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Circulaires 57

 

Br. François
02/02/1855 - Vol. II, n. 16
Circular 57


057

51.01.01.1855.1

 1855/01/02

 V. J. M. J.

Notre-Dame de l'Hermitage, le 2 février 1855.

Fête de la Purification de la Sainte Vierge.

      Mes très chers Frères,

En vous adressant notre première lettre circulaire de cette année, je ne crois pas pouvoir mieux intéresser votre pieux été que de vous entretenir du glorieux triomphe que l'Eglise vient de décerner à Marie, notre bonne Mère. Je le ferai en extrayant simplement des récits qui en ont été donnés, ce qui me paraîtra le plus propre à vous édifier, et en vous rappelant les devoirs que nous impose ce consolant événement.

 C'est, vous le savez, le 8 décembre 1854, que l'Eglise a défini comme dogme de Foi la vérité de l'Immaculée Conception de la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu par la bouche de son Chef suprême, le Pape Pie IX, au milieu de l'assemblée d'Evêques la plus nombreuse peut-être que Rome ait encore vue, et devant un concours de vingt-cinq mille chrétiens, réunis dans la basilique de Saint-Pierre au Vatican.

 La France, l'Angleterre, l'Allemagne, l’Autriche, tous les Etats de l'Europe, à l'exception seule de la Russie, y étaient représentés par d'illustres et saints évêques. L'Asie, l'Afrique, l'Amérique, l'Océanie y avaient aussi leurs mandataires sacrés; et toutes les puissances catholiques y étaient confondues dans le même respect et le même amour. On peut dire que le monde entier était là pour fêter le triomphe de la Reine des cieux.

 Arrive enfin le moment solennel où le Pontife suprême doit porter la décision si longtemps et si universellement désirée. Après l'Evangile, chanté dans les deux langues consacrées par la sainte liturgie et dans les deux rites prescrits pour la Messe papale, tous les yeux se tournent vers le trône du Saint-Père, et un silence solennel se fait dans l'immense assemblée. Alors, cinq évêques, le doyen des cardinaux, l'archevêque du rite grec, l'archevêque du rit arménien, le plus ancien des archevêques et le plus ancien des évêques viennent se prosterner aux pieds de Sa Sainteté, pour la supplier de rendre le décret concernant l'Immaculée Conception, que l'Eglise catholique désire et appelle de tous ses vœux, depuis si longtemps, et qui sera un sujet de joie pour le Ciel et de la plus vive allégresse pour la terre.

 Le Saint-Père répond qu'il accueille volontiers cette prière, mais qu'il faut d'abord implorer l'assistance du Saint-Esprit. Aussitôt, il se met à genoux et entonne le Veni Creator, que toute l'assemblée chante avec la plus grande dévotion.

 L'hymne terminée, le Vicaire de Jésus-Christ se relève et chante l'oraison ; puis, en présence de toute l'Eglise catholique, représentée par cinquante-quatre cardinaux, par un patriarche, par quarante-deux archevêques, par cent évêques, par deux à trois cents prélats inférieurs, par plusieurs milliers de prêtres, de religieux, de tous les rites, de tous les costumes et de toutes les contrées, la mitre en tête, dans l'attitude du docteur suprême, chargé de prononcer les oracles de la Foi, il commence la lecture du Décret, de cette voix grave, sonore, douce et majestueuse qui donne à sa parole un charme indéfinissable. Mais au moment de formuler le dogme même de l'Immaculée Conception par les paroles sacramentelles : Nous définissons, nous décrétons, nous confirmons, sa voix s'attendrit, des larmes montent à ses yeux, les pleurs lui coupent la parole et l'émotion du Chef pénètre toute l’assemblée. Cependant sa voix se ranime et il reprend alors la lecture de ce ton ferme et plein d'autorité qui convient au juge de la foi ; mais son émotion recommence lorsque, après avoir déclaré que la croyance à l'Immaculée Conception a été de tout temps la croyance de l'Eglise, et que, par conséquent, elle doit être professée par tous ses enfants, il revient à parler des grâces qu'il reconnaît lui-même devoir à la très sainte Vierge, des espérances qu'il fonde sur sa protection pour le soulagement des maux de la société et de l'Eglise, et du bonheur qu' Il éprouve à rehausser la gloire de celle qu'il a toujours tant aimée et d'où émanent tous les biens et tous les dons d'en-haut.

 C'est donc ainsi que le Souverain Pontife proclame à tout l'univers, comme un dogme de Foi, que LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE, DÈS LE PREMIER INSTANT DE SA CONCEPTION, PAR UN PRIVILÈGE ET UNE GRACE SPÉCIALE DE DIEU, EN VERTU DES MÉRITES DE JÉSUS-CHRIST, SAUVEUR DU GENRE HUMAIN, A ÉTÉ PRÉSERVÉE ET MISE À L'ABRI DE TOUTE TACHE DE LA FAUTE ORIGINELLE.

 Cependant, le canon du château Saint-Ange annonce à toute la ville la promulgation de ce bienheureux Décret, et ses coups multipliés semblent vouloir faire arriver jusqu'aux contrées lointaines la nouvelle de ce grand événement. C'est le signe de l'allégresse et du triomphe. Toutes les cloches des tours de Rome sonnent à toute volée, et les habitants, pour manifester leurs transports et leur joie, ornent leurs fenêtres et leurs balcons de tapisseries et de tentures. Après la messe pontificale, le glorieux Pie IX entonna le plus solennel Te Deum, qui peut-être, depuis des siècles, ait réjoui le Ciel et la Terre.

 Le soir, Rome entière devient comme un temple élevé à Marie, c'est littéralement une ville de feu. Pas un balcon, pas une fenêtre, pas une lucarne qui n'ait ses lampions ; depuis le palais du grand seigneur jusqu'à la mansarde du pauvre, tout est resplendissant de lumière ; les places publiques, les monuments, les églises portent des édifices de feu ; toutes les rues principales sont comme des fleuves lumineux à travers la capitale du monde chrétien ; le Capitole étincelle et des orchestres en plein air, saluent, au nom du peuple romain, le triomphe de la Reine des Cieux, qui est aussi la Reine de l'Eglise et de Rome. Partout des transparents, des images de Marie, des inscriptions en son honneur; partout la devise . MARIE CONÇUE SANS LA TACHE ORIGINELLE. Une foule immense sillonne la ville ; toute la population est dans les rues, sur les places, à Saint-Pierre surtout, dont la coupole élève dans les airs un diadème étincelant.

 Rome, en ce jour solennel, a montré de la manière la plus éclatante quelle est sa dévotion pour la sainte Vierge et l'histoire de l'Eglise marquera parmi les plus mémorables cette journée, où l'auguste Mère du Sauveur du monde a reçu de la chaire de vérité ce nouveau triomphe, qui rappelle si bien celui d'Ephèse, en 431, alors qu'elle fut solennellement, proclamée Mère de Dieu, par un même nombre, d'évêques assemblés en Concile, sous la présidence de saint Cyrille d'Alexandrie, légat du pape saint Célestin. Et ces joyeuses et brillantes manifestations qui marquent si bien la foi des fidèles et leur amour pour la Reine Immaculée du ciel et de la terre, vont se répéter dans presque toutes les villes et les villages de l'univers catholique.

 A la vue de cet épanchement universel de pieux été et de joie, il est facile de comprendre que Pie IX en élevant à la dignité d'un dogme de l'Eglise la pieuse croyance des fidèles du monde chrétien, touchant l'Immaculée Conception de Marie, n'a fait que manifester ce qui se trouvait au fond de tous les cœurs catholiques depuis dix-huit siècles.

 Et nous aussi, N. T. C. F., nous, enfants de Marie, tous dévoués à cette auguste Mère, membres d'une société dont elle est la Reine et la première supérieure, réjouissons-nous et faisons éclater notre joie, dans ce triomphe universel de la Vierge Immaculée, que nous avons tant de raisons d'aimer et de bénir ; réjouissons-nous et bénissons le Seigneur, de la. grâce qu'il nous accorde d'être les heureux témoins de ce triomphe de notre Mère, et tâchons d'y concourir de toutes nos forces, en la manière que nous le pouvons, selon l'esprit et les devoirs de notre saint état. A cette occasion, l'un de vous s'écriait, comme le saint vieillard Siméon : Seigneur, vous laisserez maintenant mourir en paix votre serviteur, puisque j'ai eu le bonheur d'entendre proclamer, comme dogme de Foi, le glorieux privilège de l'Immaculée Conception de la Mère de mon Sauveur.

 Que ce sentiment soit le sentiment de tous. Tous ensemble, empruntant les paroles mêmes de Marie, notre Mère, redisons dans les mêmes transports de joie, d'amour et de reconnaissance : Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en la pensée de Dieu mon Sauveur (Luc, I) ; parce qu'il a glorifié et exalté celle qui, par sa pureté sans tache et sa profonde humilité, a mérité d'être la Mère du Rédempteur du monde, et que le privilège de son Immaculée Conception, que nous avons toujours professé comme la pieuse croyance de l'Eglise, est aujourd'hui un article de Foi théologale. Que toutes les nations louent aussi cette Vierge pure et immaculée ; que tous les peuples la glorifient ; que dans le ciel un long cri d'amour réponde à l'allégresse de la terre; que l'Eglise qui triomphe et l'Eglise qui combat, s'unissent dans un même sentiment, pour célébrer leur Reine dans ce nouveau triomphe, qui ajoute un des plus beaux fleurons à sa couronne de gloire. Et vous, Mère bien-aimée, accueillez nos hommages, souriez à vos enfants qui se réjouissent de vos grandeurs, qui s'efforcent de les célébrer et de vous être agréables. Oui, vous êtes toute belle, ô Marie, et il n'y a point de tache en vous. (Cent., IV). Vous êtes la Vierge pure et immaculée, maintenant et toujours, et dès votre Conception.

 Plus nos rapports avec Marie sont intimes, plus notre amour pour cette tendre Mère est grand, plus aussi notre allégresse doit être vive et notre joie complète. L'occasion ne saurait être plus belle. Eh ! quel est l'enfant bien né qui ne se réjouisse du triomphe de sa Mère chérie ? Le Souverain Pontife lui-même nous en donne l'exemple : « Nos lèvres s'ouvrent dans la joie, dit-il dans sa  Bulle pour la définition dogmatique de l'Immaculée Conception, et notre langue parle dans l'allégresse. Nous rendons et nous ne cesserons de rendre les plus humbles et les plus ardentes actions de grâces à Jésus Christ, Notre Seigneur, qui, malgré notre indignité, nous a fait la faveur singulière d'offrir et de décerner cet honneur, cette gloire et cette louange à sa très sainte Mère. » Unissons-nous donc à la joie du Père commun des fidèles, et renouvelons en même temps notre foi et notre confiance au glorieux privilège de l'Immaculée Conception de Marie.

 Au reste : « Cette innocence originelle de l'auguste Vierge, si parfaitement en harmonie avec son admirable sainteté, et avec sa qualité suréminente de Mère de Dieu, comme dit le Saint-Père, dans cette même Bulle, l'Eglise catholique qui, toujours enseignée par le Saint-Esprit, est la colonne, le fondement et l'appui de la vérité, l'a toujours possédée comme une doctrine reçue de Dieu même, et renfermée dans le dépôt de la  Révélation céleste. Aussi, elle n'a jamais cessé de la développer, de la proposer, et de la favoriser tous les jours de plus en plus, par l'exposition de toutes les preuves qui la démontrent et par des actes éclatants. »

 En effet, ajoute le pieux Pontife, « De célèbres monuments de la vénérable antiquité, tant de l'Eglise orientale que de l'Eglise occidentale, prouvent avec évidence que la doctrine sur l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, qui s'est propagée d'une manière merveilleuse chez tous les peuples et parmi toutes les nations du monde catholique, avec le ferme assentiment de l'Eglise, par son enseignement, son  zèle, sa science et sa sagesse, a toujours été professée dans l'Eglise comme reçue de main en main de nos Pères, et revêtue du caractère de doctrine révélée. »

 Aussi, dans tous les pays de la chrétienté, les fidèles avaient-ils dans ces derniers temps, renouvelé et multiplié leurs prières, pour demander que la doctrine de l'Immaculée Conception fût définitivement déclarée dogmatique, c'est-à-dire, élevée au rang des vérités de la Foi. Ce privilège est trop beau, trop glorieux, trop important, et les chrétiens ont pour lui une trop grande vénération, pour qu'il restât plus longtemps inférieur aux autres, que l'Eglise a élevés à cet honneur. C'est pour cela que Pie IX, suivant les traces de ses prédécesseurs, et touché des suppliques qui lui étaient adressées de toutes parts, après avoir ordonné à cette fin des prières publiques et demandé le sentiment. des évêques du monde catholique, par une Encyclique datée du 2 février 1849, et reçu leurs réponses, qui toutes marquaient leur foi et celle du clergé et des fidèles confiés à leurs soins, à l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, et leur désir qu'on procédât à sa définition dogmatique, a convoqué à Rome les membres du Sacré-Collège et de l'Episcopat catholique ; et que, « plein de confiance en Dieu, comme il s'exprime lui-même dans la Bulle, et persuadé que le moment opportun de définir l'Immaculée Conception de la très sainte Vierge, qu'attestent les oracles divins, la vénérable tradition, le sentiment permanent de l'Eglise, l'accord admirable des pasteurs de l'Eglise et des fidèles, ayant examiné toutes choses avec le plus grand soin et offert, à Dieu des prières ferventes et assidues » il a enfin publié l'auguste Décret qui comble les vœux et excite la joie et la reconnaissance de tous les fidèles dans tout l'univers.

 Par cette définition dogmatique, l'Eglise se propose de procurer une augmentation de gloire et d'honneur à la très sainte Mère de Dieu; elle veut aussi par là exciter et affermir de plus en plus la dévotion des fidèles envers l'Immaculée Conception de Marie, dévotion si agréable à la sainte Vierge et si profitable à tous les chrétiens.

 Mais un autre grand avantage de cette définition, c'est d'ajouter à la pieuse croyance générale le mérite de la Foi théologale. Le culte de l'Immaculée Conception était fondé, il est vrai, sur l'autorité suprême de l'Eglise qui l'a d'abord permis, puis favorisé, et enfin approuvé et professé elle-même ; mais ces faits, quelque graves qu'ils soient, n'ont pas la portée et la valeur d'une définition dogmatique explicite ; et la croyance à la vérité qu'ils attestent, n'a pas le mérite qui est propre à celle dont l'objet est un article de Foi expressément formulé et défini.

 Maintenant donc que le décret dogmatique est rendu, notre croyance sera non seulement très certaine, mais elle aura encore le mérite qu'obtient, par sa nature même, l'assentiment et la soumission d'un esprit docile à la parole de Dieu.

 Tel est le mérite et tels sont les avantages que l’Eglise nous procure par cette définition mémorable et à jamais bénie.

 Et ce que nous devons bien remarquer encore, c'est la conduite toute spéciale de la miséricordieuse bonté de la divine Providence envers nous. Après tant de vœux tant de désirs ardents exprimés depuis des siècles, notre époque et dans un temps d'agitations, de révolutions, de bouleversements , de guerres, d'attentats même contre la Sainte Eglise, que le Seigneur nous a réservé de voir déclarer, par son autorité infaillible, que Marie, par un privilège unique, a été exempte de la faute originelle, qu'elle a été sainte et innocente dès le premier instant de sa conception.

 Comment ne pas espérer dès lors que Dieu ne veuille user d'une miséricorde toute particulière pour raviver toujours davantage la foi et la sainteté parmi les chrétiens, pour affermir la société ébranlée et pour éclairer ceux qui sont encore assis dans les ténèbres de l'erreur et de l'infidélité, afin que nous obtenions tous le salut par l'invocation de Marie conçue sans péché !

 Une autre considération qui frappe tout le monde dans ce grand événement, c'est de voir la puissance et l'union surhumaines, de la sainte Eglise catholique, qui conserve toujours l'intégrité de sa foi, et qui la formule d'une manière plus éclatante, selon les besoins des temps et l'opportunité des circonstances, sans jamais se contredire, parce qu'elle est toujours guidée par l'Esprit-Saint et assise sur la pierre inébranlable contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais. Oh ! comme elle nous apparaît glorieuse ! Quel éclat nouveau elle donne à ce caractère d'unité qui est son privilège fondamental.

 Un vieillard s'est levé, le Chef suprême de l'Eglise, Pie IX ; il a dit une parole, et aussitôt trois cents millions de catholiques ont incliné la tête, et pas un seul entre tous les membres de l'Episcopat qui n'ait applaudi; tous, pasteurs et fidèles, se sont unis, avec tous les transports de la joie, de l'amour et de la reconnaissance, dans une même pensée, un même sentiment, une même foi. Où donc retrouver une pareille puissance ? Auprès d'elle qu'était-ce que la souveraineté de Rome païenne ? A-t-elle jamais pu, comme Rome chrétienne, commander à la pensée, dominer les âmes et envelopper l'univers tout entier dans le bienfaisant réseau de son autorité ? Raffermissons donc notre foi et notre confiance en la Sainte Eglise. Ne craignons rien : elle peut être attaquée, mais elle ne sera jamais vaincue ; elle peut être ébranlée, mais elle restera toujours debout. Elle s'appuie d'un côté sur l'indestructible colonne de la vérité, et de l'autre sur la charité qui conserve et vivifie toutes choses. Aussi, c'est à elle qu'appartiennent les destinées du monde ; c'est elle qui nous arrachera aux périls, qui nous sauvera du naufrage, et c'est Marie qui sera l'étoile bénie de cet avenir de salut.

 Non, l'auguste Vierge, qui reçoit de l'Eglise ce nouvel honneur; cette puissante Reine, qui a toujours protégé les peuples, qui a terrassé toutes les hérésies, qui a écrasé la tête du serpent infernal ; cette tendre Mère, notre vie et notre espérance, ne se laissera pas vaincre en générosité et en amour ; elle nous donnera sûrement des marques nouvelles et éclatantes de sa bonté et de si. puissante protection. Le passé nous est d'ailleurs un sûr garant de l'avenir. Qui a invoqué Marie et n'a pas été secouru? Qui a imploré son assistance et en a été délaissé? Non, jamais il ne sera dit que cette Vierge puissante et fidèle, dont la bonté et l'amour égalent le pouvoir, dont l'apanage est la tendresse et la miséricorde, ait manqué à qui que ce soit qui l'ait invoquée, en quelque état, en quelque circonstance, en quelque besoin spirituel ou corporel qu'il se soit trouvé.

 Mais il semble que le Dieu des miracles s'est plu, dans ces derniers temps surtout, à glorifier et à exalter, d'une manière spéciale, Marie invoquée sous le titre d'Immaculée, de Vierge conçue sans péché ; et, afin de la faire proclamer bienheureuse, pleine de grâce, exempte de tout péché et remplie des dons célestes dès le moment de sa Conception, par les générations présentes comme par les générations des siècles passés, il a multiplié et répandu les prodiges par toute la terre ; il les a multipliés surtout dans cette terre de France, toujours si heureuse d'avoir été appelée par un grand pape le royaume de Marie.

 En effet, demandons à ces pécheurs endurcis, d'où est venue cette impression subite qui les a arrachés au crime et a ramené leur cœur vers l'innocence ; demandons à cet Israélite obstiné quelle main l'a terrassé dans le sanctuaire romain, devenu depuis si célèbre ; demandons à ces malades de toute espèce pourquoi ils ne gémissent plus sous le poids de leurs longues et cruelles infirmités; demandons à ces mourants quelle main puissante les a ramenés des portes du tombeau; à ces nobles guerriers, à ces généreux soldats, quelle était au jour du combat, l'armure dont ils couvraient leur poitrine pour échapper aux balles meurtrières; à ces villes entières, qui les a préservées ou délivrées des fléaux destructeurs; et de toutes parts nous entendrons ces accents de la reconnaissance catholique : « C'est à l'invocation de Marie conçue sans péché, c'est à la vénération de sa miraculeuse image que nous devons notre salut : qu'elle soit donc à jamais honorée et bénie entre toutes les créatures, celle en faveur de qui le Tout-Puissant a opéré tant et de si grandes merveilles! »

 Mais qu'avons-nous besoin, N. T. C. F., de chercher ailleurs des motifs à notre confiance, des effets de la puissante et maternelle protection de Marie et des marques sensibles de sa compatissante bonté, et, de sa tendresse incomparable pour ses enfants ? Notre Société ne nous en offre-t-elle pas continuellement, et chacun de nous ne peut-il pas en rendre témoignage? Demandons à ce pieux Novice, à ce jeune Frère, à nos Frères chargés des classes, à nos Frères Directeurs, à tous, en quelque position qu'ils se soient trouvés, demandons-leur qui les a soutenus dans les ennuis, les peines et les dangers ; qui les a préservés du malheur d'offenser Dieu, de succomber à la tentation et même de perdre leur vocation ; qui les a fait triompher de tous les obstacles qu'ils ont rencontrés ; comment ils ont réussi dans leur emploi, dans leur charge, dans leur établissement; qui a rendu leurs enfants pieux, soumis, assidus et respectueux ; tous nous répondront : C'est à Marie que nous en sommes redevables ; c'est parce que nous avons recourir à Marie que nous avons invoqué Marie, que nous nous sommes consacrés à Marie, que nous avons mis, sous sa protection et entre ses bonnes mains, nos enfants, nos emplois et nos Etablissements, que toutes ces grâces nous ont été accordées. Oh ! que de grandes choses, que de miracles, que de prodiges de bonté, de miséricorde et d'amour sont opérés par cette tendre Mère en faveur de ses chers enfants qui l'aiment, et qui s'efforcent de la faire aimer et invoquer autant qu'il leur est possible !

 Oui, nous pouvons le dire avec cette certitude qu'inspire une confiance qui n'a jamais été trompée, l'exaltation de Marie conçue sans péché, la définition dogmatique de son Immaculée Conception est le triomphe de l'Eglise, le triomphe de la Foi catholique, le triomphe de la grâce divine ; et comme le disait encore en ces derniers temps un docte et pieux cardinal (Lambruschini) . « -Nous devons regarder cet acte solennel comme l'avant-coureur de grâces multipliées, de grandes miséricordes et de douces bénédictions qui se répandront sur toute l'Eglise. » La reconnaissance de Marie répondra à l'amour et au zèle de ses pieux eux enfants et de leur auguste Chef. Trésorière et distributrice des dons du ciel, elle les répandra avec une nouvelle profusion, et elle réalisera ainsi plus que jamais la promesse si consolante qu'elle faisait, il y a quelques années, pour la terre tout entière et pour la France en particulier, en apparaissant à une humble vierge de la famille de saint Vincent de Paul, et en nous enseignant à dire, avec une pleine confiance, cette prière qui a opéré déjà tant de merveilles dans tout l'univers : O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ! Oui, nous l'espérons avec le Vicaire de Jésus-Christ, « la bienheureuse Vierge Marie, qui a été élevée par la grandeur de ses mérites au-dessus de tous les chœurs des Anges, jusqu'au trône de Dieu, comme dit saint Grégoire, qui a brisé sous son pied immaculé la tête de l'antique serpent, et qui, placée entre Jésus-Christ et l'Eglise, selon la parole de saint Bernard, toute pleine de grâces et de suavité, a toujours arraché le peuple chrétien aux plus grandes calamités, aux « embûches et aux attaques de tous ses ennemis, cette bonne Mère daignera également nous prendre en pitié, : avec cette immense tendresse qui est l'effusion habituelle de son cœur maternel, écarter de nous, par son instante et toute-puissante intercession auprès de Dieu, les maux dont nous sommes menacés, les fléaux qui nous affligent à cause de nos péchés, dissiper les tempêtes dont l'Eglise est assaillie, et changer nos craintes et nos douleurs en consolations et en  joie »

 « C'est donc avec la plus ferme espérance et avec la confiance la plus assurée que nous attendons ces bienfaits, continue notre Saint-Père le Pape dans son admirable Bulle dogmatique, la bienheureuse Vierge qui, toute belle et Immaculée, a écrasé la tête venimeuse du cruel serpent et a apporté le salut au monde, qui est la louange des Prophètes et des Apôtres, l'honneur des Martyrs, la joie et la couronne de tous les Saints ; qui est le refuge assuré et l'auxiliatrice invincible de qui« conque est en péril, la médiatrice et la réconciliatrice toute-puissante de la terre auprès de son Fils unique, la gloire, la splendeur et la sauvegarde de la Sainte Eglise ; qui a. détruit toutes les hérésies, qui a arraché aux calamités les plus grandes et aux maux de toute espèce les peuples fidèles et les nations, et qui Nous a délivrés Nous-mêmes des périls sans nombre dont Nous étions assailli ; la bienheureuse Vierge fera par sa protection toute-puissante que la sainte Eglise catholique notre Mère, triomphe de toutes les difficultés et de toutes les erreurs, et soit de jour en jour plus forte et plus florissante chez tous les peuples et dans toutes les contrées, qu'elle règne d'une mer à l'autre, des rives du fleuve jusqu'aux extrémités de la terre, qu'elle jouisse pleinement de la paix, de la tranquillité, de la liberté ; et qu'ainsi les coupables obtiennent le pardon, les malades la guérison, les faibles la force de l'âme, les affligés, la consolation, ceux qui sont en péril le secours, et que tous ceux qui sont dans les ténèbres de l'erreur et du vice, reviennent au sentier de la justice et de la vérité, afin qu'il D'y ait qu'un troupeau et qu'un pasteur. »

 « Enfin, ajoute le saint et vénéré Pontife, que tous nos bien-aimés enfants de l'Eglise catholique entendent nos paroles, et que, chaque jour, animés d'une pieux été plus vive, d'une vénération plus profonde et d'un amour plus ardent, ils continuent d'honorer, d'invoquer et de prier la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, conçue sans la tache originelle ; qu'ils aient recours avec une entière confiance à cette douce Mère de grâce et de miséricorde, dans tous leurs dangers, leurs angoisses, leurs nécessités, leurs ennuis et leurs frayeurs. Il n'y a jamais lieu de désespérer, quand on marche sous la conduite, sous les auspices, sous le patronage et sous la protection de celle qui, ayant pour nous un cœur de mère, et se chargeant elle-même de l'affaire de notre salut, étend sa sollicitude surtout le genre humain ; et qui, établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre, et, élevée et exaltée au-dessus de tous les chœurs des Anges et de tous les ordres des Saints, se tient assise à la droite de son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et intercède sans cesse pour nous auprès de lui. Ses prières maternelles ont une force toute-puissante ; elle trouve ce qu'elle cherche, ce qu'elle veut elle l'obtient, et jamais ses demandes ne sont rejetées. »

 Il me reste maintenant, N. T. C. F., à vous dire un mot des obligations aussi douces qu'avantageuses que la proclamation du dogme de l'immaculée Conception de la très sainte Vierge impose à tous les fidèles, et à nous en particulier : obligations douces, parce qu'elles sont pour l'honneur et la gloire de notre bonne Mère ; obligations avantageuses, parce qu'elles nous procurent de grands biens, et qu'elles feront notre joie et notre bonheur, même en cette vie. Tout ce qui tient en effet à la dévotion à Marie est délicieux au cœur et répand le baume de la consolation et de la paix sur tout le cours de notre vie. C'est l'enfant qui va à sa mère, c'est la mère qui reçoit son enfant.

 Le premier de ces devoirs est de renouveler notre foi et noire dévotion au glorieux privilège de l'Immaculée Conception de Marie. Dieu a parlé par la bouche de l'Eglise, et l'Eglise a réellement parlé au nom de Dieu, ce qui arrive toutes les fois qu'elle rend une définition dogmatique. En effet, c'est un point fondamental de la Foi que l'Eglise, dans ses décisions dogmatiques, est toujours assistée du Saint-Esprit, de telle sorte que, quoique les hommes qui la composent puissent se tromper en beaucoup d'autres choses, parce qu'alors ils agissent simplement en hommes, toute erreur est impossible, lorsque l'Eglise définit ce que l'on doit croire, parce qu'alors elle agit comme la colonne et le soutien de la vérité, comme le dépositaire et l'interprète fidèle de la Révélation. Nous sommes obligés de croire, et nous croyons en effet d'une Foi théologale ou divine tout ce qu'elle nous enseigne. Combien ne doit-il pas être consolant pour le cœur d'un catholique de savoir que Dieu nous parle aujourd'hui encore par le moyen de son Eglise et nous éclaire ainsi continuellement de sa divine lumière?

 Renouvelons donc maintenant avec amour et reconnaissance notre foi sur tous les dogmes catholiques, sur toutes les vérités que croit et enseigne la sainte Eglise catholique, et en particulier sur l'Immaculée Conception de Marie ; protestons que nous la croyons aussi fermement que sa maternité divine, et sa virginité perpétuelle. Invoquons souvent Marie conçue sans péché, renouvelons tous les jours notre consécration à cette Vierge pure et immaculée, répétons continuellement cette belle invocation : O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ; ou cette pieuse aspiration : Bénie soit la très sainte et très Immaculée Conception de la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu, à jamais !

 Le second devoir est de professer extérieurement et d'enseigner, selon notre état et notre emploi, le dogme de l'Immaculée Conception de Marie. Tout chrétien est obligé de manifester sa foi, en tout temps et en tout lieu, lorsque la gloire de Dieu et le bien spirituel du prochain le commandent, dut-il pour cela, comme les Martyrs, s'exposer aux tourments et à la mort. Mais nous, en qualité de Religieux, de Frères de Marie, chargés de l'éducation chrétienne des enfants, nous devons maintenant, avec un nouveau zèle, enseigner ce glorieux privilège, comme dogme de Foi, à tous ceux qui nous sont confiés, et leur apprendre à aimer, à honorer et à invoquer souvent Marie conçue sans péché, et à recourir à cette auguste Mère avec une entière confiance, selon l'esprit de l'Eglise, ainsi que nous le disent nos saintes Règles.

 Heureux le Frère de Marie qui instruit bien ses élèves des grandeurs et des bontés de cette tendre Mère, qui les habitue à se consacrer à elle tous les jours et à recourir à sa maternelle protection dans tous leurs besoins, à l'invoquer dans tous les dangers où ils peuvent être exposés, dans tous les périls et dans tous les maux de l'âme et du corps ! Heureux aussi les enfants confiés à un tel Frère ! On peut affirmer que son enseignement sera pour eux une source de vertus et de sainteté, et que l'amour qu'il saura leur inspirer pour Marie, en les détournant du vice, les fera entrer sûrement dans la voie du salut, et les y ramènera tôt ou tard si la faiblesse ou l'ignorance les en font sortir quelquefois. Quelle consolation pour un Frère instituteur ! Quel motif de confiance et d'encouragement ! Comme il est heureux de voir tous ses enfants priant Marie, se consacrant à Marie, aimant et honorant Marie et se formant sous ses yeux à la servir tous les jours de leur vie !

 Le troisième devoir est d'honorer le mystère de l'Immaculée Conception par une vie très pure et très chaste. Dieu, en préservant Marie de la moindre tache de toute espèce de péché, en glorifiant Marie conçue sans péché, nous apprend qu'il n'y a de vrai bien que la grâce, puisque voulant distinguer sa Mère sur toutes les créatures, il l'enrichit avant tout d'une grâce, d'une pureté parfaite ; qu'il n'y a. de vrai mal aussi que le péché, que le péché seul lui déplaît et que tous les autres maux de la, vie sans le péché sont plutôt des biens que des maux, puisqu'en préservant Marie de tout péché et de l'ombre même du péché, Dieu ne l'a pas exemptée des peines, des douleurs, ni des autres misères de la vie. Au contraire, on peut dire qu'après Jésus, c'est Marie qui a le plus souffert, et c'est pour cela qu'elle est appelée Reine des martyrs. On peut même ajouter que ce sont les souffrance unies à l'innocence et à la sainteté de sa vie, qui lui on[ mérité ce haut degré de gloire et de puissance qu'elle possède dans le royaume des cieux.

 Si nous voulons donc honorer dignement cette Vierge pure et immaculée et nous montrer ses dignes enfants, efforçons-nous de vivre dans le plus grand éloignement de toute espèce de péché, de ne jamais consentir volontairement à aucun péché, et proposons-nous souvent de mourir plutôt mille fois que d'en commettre un seul. Demandons tous les jours cette grâce par l'intercession de Marie notre refuge et notre Mère, adressons-nous à elle, avec une entière confiance, surtout quand il s'agit de conserver l'aimable vertu qui lui fut toujours si chère. Le Seigneur, en rendant sa Mère toute pure et Immaculée, l'a faite la patronne et la protectrice de la pureté. Tous ceux, dit saint Liguori, qui, dans les combats contre la chair, ont le bonheur de prononcer son nom et de l'invoquer, peuvent être assurés de la victoire. Dans ces circonstances critiques, jetons-nous en esprit aux pieds de Marie, et conjurons-la, par sa très sainte virginité et son Immaculée Conception de nous obtenir et de nous conserver la pureté de l'âme et du corps. Prenons en main et baisons affectueusement le Chapelet ou la Médaille miraculeuse, source de tant de prodiges ; et ne cessons pas de répéter son nom béni, de l'appeler à notre secours, que la tentation ne soit dissipée.

 Mais à ce recours continuel à Marie, il faut joindre une vigilance aussi continuelle sur notre conduite, et ne rien nous permettre qui puisse donner lieu à la tentation et ternir la pureté de notre âme. Il faut, comme Marie, aimer le silence, le recueillement, la vie cachée, et ne rien négliger de tout ce que prescrit notre sainte Règle concernant nos rapports soit avec les élèves, soit avec les personnes du dehors. C'est là que nous trouverons toujours notre sûreté et notre salut. Si nous nous relâchons sur ce point important, nous avons tout lieu de craindre un terrible et funeste naufrage. Qui s'expose au danger y périra, dit l'Esprit Saint (Ecclé., 3). Marie, quoique exempte de la concupiscence, pleine de grâces et enrichie de tous les dons du Ciel, n'en veillait pas moins sur ses sens; elle n'en pratiquait pas moins la mortification, la modestie et le recueillement. A son exemple, ne négligeons rien pour fermer à l'ennemi la porte de nos sens et l'entrée de notre cœur ; nous y sommes d'autant plus obligés que nous reconnaissons que c'est sur ce point qu'il nous livre les plus rudes assauts, et qu'il met plus d'acharnement à nous poursuivre pour nous perdre.

 J'espère donc, N. T. C. F., qu'à la suite du Souverain Pontife et de tous les évêques du monde, comme enfants dévoués de la sainte Eglise, comme enfants de Marie d'une manière spéciale, vous réveillerez tous votre foi aux glorieux privilèges de cette bonne Mère, vous redoublerez de zèle pour sa gloire, de dévouement à son culte, d'amour pour son incomparable bonté, et de confiance en sa toute-puissante protection. Vous travaillerez surtout à vous conserver purs et chastes, afin de lui plaire de plus en plus; vous fuirez jusqu'à l'ombre et à l'apparence même du péché et vous en éviterez les moindres occasions. C'est ainsi que nous honorerons parfaitement l'Immaculée Conception de Marie, que nous en tirerons des fruits abondants de salut et que nous mériterons quelle continue à nous protéger tous et à nous bénir. 

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Voici les noms des Frères décédés depuis notre dernière Circulaire : 

F. Cindée, Profès, décédé à Notre-Dame de l'Hermitage, le 2 juillet 1854.

F. Léonissa, vœu d'obéissance, décédé à Saint-Paul-trois-Châteaux, en juillet.

F. Cerdonien, vœu d'obéissance, décédé à Saint-Paul-trois-Châteaux, en juillet.

F. Éthére, vœu d'obéissance, décédé dans sa famille, le 1ieraoût.

F. Sérénus, vœu d'obéissance, décédé à Saint-Paul-trois-Châteaux, en août.

F. Ancydime, vœu d'obéissance, décédé à Saint-Paul-trois-Châteaux, le 1ieroctobre.

F. Birin, Profès, décédé à Saint-Paul-trois-Châteaux, le 13 octobre.

F. Canut, Profès, décédé à Notre-Dame de l'Hermitage, le 2 décembre.

F. Stanislas, Novice, décédé à Notre-Dame de l'Hermitage, le 5 décembre.

F. Rainier, Novice, décédé à Notre-Dame de l'Hermitage, le 3 janvier 1855. 

En recommandant particulièrement à vos prières ces nouveaux défunts, qui, tous, sont morts dans de saintes dispositions et avec tous les secours de la Religion, je vous engage de nouveau à être bien fidèles à ce que la Règle prescrit pour nos défunts. N'oubliez pas surtout de faire acquitter les messes, soit dans les paroisses, soit dans les maisons de Noviciat. 

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Les Frères qui se proposent de demander les vœux pour la Retraite prochaine (vœu d'obéissance, vœux perpétuels, vœu de stabilité), doivent le faire tout de suite, comme il est dit dans le chapitre VI des Constitutions. Qu'ils aient soin de le relire à cette fin, ainsi que la troisième et la quatrième section du chapitre V. 

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La Providence multipliant de plus en plus la Société, particulièrement dans le Centre et au Midi, nous sommes dans la nécessité de commencer tout de suite nos constructions de Saint-Genis-Laval, et prochainement aussi l'agrandissement de la Maison de Saint-Paul-trois-Châteaux. Déjà même on est à l’œuvre pour le Noviciat de Saint-Genis, et nous avons l'espoir qu'on pourra en terminer une partie assez considérable cette année. Ce sera, nous l'espérons, un motif pour tous de redoubler de soins et d'attention dans l'administration des deniers de nos maisons pour nous venir en aide autant que possible. Sentant comme nous le besoin de ces constructions, et comprenant la grandeur des dépenses où elles nous entraînent, vous voudrez tous, je n'en doute pas, y concourir de tout votre pouvoir, selon vos facultés personnelles et les ressources de vos Etablissements. Que les économies cependant ne se fassent pas au détriment de la santé, il faut que l'ordinaire des Frères soit selon la Règle ; mais soyez très réservés pour toutes les autres dépenses. 

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J'ai à vous recommander encore d'être très exacts à tout ce que la Règle prescrit par rapport à la correspondance.

 Que personne n'oublie d'écrire au temps marqué selon qu'il est expliqué dans les articles 1, 2, 3 et 4 du Chapitre Il des Règles communes, 3ièmepartie. Hors de là, évitez d'écrire, à moins qu'il n'y ait des raisons graves et pressantes, comme dit la Règle ; il y a perte de temps pour tous et frais inutiles à écrire, après coup, pour des choses qu'on aurait dû prévoir ou qui peuvent parfaitement se remettre à la correspondance suivante.

 Assurez-vous toujours que vos lettres sont suffisamment affranchies. Vous savez qu'avec un timbre-poste insuffisant les lettres sont taxées comme non affranchies et coûtent 60 centimes.

 A l'avenir, vous mettrez la date en tête de vos lettres, ce sera beaucoup plus commode pour nous. C'est, d'ailleurs, ce qui se pratique dans toutes les administrations, quand même l'usage semble encore demander le contraire pour les lettres adressées à des personnes de distinction.

 De plus, comme je tiens essentiellement à ce que vous vous formiez tous à une belle écriture, soit appliquée, soit expédiée, je veux que vous apportiez une attention particulière à bien écrire toutes les lettres que vous nous envoyez. Nous serons bien aises de juger par là de vos progrès et du soin que vous mettez à vous perfectionner sous ce rapport.

 Nous avons décidé, conformément aux Constitutions, chapitre XIV, art. 1ierde la 2° section, que, pour honorer, d'une manière particulière, l'Immaculée Conception de Marie, nous remplacerons les litanies ordinaires de la Sainte Vierge, le samedi, par celles de l'Immaculée Conception.

 On les récitera, comme par le passé, après les tentations ; mais cette pratique ne se fera pas en communauté ; elle est laissée l'Oraison du matin, en les faisant précéder de l'invocation : O Marie conçue sans péché, etc. …….

 Je vous en fais passer un exemplaire, auquel j'ai joint une pratique de dévotion à Marie, recommandée comme un puissant remède contre à la dévotion de chacun.

 Je désire aussi que vous honoriez tous, d'une manière particulière, le glorieux saint Joseph, patron de la Société. Tâchez de vous préparer de votre mieux à sa fête e de la célébrer avec toute la ferveur possible. Notre intention est d'en faire les offices avec solennité dans nos maisons de Noviciat, autant que les circonstances le permettront. 

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Il est encore un point de Règle sur lequel je veux appeler tout de nouveau toute votre attention ; il n'en est aucun auquel tous les membres de l'Institut et les Frères Directeurs surtout doivent plus essentiellement, plus constamment, plus particulièrement tenir : c'est à bien faire les prières et tous les exercices de pieux été, à les faire avec modestie, avec gravité, avec recueillement, avec ferveur et dévotion. N'oubliez pas, N. T. C. F., que le temps de la prière est le temps le plus précieux pour vous, c'est presque le seul qui vous appartienne personnellement. Gardez-vous donc bien d'en rien retrancher pour le donner à l'étude ou à toute autre occupation. Pénétrez-vous fortement du souvenir de la présence de Dieu, quand vous avez à faire une prière, quelle qu'elle soit ; recueillez-vous un instant pour cela avant de la commencer, et faites-vous une loi, une habitude invariable de bien prononcer toutes les prières vocales, de ne jamais les précipiter et d'y avoir toujours une tenue très modeste et profondément recueillie. Relisez à ce sujet l'Art. 13 de la Règle des Frères Directeurs, page 197 des Constitutions : il vous fera comprendre toute l'importance que j'attache à cet avis et que vous devez y attacher vous-mêmes. C'est là le point capital pour assurer notre salut à tous et la prospérité de l'Institut. C'est aussi le moyen par excellence d'honorer Marie, notre bonne Mère, puisque nos exercices de pieux été de chaque jour résument toutes les principales pratiques de dévotion établies en son honneur. J'ai donc la confiance que vous mettrez un zèle tout nouveau à les bien faire, pour la gloire de Dieu et l'honneur de Marie conçue sans péché ; et dans cette confiance je vous renouvelle l'assurance du tendre et respectueux attachement avec lequel je suis, en Notre Seigneur, 

Nos très chers Frères,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

      F. François.

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