nous soyons fidèles à tous nos devoirs. Or, l'esprit de foi nous sera encore ici de la plus grande utilité. C'est cet esprit qui nous inspirera un grand respect et la plus grande docilité pour nos saintes Règles et qui nous en facilitera ainsi l'accomplissement. Il nous les fera envisager comme l'expression de la volonté de Dieu sur nous, comme la vole qui doit nous conduire au ciel et les moyens par lesquels Dieu veut nous communiquer ses grâces et nous sanctifier. Les Règles, disent les Saints, sont la force du religieux et sa plus forte défense contre ses ennemis. Tant qu'il reste dans l'enceinte de ses Règles, il n'a rien à craindre de leurs coups, ni de leurs assauts. A la mort, elles feront son assurance et sa consolation, selon cette parole de la Sainte Ecriture : Gardez mes lois et mes règlements, et vous y trouverez la vie (Lév., 18, 5) ; et ces autres : Courage, bon et fidèle serviteur : puisque vous avez été fidèle en peu de choses, je vous établirai sur de beaucoup plus grandes ; entrez dans la joie de votre Seigneur (Matth., 25, 21). Nous nous souviendrons aussi que nos Règles nous sont données comme des aides et des secours pour garder nos vœux et observer les commandements de Dieu; qu'en vivant selon les Règles, nous vivons selon Dieu, et que toute notre perfection consiste dans l'exacte observance de ces règles. Combien toutes ces vues de foi seront propres à nous remplir de zèle pour les observances régulières, et à nous y rendre fidèles jusque dans les moindres choses !

 13. L'esprit de foi nous fera recevoir également avec un profond respect et une parfaite soumission les ordres de nos Supérieurs, qu'il nous représentera comme revêtus de l'autorité de Dieu même pour nous gouverner et nous conduire. J'ai imprimé, disait un saint religieux, l'image de Jésus-Christ sur mon supérieur; je ne vois, je n'entends, je ne sers que Jésus-Christ en lui; et, quelque chose qu'il me fasse ou qu'il me commande, je le reçois comme venant immédiatement de Jésus-Christ lui-même. C'est d'ailleurs ce que nous apprennent en termes exprès les saintes Ecritures : Obéissez à vos maîtres, dit saint Paul, dans la simplicité de voire cœur, comme à Jésus-Christ même, regardant en eux le Seigneur et non les hommes. (Eph., 6.) Et le divin Sauveur lui-même ne nous enseigne-t-il pas la même vérité, lorsque parlant aux supérieurs, il leur dit : Qui vous écoute, m'écoute ; qui vous méprise me méprise (Luc, 10, 16). C'est donc un article de foi que j'obéis à Dieu et que je fais sa volonté, quand j'obéis à mon supérieur. Combien le souvenir de cette vérité n'est-il pas propre encore à nous rendre l'obéissance douce et facile ; mais surtout combien il la rendra méritoire, si nous la pratiquons dans cet esprit !

 14. C’est aussi l'esprit de foi qui excitera et soutiendra notre zèle pour les enfants, en nous les faisant regarder comme les membres de Jésus-Christ, les temples du Saint-Esprit, comme des dépôts sacrés que Dieu nous a donnés à garder et dont il nous demandera compte. Ces principes nous dirigeront dans tout le détail de notre conduite à l'égard des enfants, et nous porteront à les aimer tous également, à donner les soins les plus assidus aux plus ignorants, et à avoir une prédilection particulière pour les pauvres, comme nous représentant plus parfaitement Jésus-Christ anéanti et fait pauvre pour nous. Dans l'impuissance de rendre des services personnels à ce divin Sauveur, qui  n'a nul besoin de nos biens (Ps. 15, 2), nous serons heureux de pouvoir lui en rendre dans lapersonne des enfants, qui sont ses frères, ses membres, ses favoris. Il nous assure de sa propre bouche et avec serment qu'il regarde le bien que nous leur faisons comme fait à lui-même, qu'il nous en sait le môme gré et qu'il nous en tiendra le même compte : Je vous le dis en vérité, autant de fois vous avez rendit service à l'un des plus petits de mes frères, autant de fois vous me l'avez rendit à moi-même, (Matt., 25,40). Il n'est pas possible qu'un Frère animé de l'esprit de foi ne trouve pas dans cette pensée un puissant motif de zèle et de consolation dans l'exercice de son emploi.

    15. Cet esprit de charité, la foi nous le fera étendre à tous les hommes en général, mais surtout à nos Frères en religion. Nous ne verrons en eux que les membres d'un même corps dont Jésus-Christ est le chef, que les enfants d'un même père qui est Dieu, que les cohéri­tiers d'un même royaume qui est le ciel, que les enfants d'une même famille dont la sainte Vierge est la Mère.  Dans cet esprit, nous nous aimerons tous d'un amour sincère et effectif ; nous ne serons qu'un tous ensemble, comme le Père et le Fils ne sont qu’un ; nous serons consommés dans l’unité, afin que le monde nous reconnaisse pour les vrais disciples du Dieu de charité à l'union parfaite qui régnera entre nous. (Jean XIII, XVII.) Et cette charité, nous la ferons consister principalement à supporter lesdéfauts de nos Frères avec une patience pleine de douceur ; à nous intéresser à tout ce qui les regarde à leur rendre service en toute occasion, selon notre pou­voir; à ne parler jamais d'eux qu'en bien ; et, par-dessus tout, à les porter à Dieu et à procurer leur salut de toutes nos forces. C'est par là que nous verrons se véri­fier parmi nous cette parole du Prophète : Qu'il est doux, qu'il est agréable de voir des frères habiter ensemble dans l'union d'une mutuelle et parfaite charité ! (Ps132, 1.)

 16. L'esprit de foi nous apprendra que la fin de notre ministère auprès des enfants étant une fin surnaturelle, savoir le salut de leurs âmes, ce n'est que par des moyens surnaturels que nous pouvons l'obtenir, par la pratique de la vertu, par le bon exemple et par la prière. Plus un Frère sera rempli de piété et de vertus, plus sa vie sera sainte et édifiante, plus aussi il sera propre à gagner les enfants à Dieu et à les porter à la vertu. Les talents, la science et les autres moyens humains n'y peu­vent servir qu'autant qu'ils sont joints à la grâce et à la sainteté, Soyons donc pieux, évitons le péché, aimons Dieu et remplissons avec, zèle tous nos devoirs si nous voulons inspirer la piété à nos enfants, leur donner la  crainte du péché, l'amour de Dieu, les rendre bons, honnêtes, studieux, en faire de bons chrétiens. Celui qui fera et qui enseignera, dit Notre Seigneur, sera grand dans le royaume de Dieu :mais il n'a que des malédictions pour les Docteurs de la loi et les Pharisiens hypocrites qui disent ce qu'il faut faire et ne le font pas. (Matth., 23.)

 17. Dans ces vues de zèle, nous nous efforcerons de croître toujours dans la connaissance, dans l'amour et dans l'imitation de Jésus-Christ, afin de pouvoir le faire connaître et aimer de nos enfants. Nous étudierons et nous méditerons sans cesse ses grandeurs adorables, ses exemples, ses maximes, et les mystères qu'il a accomplis pour nous. La foi vive et animée des Saints puisait, sans jamais se lasser, dans ces sources abondantes, des sentiments toujours nouveaux de reconnaissance et d'amour, d'étonnement et de confusion, de contrition et de confiance. Cette foi au Sauveur était comme un aiguillon qui, au souvenir de tout ce qu'il avait fait pour eux, les poussait incessamment à la pratique de la pauvreté, de l'humilité, du zèle et à tous les travaux les plus pénibles pour le salut des âmes. Il faut que la même foi nous inspire la même ardeur à étudier notre Seigneur et à répandre la connaissance de sa personne et de ses mystère parmi la jeunesse qui nous est confiée.

 18. Un des principaux exercices auxquels l'esprit de foi nous appliquera, ce sera à bien faire nos actions ordinaires.

 Il nous rappellera qu'il n'est pas une seule action, même des plus naturelles et des plus indifférentes, qui étant faite en état de grâce et dans la vue de plaire à Dieu, ne nous mérite un degré de gloire éternelle, ou qui ne soit, comme dit saint Bernard, la semence de l'éternité. Dans chaque bonne action, quelque petite qu'ellesoit, est renfermé le paradis comme dans sa semence, et la foi y découvre la vision bienheureuse, la possession éternelle de Dieu, toutes les richesses, toute la gloire et les joies infinies dit paradis. Quels trésors de mérites un religieux, qui a soin de rapporter toutes ses actions à Dieu, peut donc amasser dans un jour, dans un mois, dans une aimée, dans toute sa vie ! et quelles pertes incalculables ne fait pas celui qui néglige ce devoir !

 La foi nous dit encore que toute notre perfection consiste à bien faire nos actions ordinaires, car la perfection consistant dans notre union avec Dieu et dans la conformité de notre volonté avec la sienne, nous n'avons, pour être parfaits, qu'à faire ce que Dieu veut et à le faire comme il le veut. Or, nous savons certainement que nos exercices de chaque jour sont précisément tout ce que Dieu demande de nous, puisque c'est la Règle qui nous les impose : il ne nous reste donc, en nous y rendant fidèles, qu'à les bien faire, c'est-à-dire, à les faire de la manière et par les motifs que Dieu veut. Nous pouvons le dire, le royaume de Dieu est au-dedans de nous-mêmes (Lue, 17, 21), et la dépense de notre salut est toute faite : en ne faisant que ce que nous faisons chaque jour, sans plus de temps ni plus de peines, nous pouvons arriver à la perfection et à la sainteté ; nous n'avons qu'à y apporter un peu plus d'attention, un peu plus de soins pour le bien faire, et c'est à quoi nous portera l'esprit de foi.

 I. Il nous fera veiller sur nous-mêmes avec le plus grand soin, pour nous conserver dans la grâce de Dieu, première condition essentielle de toute œuvre méritoire.

 Il. Il nous fera faire toutes nos actions avec attention, avec diligence et ferveur, comme devant être présentées a Dieu ; et il nous fera observer toutes les circonstances de temps, de lieu et de manière qui sont prescrites, et sans lesquelles une action est nécessairement défectueuse et imparfaite.

 Ill. Il nous appliquera surtout à purifier notre intention et à n'agir toujours que par des motifs surnaturels, par les motifs que la foi nous propose l'honneur et la gloire de Dieu, son amour et son bon plaisir, l'accomplissement de sa sainte volonté, l'amour et l'imitation de Jésus-Christ, l'avancement de son règne dans les âmes par la persévérance des justes, par la conversion des pécheurs, par la délivrance des âmes du purgatoire, par l'exaltation de la sainte Eglise, par la dévotion à Marie, etc. Il nous portera à nous unir habituellement aux intentions qu'a eues Jésus-Christ dans les actions de sa vie, et qu'il a actuellement encore dans la sainte Eucharistie ; aux intentions infiniment parfaites qu'a la sainte Trinité elle-même en agissant avec nous, puisque nous savons, par la raison et par la foi, qu'elle concourt à toutes nos actions, même les plus petites.

 Mais, pour cela, combien nous avons besoin de veiller sur tous les mouvements de notre cœur, afin d'en retrancher une infinité de vues humaines qui nous viennent incessamment, pour en exclure tant de recherches de nos intérêts, de notre honneur, de nos plaisirs, et mille autres mouvements de l'amour-propre qui, se mêlant dans nos actions les plus saintes, en détruisent tout à fait le mérite, on au moins en diminuent de beaucoup la perfection ? Ne manquons pas , dès notre lever, d'offrir toutes nos actions de la journée à Dieu, en union avec celles de Notre-Seigneur; et, pour en bannir la routine, l'habitude, l'esprit propre, renouvelons souvent cette offrande pendant le jour. Tâchons même de ne commencer aucune action principale sans la rapporter à Dieu par une intention actuelle, afin de la rendre plus méritoire ; et, si cette action dure longtemps, répétons encore notre offrande pendant l'action même. Cet exercice nous coûtera un peu dans les commencements, parce qu'il demande une grande attention et une grande vigilance sur soi-même; mais il nous donnera ensuite les plus douces consolations, et il nous enrichira sans mesure pour l'éternité.

 19. Enfin, pour nepas pousser plus loin ces détails sur la pratique de l'espritde foi, et résumer tout ce qui précède, disons que c'est cette vertu qui formera en nous Jésus-Christ (Galat., 4.), qui nous fera vivre de sa vie (11. Cor. 5), et participer à son esprit.

 Par la foi, nous jugerons de toutes choses comme Jésus-Christ en a jugé. Nous trouverons le monde petit et méprisable, et nous ne jugerons grand que Dieu seul, nous n'aurons que du mépris pour la fortune, la gloire et la puissance du monde, pour les plaisirs de la vie, et nous ne regarderons comme digne d'attention que ce qui a rapport à l'éternité. Voilà pour nos pensées et nos jugements.

 Par la foi, nous aimerons ce quia aimé Jésus-Christ la pauvreté, les souffrances, les humiliations, comme étant les plus grands moyens de procurer la gloire de Dieu et notre salut. Nous haïrons ce qu'il a haï : les richesses, les plaisirs et les honneurs, comme étant les plus grands obstacles au règne de Dieu et à notre sanctification. Voilà pour nos sentiments et nos affections.

 Par la foi, nous conformerons nos actions à celles de Jésus-Christ. Nous aurons sans cesse présent à notre esprit Jésus-Christ parlant et agissant, Jésus-Christ priant ou travaillant, Jésus-Christ jeûnant dans le désert ou vivant parmi les hommes et conversant avec eux, Jésus-Christ instruisant les peuples de la Judée, voyageant avec d'extrêmes fatigues, supportant avec une incroyable douceur les rebuts, les grossièretés et l'ingratitude des Juifs, prenant ses modestes repas et remplissant tous les devoirs de la vie ; et nous nous appliquerons à faire toutes nos actions en union et en conformité avec cellesdu Sauveur. Elles n'auront, comme les siennes, d'autre principe que la grâce, la charité, la volonté de Dieu ; d'autre fin que la gloire de Dieu; notre salut et celui de nos frères : voilà pour le détail de notre conduite.

 Par la foi, enfin, nous travaillerons à avoir les mêmes vertus que Jésus-Christ : la même humilité, la même patience, la même douceur, le même mépris du monde, le même détachement des biens de la terre, le même zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, le même amour pour la vie cachée, pour l'obéissance et la mortification; et voilà ce qui fera de nous de vrais chrétiens, de parfaits religieux, de véritables enfants de la foi, d'autres Jésus-Christ. Que ce soit là notre continuelle étude et notre unique occupation, car c'est l'essence du christianisme, et ce qui doit faire tout notre bonheur et toute notre perfection. 

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   On lira la présente circulaire en communauté, le soir, après l'office, et on fera  précéder cette lecture du Veni Sancte Spiritus et de l'Ave Maria. Je vous engage tous à relire ensuite en votre particulier, l'Instruction sur l'es­prit de foi et à méditer attentivement chacun des points qui y sont traités. Les merveilleux effets que l'esprit de foi opère dans une âme qui en est animée, doivent bien nous le faire désirer et nous porter à travailler de toutes nos forces à l'acquérir. Vous pourrez aussi prendre pour matière de votre examen le point ou les points qui seront le mieux appropriés à vos besoins. 

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Je recommande à vos prières le Frère Evremont, le Frère Théogène et le Frère Gabriel, décédés depuis la dernière retraite : les deux premiers à N-.D. de l'Hermitage, et le troisième à Saint-Paul-trois-Châteaux. Vous pourrez faire dire une messe pour eux et pour tous nos Frères défunts. Ce jour-là, on tâchera de faire la sainte Communion et on dira l'office des morts à neuf leçons. 

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J'ai à vous défendre de nouveau de prendre jamais affaire avec les marchands inconnus qui ne font que passer dans vos maisons. Deux vols considérables ont été commis tout récemment par suite de quelques imprudences sous ce rapport. Défiez-vous surtout de ceux qui vous déclinent les noms soit des Supérieurs soit des Frères de telles ou telles Maisons, et qui se vantent d'avoir placé leur marchandise dans tel autre Etablissement, dans tel Couvent, tel Séminaire, etc. Il faut bien vous garder de donner vos noms, ni les moindres renseignements sur l'Institut à ces inconnus qui ne sont assez souvent que des escrocs. N'ayez que des fournisseurs bien sûrs et bien connus, dussiez-vous même payer plus cher, et tenez-vous-en à la Règle qui vous défend d'admettre les séculiers dans vos maisons, ni même les Frères qui n'ont pas leur lettre d'obédience. Un soi-disant Frère, se donnant comme visiteur d'une Congrégation respectable, a déjà surpris la confiance de quelques-uns d'entre vous : qu'on se tienne en garde à l'avenir, après cet avertissement. 

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Les Frères du même Etablissement doivent nous écrire ensemble, quand le temps est venu. Cette mesure est nécessaire, soit pour régulariser la correspondance, soit pour en diminuer les frais. Chaque Frère fait sa lettre en son particulier et la cachette. Toutes les lettres faites, on les remet au Frère Directeur, qui les joint à la sienne et on fait un seul paquet auquel il met l'adresse et qu'il cachette en présence des Frères. Qu'on n'oublie pas de se servir d'un papier très mince et très léger.

 Ceux qui n'auraient pas encore rendu leur compte de conscience, selon la Règle, ne manqueront pas de le faire dans le courant du mois prochain, comme nous venons de dire. 

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La reconnaissance légale de l'Institut permettant de faire rentrer désormais sans difficulté les retenues exercées sur votre traitement, les Frères Directeurs des provinces de N.-D. de l'Hermitage et du Nord ne manqueront pas de nous envoyer, dans le courant du mois prochain, l'état de toutes leurs retenues jusqu'en 1852, ou le bordereau qu'ils doivent recevoir dans les premiers jours de janvier. 

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Je recommande de nouveau à tous les Frères Directeurs de tenir fortement à ce que les études se fassent bien dans leurs Maisons, que le silence y soit gardé, et que tous les Frères s'occupent utilement, selon la Règle. Le silence et l'application pendant les études sont deux des plus grands moyens de régularité et même de piété dans les Etablissements. Entendez-vous de manière qu'il y ait à peu près tous les jours, une dictée entre les Frères, et que les jeunes Frères non brevetés apprennent et récitent, chaque jour, au Frère Directeur, une page ou demi-page de grammaire et un chapitre de catéchisme.

 Nous appellerons aux examens du mois de mars prochain les jeunes Frères qui ont l'âge, et qui doivent naturellement être en mesure de se présenter. Que les Frères Directeurs aient soin de les préparer le plus possible.

 Il faut que les Frères Directeurs d'écoles communales et de pensionnats qui ne seraient pas encore autorisés, fassent au plus tôt les démarches nécessaires pour l'être, et qu'ils s'entendent avec nous pour cela. Il nous en parleront dans leur première lettre, et nous donneront tous les renseignements nécessaires, particuliers aux différentes localités. 

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N. T. C. F., à la fin de cette année, si heureuse pour l'Institut, où sa reconnaissance légale nous a été si largement accordée, où le nombre de nos Etablissements s'est accru de 20 à 25 nouvelles fondations, et celui des membres de la Congrégation de 100 à 150 sujets, où, enfin, toutes sortes de faveurs spirituelles et temporelles nous ont été prodiguées, je ne puis que vous exhorter de nouveau à l'amour et à la reconnaissance envers Dieu et envers Marie, notre bonne Mère. Continuez à faire avec ferveur les différentes pratiques que je vous ai assignées dans ce but, dans la dernière Circulaire; et, tous, redoublons de zèle et de courage pour répondre aux desseins de Dieu sur notre chère Congrégation. Ne cessons de prier Jésus et Marie de la bénir, de la conserver, et surtout de l'établir et de la fortifier dans la piété et la ferveur, dans l'esprit de zèle et d'obéissance, de pauvreté et d'humilité, vertus qui, seules, peuvent assurer sa persévérance et la rendre utile lit l'Eglise et à la Société. C'est à la pratique de ces vertus que vous conduira l'esprit de foi, si vous en êtes bien animés. Daigne l'Enfant-Jésus, par les prières de sa Mère, les faire naître dans vos cœurs et les former en vous sur le modèle qu'il nous en donne à la crèche. Unissons-nous tous ensemble pour les lui demander pendant ces saints jours, et que ce soit là l'objet des vœux que la charité nous inspirera les uns pour les autres au commencement de la nouvelle année.

 Je vous renouvelle l'assurance de ceux que je ne cesse de former devant Dieu pour votre conservation et votre bonheur, et je suis en Jésus et Marie, avec la plus tendre affection,

Nos très chers Frères,

Votre très humble et très dévoué serviteur,

       F. François.

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[1] : Comme : Mon, Dieu, je vous aime de tout mon cœur Que votre volontésoit faite. Je ne veux plaire qu'à, vous. Je voudrais vous voir aimé de tout le monde. Je ne veux que ce que vous voulez. Faites (le moi et de ce que je possède tout ce qu'il vous plaira. Je me confie en vous. Ne permettez pas que le me sépare jamais de vous. Je vous adore au fond de mon cœur et je me donne tout à vous. Mon Dieu, venez à mon aide ; Seigneur, hâtez-vous de me secourir. Je vous remercie de toutes les grâces que vous m'avez faites. Ayez pitié de moi. 0 Jésus ! je vous aime, redoublez mon amour. Ne me laissez pas périr. Délivrez-moi de cette tentation. Jésus, Marie, Joseph, assistez-moi, etc. …

 

 

 

 

 

 

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