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Circulaires 50

 

Br. François
01/01/1853 - Vol. II, n. 9
Circular 50


51.01.01.1853.1

 1853/01/11

 V. J. M. J.

 Notre-Dame de l'Hermitage, le 11 janvier 1853.

      Mes Très Chers Frères,

 Bien des fois je vous ai témoigné, soit de vive voix, soit dans mes lettres, les consolations que j'éprouve en voyant votre bon esprit, votre dévouement à l'Institut et votre attachement à votre sainte vocation. Mais ces sentiments qui vous animent tous, se sont produits avec tant d'éclat et d'unanimité à l'occasion de la nouvelle édition de la Règle, que je ne puis m'empêcher, après en avoir rendu à Dieu de très humbles actions de grâces, de vous en exprimer de nouveau toute ma satisfaction. Chacun de vous a reçu cette Règle non seulement avec soumission et respect, mais encore avec joie et bonheur. Vous l'avez regardée non comme un fardeau qu'on vous imposait, mais comme une aide que l'on accordait à votre faiblesse, comme un ami fidèle, comme un guide sûr que l'on vous donnait pour vous diriger et vous conduire dans la voie de la perfection.

 J'ai été bien édifié en voyant avec quelle avidité vous la lisiez, en entendant avec quel respect, avec quelle estime vous en parliez, et en apprenant en combien d'autres manières vous témoigniez que vous l'aimez et qu'elle a toutes les affections de votre cœur. Ces pieuses démonstrations et ces sentiments religieux sont une preuve certaine du zèle que vous avez pour votre perfection, et des efforts que vous êtes disposés à faire pour vous rendre fidèles à toutes les observances de la Règle. Persuadé qu'une connaissance approfondie de cette Règle fortifiera et perfectionnera en vous ces heureuses dispositions et vous rendra plus faciles et plus doux les devoirs qu'elle vous impose, je viens aujourd'hui vous engager à l'étudier avec soin et à la méditer assidûment. Et, pour mettre quelque ordre dans cette Instruction, je vous montrerai que cette étude est nécessaire, 1° pour connaître l'excellence et les obligations de votre état ; 2° pour les remplir parfaitement.

 I. Rien de plus grand, rien de plus excellent, Mes Très Chers Frères, que la profession religieuse. L'état religieux, nous disent les Saints, est une philosophie toute divine ; c'est la perle de l'Evangile, c'est l'échelle de Jacob, c'est le paradis de la terre, c'est le port du salut, c'est une vie toute céleste. Les Pères de l'Eglise ne parlent de l'excellence de l'état religieux que par exclamations et en avouant que l'esprit ne peut concevoir des pensées ni la langue former des paroles capables de le louer convenablement. Si je veux louer cette vocation, dit saint Augustin, je ne sais comment faire ; je suis contraint de me taire : car aucune expression ne peut faire comprendre sa dignité. Les religieux, ajoute saint Jérôme, sont les fleurs de l'Eglise ; Ils brillent comme des astres au milieu des fidèles. Ils sont, selon l'expression de saint Grégoire de Nazianze, les couronnes de la foi, les pierres mystiques de la céleste Jérusalem et les perles de la religion. En parlant des religieux, saint Bernard s'écrie : Quel nom leur donnerai-je ? faut-il les appeler des hommes célestes ou des anges terrestres ? Ils vivent sur la terre, mais leur conversation est toute dans le ciel. L'état religieux, continue ce saint docteur, est cette vocation pure, sainte, immaculée, où l'homme vit plus purement, tombe plus rarement, se relève plus promptement, marche plus sûrement, reçoit plus de grâces, vit avec plus de paix, meurt avec plus de confiance, est plus tôt purifié dans le lieu de l'expiation, et est plus richement récompensé. Oui, l'état religieux est la plus parfaite de toutes les professions, parce qu'il applique l'homme tout entier et pour toujours au culteet à la gloire de Dieu ; parce qu'il le dépouille de tout, et lui fait tout donner, tout sacrifier à Dieu.

 Mais comment pourrons-nous reconnaître ces excellences et apprécier ces avantages de notre saint Etat? Ce sera par l'étude assidue et la méditation de notre Règle et de nos Constitutions : car ce sont elles qui nous feront comprendre le but, la sublimité et la sainteté de notre vocation ; c'est dans le livre de nos Règles que nous les trouverons, c'est dans ce miroir que nous les verrons ; et, comme il n'est rien de plus important pour nous que d'avoir une idée juste clé notre profession et d'en bien connaître la fin, l'excellence et les avantages, aussi aucune idée ne nous est plus nécessaire et ne doit nous être plus chère et plus ordinaire que celle de notre Règle. Notre grande occupation doit être de nous rendre savants en notre Règle, et de nous appliquer à la méditation de notre Règle, comme le Roi-Prophète s'appliquait à la méditation de la loi de Dieu. (Ps. 118, 78.)

 Cette étude nous est encore nécessaire, M. T. C. F., pour bien connaître toute l'importance des obligations que nous avons contractées et l'étendue des promesses que nous avons faites à Dieu, quand, abandonnant nos parents et renonçant à toutes les choses de la terre, nous nous sommes engagé, à son service à la face des autels, et lui avons juré de n'aimer et de ne servir que lui. Notre état, nous venons de le dire, est grand et sublime, ses avantages sont précieux ; mais, il faut l'avouer, les obligations qu'il nous impose sont aussi très grandes et très étendues. Nous avons des devoirs comme chrétiens, comme religieux, comme instituteurs ; devoirs d'emploi, de charge, de position ; devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes, envers nos Supérieurs, envers nos Confrères ; devoirs à l'égard des enfants qui nous sont confiés, à l'égard des personnes avec lesquelles nous sommes obligés d'avoir des rapports ; enfin, devoirs à l'égard de tout le monde, que nous sommes obligés d'édifier et de porter à Dieu. Mais où trouverons-nous le détail de tous ces devoirs et les règles de conduite que nous devons suivre pour nous y rendre fidèles? qui nous donnera la mesure de nos obligations et les moyens pour les bien remplir? notre Règle, M. T. C. F., et notre Règle seule. C'est elle qui nous apprendra ce que nous devons à Dieu, qui fixera le tribut de louanges et de prières que nous avons à lui payer chaque jour. C'est elle qui nous fera connaître ce que nous devons à nos Confrères, à nos Supérieurs et à nos enfants ; qui nous dirigera dans nos rapports avec les autorités et avec le public, dans nos exercices de piété, dans notre emploi, dans notre classe, dans nos études et dans la pratique de toutes les vertus de notre état.

 En lisant et en méditant notre Règle, nous apprendrons ce que Dieu veut de nous, ce qu'il attend de notre zèle, de notre générosité et de notre dévouement pour sa gloire et la sanctification du prochain. Nous apprendrons quelle est la mesure de perfection que la sainteté de notre état nous impose, la foi vive qui doit animer toutes nos actions, l'espérance ferme et inébranlable qui doit nous soutenir dans les épreuves de la vie et dans le, saints combats du Seigneur, l'amour tendre et généreux que nous devons avoir pour Jésus-Christ, le zèle ardent qui doit nous animer pour le faire connaître, le faire aimer et lui gagner les cœurs. Nous apprendrons par quelles pratiques d'humilité, de mortification, d'obéissance et d'abnégation de nous-mêmes, nous devons faire mourir la nature, le vieil homme, et nous immoler à Dieu.

 C'est dans notre Règle que nous verrons, comme dans un miroir, les vices et les défauts auxquels nous sommes sujets, les fautes qui nous échappent chaque jour et toutes les imperfections de notre âme. Nous y verrons les vertus qui nous manquent, les devoirs que nous négligeons, les grâces dont nous abusons et tant de moyens de salut et de perfection dont nous ne retirons peut-être aucun profit.

 Notre Règle nous fera connaître les dangers qui menacent notre vertu, les pièges qui nous sont tendus de toutes parts pour nous faire périr ; elle nous dira ce que nous devons faire pour échapper à tous ces dangers et pour éviter ces pièges. C'est en méditant assidûment notre Règle que nous connaîtrons combien Dieu nous a aimés en nous retirant du monde, où notre vertu eût fait un triste naufrage, et en nous appelant à la vie religieuse où nous sommes délivrés des soucis et des embarras du siècle, et où nous n'avons autre chose à faire qu'à aimer Dieu, le servir, sauver notre âme et travailler à notre perfection ; en nous appelant à une vocation qui nous honore devant les hommes, qui nous rend semblables aux Anges et nous fait les amis et les favoris de Jésus-Christ : combien il nous a aimés en nous donnant tant de moyens de salut, en nous rendant la pratique de la vertu si facile, et en nous mettant en quelque sorte dans l'impossibilité de violer sa loi et de nous perdre.

 C'est encore dans la Règle, M. T. C. F., que vous trouverez le détail de vos exercices et de vos obligations de chaque jour. Elle vous dira le temps que vous devez consacrer à la prière, à vos communications avec Dieu ; celui que vous devez donner à l'étude, à l'éducation des enfants, aux devoirs particuliers de votre emploi, de votre charge, au travail, à la récréation, au repos et aux autres besoins du corps. Elle vous dira quand et comment vous devez faire chaque chose, dans quel esprit et par quel motif vous devez les faire, pour que chacune d'elles soit agréable à Dieu, méritoire pour vous, utile au prochain ; en un mot, pour que chacune soit une œuvre parfaite. Votre Règle vous apprendra à bien juger de toutes choses, c'est-à-dire à regarder les biens, les richesses de la terre, les louanges, l'estime des hommes comme des choses vaines ; les rapports avec les séculiers comme des dangers, comme le plus grand écueil de la vie religieuse ; la pauvreté, les humiliations, les mépris, les persécutions du monde, les maladies, les souffrances, les tribulations de quelque nature qu'elles soient, de quelque part qu'elles viennent, comme des grâces, comme des faveurs de la bonté de Dieu, comme des moyens de salut ; votre vocation comme une des plus grandes grâces que Dieu puisse faire à une âme ; vos fonctions d'instituteurs de la jeunesse comme un apostolat, comme une continuation du ministère de notre divin Sauveur ; vos enfants comme des membres de Jésus-Christ, comme des dépôts sacrés confiés à votre garde ; votre salut, votre avancement spirituel, votre perfection, la sanctification de vos enfants comme la fin essentielle de votre vocation et le but principal de tous vos travaux ; l'étude des sciences, l'enseignement des connaissances profanes comme des choses accessoires et qui ne doivent jamais vous occuper au préjudice de la piété et de la vertu.

 C'est toujours par la lecture assidue et la pieuse méditation de la Règle que vous apprendrez quels sont vos devoirs à l'égard des enfants qui vous sont confiés avec quel zèle vous devez les instruire des vérités de notre sainte religion et de tous les devoirs du chrétien avec quelle vigilance vous devez les surveiller, afin de conserver en eux le précieux trésor de l'innocence ; avec quelle prudence, quelle douceur, quelle fermeté, quelle justice et aussi quelle exactitude vous devez les corriger, les discipliner. Elle vous enseignera les moyens que vous devez prendre pour gagner leur confiance, pour captiver leur attention, pour les attirer à l'école, pour les attacher à vos instructions, pour corriger leurs défauts, pour leur inspirer l'amour de la vertu, pour leur faire aimer la religion et les habituer aux pratiques de, la piété chrétienne ; en un mot, pour former leur conscience, leur cœur, leur caractère et leur jugement. Elle vous donnera le grand secret pour réussir dans cette mission tout à la fois si importante, si difficile et si sainte ; secret qui n'est autre que le soin d'être pour ces enfants un modèle parfait de vertu ; de leur apprendre, par vos œuvres, par le détail de votre conduite, ce que vous leur enseignez dans vos instructions ; et de mériter, par la sainteté de votre vie et par des prières ferventes et continuelles, que Dieu bénisse vos travaux, et vous accorde cette grâce puissante qui seule est capable de toucher et de changer les cœurs.

 Vous devez lire souvent et bien méditer la Règle, vous surtout qui êtes établis pour diriger vos Frères. Elle vous fera comprendre combien sont importantes vos fonctions de Directeur; quelles vertus il vous faut pour vous rendre capables de porter cette pesante charge, pour la remplir dignement, et pour satisfaire à toute l'étendue des devoirs qu'elle vous impose. Elle vous apprendra quelle charité vous devez avoir pour vos inférieurs, avec quelle douceur, quelle bonté, quelle indulgence vous devez les traiter, et comment il faut unir à ces qualités une volonté forte et énergique et une juste fermeté ; comment vous devez former vos Frères à la, piété et à la science ; les moyens que vous devez employer pour les corriger de leurs défauts, pour les attacher à leur vocation, pour leur inspirer la vertu et l'es­prit de leur état; comment vous devez vous conduire pour gagner leur estime et leur confiance, pour vous en faire aimer et respecter, pour les rendre dociles à vos commandements et fidèles à suivre la direction que vous leur donnerez. Elle vous dira quel esprit de vigilance, de ponctualité et d'exactitude il vous faut pour maintenir parmi eux la régularité, la piété, l'union, la paix, l'amour du travail et de l'étude, le recueillement et le silence si nécessaires dans une Communauté. C'est la Règle également qui vous tracera la marche que vous avez à suivre pour conduire les Maisons dont vous êtes chargés ; c'est elle qui vous apprendra comment vous devez les régir, quel soin vous devez prendre de toutes choses, avec quelle sollicitude vous devez suivre toutes les parties de votre administration, vous occuper des plus petits détails, faire cas des moindres dépenses, et veiller à ce que rien ne s'égare, ne s'use, ne se perde ou ne se gâte faute de soin ; c'est la Règle qui vous dira ce que vous devez faire pour procurer aux Frères l'honnête entretien, le nécessaire, selon la Règle, pour les rendre tous contents, et satisfaire tous leurs besoins, sans jamais vous écarter de l'esprit de pauvreté, de modestie et d'économie qu'exige votre profession.

 Lisez aussi et méditez bien la Règle, vous qui n'avez qu'à obéir et à vous laisser diriger; elle vous dira tout ce que vous devez de respect, de soumission, d'amour et d'attachement à ceux qui sont chargés de votre conduite, ce que vous devez faire pour leur rendre le fardeau de l'autorité léger, et à vous-mêmes, l'obéissance facile, méritoire, et votre état de dépendance, agréable.

 Lisez de même, et méditez la Règle, vous, jeunes Novices, qui êtes l'espérance de l'Institut ; elle vous fera connaître l'excellence et le but de votre sublime vocation ce que vous devez faire pour la conserver et vous y rendre fidèles. Elle vous donnera des remèdes pour guérir toutes les maladies de votre âme et pour corriger tous vos défauts, des moyens sûrs et efficaces pour combattre vos passions, les tentations et les ennemis de votre salut. Vous y trouverez les règles d'une vraie et solidepiété, les principes d'une vraie et solide -vertu ; vous y puiserez l'esprit de votre état, l'esprit de votre vocation, l'esprit de votre Institut, c'est-à-dire, l'obéissance, la pauvreté, la chasteté d'un bon religieux ; le zèle, le dévouement, l'abnégation, la patience, la douceur, la fermeté et l'esprit de prudence et de sagesse nécessaires à -un sage et pieux instituteur ; l'humilité, la simplicité, la modestie, la dévotion particulière à la sainte Vierge, qui doivent caractériser tous les Petits Frères de Marie.

 Enfin, M. T. C. F., lisons, étudions, méditons notre Règle : elle nous apprendra, comme nous venons de le voir, que notre état nous Impose de grands devoirs, de grandes obligations, qu'il exige, qu'il demande de nous de grands sacrifices, de grandes vertus ; mais aussi elle nous montrera quelles grâces extraordinaires, quels moyens abondants de salut et de perfection Dieu nous offre ; quelles consolations, quelle paix, quel bonheur il nous promet dans cette vie ; quelle récompense, quelle gloire il nous réserve dans l'autre, si nous sommes des serviteurs fidèles.

 Il. Ajoutons que l'étude, la connaissance de notre Règle nous est nécessaire pour remplir parfaitement nos obligations.

 Les choses de ce monde suivent toutes une règle qui est comme la mesure de leur perfection. Dans ]es arts, dans les sciences, dans les gouvernements et dans toutes les affaires on a des règles, des principes et des maximes auxquels il faut s'attacher, et qu'il faut suivre pour y réussir, pour les bien conduire. Nous devons, à plus forte raison, dans la religion, avoir une règle pour nous, diriger dans l'esprit de notre vocation, et dans la vole de la perfection de notre état. Le salut, la perfection, sont, des choses trop importantes et trop difficiles pour y travailler au hasard, sans principes et sans règle. Mais où trouverons-nous une, règle sur laquelle nous puissions mesurer toutes nos actions? Croirons-nous que chacun doive se tracer à lui-même sa ligne de conduite et que notre volonté puisse nous servir de règle? Une règle doit être juste, constante et infaillible ; et n'est-il pas vrai que ces conditions ne se trouvent pas dans la volonté de l'homme. Cette volonté est créée, dit saint Thomas; ainsi, elle demeure toujours sujette au changement ; elle conserve toujours un germe de corruption ; elle est essentiellement défectueuse. Loin de nous pouvoir servir de règle, la volonté propre est le plus grand obstacle au salut ; c'est pour cela, dit saint Liguori, que tous les ordres religieux se sont prémunis contre cette ennemie de la perfection en faisant le vœu d'obéissance. Que peut faire de bon celui qui suit la direction d'un insensé? Or, telle est notre propre volonté : c'est ce qui a fait dire à saint Bernard que celui qui se fait le maître de soi-même se soumet à l'obéissance d'un fou.

 Si notre volonté ne peut pas nous servir de règle, l'esprit et les maximes du monde ne le peuvent pas davantage. Le monde n'est qu'imposture et mensonge. C'est un imposteur qui trompe ses esclaves. Sa sagesse, dit saint Paul, est une véritable folle devant Dieu (I Cor., 2, 20) ; elle est opposée à Dieu, et ainsi, au lieu de nous éclairer, elle nous aveugle ; ait lieu de nous conduire dans la voie de la vertu, elle nous jette dans l'égarement, dans les sentiers dit vice et dans le précipice. Aussi, le même apôtre nous défend expressément de suivre ses maxime, et de les prendre pour guide et pour modèle de notre vie : « Gardez-vous, nous dit-il, de vous conformer à ce siècle. » (Rom., 12, 12.)

 Pourrions-nous nous régler sur les exemples de ceux avec lesquels nous vivons? Non, car rien n'est plus dangereux que de se conduire par l'exemple de la multitude. La perfection est trop difficile, trop relevée, trop divine pour être commune. Nous ne devons pas nous engager dans une voie, par la raison seule qu'elle est fréquentée, attendu que l'exemple des autres n'est pas la règle qui doit assurer notre conscience, et que ce qu'ils font ne nous montre pas infailliblement ce que nous devons faire.

 Mais quelle est donc cette Règle qui doit diriger notre vie? Cette Règle est celle que nous avons choisie,, adoptée, quand nous sommes entrés dans cet Institut, et que nous avons promis d'observer quand nous avons fait vœu d'obéissance, et surtout quand nous nous sommes définitivement liés à notre vocation, et que nous avons pris l'engagement de /travailler à notre perfection par notre profession. Par ce choix libre et volontaire, par nos promesses faites à la face des autels, cette Règle est devenue notre loi; elle est comme notre Evangile, d'où, en effet, elle est tirée, et dont elle n'est que l'abrégé. Je pourrais, en vous la montrant, vous adresser ces paroles d'un Prophète : Voilà pour vous le livre des commandements de Dieu et la loi qu'il vous donne ; tous ceux qui connaîtront bien ce livre, et qui pratiqueront ce qu'il enseigne, arriveront à la vie éternelle ; mais ceux qui le négligeront, qui le mépriseront, tomberont dans la disait Baruc.(4, 1). Je pourrais vous dire ce que Moïse mort aux Hébreux en leur présentant les Tables de la loi qu'il venait de recevoir des mains de Dieu sur le mont Sinaï : Je vous présente dans ce livre la vie ou la mort ; la vie, si vous vous conduisez selon les préceptes qu'il vous donne ; la mort, si vous les méprisez, si vous les violez.(Deut., 30, 19.)

 C'est cette Règle que nous devons prendre pour principe de toutes nos délibérations, comme David prenait la loi de Dieu pour la règle de tous ses conseils. (Ps. 118, 24.) Nous devons l'appliquer à toutes nos pensées, à toutes nos paroles, à tous nos desseins, à toutes nos actions. C'est la mesure générale sur laquelle nous devons mesurer toutes choses. Tout ce qui, dans notre conduite, n'est pas conforme à cette Règle est déréglé ; tout ce qui est fait d'après cette Règle est parfait. Cette Règle est pour nous ce que la foi est au juste. Le juste dit saint Paul vit de la foi. (Gal., 3, 11.) Que nous dit l'Apôtre par ces paroles? Il veut nous apprendre qu'un véritable chrétien doit faire entrer la foi dans toute la conduite de sa vie, que la foi doit animer toutes ses actions, qu'elle doit le soutenir dans tous les combats et dans toutes les épreuves de cette vie, qu'elle doit le diriger, l'éclairer, le gouverner dans tout ce qu'il fait ; que la croyance d'un Dieu, de Jésus-Christ mort sur la croix pour le salut des hommes, d'un ciel, d'un enfer, doit le régler en toutes choses. Or, c'est ainsi que les religieux doivent vivre de leur Règle et par leur Règle, c'est-à-dire qu'ils doivent tout mesurer d'après les maximes qu'elle leur donne, ne rien conclure, ne rien décider, ne rien entreprendre, ne rien faire, ne rien dire, ne rien approuver, ne rien blâmer ou excuser que conformément à ses principes, à ses conseils et à son esprit. C'est la belle instruction que nous donne saint Bernard dans une homélie sur la naissance de notre divin Sauveur, en parlant des pasteurs qui veillaient sur leurs troupeaux. Ce grand Saint nous dit que nous devons veiller sur nos actions, afin de les rendre droites ; et pour qu'elles aient cette droiture, il veut que nous les mesurions et les rendions conformes à notre Règle.

 Pour élever dans nos cœurs l'édifice de la vertu et de la sainteté, nous devons nous conduire comme d'habiles et sages architectes. Et que fait l'architecte qui conduit le dessin d'un magnifique palais? Il mesure tout à son plan et à sa règle, et il ne souffre pas que l'on pose une seule pièce qui n'y soit parfaitement conforme : car il sait que quelques-unes seulement qui ne seraient pas bien mesurées, suffiraient pour gâter tout son ouvrage. C'est ainsi qu'il faut nous comporter pour élever l'édifice de notre perfection. Toutes les parties en doivent être mesurées à notre Règle. Toutes doivent porter le cachet de notre Règle. Toutes nos paroles, toutes nos actions, tous nos desseins, nos pensées, nos désirs mêmes doivent être en conformité avec notre Règle.

 Si nous voulons parler, prenons le chapitre du silence conformons nos paroles aux règles qu'il nous donne, et soyons assurés que toutes celles qui s'en écartent, ne sont pas droites et qu'elles sont déréglées.

 Quand nous sommes en récréation, souvenons-nous des règles qui nous sont données pour sanctifier cet exercice ; mettons-les en pratique, et croyons que tout ce que nous faisons ou disons contrairement à ces Règles, sera autant de fautes et d'imperfections.

 En classe, dans les soins que nous donnons aux enfants, ayons sans cesse devant les yeux le chapitre du zèle et ceux qui règlent nos rapports avec les élèves ; conformons notre conduite, notre enseignement à ce qu'ils ordonnent, si nous voulons que Dieu bénisse nos travaux et nous fasse la grâce de faire quelque bien parmi les enfants. N'oublions jamais que tout acte de zèle qui n'aurait pas le cachet de notre Règle, que tout rapport avec les enfants qui ne serait pas approuvé par elle, ne peut être qu'un piège, qu'une illusion, qu'un égarement de la voie que nous devons suivre pour faire le bien et nous sanctifier.

 Si nous avons à traiter avec les séculiers, rappelons-nous les chapitres concernant les rapports avec ces sortes de personnes ; conduisons-nous selon les règles pleines de sagesse, de prudence, de modestie et de retenue qu'ils nous prescrivent, et regardons comme des imprudences, comme des fautes très dangereuses tout ce qui s'en éloignerait.

 Quand nous allons à l'étude, rappelons-nous les règles qui nous sont données sur ce sujet, et observons-les avec soin ; et soyons sûrs que toute étude qui serait faite dans un autre esprit, dans un autre but ou par d'autres motifs ne serait pas agréable à Dieu, ni utile à sa gloire, et qu'elle ne pourrait en aucune manière contribuer à notre perfection, à la sanctification des enfants et au bien de l'Institut.

 Pour le lever, le coucher, les repas, les prières et toutes les observances de communauté, conformons-nous au Règlement qui nous est tracé pour les exercices de la journée ; et n'oublions jamais qu'une condition essentielle pour que toutes nos actions aient leur mérite, c'est qu'elles soient faites dans le temps, dans le lieu et en la manière marquée par la Règle, et que le défaut d'une seule de ces circonstances suffit pour les rendre défectueuses, pour en diminuer le mérite et souvent pour nous en faire perdre tout le fruit.

 Enfin, réglons notre obéissance, notre pauvreté, notre chasteté, notre humilité, notre modestie, nos mortifications, notre piété, notre amour envers Dieu, notre zèle, nos travaux pour le prochain sur ce que nous prescrit notre Règle, si nous voulons pratiquer ces vertus d'une manière solide, efficace et religieuse.

 Nous sommes obligés par notre état de tendre à la perfection, c'est-à-dire de travailler sans cesse à devenir plus pieux, plus détachés de nous-mêmes, plus humbles, plus patients, plus charitables et plus unis à Dieu. Mais quelle voie devrons-nous suivre pour acquérir ces vertus? La voie de notre Règle ; et c'est uniquement par le fidèle usage des moyens qu'elle nous prescrit que nous acquerrons, de solides vertus et que nous remplirons les desseins de Dieu sur nous. La perfection d'un religieux est toute dans l'observance de sa Règle, et pour devenir parfait, il n'a autre chose à faire qu'à observer cette Règle. Au contraire, dit Saint-Jure, à quelque exercice de piété qu'il se livre, quelque action bonne en apparence qu'il fasse, soit pour Dieu, soit pour le prochain, si cette action n'est pas conforme à sa Règle, ce ne sera pas pour lui un moyen de perfection, mais plutôt un empêchement a sa perfection. Ces œuvres, dit saint Liguori, qui en apparence semblent bonnes, mais qui ne sont pas selon la Règle, loin de plaire à Dieu, lui déplaisent ; au lieu de nous conduire a la perfection, elles nous en éloignent. On doit dire de ces sortes d’œuvres ce que saint Augustin disait des actions vertueuses et héroïques des païens : Ce sont de grands pas, mais comme ils sont faits hors du chemin, ils ne rapprochent pas du but. Ce n'est donc que par l'exacte fidélité à sa Règle que le religieux donne à ses actions toute leur perfection, et qu'il peut dire comme Jésus-Christ : Non seulement je fais ce qui est agréable a Dieu, mais ce qui lui est le plus agréable. ( Jean., 8, 29.)

 Mais pour nous servir ainsi à tout moment et en toute occasion de notre Règle, il faut que nous la connaissions parfaitement ; il ne suffit pas que nous la lisions quelquefois ni même que nous en sachions les termes et les expressions, il faut de plus, par une étude assidue, par une méditation approfondie, en pénétrer le fond, l'âme et l'esprit. C'est ainsi que David méditait la loi de Dieu: J'ai médité vos préceptes, objets de mon amour, dit ce saint roi, et la plus douce et la plus agréable occupation de mon esprit est d'étudier vos saintes lois. (Ps. 118). Le chrétien qui veut être juste doit, selon le Prophète, et comme le remarque saint Bernard, avoir toujours la loi de Dieu dans son cœur; il ne suffit pas qu'il l'ait écrite sur le papier. De même le religieux qui veut être parfait, doit avoir continuellement sa Règle dans son cœur par une profonde méditation, pour l'appliquer, selon les différentes occasions, à ce qu'il pense, à ce qu'il désire, à ce qu'il aime, à ce qu'il dit, à ce qu'il omet, à ce qu'il entreprend, et en un mot, à tout ce qu'il fait. Un artisan, dit Saint-Jure, regarde souvent ses outils pour voir s'ils sont en bon état, et même pour ne pas en oublier l'usage ; le pilote qui a le gouvernail en main, jette souvent les yeux sur sa boussole, sur sa carte marine, pour savoir où il est, et conduire son vaisseau à sa destination, pour reconnaître s'il ne va pas toucher à quelques côtes ennemies, à quelques plages infestées par les corsaires, et pour éviter les rochers, les bancs de sable et le naufrage. Les Règles, continue cet auteur, sont pour le religieux les instruments de son art, sa carte marine, pour le diriger dans son voyage sur la mer orageuse de ce monde, afin qu'il puisse arriver au port du salut, à la terre des bienheureux. Il doit donc les étudier, les méditer, appliquer sans cesse son esprit à les considérer.

 Représentons-nous, M. T. C. F., que le Saint-Esprit, en nous montrant notre Règle, nous adresse les mêmes paroles que Moïse adressait aux enfants d'Israël, en leur montrant la loi de Dieu : Ces commandements que je vous donne aujourd'hui seront toujours gravés dans votre cœur. Quand vous serez en repos, vous les méditerez attentivement, afin de les mieux concevoir. En faisant voyage et en vaquant à vos autres affaires, vous en occuperez votre esprit ; vous y penserez même dans le temps de votre sommeil, et en vous éveillant, vous y porterez vos premières réflexions. (Deut., 6.,6.) Telles sont les dispositions que nous devons avoir pour notre Règle ; elle doit, pour ainsi dire, occuper toutes les puissances de notre âme et toutes les facultés de notre corps. Non,,; devons la lire, l'étudier, la méditer et en être toujours occupés, afin d'y conformer notre conduite et de travailler ainsi à notre perfection et à la sanctification de tous nos Frères, selon le conseil que donne l'apôtre saint Paul à son cher disciple Timothée. (Timoth., 4,15.)

 Cette méditation, cette étude assidue de notre Règle nous en gravera dans la mémoire les moindres obligations, elle réveillera notre entendement pour en concevoir l'importance, elle excitera notre volonté par les remords des fautes commises et par le désir d'une plus sérieuse application à tous nos exercices et à tous nos devoirs. La méditation des Règles, dit Théophile d'Alexandrie, est une médecine qui purge les péchés passés, qui modère les présents et qui préserve des futurs. Cette méditation des Règles attirera sur nous les bénédictions de Dieu, elle nous animera à son service, elle nous donnera du courage et des forces pour y persévérer, elle nous remplira de la véritable sagesse des enfants de Dieu. (Eccl. 6, 37). Par cette étude, notre Règle deviendra notre flambeau, elle sera la lumière qui nous fera connaître l'excellence et les devoirs de notre état, elle sera notre consolation pendant la vie et à la mort, et notre gloire dans l'éternité.

 Pour réduirecette instruction à quelque chose de pratique, nous devons, 1° faire pendant cette année une étude spéciale de notre Règle, nous appliquant non seulement à la connaître, mais surtout à en comprendre le vrai sens et à en prendre le véritable esprit ; 2° prendre notre Règle pour sujet d'examen particulier (on pourra chaque fois lire un chapitre ou une partie d'un chapitre a la place du livre ordinaire d'examen) ; 3° faire au moins de temps en temps notre méditation sur notre Règle, particulièrement sur la seconde partie ; 40 dans les Noviciats, former les Novices à la fidèle observance de la Règle, et à cette fin leur faire chaque jour une instruction spéciale sur ce sujet.

 Je termine cette instruction, M. T. C. F., en faisant pour vous, à l'occasion de la nouvelle année, les mêmes vœux que l'apôtre saint Paul faisait pour les fidèles de Galatie, et par lesquels il termine l'admirable épître qu'il leur adresse : Je souhaite la paix et la miséricorde à tous ceux qui se conduiront selon celle Règle. (Galat., 6, 16.) Je vous souhaite de même une année sainte et heureuse dans la grâce et l'amour du Seigneur et dans la pratique fidèle et constante de votre Règle. Mais n'oubliez pas que c'est en méditant cette Règle avec attention, amour et respect, et en accompagnant cette méditation de ferventes prières, que vous recevrez les lumières et les grâces dont vous avez besoin pour en bien prendre l'esprit et la pratiquer exactement tous les jours de votre vie, et que vous mériterez que le Seigneur répande sur vous et sur vos travaux ses plus abondantes bénédictions : car on peut bien dire de l'observance de la Règle, ce qui est dit du quatrième commandement de Dieu, qu'une bénédiction et une récompense particulières y sont attachées, même dès cette vie. Daigne le Seigneur, selon l'expression de la Sainte Ecriture, vous rendre le bien que vous avez fait ; et puissiez-vous recevoir une pleine récompense du Seigneur le Dieu d'Israël, vers lequel vous êtes venus et sous les yeux duquel vous avez cherché un asile. (Ruth, 2, 12.)

 C'est dans ces sentiments que je vous embrasse tous en esprit, avec une bien tendre affection, dans les sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, en l'amour desquels je suis,

 Mes Très Chers Frères,

Votre très humble et très dévoué Frère et serviteur,

   F. François. 

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