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Le document Vourdin et le Frére Jean-Baptiste

 

Leurs convergences et divergences sur les attaques contre Champagnat en 1819-21
F. André Lanfrey - 21/10/2018


C’est dans le chapitre 11 de la Vie du P. Champagnat (1856) que le F. Jean-Baptiste évoque les « contradictions et les persécutions » que lui et son œuvre ont subies avant l’arrivée de Mgr. de Pins. Soucieux d’une synthèse sur la question, l’auteur s’est peu préoccupé de chronologie précise. Sans négliger les attaques venant du curé Rebod et du clergé de Saint Chamond, il présente le vicaire général M. Bochard, comme le chef d’une conjuration. Cette interprétation correspond sans doute à la tradition orale des Frères anciens et, en la mettant par écrit, le F. Jean-Baptiste lui donne un caractère officiel. Mais il existe sur ces « contradictions et persécutions » les « Notes Bourdin » (OM2/748) rédigées vers 1830, ayant le P. Champagnat comme informateur principal, interprètent ces événements de manière très différente.

 

Deux chronologies des événements assez différentes

 

 

Vie, 1° partie, Ch. 11

Notes Bourdin (OM2/754, § 16-28)

1/ Champagnat accusé d’ambition. Il donnerait de faux espoirs à la jeunesse.

1/ M. Bochard écrit à M. Rebod à propos de « réunions illégitimes ».(1819 )

2/ Synthèse des accusations sur sa communauté (…une secte de Béguins[1]).

2/ Prière du P. Champagnat concernant son oeuvre

3/ M. Bochard convoque M. Champagnat.

3/ Accusation de détournement de quête

4/ Explications de M. Champagnat à M. Bochard.

4/ M. Champagnat décide de se justifier devant M. Bochard.

5/ Echange Bochard-Champagnat sur la nature de la société qu’il a commencé à fonder.

5/ Cette lettre reçue à l’époque de Pâques (1819 )

6/ Conclusion de l’entrevue : M. Bochard ne veut pas plusieurs congrégations de Frères.

6/ Une seconde attaque venant du comité cantonal (Pâques 1820)

7/ M. Bochard propose une fusion des projets. Champagnat est réservé

 

7/ Accusation de former un collège clandestin. Grande inquiétude de la communauté

8/ Entrevue très favorable avec M. Courbon.

8/ M. Champagnat menacé de déplacement. Attaques de M.Dervieu et du curé Rebod.

9/ Encouragements et conseils de prudence de M. Gardette.

9/ Lettre à M. Courbon à propos de la vente de la maison et des troubles qu’elle peut provoquer dans la paroisse.

10/ Menaces de M. Bochard qui veut l’union avec ses Frères

10/ M. Courbon répond de s’adresser à M. Bochard.

11/ Champagnat discret auprès des Frères sur la gravité de la situation

11/ Champagnat a écrit à M. Bochard mais ne l’a pas vu.

12/ Menaces de M. Bochard (autre récit sur le même sujet que le 10/)

12/ Voyage à Lyon. M. Dervieu étonné de la faible réaction de l’archevêché

13/ M. Dervieu, agent de M. Bochard, humilie M. Champagnat

13/ Entrevue avec M. Courbon. Pas de déplacement de Champagnat.

14/ Malveillante accrue du curé Rebod.

14/ Entrevue avec M. Bochard. Affiliation de l’œuvre de Champagnat au vicaire général (1821 ?)

15/ Le confesseur de M. Champagnat l’abandonne.

15/ M. Bochard soutien du P. Champagnat (bon accueil à la retraite) Fondation de Chavanay avec son autorisation.

16/ Champagnat et sa communauté envisagent d’émigrer.

16/ M. Gardette conseille la prudence

17/ Menaces de fermeture de la maison faites par M. Dervieu.

 

18/ Extrême inquiétude à La Valla

 

19/ La venue de Mgr. de Pins comme libération des persécutions de M. Bochard et Dervieu.

17/ L’arrivée de Mgr. de Pins bloque le projet d’affiliation et le P. Champagnat, par l’intermédiaire de M. Gardette, se rallie à l’administrateur.

 

Convergences et discordances des deux versions

En dépit de divergences évidentes les deux récits sont d’accord sur de nombreux points. D’abord sur la date de la fin du problème par l’arrivée de Mgr. de Pins, en fait annoncée en décembre 1823 et effective en février 1824. Pour le début, la chronologie est moins claire : les notes Bourdin semblent situer la première intervention de M. Bochard à Pâques 1819, tandis que le F. Jean-Baptiste ne donne aucun repère net. Il y a accord sur l’identité des principaux adversaires de Champagnat : M. Rebod, le curé ; M. Dervieu, curé de St Pierre de St Chamond ; M. Bochard vicaire général. Mais les deux auteurs diffèrent sur le rôle joué par chacun d’eux : pour le F. Jean-Baptiste c’est M. Bochard qui, de bout en bout, mène l’offensive tandis que le P. Bourdin suggère nettement que l’adversaire majeur est M. Dervieux. Quant à M. Rebod, le F. Jean-Baptiste insiste sur son opposition tandis que le P. Bourdin ne s’intéresse à lui qu’au début de l’attaque et le présente comme un adversaire de second rang. M. Cathelin, prêtre et recteur du collège de St Chamond, est cité seulement par M. Bourdin, comme comparse, mais il est sans doute l’auteur essentiel de l’accusation de tenir un collège clandestin.

Le P. Bourdin et le F. Jean-Baptiste sont aussi d’accord sur les soutiens de M Champagnat : M. Courbon, premier vicaire général, chargé du placement des prêtres, et M. Gardette supérieur du séminaire. Mais le P. Bourdin nous présente un M. Courbon assez réservé, d’autant que l’affaire n’est pas de sa compétence directe. Surtout, les Notes Bourdin nous révèlent l’aide apportée par deux vicaires de St Chamond : M. Journoux et Durbise.

Pour le P. Bourdin tout commence par une lettre de M. Bochard vers le temps de Pâques 1819, suite à une accusation de «réunions illégitimes » tandis que le F. Jean-Baptiste rapporte longuement une entrevue Bochard-Champagnat que le P. Bourdin ne situera que plus tard et en termes très différents, comme si les deux auteurs avaient suivi deux traditions orales divergentes sur le même événement[2].

 

Synthèse des événements

A mon avis, le récit du P. Bourdin sur cette attaque contre M. Champagnat et son œuvre est beaucoup plus fiable que celui du F. Jean-Baptiste. Il permet une chronologie en trois étapes : d’abord des rumeurs (1819) qui entraînent une intervention de M. Bochard qui n’empêche pas Champagnat de poursuivre mais lui impose probablement de mieux contrôler son œuvre. Au cours de l’année 1820 sans doute vers Pâques, éclate l’affaire du collège clandestin provoquée par M. Cathelin et relayée par M. Dervieux. Comme cette attaque suit de près la première, et n’est guère qu’un changement dans sa forme, la tradition orale des Frères en a fait une seule affaire. M. Dervieux se montre intraitable mais la position du comité cantonal est plus faible qu’il n’y paraît : il ne peut faire intervenir la force sans risque de troubles et sans l’accord des vicaires généraux. Le moment décisif est la rencontre avec M. Bochard, probablement en 1821. Et l’on passe alors à une phase très différente : ayant désespérément besoin d’une autorité protectrice, Champagnat accepte la tutelle de M. Bochard qui le libère par ricochet des menaces du comité cantonal. Et il compte sur la Providence pour que cette tutelle ne devienne pas une annexion pure et simple. L’arrivée de Mgr. de Pins sera donc reçue comme un signe du ciel.

Il n’empêche que, de 1821 à la fin de 1823 –plus ou moins durant deux ans – l’œuvre de La Valla fonctionnera avec M. Bochard comme supérieur diocésain, non seulement des Frères de Marie, mais aussi de toutes les communautés de Frères du diocèse. Le F. Jean-Baptiste occulte largement ce fait et le P. Bourdin, qui évoque la fondation de Chavanay dans ce contexte, est plus crédible. Ceci dit, l’autorité de M. Bochard sur ces congrégations en gestation était plus théorique que réelle.

Lorsque Mgr. de Pins arrive, le principe d’une congrégation diocésaine de Frères est acquis et l’administrateur apostolique considérera les Frères de La Valla comme ceux du diocèse à l’exclusion de tous les autres. Les Frères de la Croix de Jésus, à peine naissants, rejoindront M.Bochard exilé dans le diocèse de Belley où ils connaîtront un certain développement ; les Frères du Sacré-Coeur nés à Lyon émigreront en Haute-Loire, et les Frères de M. Rouchon vont se disperser.

Bien des témoignages affirment que M. Bochard était un personnage au caractère difficile et à l’autorité envahissante, ce qui nous aide à comprendre les inquiétudes de Champagnat et sa communauté en 1819-1820. Les Notes Bourdin donnent de lui une toute autre vision : certes un supérieur impérieux mais qui s’est révélé un protecteur efficace de M. Champagnat. Mgr. de Pins saura développer, de manière moins abrupte, une politique semblable à la sienne.

En fait l’œuvre de Champagnat a davantage pâti de l’opposition du clergé du canton que de l’autoritarisme de M. Bochard. D’où la difficulté du recrutement de nouveaux aspirants avant 1822 et la création d’écoles loin du canton (St. Sauveur, Bourg-Argental, St Symphorien-le-Château) ou même dans le diocèse voisin de Viviers (Vanosc, Boulieu), patronnées presque toujours par les autorités communales plutôt que par les curés.

F. André Lanfrey

 


[1] Il y a une secte janséniste ainsi nommée à St Jean-Bonnefons

[2] Dans ce dialogue Champagnat évoque l’état de la communauté à la fin de 1819. Les Frères ne sont que huit. Ils ont élu un directeur. Champagnat est leur formateur et conseiller spirituel mais pas leur supérieur. Ils ne sont pas des religieux puisqu’ils portent un habit laïc et ne prononcent pas de vœux.

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