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Circulaires 259

 

Br. Stratonique
02/02/1918 - Vol. XIV, n. 3
Circular 259

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Préliminaires - La Persévérance - Le Cher Frère Damien - Nos Causes de Béatification - Faveurs attribuées au - V. P. Fondateur - Informations et Avis divers – Liste des Défunts.

259

V. J. M. J.

 Grugliasco, le 2 février 1918

fête de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie.

     Mes Très Chers Frères,

A l'exemple de l'Apôtre S. Pierre, chef de l'Eglise, s'adressant, dans sa seconde Épître, à tous les fidèles de son temps, je m'adresse à vous tous qui composez la grande famille des Petits Frères de Marie, et qui travaillez, dans toutes les parties du monde, à la belle et sainte œuvre de l'éducation chrétienne, et je vous dis en empruntant les propres paroles de l'Apôtre : « Que la grâce et la paix croissent en vous de plus en plus par la connaissance de Dieu et  de Jésus-Christ Notre Seigneur».

Quel excellent souhait pour des religieux ! Peut-on en faire de meilleur ? Dieu veuille qu'il se réalise dans sa plus grande plénitude pour chacun de vous !

Ce sera une excellente mise en œuvre du fruit principal proposé pour les dernières retraites annuelles : l'accroissement de l'esprit surnaturel dans l'Institut et dans chacun de ses membres.

En effet, qu'est-ce qui constitue l'esprit surnaturel? Il consiste, nous ne l'ignorons pas, à penser comme pensait Notre Seigneur, à juger, à apprécier les hommes, les choses, les événements comme Il les jugeait et les appréciait lui-même, à avoir sur la pauvreté, sur l'humilité, sur la pénitence et la mortification, sur la prière et sa nécessité, sur la charité envers Dieu et envers le prochain, etc. les mêmes idées qu'avait le divin Sauveur et qu'il a fait connaître aux hommes pendant les trois années de sa vie publique.

Les peuples de la terre, pris dans leur ensemble, et même si  l'on se restreint aux seuls peuples chrétiens baptisés, connaissent-ils Notre Seigneur comme ils devraient le connaître? Hélas ! nous sommes bien obligés malheureusement de constater qu'il y a beaucoup d'ignorance sur ce point, qui a cependant une si grande importance.

Naguère, Sa Sainteté Pie X adressa à l'univers catholique une mémorable encyclique dans laquelle il constatait douloureusement cette ignorance. Il la déplorait amèrement, et il indiquait des moyens pratiques pour remédier à ce grand mal.

Les élèves de nos écoles en sortent-ils avec une connaissance approfondie et amoureuse de Notre Seigneur Jésus-Christ? Regardent-ils pratiquement cette connaissance comme la première et la plus importante des sciences? Ont-ils à cœur de continuer à la cultiver quand leur temps de scolarité est terminé ? Ne sont-ils pas plutôt rares, ceux qui continuent à s'occuper non seulement du maintien, mais de l'accroissement de leur connaissance de Notre Seigneur?

Quelle œuvre excellemment utile nous ferions si nous parvenions à obtenir de nos élèves qu'ils emportent, en quittant l'Ecole, une sérieuse résolution de faire, dans leur règlement de vie, une part pour là continuation de l'étude de notre sainte Religion !

Il y a certainement des moyens pratiques d'obtenir ce résultat. Quels sont-ils? Un zèle actif, industrieux et vraiment apostolique ne manquera pas de les faire découvrir et de les faire appliquer.

Don Bosco a obtenu sur ce point des résultats que l'on peut qualifierde merveilleux. Ses fils spirituels continuent avec le plus grand succès ce même travail apostolique  dans presque toutes les parties du monde.

On pourrait citer beaucoup d'autres exemples d'initiatives très fécondes prises pardes hommes de zèle pour promouvoir l'étude approfondie de Notre Seigneur et, en général, de tout ce qui à rapport à notre sainte Religion. Mais je n'ai pas l'intention d'entrer ici dans des détails.

Je tiens cependant à signaler les remarquables études sur Notre Seigneur que l'on trouve dans presque tous les numéros du Messager du Sacré Cœur. La lecture attentive de ce périodique mensuel ne peut manquer de produire d'excellents résultats.

Et nous-mêmes, dans l'Institut : juvénistes, postulants, novices, scolastiques, Frères d'âge mûr, Frères anciens, pouvons-nous dire, en toute vérité, que nous avons de Notre Seigneur une connaissance approfondie comme elle devrait exister dans tout religieux ?

Sommes-nous en ce point de fidèles imitateurs du Vénérable Père Champagnat, du R. F. François, du R. Frère Louis-Marie et du Frère Jean-Baptiste? Oh ! comme ils avaient à un haut degré la connaissance amoureuse de Notre Seigneur, de sa doctrine divine, de ses vertus divines, de sa vie cachée, de sa vie publique, de sa passion, de son Eucharistie ! Aussi, quel riche trésor de bonne -doctrine ils ont donné sur ce point à l'Institut dans leurs conférences, leur correspondance, leurs circulaires et surtout dans les ouvrages du Frère Jean Baptiste !

Ne devons-nous pas être fortement excités par ces exemples de chez nous à marcher sur les traces de ces vénérés supérieurs, qui, pendant le cours de notre premier siècle, ont tant fait pour promouvoir la connaissance, et l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Institut?

Nous serons dans le vrai si nous disons, à l'exemple de S. Augustin : Ce qu'ils ont fait, Dieu aidant, nous pouvons le faire aussi dans la mesure qui nous convient, étant donnés notre situation et l'emploi que nous a confié la sainte obéissance.

Nous n'ignorons pas quels moyens ils ont employés pour arriver à posséder à un si haut degré cette sainte connaissance que nous admirons en eux.

Prenons ces mêmes moyens dans la mesure du possible. Les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Vous avez à votre disposition, M. T. C. F., de nombreux ouvrages qui traitent de la connaissance et de l'amour' de Notre Seigneur. Je ne saurais trop vous en recommander l'étude sérieuse, assidue, persévérante. De préférence, choisissons les ouvrages qui sont plus particulièrement les nôtres. Grâce à Dieu, notre Institut est abondamment fourni sous ce rapport.

Il semble qu'il serait suffisant de m'en tenir à cette indication.

Toutefois je crois que je ferai œuvre utile en mettant sommairement ici sous vos yeux quelques parties de la doctrine de Notre Seigneur puisées dans les saints Evangiles en vous engageant à les approfondir, à les savourer et même à concevoir un saint enthousiasme pour cette divine doctrine.

En est-il une autre qui lui soit comparable?

Chaque année, au jour de la grande solennité de la Toussaint, l'Eglise, dans sa liturgie, toujours si instructive, rappelle à tous les fidèles les enseignements si remarquables du Sermon sur la montagne.

Pourquoi appelle-t-elle ainsi l'attention de ses enfants sur cette doctrine si élevée et si opposée aux idées des mondains qui suivent la voie large?

Ah ! c'est qu'elle sait bien que la doctrine du divin Sauveur est la seule vraie, la seule qui montre la véritable voie à suivre pour arriver au salut éternel !

Ce ne sera donc pas sans profit, M. T. C. F., que nous ferons ici quelques rapides considérations sur les huit béatitudes.

Nous n'avons d'ailleurs qu'à nous inspirer de ce qu'écrivait sur cet important sujet le R. F. Louis-Marie dans sa circulaire du 16 juillet 1862. « Un bon Frère, disait-il, se place  continuellement dans les conditions des béatitudes évangéliques ».

Quelle précieuse assurance n'est-ce pas pour la question capitale du salut éternel !

Combien donc doit être grande notre estime pour notre sainte vocation ; combien fortement nous devons nous y attacher, et combien nous devons avoir à cœur de prendre les meilleurs moyens d'y persévérer jusqu'à la mort !

 1ière  BÉATITUDE. - Bienheureux ceux qui ont l'esprit de pauvreté, car le royaume des cieux est à eux.

A qui appartiendrait le royaume d es cieux promis par Notre Seigneur Jésus-Christ si ce n'est au Religieux, qui renonce par vœu, non seulement à tous les biens de la terre, mais même à la possibilité d'en acquérir ; au Religieux, qui a promis d'aimer la pauvreté comme sa mère, ainsi qu'il est dit à l'article 13Î de notre Directoire Général ; au Religieux, qui, selon l'article 146, doit se dépouiller de toute affection pour les biens de ce monde et pour tout ce qui flatte la sensualité, aimer réellement la pauvreté et avoir une prédilection particulière pour les lieux, les maisons, les classes pauvres?

 2ième BÉATITUDE. - Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre.

Ne s'applique-t-elle pas excellemment au Frère éducateur et au Religieux vivant en Communauté? Combien fréquemment n'a-t-il pas à pratiquer la patience et la douceur envers ses élèves et envers ses confrères?

L'expérience ne nous apprend-elle pas que le ministère religieusement rempli de l'éducation chrétienne de l'enfance est comme un tissu formé d'actes de patience et de douceur ?

 3ième BÉATITUDE. - Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés.

Le fervent religieux qui, chaque jour, multiplie les actes de contrition, qui se frappe la poitrine si souvent, qui récite de tout son cœur le Miserere de la pénitence, qui dit chaque jour et même souvent plusieurs fois par jour dans le Salve Regina : « Vers vous, Marie ! nous crions, enfants exilés d'Eve, vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes », et qui, chaque jour aussi, répète à l'Invitatoire des Matines de notre Office : « Venez, adorons et pleurons devant le Seigneur », qui fait dévotement la communion réparatrice, qui tâche de partager les sentiments qui faisaient dire au Vénérable Père Fondateur : « Voir offenser Dieu et les âmes se perdre sont pour moi deux choses insupportables et qui me font saigner le cœur ! ». Un tel religieux est certainement dans des conditions excellentes pour que la 3ième Béatitude lui soit applicable, et pour qu'il soit fondé à dire avec une sainte conviction les trois derniers versets du psaume In convertendo, que nous récitons chaque matin :

Qui seminant in lacrymis, in exultatione metent.

Euntes ibant et flebant, mittentes semina sua.

Venientes aut ern venient cum exultatione, portantes manipulos suos.

 4ième BÉATITUDE. - Bienheureux ceux qui ont faim et soif  de la justice, parce qu'ils seront rassasiés.

N'est-ce pas avoir faim et soif de la justice que d'obéir à Dieu non seulement quand il commande, mais quand il invite, quand il conseille, quand il insinue? Or, n'est-ce pas là le privilège propre du bon religieux? Ne se fait-il pas une loi, une règle constante du bon plaisir de Dieu, .de ses invitations? N'a-t-il pas promis de tendre à la perfection par la pratique des conseils évangéliques ? Il peut donc en toute confiance attendre le divin et éternel rassasiement promis par Notre Seigneur Jésus-Christ.

 5ième BÉATITUDE. - Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils seront traités avec miséricorde

Qui exerce avec plus d'étendue, de générosité et de continuité que le Religieux Educateur les œuvres corporelles. .et spirituelles de miséricorde?

D'un seul coup, il a fait à Dieu. le sacrifice de tous les biens qu'il a et qu'il peut avoir dans le monde Chaque jour il fait l'aumône de tout son travail, de sa liberté, de ses talents, en un mot de toute sa vie, ne demandant pour lui-même que le vêtement et la nourriture.

Et si maintenant nous considérons les œuvres spirituelles de miséricorde, nous voyons qu'il instruit ses élèves, les édifie, les forme à la vertu ; il les nourrit du pain de la parole de Dieu dans ses catéchismes, les, prépare à la première communion, etc. ..., etc. ...

Après avoir exercé toute sa vie une telle miséricorde, ne trouvera-t-il pas sûrement miséricorde à la mort et au jugement? La parole de Dieu y est engagée : il sera traité avec miséricorde puisqu'il a été excellemment miséricordieux envers les autres.

 6ième BÉATITUDE. -  Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu.

A qui mieux qu'au Religieux qui a fait le vœu de chasteté peut-on attribuer la 6ième Béatitude avec la magnifique récompense qui y est attachée : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu ! » Nous n'ignorons pas que la chasteté parfaite, comme le dit l'article 1,17 du Directoire Général, rend l'homme semblable aux anges qui voient sans cesse la face de Dieu. La chasteté est la vertu qui nous approche le plus de Dieu, dit le Sage.

 7ième BÉATITUDE. - Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu.

Notre Vénérable Père a voulu que le bon esprit de famille soit un des caractères distinctifs de notre Institut. Grâce à Dieu, nous pouvons dire que sur ce point, le désir du vénéré Fondateur a bien sa réalisation en général dans nos maisons.

Or, là où il règne véritablement, cet esprit apporte tou­jours avec lui la paix. Notre sainte vocation nous fait donc jouir des avantages de la septième béatitude.

 8ième BÉATITUDE. - Bienheureux sont ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux... Réjouissez-vous, faites éclater Votre joie, vous qui' êtes persécutés, parce qu'une grande récompense tous est réservée dans le ciel.

Pendant les 23 ans que le Vénérable Père Champagnat a travaillé à la fondation de l'Institut, il a été constamment en butte à la persécution. Toute sa vie, nous dit le Frère Jean-Baptiste, le Vénérable Père a été contrarié, blâmé, persécuté d'une manière ou de l'autre.

Depuis sa bienheureuse mort, et surtout depuis une cinquantaine d'années, l'Institut a eu à supporter de nombreuses et grandes persécutions, lui venant de divers côtés et dans divers pays.

Or qu'avons-nous toujours voulu et que voulons-nous encore, partout où nous sommes établis? « Nous voulons faire l'œuvre de Dieu, étendre le règne de Notre Seigneur et procurer le salut des âmes par l'éducation chrétienne de la jeunesse. N'est-ce pas là accomplir toute justice?

Nous pouvons donc à' bon droit nous réjouir grandement d'avoir été et d'être encore persécutés pour la justice.

Oh ! qu'il est à souhaiter que nous soyons tous profondément pénétrés de cette doctrine divine des huit béatitudes, et que, pratiquement, elle nous serve de guide dans les divers événements qui composent la trame de notre existence !

Prions Notre Seigneur de la faire entrer profondément et de la fixer solidement dans nos esprits et nos cœurs.

Considérons maintenant quelques-unes des assurances que Notre Seigneur Jésus-Christ a données de son amour pour nous. Elles auront certainement pour effet d'augmenter en nos âmes la connaissance du divin Sauveur et surtout de faire croître en nos cœurs l'amour pour Lui.

1°, Venez à Moi, vous tous qui souffrez et qui peinez, et je vous soulagerai.

2°, Mon joug est doux, et mon fardeau est léger.

3° Je suis le Bon Pasteur, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent.

4° Je m'en vais à mon Père, mais je ne vous laisserai pas orphelins ; je serai avec vous jusqu'à la consommation des siècles.

5° Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes.

6°, Je ne romprai pas le roseau à demi brisé et je n'éteindrai pas la mèche qui fume encore.

7° Dans la parabole de l'Enfant prodigue, Notre Seigneur a voulu se peindre lui-même dans la conduite que tient le Père envers le fils repentant.

8° Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père céleste de vous donner son royaume.

Il y a encore dans les saints Evangiles bien d'autres manifestations de l'amour de Notre Seigneur pour nous. Mais il faut nous borner.

Et si maintenant, M. T. C. F., nous considérons quelques-unes des directions données par Notre Seigneur dans la grande affaire de notre salut et de notre avancement dans la perfection, combien n'admirerons-nous pas la divine sagesse qui les a dictées, et combien ne serons-nous pas excités à nous y conformer avec la plus grande et la plus généreuse docilité !

1° Le royaume du Ciel souffre violence et il n'y a que ceux qui se font violence qui le ravissent.

2° Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix tous les jours et qu'il me suive.

3° Amassez-vous des trésors dans le Ciel, où la rouille et les vers ne les rongent point et où il n'y a pas de voleurs qui les déterrent et les dérobent ; car où est votre trésor, là aussi est votre cœur.

4° Ne vous inquiétez pas en disant : Que mangerons-nous, que boirons-nous ou de quoi nous vêtirons-nous? Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.

5° Tous ceux qui me disent : Seigneur ! Seigneur ! n'entreront pas pour cela dans le royaume des cieux ; mais ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux, ce sont ceux-là qui entreront dans le royaume des Cieux.

6° Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé.

7° Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas  digne de moi.

8° Celui qui n'est point avec moi est contre moi, et -celui qui n'amasse pas avec moi, dissipe.

9° Qui est ma mère et qui sont mes fières? Dit Notre Seigneur dans une circonstance. Montrant ses di­sciples il dit : Voici  ma mère et mes frères ; car quiconque fait la  volonté de mon Père qui est dans les cieux, est mon frère, ma sœur et ma mère. -

10° Que sert à l'homme de gagner tout l'univers s'il vient à perdre son âme?

11° Si vous ne devenez comme de petits enfants ; vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.

12° Si deux ou trois personnes sont réunies en mon nom pour prier, je me trouverai au milieu d'elles.

13° Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.

14° Je vous le dis en vérité, personne ne quittera pour moi et pour l'Evangile sa maison, ou ses frères ou ses sœurs ou son père ou sa mère ou ses terres, qui, maintenant, dans ce siècle même, ne reçoive cent fois autant de maisons, de frères, de sœurs, de mères, d'enfants .et de terres, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle.

15° Veillez et priez afin que vous n'entriez pas en tentation : l'esprit 'est prompt, mais la chair est faible.

16° Ne jugez pas et-vous ne serez pas jugés. Donnez et on vous donnera. On se servira envers vous de la même mesure dont vous vous serez servi envers les autres.

17° Heureux ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la pratiquent !

18°, Je suis la voie, la vérité et la vie. Celui qui me suit, ne marche point dans les ténèbres.

19° Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes.

20° Je suis la vigne et vous êtes les branches. Quand la branche est unie au cep, elle participe à sa vie et produit des fruits ; mais si elle en est séparée, elle devient stérile, se dessèche et n'est plus bonne que pour le feu.

21° Le commandement que je vous fais, c'est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés.

22° Vous êtes mes amis si vous faites ce que j'ordonne, dit le Seigneur.

23° Celui qui me confessera devant les hommes, je le confesserai, moi aussi, devant mon Père.

24° Heureux l'homme qui souffre la tentation, parce qu'après qu'il aura été éprouvé, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment.

25° Vous m'aviez confié cinq talents, Seigneur ; en voici cinq autres que j'ai gagnés. - Fort bien, bon serviteur, fidèle dans les petites choses : entrez dans la joie de votre Seigneur.

26° Heureux le serviteur que son Maître, à son arrivée, en frappant à la porte, trouvera veillant. Serviteur bon et fidèle, lui dira-t-il, entrez dans la joie de votre Seigneur.

Sans doute, M. T. C. F., cette énumération de textes 'puisés dans le saint Evangile et contenant un résumé si substantiel de la doctrine de Notre Seigneur, produira en vos âmes une impression salutaire et augmentera dans une bonne mesure la connaissance amoureuse de notre divin Sauveur.

C'est dans ce but que j'ai voulu proposer à tous nos Religieux d'en nourrir leur esprit et leur cœur.

Cette énumération ne constitue-t-elle pas un excellent festin surnaturel?

Pourrions-nous en trouver de meilleur? Il est composé de la doctrine de Celui qui est le Docteur des docteurs, de Celui qui est la Vérité même.

Et ce qui doit nous le faire apprécier encore bien davantage, c'est que nous pouvons y prendre part aussi souvent que nous le désirons.

C'est une source qui ne diminue pas quand on y puise.

Il est une autre source où nous pouvons puiser chaque .jour une grande augmentation de connaissance amoureuse de Notre Seigneur Jésus-Christ : ce sont les litanies du Saint Nom de Jésus, que nous récitons chaque matin.

Les trente-neuf invocations que nous y adressons à Jésus constituent, s'il nous est permis de parler ainsi, le plus magnifique panégyrique de notre divin Sauveur.

Je vous exhorte tous, M. T. C. F., à réciter ces invocations avec une très grande ferveur et une entière confiance.

Imitons les aveugles, les paralytiques, les lépreux qui, au temps de Notre Seigneur, le suppliaient de les guérir, ou ceux qui demandaient, pour d'autres à qui ils s'intéressaient, la guérison ou même la résurrection. Leur foi et leur confiance étaient grandes, nous le savons, puisque le divin Sauveur put leur dire lui-même : « Votre foi vous a guéri », ou encore : « Je n'ai jamais trouvé tant de foi dans Israël ».

Comme nous serons bien inspirés si, dans l'action de grâce après nos communions, quand nous possédons en nous le même Sauveur Jésus tout-puissant : Jesupotentissime !, nous lui demandons avec confiance et insistance des faveurs spirituelles ou même temporelles pour nous-mêmes ou pour d'autres, pour la sainte Eglise et ceux qui la gouvernent, pour notre Institut et ses supérieurs, pour nos confrères et nos diverses Œuvres, pour les nations et leurs gouvernants, etc. ..., etc. ... !

Quand nous avons un besoin particulier de lumière, pour prendre des décisions dans des cas parfois bien difficiles, disons et redisons avec foi et confiance : " Jesu magni consilii, angele, miserere nobis ! Jesu, Sapientia aeterna, miserere nobis ! ».

Quand nous sommes assaillis par des tentations de Satan et de la mauvaise nature, employons comme remède les invocations : « Jesu, amator castitatis, misererenobis ! Jesu, puritas virginum, miserere nobis ! ».

Quand nous nous sentons plus ou moins faiblir, en face des luttes incessantes à soutenir pour combattre le mal en nous ou dans les autres, pour triompher des difficultés que nous rencontrons dans l'accomplissement de nos emplois, pour supporter les contradictions et les persécutions, recourons au divin Sauveur Jésus par les invocations : « Jesu, Deus fortis, miserere nobis ! Jesu, fortitudo martyrum, miserere nobis ! ».

Quand l'orgueil, la susceptibilité, la mauvaise humeur cherchent à s'emparer de nous, allons avec ferveur et confiance demander à Notre Seigneur un remède à ces maux par l'invocation : « Jesu, mitis et humilis corde, miserere nobis ! ».

Quand nous sommes en butte à des souffrances morales ou physiques qui sont parfois bien vives et bien persistantes, oh ! alors recourons à Notre Seigneur en répétant souvent et de tout cœur comme oraison jaculatoire l'invocation : « Jesu patientissime, miserere nobis !».

L'invocation : « Jesu obedientissime, miserere nobis ! » n'est-elle pas de nature à nous aider puissamment à obéir promptement et religieusement lorsque les ordres qui nous sont donnés contrarient nos goûts ou sont en opposition avec nos vues et nos idées personnelles?

Et dans les tristes temps de guerre où nous vivons, avec quelle ferveur et quelle persévérance ne devons-nous pas redire, non seulement à la prière du matin, mais à la sainte Messe, à la Communion, dans nos visites au Saint Sacrement et aussi dans le courant de nos journées, l'invocation trois fois répétée : « Jesu, Deus pacis, miserere nobis ! ».

N'oublions pas que la persévérance est une des conditions requises pour que la prière soit exaucée.

Si quelqu'un parmi nous avait l'heureuse idée de pré­parer de bonnes méditations qui seraient comme un commentaire des litanies du saint nom de Jésus, il ferait un travail qui pourrait certainement contribuer beaucoup à accroître parmi nos Frères la connaissance amoureuse de Notre Seigneur.

Quel excellent profit nos Frères chargés de classe ne pourraient-ils pas tirer de ces litanies pour la préparation de leurs catéchismes sur Notre Seigneur !

C'est une riche mine où ils pourraient puiser les enseignements les plus utiles pour développer dans les âmes de leurs élèves la connaissance et l'amour de notre divin Sauveur.

 LA PERSEVERANCE.

 Au mois de septembre dernier avait lieu en notre maison de N. D. de l'Hermitage une fête intime qui porte avec elle un précieux enseignement, et qui constitue un bel exemple qu'il sera utile de faire connaître à tout l'Institut.

Cette fête, à laquelle il me fut donné d'être présent, fut célébrée religieusement, modestement et avec un grand esprit de famille.

Quarante de nos Frères célébraient en ce jour, au berceau de l'Institut, leurs noces d'or de vie religieuse et cinq autres, leurs noces de diamant.

Cinquante et soixante ans consacrés sans interruption à la pratique des conseils évangéliques et à l'œuvre si belle et si méritoire de l'éducation chrétienne de la jeunesse, n'est-ce pas là une carrière magnifiquement remplie?

Les heureux jubilaires n'avaient-ils pas abondamment raison de faire monter vers le Seigneur leurs ferventes actions de grâces?

Et ceux qui étaient les témoins de cette belle fête n'avaient-ils pas raison aussi de se réjouir avec eux, de louer et de bénir avec eux le Seigneur de qui nous viennent tous les biens?

 Et voilà qu'aujourd'hui, au beau jour de la Purification de la T. Ste Vierge Marie, une cérémonie du même genre a lieu en notre Maison-Mère de Grugliasco. Plusieurs membres de la Communauté célèbrent leurs noces d'or de vie religieuse, d'autres célèbrent ou renouvellent leurs noces de diamant.

Celui qui vous écrit ces lignes célèbre, aujourd'hui même, le soixantième anniversaire de sa prise du saint habit à l'Hermitage.

Tous ces jubilaires, comme ceux de l’Hermitage, ont le cœur rempli de la plus vive reconnaissance envers Dieu, envers la Très Sainte Vierge Marie et envers l'Institut pour les bienfaits sans nombre dont ils ont été comblés pendant leurs 50 et 60 ans de Communauté.

 On a organisé la solennité de manière à les mettre en grande évidence.

Et sur la Communauté, composée surtout de jeunes, la vue de ces vétérans de la vie religieuse a produit les impressions les plus salutaires. Tous ont pu se dire : « Ils ont persévéré pendant cinquante ou soixante ans ! Quel bon exemple pour nous ! C'est une excellente preuve que nous pourrons faire comme eux, Dieu aidant ».

Ces deux événements, peu ordinaires de notre histoire de famille, m'ont suggéré l'idée de vous entretenir dans cette circulaire de la question si importante, je pourrais même dire si capitale, de la persévérance.

N'est-elle pas, en effet, M. T. C. F., d'un intérêt de tout premier ordre et pour chacun de nous en particulier et pour l'Institut en général ?

 *

*       *

 Quelle idée devons-nous avoir de la Persévérance ?

La réponse nous est donnée d'abord par Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même quand il nous dit : « Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé ! » ; elle nous est donnée aussi par St. Thomas, l'Ange de l'Ecole, le Prince des théologiens, qui nous affirme qu'une des plus grandes marques de prédestination que nous puissions avoir, c'est la constance dans nos bonnes résolutions, et surtout la persévérance dans la vocation que nous avons embrassée. Le Vénérable Père Fondateur répond aussi à sa manière quand il nous dit : « C'est une bien grande grâce d'être inscrit sur le registre des vêtures ; mais c'en est une bien plus grande d'être inscrit sur le registre mortuaire de l'Institut. »

Malheureusement il en est qui ont été inscrits sur le registre des vêtures et qui ne le sont pas sur le registre des défunts.

Et alors ne devons-nous pas trembler pour eux, en nous rappelant le mot de Notre Seigneur si effrayant pour ceux auxquels il s'applique : Celui qui, ayant mis la main à la charrue regarde derrière soi, n'est pas propre au royaume des cieux?

Un fait qui s'est passé il y a quelque 20 ans, aura bien ici sa place. Je suis heureux de le citer pour l'édification de tous.

Notre bon Frère Sisoës, qui avait été pendant assez longtemps directeur de notre maison de Lavalla, touchait à sa fin. Il avait reçu en pleine connaissance les derniers sacrements et l'indulgence inarticulo mortis. Il ne se faisait pas illusion sur son état ; il acceptait la mort avec une entière résignation à la volonté de Dieu. Se tournant vers son Frère Sous Directeur, qui était auprès de son lit, il lui dit : « Que Dieu Soit loué ! JE MEURS LA MAIN A LA CHARRUE ! »

Quelle belle et consolante parole pour un mourant !

Qu'il nous soit donné à tous, M. T. C. F., de pouvoir la prononcer quand nous serons arrivés à notre dernière heure.

La persévérance dans notre vocation nous donnant l'assurance morale d'une bonne mort, est donc une grâce précieuse entre toutes. Nous devons donc la désirer ardemment, la demander à Dieu fervemment et constamment.

Mais n'oublions pas qu'elle n'est pas un don gratuit ; elle demande une active coopération de notre part.

C'est ici qu'il faut bien se rappeler le proverbe : Aide-toi et le Ciel l'aidera.

Notre Vénérable Fondateur, qui a été un si remarquable et si héroïque modèle de persévérance, nous a tracé en quelques mots le programme à suivre pour nous assurer cette précieuse grâce.

Celui qui ne vit pas en religieux, ne mourra pas en religion ! disait-il.

La conclusion qui en découle nécessairement, c'est qu'il faut absolument vivre en bon religieux si l'on veut mourir en religion.

C'est, sous une autre forme, la même doctrine que celle de St. Alphonse de Liguori  : Pour celui qui est appelé à la perfection, dit ce saint Docteur, il n'y a pas moyen de se sauver dans l'imperfection.

Si l'on écrivait l'histoire de ceux qui, chez nous, ont été infidèles à leur sainte vocation pour aller s'engager dans la voie large de la vie du monde, on trouverait toujours qu'il y a eu des lacunes plus ou moins graves, plus ou moins nombreuses, plus ou moins persistantes dans leur vie religieuse.

Pendant ma vie déjà bien longue, j'en ai connu (malheureusement trop) de ces religieux infidèles. Or je ne crois pas être dans l'erreur en affirmant que la très grande majorité, pour ne pas dire la totalité, n'en sont, venus à cette triste extrémité de l'abandon de leur sainte vocation que parce qu'ils n'avaient pas vécu en bons religieux.

O mon Dieu  ! préservez tous nos Frères d'un tel malheur !

Faites que tous soient constamment, et à un haut degré :

1° des hommes de prière ;

2° des hommes de règle.

L'accomplissement fidèle et constant de ce programme en deux articles, vous vaudra, M. T. C. F., je n'en doute pas, la grâce des grâces, la persévérance.

Quand il m'est donné d'assister à nos touchantes cérémonies de vêture, je ne manque jamais de dire en particulier à chacun des heureux postulants admis que le moyen nécessaire et suffisant pour s'assurer la grâce de la persévérance, ce sera la fidélité constante à accomplir le petit programme en deux points.

Je me fais un devoir de le leur rappeler publiquement lorsque, après la cérémonie, ils viennent, le cœur rempli de joie et d'allégresse, recevoir l'accolade fraternelle et la bénédiction du Frère Supérieur.

Ce que je fais pour les vêtures auxquelles j'ai le bonheur d'assister, je demande qu'on le fasse à toutes celles qui ont lieu dans nos diverses provinces. Ce sera de la bonne semence de persévérance jetée dans les âmes de nos jeunes Frères.

Ah ! qu'à ce moment-là, ils sont généreusement résolus à porter jusqu'à la mort ce saint habit dont ils viennent de se revêtir pour la première fois ! Je ne manque pas de leur dire : ci Restez ce que vous êtes, c'est-à-dire tout à Dieu, méprisant le monde et ses vanités, accomplissant fidèlement et constamment les promesses que vous venez de faire à la face des autels, en présence de Notre Seigneur, et ayant pour témoins les anges du Ciel, plusieurs de vos supérieurs et toute la communauté de la maison dont vous faites partie ; et alors, soyez-en bien certains, vous ne penserez jamais à le quitter pour aller reprendre les livrées du monde ».

Il y aurait un réel profit Pour tous nos religieux à relire de temps en temps, au cours da l'année et principalement à l'occasion des récollections mensuelles, le questionnaire de vêture, et de ratifier avec une grande intensité de volonté les déclarations et promesses que nous finies tous en ce jour mémorable de notre vie religieuse.

Demander beaucoup de bonnes vocations et avoir un zèle ardent et industrieux pour le recrutement, c'est bien.

Demander la persévérance et prendre des moyens efficaces pour la favoriser, c'est bien mieux encore.

Les considérations qui vont suivre ont pour objet de donner ou tout au moins d'augmenter les idées justes -sur la grande question des vœux de religion. J'espère qu'elles auront aussi pour résultat' de fortifier en vos âmes les convictions qui y existent déjà sur la nécessité et les avantages de la persévérance jusqu'à la mort dans la fidèle observance de ces engagements sacrés.

Oh ! qu'il est à souhaiter qu'il n'y ait jamais d'infidèles dans notre Institut parmi ceux qui se sont liés au service de Notre Seigneur par les engagements si graves et si solennels de la profession perpétuelle !

Demandons constamment cette grâce les uns pour les autres par l'intercession de Marie, la Vierge fidèle. Ayons cette intention chaque fois que, dans les litanies de la sainte Vierge, nous récitons l'invocation Virgo fidelis, ora pro nobis !

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 LA PROFESSION RELIGIEUSE EST UN CONTRAT AVEC L'INSTITUT.

 Aux termes de l'art. 563 de notre Directoire Général, la profession religieuse dans notre Institut est un contrat bilatéral.

« Par la profession des vœux annuels, y est-il dit, les frères se lient temporairement à l'Institut ; par la profession perpétuelle de ces mêmes vœux ils en deviennent membres perpétuels. L’Institut de son côté se lie de la même manière à l'égard des sujets qu'il admet à prononcer ces vœux et s'oblige à les garder et à pourvoir à leurs besoins en maladie comme en santé - à moins toutefois que les frères par une conduite scandaleuse ne se mettent dans le cas d'être retranchés de l'Institut ».

 1° Les témoins.

 Ce contrat se fait solennellement devant témoins. Au jour de notre profession, à l'appel de notre nom, nous avançons dans le sanctuaire, près du Tabernacle du Dieu trois fois saint ; et là, en présence d'une assemblée émue et saintement anxieuse, que dis-je ! devant l'Institut tout entier, - représenté par le R. Frère Supérieur Général en personne ou par un autre Supérieur qui a reçu, pour le remplacer, une délégation spéciale, nous disons à haute voix, un cierge à la main  :

« Prosterné à vos pieds, Très Sainte ci très adorable Trinité, en présence de Marie, ma tendre Mère, de saint Joseph, de mon ange gardien et de mes saints patrons  je fais librement et volontairement entre vos mains, mon Très Rév. Frère Supérieur Général (ou mon cher frère délégué) les 3 vœux simples de pauvreté, de chasteté d'obéissance (pour un an) ou à perpétuité selon les Constitutions du dit Institut ».

Un contrat accompagné d'une démonstration si solennelle, ne pensez-vous pas, M. T. C. F., qu'il prendrait dans le monde une importance considérable ?

 2° Les témoignages écrits.

 Cependant, malgré cette assemblée de témoins, d'autres garanties seront prises ; on veut des témoignages écrits qui demeurent dans les archives. Deux pièces surtout constitueront ce dossier : 1 - La demande d'admission aux vœux adressée au cher Frère Provincial ; les termes en sont précisés à l'art. 568 du Directoire Général qui prescrit aussi de faire cette demande sur une feuille volante et de la conserver dans les archives. 2° Le registre à tenir dans chaque maison provinciale pour l'inscription des professions. L'art. 569 prescrit d'y inscrire un procès-verbal de chaque émission de vœux avec les noms et prénoms des intéressés, lequel procès-verbal est signé, d'une part, par le Rév. Frère Supérieur Général ou son délégué ; et de l'autre, par les Frères qui ont fait leurs vœux ».

Ce procès-verbal, établi comme il vient d'être dit, se fait en conformité des prescriptions de Clément VIII dans la Constitution Cumad regularem afin qu'il puisse toujours constater authentiquement de la profession et de sa validité. Cette constitution prévoit même le cas où un sujet ne saurait pas écrire ; dans ce cas il doit apposer une croix en présence de deux témoins qui ont assisté à sa profession[1].

 3° La rupture du contrat.

 Un contrat si solennel, on le comprend, ne pourra être rompu que pour de très graves motifs soit de la part du sujet, soit de la part de l'Institut. Ce dernier ne peut renvoyer un frère de vœux temporaires que par une sentence du Conseil Général déterminée par la majorité des voix et au scrutin secret (Const., art.106). Pour le renvoi d'un frère de vœux perpétuels il ne faut rien moins que la haute approbation de la S. Congrégation des religieux (Const., art. 107). Ceci nous laisse entrevoir quelles raisons graves devra, de son côté, apporter le sujet pour dénoncer le contrat. Agir autrement serait, vis-à-vis de la Congrégation, se conduire en fils ingrat. Elle nous a, au jour de notre profession, adoptés pour ses enfants. Fussions-nous tombés malades le lendemain de la signature du contrat, « elle aurait pris soin de nous en maladie comme en santé» (Dre Général art. 163). Bien plus, le même Directoire Général, art. 4-19 enjoint  « de regarder les malades comme les membres crucifiés de Jésus-Christ, comme un trésor et un sujet de bénédiction pour l'Institut et dans ces sentiments de leur prodiguer tous les soins que réclame leur état, se gardant bien de calculer sur les dépenses ». Quelle famille fait davantage pour les siens? C'est bien le mot de famille qu'il faut employer ici. A un tel amour maternel, ne pas répondre par une affection filiale, briser sans des motifs extrêmement sérieux, serait faire fi de l'honnêteté et de la droiture. Ne méprisons pas de telles considérations, M. T. C. F., en les jugeant trop inférieures. En croyant cesser seulement d'être religieux, nous pourrions bien cesser d'être chrétiens ; sans la base de ces vertus humaines, l'honnêteté et la droiture, dit l'abbé Guibert, il ne nous resterait plus qu'une ombre trompeuse de vertus chrétiennes, l'homme redressé étant le fondement indispensable du chrétien ».

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 LA PROFESSION RELIGIEUSE EST UN CONTRAT AVEC DIEU.

 Nous avons vu que la profession religieuse est un contrat entre le religieux et son Institut, et que ce contrat est bilatéral, c'est-à-dire qu'il engage réciproquement les parties contractantes.

L'analyse de cet acte important de notre vie nous y découvreune autre notion semblable à la première, mais plus importante encore : la notion du contrat bilatéral entre le religieux et son Dieu, entre une créature misérable et dénuée de tout bien propre, et le Créateur Tout Puissant, infiniment généreux.

A ma profession j'ai contracté avec Dieu : de là mes obligations. Dieu aussi a contracté avec moi : de là mes avantages.

Des deux côtés je trouve une égale et très forte raison de persévérer -dans ma vocation jusqu'à la mort.

Etudions successivement ces obligations et ces avantages, ce sera l'objet de deux paragraphes.

 a) La profession religieuse et mes obligations.

 Les vœux religieux sont un acte extrêmement grave de notre vie. Aussi hormis l'ordination sacerdotale, n'en est-il aucun entouré d'autant de garanties que celui-là :

1° Pour y être admis, l'âge de 16 ans accomplis est de rigueur, d'après les prescriptions du Saint Concile de Trente, et l'âge de 21 ans est requis pour les vœux perpétuels, d'après nos Constitutions. C'est pourquoi on ne peut commencer le noviciat avant 15 ans (Const., article 21, 30).

2° La profession temporaire doit être précédée d'un an entier et continu de noviciat (Const., art. 23). Quel est, M. T. C. F., l'acte de la vie civile, si important soit-il, mariage, engagement militaire, etc., qui soit précédé d'une telle préparation ?

3° Dans les Instituts approuvés par le Saint Siège, comme le nôtre, seule la Sacrée Congrégation, au nom du Pontife Suprême, représentant de N. S. Jésus-Christ, a le droit de relever des vœux (Const., art. 39), et il convient qu'un Frère profès même de vœux temporaires qui, volontairement ou involontairement, sort de l’Institut, attende la dispense de ses vœux, laquelle sera demandée à la Sacrée Congrégation par lui-même ou par le R. Frère Supérieur Général (Const., art. 109).

Voilà, M. T. C. F., aux yeux de la Sainte Eglise, le sérieux de la profession religieuse ! Ne nous en étonnons pas, car les vœux perpétuels sont :

1° un engagement sacré ;

2° un engagement publie ;

3° un engagement définitif.

 1° NOS VŒUX SONT UN ENGAGEMENT SACRÉ.

 Par mes vœux j'ai donné à Dieu ma parole. Reprendre cette parole, sans raison très grave, ne serait-ce pas manquer de droiture? Or, dit l'abbé Guibert, nous mettons la droiture au premier rang des vertus. Elle mérite cette place d'honneur. Avant de juger de la valeur d'un homme, j'ai besoin de savoir si c'est du vrai ou du  faux qu'il nie présente. Le bon Dieu ne juge pas autrement : « As-tu vu mon serviteur Job? Comme il est droit ! ». L'éloge du saint patriarche est renfermé dans ce seul mot.

C'est aussi la pensée de St. Vincent de Paul. Ecrivant à un de ses Lazaristes tenté de sortir de la Société, il lui disait : « Pensez à la promesse que vous avez faite à Dieu de le servir dans la petite Compagnie : que si vous manquez de parole à Dieu, à qui la garderez-vous? ». Vraiment si nous avions le droit de manquer de parole à quelqu'un, ce n'est pas avec Dieu qu'il faudrait prendre cette liberté. C'est la crainte de tomber dans cet écart qui porta Frère Louis à retarder, au grand scandale du F. Jean-Marie, l'engagement écrit ou promesse de fidélité à la vocation, que les premiers Frères signaient solennellement à genoux et devant la communauté assemblée. Il signa plus tard ; et c'est ce qui le sauva quand le diable lui mit en tête d'étudier le latin. Sur les conseils du V. Père, sa conscience timorée le détermina à rester, malgré tout, dans sa vocation. Il remplit ainsi l'attente du V. Fondateur qui, en imposant ces promesses publiques à ses disciples, avait en vue de les préserver contre la tentation du retour en arrière et de leur donnerune garantie plus forte contre l'infidélité à la vocation. C'est d'ailleurs la pensée et l'intention de l'Eglise elle-même dans l'établissement des vœux de religion. Elle se persuade qu'il est peu d'âmes qui, après avoir fait un contrat en bonne et due forme avec le Très-Haut et le Tout-Puissant , oseraient prendre sur elles de se libérer à la légère de leurs obligations envers la Majesté divine, en dépit de cette parole terrible de saint Paul : « On ne se joue pas de Dieu ».

C'est encore le même sentiment qui dictait à St. Augustin ces graves paroles aux religieux de son temps : « Souvenez-vous que vous n'êtes plus à vous-mêmes et que quand je vous parle d'accomplir les promesses que vous avez faites à Dieu, ce n'est pas tant pour vous inviter à une haute sainteté que pour vous préserver d'une affreuse iniquité ».

Mais d'ailleurs, concluons avec ce même Père, que cette pensée est bien capable de nous animer et de nous fortifier. Car le comble de notre joie doit être de n'avoir plus une pernicieuse liberté de faire le nia], « de nous être engagés et comme enchaînés, puisque cette liberté, dont nous nous privons, nous ne nous en servirions qu'à notre détriment ».

 2° NOS VŒUX SONT UN ENGAGEMENT PUBLIC.

C'est leur second caractère ; et le nom de profession vient justement de ce qu'ils sont célébrés à la face des autels.

Après les promesses dont nous avons parlé, nos premiers Frères firent d'abord des vœux secrets. Les témoignages et formules en sont conservés aux archives.

Mais bientôt ces vœux furent publics, comme ils le sont généralement dans les Congrégations religieuses. Et ne croyons pas, M. T. C. F., que cette solennité soit une pure cérémonie. Quand David disait : « Vota mea Domino reddam in conspectu omnis populi ejus ; in atriis domus domini ; in medïo tui Jerusalem » (Ps. 115) J'offrirai  mes vœux au Seigneur ; mais je les offrirai en présence de tout son peuple, dans l'enceinte de son temple, au milieu de Jérusalem ; il prétendait faire quelque chose de plus grand que s'il les eût seulement formés dans le secret de son cœur. De là vient aussi que St. Ambroise, ins­truisant une vierge qui avait pris le voile sacré, lui disait ces belles paroles : « Vous vous êtes engagée à Jésus­-Christ ; et tout le peuple qui était présent a signé votre contrat, non pas avec une encre matérielle, mais de l'esprit et du cœur en répondant : Ainsi soit-il ».

Or c'est, M. T. C. F., ce qui s'est fait à notre égard et dont nous devons éternellement conserver le souvenir. Car si nous étions assez infidèles pour oublier cet engagement, tout ce qu'il y a eu de témoins de notre profession s'élèveraient contre nous et rendraient témoignage au Sauveur du monde de la fidélité que nous lui avions jurée.

 3° NOS VŒUX SONT UN ENGAGEMENT DÉFINITIF.

C'est ici la troisième qualité de notre engagement religieux. « Aussi longtemps que Dieu sera Dieu, aussi longtemps que Jésus-Christ régnera, dit Bourdaloue, aussi longtemps vous serez à lui ». Voilà l'idéal qu'on avait au XVIl° siècle des vœux perpétuels. On pensait qu'ils en­gageaient pour toujours. Dans la mentalité moderne, dit le P. Delbrel, il y a une tendance à rejeter l’absolu ; dans la sensibilité moderne, un instinct de révolte contre le définitif, l'irrévocable. De là le divorce trop fréquent dans le monde ; de  là, hélas ! le divorce avec Jésus-Christ pé­nétrant parfois dans les Congrégations.

Notre engagement cependant est perpétuel. Il faut y insister. L'homme est si inconstant ! C'est une feuille que le vent emporte. Ce qu'il veut aujourd'hui, trop souvent il ne le voudra plus demain.

Pourtant ce que nous avons promis à Dieu pour toujours, il faut le tenir ; nous ne pouvons nous dédire. L'apostasie Il Quelle parole, M. T. C. F.  Et c'est le mot juste, c'est l'expression de l'Eglise. Hélas ! comment des religieux, pour un ennui passager, pour une humiliation, pour un ordre qui déplaît, osent-ils dire : « Si c'est ainsi je m'en irai ». De la part de Dieu, il en est bien différemment. Le prophète l'a dit : « Juravit Dominus et non poenitebit eum ». L'Eternel l'a juré, il ne rétractera pas son serment. Notre V. Fondateur l'a dit à son tour et c'est dans les occasions pénibles, dans les tentations contre la vocation qu'il nous faut répéter ses paroles : « Mettons notre confiance en Dieu, qui ne nous abandonnera jamais à moins que nous ne l'abandonnions les premiers ». Eh quoi, y pensons-nous? abandonner Dieu ! quelle folie ! M. T. C. F., quelle indignité de se lasser d'être à Dieu lorsqu'il ne se lasse pas d'être à nous ; de nous dégoûter de lui malgré ses perfections quand tout imparfaits que nous sommes, il ne se dégoûte pas de nous et fait même ses délices de demeurer avec nous ! Pour exciter dans nos âmes une sainte crainte d'un tel malheur et pour conclure sur ce point, écoutons les paroles de saint Augustin s'adressant à des clercs tentés d'abandonner la vie commune et la voie de la perfection où ils s'étaient engagés  : « Ecoutez bien, dit-il, ce que je vais vous dire  : Celui qui abandonne, après l'avoir une fois embrassée, cette vie en commun louée dans les Actes des Apôtres, déchoit en manquant à son vœu et déchoit d'une, profession sainte. Mais qu'il prenne garde au jugement de Dieu. Pour moi, je ne me fais pas son juge. J'ai mis sous ses yeux le grand péril auquel il s'expose ;, qu'il fasse maintenant ce qu'il voudra. Je sais combien il est coupable, quand on a fait profession de quelque chose de saint, de ne pas tenir ses engagements. Mieux vaut ne pas faire de vœux, que d'en faire et ne pas les tenir. Au reste que celui qui agirait ainsi garde sa liberté, mais qu'il se demande s'il pourra avoir part à la félicité éternelle».

 b) La profession religieuse et ses avantages.

 Si nous sommes fidèles aux obligations de notre contrat, Notre Seigneur, de son côté, ne le sera pas moins. Il le sera magnifiquement, royalement, divinement. Pour notre encouragement voyons avec quelques détails, M. T. C. F., les engagements qu'il a bien voulu s'imposer en se liant par sa parole divine.

 1° AVANTAGES CONCERNANT LA PAUVRETÉ.

On demandait au P. Jean Girardin, jésuite, d'où lui venait sa joie à l'heure de la mort et au moment de paraître devant Dieu : « Eh ! comment ne me réjouirais-je pas, répondit-il, le ciel va m'être donné, je l'ai acheté ; mon contrat est en bonne et due forme sous le seing de N. S. et le contre-seing de ses deux secrétaires, saint Mathieu et saint Marc : « En vérité je vous le dis à vous qui avez tout quitté et qui m'avez suivi, vous recevrez le centuple et vous posséderez la vie éternelle ».

Un même sentiment de foi en la parole du divin Maître et de confiance en ses promesses animait à ses derniers moments le Frère Damien. Un confrère témoin de sa grande piété désirant avoir le chapelet qu'il croyait avec raison, sanctifié par les prières et l'attouchement du mourant, le pria de le lui laisser comme souvenir. « Ce chapelet, répondit le bon Frère, ne m'appartient pas ; il est à l'institut. Je ne puis donc vous le donner, mais je le verrais avec plaisir à votre usage si le F. Supérieur voulait bien vous le laisser ». Puis il s'écria avec un sentiment de joie ineffable à la pensée de sa pauvreté : « Grâce à Dieu je n'ai rien que mon Jésus, mais il me suffit. Oh ! que je suis riche ! oh  ! que je suis heureux avec ce trésor ! » Oui, M. T. C. F., celui qui s'est dépouillé par amour pour Jésus-Christ peut s'estimer riche et heureux.

Ecoutons plutôt Notre Seigneur lui-même :

« Va, vends tout ce que tu possèdes et tu auras un trésor dans le Ciel » (Matt., XIX, 9-1). « Et quiconque aura quitté par amour pour moi, sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses champs, recevra le centuple et possédera la vie éternelle » (Matt., XIX, 9-9). Est ce assez pour nous satisfaire et nous réjouir? Avons-nous bien pris garde à cette promesse? Notre Seigneur semble craindre que les faux biens d'ici-bas nous absorbent, nous éblouissent, nous distraient, nous rendent sourds à ses promesses. Il. Insiste : « Heureux les pauvres en esprit parce que le royaume des cieux est à eux ».

Qui donc à la pensée d'une telle récompense ne saura pas s'imposer autant de privations que les gens du monde s'en imposent pour arriver à la vie aisée et à la fortune ? Si nous croyons à l'immortelle récompense de la pauvreté, comment ne pas rejeter avec horreur toute tentation de retourner aux faux biens du siècle?

Avec la vie éternelle, le centuple dès ce monde. Il est vrai que le religieux est sur cette terre comme un déraciné par rapport à sa famille. Il a bien sa Congrégation qui est pour lui une autre famille.. Mais s'il est expulsé? Si les méchants ferment sa Maison et son Ecole, lui en­ lèvent son gîte et son gagne-pain? où ira-t-il? qui le nourrira? Qui? Celui qui a dit : « Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous devez manger, ni pour votre corps de quoi vous vous vêtirez.. Considérez les oiseaux du Ciel. Ils ne sèment ni ne moissonnent et votre Père Céleste les nourrit. N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux ?... Cherchez le royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît » (Matt., VI, 25, 33).

Oui, Dieu a compassion du pauvre évangélique et il le chérit. « J'ai une grande commisération de cette foule, disait Notre Seigneur de ceux, qui l'avaient suivi au désert, car il y a déjà trois jours qu'ils demeurent avec moi et ils n'ont rien à manger, et si je les renvoie à jeun dans leurs maisons ils tomberont de défaillance sur le chemin » (Marc., VIII, 2). N'aura-t-il pas la même attention bien­veillante pour ceux qui, à cause de lui, se sont livrés  aux éventualités de la persécution ? Ne disait-il pas déjà à ses apôtres : « Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac, sans chaussures, vous a-t-il manqué quelque chose?

Ne pourrait-il pas nous tenir le même langage à nous-mêmes, M. T. C. F. ?-Quand donc, avons-nous manqué du nécessaire? Dans les temps calamiteux où nous sommes, n'est-ce pas providentiel que nous puissions subvenir aux besoins de toutes nos maisons de formation, aux besoins de nos vieillards et de nos chers malades, que nous l'ayons pu après les événements de 1903 comme nous l'avons pu parmi tous les troubles et toutes les révolutions depuis cent ans? Dieu connaît ses amis ; abandonnons-nous à sa bonté, en tout et pour toujours, ici-bas. Là-haut, le ciel nous attend. Vivons heureux et mourons en paix.

 2° AVANTAGES CONCERNANT LA CHASTETÉ.

La virginité nous vaut les préférences de l'Agneau, ses prédilections marquées ; ce mot seul ne dit-il pas tout? N'explique-t-il pas le choix de Jean-Baptiste comme précurseur de l'Agneau ? de Marie, la Vierge des Vierges, comme Mère du Fils du Dieu ? du chaste Joseph, comme époux et protecteur de la S. V. ? de St Jean, disciple vierge, comme ami plus intime du divin Maître? 0 virginité sainte, puisse le monde connaître ton prix, tes inestimables trésors ! Et l'on ne verra plus le mal que le F. Jean-Baptiste appelle le sceau de Satan, fléau plus terrible que la guerre, dévorer, chaque jour, la fleur et la jeunesse des nations  !

Un privilège admirable de la virginité c'est qu'elle assure au paradis une place de choix et des délices incomparables. Je les ai vus, dit saint Jean dans l'Apocalypse, et ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône... et nul ne pouvait chanter ce cantique que ces cent quarante quatre mille qui ont été rachetés de la terre ce sont ceux qui ne se sont pas souillés, ils sont vierges ceux-là suivent l'Agneau partout où il va ; ils ont été achetés d'entre les hommes pour être consacrés à Dieu et à l'Agneau comme des prémices (Apoc., XVI, 3, 4). De grâce, ô Vierge Marie, ne permettez pas qu'aucun des enfants de votre Congrégation, en dépit des dangers que court la fleur délicate de la chasteté, au milieu d'un monde corrompu et corrupteur, perde ici-bas ses droits à la douce intimité de l'époux des Vierges. O Jésus, divin Agneau, accordez-nous par la persévérance dans notre vocation et par la fidélité à notre second vœu d'être là haut du nombre des bienheureux qui vous suivront partout !

 3° AVANTAGES CONCERNANT L'OBÉISSANCE.

« Est-ce que le Seigneur demande des holocaustes et des victimes? Ne demande-t-il pas plutôt qu'on obéisse à sa voix ? » Ces paroles de Samuel à Saül ne s'appliquent-elles pas au religieux tenté d'abandonner sa vocation et qui, pour rassurer sa conscience alarmée, déclare qu'il vivra en bon chrétien dans le monde, qu'il y fera des bonnes œuvres et exercera un utile apostolat? Ce n'est pas cela que le Seigneur demande mais qu'on soit fidèle à l'appel divin qui un jour s'est fait entendre à notre cœur. Voilà la réponse du Saint Esprit.

Mais que servirait-il au religieux d'avoir été obéissant 10 ans, 20 ans s'il désertait ensuite, s'il mourait hors de son chemin? «. Celui-là sera sauve, dit N. S., qui aura persévéré jusqu'à la fin ».

On dit parfois : Oh ! si je savais que je suis dans la bonne voie et que je ferai une bonne mort,les peines de la vie religieuse me seraient plus douces et les tentations contre ma vocation ne m'effraieraient plus !-Eh bien ! mon cher frère, cette garantie, vous l'avez dans l'obéissance qui procure sur le problème de l'éternité la plus grande assurance et la plus grande consolation qu'on puisse avoir ici-bas. Saint Bernard n'a pas craint de dire : « Je serai digne de voir Dieu, si je suis trouvé obéissant ». Par suite, M. T. C. F., quelle paix profonde, immense, inaltérable, ne doit pas goûter le religieux dans sa vocation. Un pilote sacré veille sur nous : il répond de notre âme, de notre vertu, de notre persévérance, de notre salut enfin, à la seule condition que nous restions dans son navire. Ce pilote, notre supérieur, est une créature, il est vrai ; mais par-dessus le supérieur, c'est à Dieu, que nous obéissons ; c'est donc Dieu qui réellement conduit notre vaisseau. « La Providence divine, dit saint Ignace, est liée ici par un contrat. Dieu n'est plus libre de ne s'occuper point avec suite, patience et amour, d'une âme qui, par le vœu d'obéissance, s'est confiée à sa garde et jetée dans ses bras ».

Si l'obéissance, fait cette sécurité dans la vie, M. T. C. F., quels baumes pacifiant ne répand-elle pas sur la mort. Permettez-moi de vous citer ici comme conclusion un exemple frappant donné par un savant Dominicain : « Le bon Dieu m'a fait la grâce, dit-il, d'assister un frère sur son lit de mort et d'être témoin de ses derniers combats. Sa jeunesse et sa vigueur lui préparaient une terrible agonie. C'était un spectacle à vous fendre l'âme que celui des douleurs causées par cette lutte suprême entre la vie et la mort. Pendant cette tempête angoissante qui, des heures durant, comme un ver que l'on foule aux pieds, le tournait et le retournait sur son lit de douleurs, il leva un instant sur moi ses yeux vitreux injectés de sang ; et, implorant du secours, d'une voix tremblante il me dit ! « Ah ! dites-moi, que dois-je faire encore? - A cet instant me vint à l'esprit cette pensée : ah ! que je voudrais vous voir ici contempteurs de notre sainte religion catholique, libres-penseurs et libres-jouisseurs qui n'avez pas d'expressions assez énergiques pour traduire votre mépris et votre horreur de nos vœux religieux, qu'auriez-vous bien à répondre, si cet être broyé et vaincu par la douleur vous eût, dans sa détresse, posé cette question? - Cependant il faut une aide prompte au soupir d'angoisse d'un moribond. Aussi, le regardant les yeux dans les yeux, je lui dis selon notre traditionnel usage religieux : « Ce que vous devez faire, mon frère, obéir comme vous avez fait toute votre vie, vous soumettre à la sainte volonté de Dieu. - Bien ! dit-il ; et de nouveau, il se tut. Une froide dissertation à la manière des libres-penseurs sur ce qu'il y a d'inéluctable dans la mort, aurait-elle amené un calme si instantané? Je n'oserais le dire. Mais ce que Je sais, c'est que chaque fois que la souffrance devenait intolérable ou qu'il ne pouvait vaincre sa répugnance pour une potion trop amère, il suffisait de faire appel à l'obéissance, à la soumission à la volonté du bon Dieu pour qu'il devînt soumis et résigné. Les seuls mots « obéissance, volonté du bon Dieu » furent mis à contribution. Et ils furent décisifs mille fois plus que les raisonnements. - C'est bien  ! c'est bien ! répétait-il souvent. Et lorsqu'il eut perdu connaissance, il disait encore dans son délire : C'est bien ! c'est bien ! Lorsqu'il cessa de le répéter, je compris que son reste de force était brisé. Je ne me trompais pas ; il entra dans un silence poignant, et en paix, il entra dans son éternité, semblable à ce Divin obéissant qui, ayant fait jusqu'au bout la volonté de son Père et voyant sa tâche accomplie, inclina doucement la fête et dit : « Père, je remets mon âme entre vos mains ».

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 CAUSES D'INFIDELITE A LA VOCATION

 Après avoir rappelé les raisons que nous avons de persévérer jusqu'à la mort dans la fidélité à nos engagements vis à vis de l'Institut et vis à vis de Dieu, ainsi que les avantages de cette persévérance, il ne sera pas inutile, croyons-nous, de jeter un coup d’œil rapide sur les causes qui pourraient nous conduire petit à petit, en dépit de nos convictions et de nos heureuses dispositions présentes, au grand malheur de l'infidélité.

Ces causes nous les réduirons à deux : 1° le manque de Vie intérieure ; 2° une tendance dominante non combattue. 

1° Le manque de Vie intérieure.

Le V. P. Fondateur regardait la piété comme le point Capital ; et il estimait que sans l'esprit d'oraison la persévérance d'un frère est impossible. De là l'extrême attention qu'il apportait à la formation des frères sur ce' point et l'admirable degré de vie intérieure où il les élevait avec la grâce de Dieu.

Témoin frère Louis qui, quelque temps avant de mourir, épanchant son âme dans celle d'un confrère pour qui il n'avait rien de caché s'écriait : « 0 mon frère ! que l'amour est doux ! que l'amour est fort ! Si vous saviez quels assauts il nie livre ! Dans la méditation, à la Sainte Messe, et surtout après la sainte Communion, je sens mon cœur tellement embrasé, et si plein de délices ineffables que j'en suis transporté ». Témoin frère Stanislas pour qui la Sainte Messe et la Sainte Communion étaient devenues si nécessaires qu'il avouait préférer jeûner tout le jour plutôt que d'en être privé. Ce bon frère disait : « Une petite visite au Saint Sacrement me fait oublier toutes mes peines, me délasse et me rend toutes mes forces. Un religieux qui a le bonheur de vivre à côté de Jésus, qui repose sous le même toit que Jésus et qui se laisse aller au découragement dans ses peines n'a pas la foi et il fait injure à Notre Seigneur. Quand on est avec Jésus et Marie, on peut dire comme les apôtres : Nous sommes bien ici, rien ne nous manque. Non, M. T. C. F., rien ne manque à celui qui vit de la vie intérieure ; il n'envie point les plaisirs et les avantages du monde ; et, comme le V. F. François, comme F. Ribier, comme F. Stanislas, comme F. Urbain, comme F. Attale, etc. il est ferme dans sa vocation comme un rocher. Comme F. Léon il apprécie sa vocation à l'égal d'un trésor et il pourrait dire comme ce Directeur à ses deux frères adjoints : Je vous assure que j'aime ma vocation plus que ma vie ; et, pour conserver cette belle vocation et lui être fidèle, je donnerais ma vie et tout mon sang. Mettons à profit de si beaux exemples, M. T. C. F. Développons en nous l'esprit d'oraison, l'esprit de foi, l'union à Notre Seigneur, la vie intérieure, en un mot. Les peines, les fautes, le peu de fruit que l'on porte, le dégoût de son saint état et finalement l'infidélité ne viennent que de ce que l'on n'est pas assez intérieur, assez uni à Dieu, de ce qu'on ne vit pas assez de la foi.

L'auteur du livre excellent que nous rie saurions trop recommander, l'Ame de tout apostolat, indique d'une façon frappante les étapes successives vers l'abîme, parcourues par l'apôtre, par le religieux, qui s'adonne aux œuvres sans établir sa vie apostolique sur ce fondement nécessaire de l'esprit surnaturel[2].

Le Rév. Père de Mérignargues S. J., dans une retraite prêchée récemment à Grugliasco, fit la même description lamentable et terrible : « L'apôtre qui oublie de se tenir uni à Notre Seigneur, dit-il, devient comme le sarment sec : la vie intérieure ne circule plus en lui : les intérêts du corps mystique de Notre Seigneur ne le touchent plus ; il voit avec indifférence le mal fait à l'Eglise et aux âmes ; la vocation lui paraît moins belle ; la tristesse l'envahit. la conscience perd sa délicatesse ; les commandements, se demande-t-il, obligent-ils si gravement? Et la règle ? Toute sa piété quotidienne se réduit à la Messe et aux exercices dont il ne peut ostensiblement se dispenser ; le zèle, d'ail­leurs, s'éteint peu à peu. La cause de tout le mal c'est que la vie intérieure, l'union à Notre Seigneur, seul prin­cipe de la vie surnaturelle, n'a pas été cultivée. Et voilà ce sarment complètement desséché, déjà il est détaché du cep ; un enfant même peut le ramasser et le jeter au feu. Et les passions sinistres viennent et enlèvent cette âme. Et les belles initiatives pour la gloire de Dieu ! Et le rêve entrevu ! Tout est fini ! On est comme dans un enfer anticipé ; on est consumé par un feu intérieur. On a conscience de rouler aux abîmes ; on continue néanmoins de tout jeter par-dessus bord, on ne jouit plus que d'une paix menteuse et on se demande si on n'est pas la victime de quelque illusion ! - Eh quoi ! s'écrie l'éminent religieux, est-ce là un tableau fantaisiste ?, ou Dieu s'est-il trompé en nous appelant à la vie religieuse ? - Non, répond-il, mais le plan divin est manqué par notre faute. Rappelons-nous l'appel des 12. Le 12° est nommé … c'est Judas … Hélas ! il devait lui aussi se séparer de Jésus, le trahir, abandonner sa vocation et finir en réprouvé ». D'autres hélas ! ont manqué le plan divin ; nous avons pu suivre les étapes de leur in­fidélité.

Mais saint Bernard les avait par avance décrites éloquemment avec les traits suivants : « D'abord oubli et éloignement de la prière, d'où provient une sorte de refroidissement intérieur. La grâce vient moins abondamment ; l'esprit s'attiédit de plus en plus : le discernement s'obscurcit ; les exercices de l'Ordre deviennent insupportables, alors qu'ils semblaient faciles jusque-là ; la concupiscence charnelle tourmente et sollicite. Le bien est abandonné, l'on s'habitue à la pensée du mal. Enfin la dernière main est mise à l'imprudence et l'on accomplit ce saut téméraire, ce saut honteux, plein d'ignominie et de confusion du sommet dans l'abîme, du pavé saint dans le fumier, du trône dans le cloaque, du ciel dans la fange, du cloître dans le siècle, du paradis en enfer ». (Sermon 63).

Que pourrais-je ajouter, M. T. C. F., à des exemples si frappants, à la doctrine si lumineuse du grand docteur monastique? Je termine donc l'exposé de cette première cause d'infidélité par une comparaison qui me parait bien propre à dépeindre la chute fatale du religieux manquant de vie intérieure.

On rencontre parfois, au bord d'un ruisseau, un arbre vieilli, profondément enraciné, mais dégradé par le temps. Son large tronc crevassé laisse entrevoir dans son sein un amas de pourriture. Cependant son écorce robuste vit toujours, la sève y monte encore, et, chaque armée, il se couronne de verdure comme au temps de sa jeunesse ; et il reste debout sur le bord du courant, sans souci du ver qui le dévore, de la ruine fatale qui le menace à chaque instant...

Ainsi du religieux éducateur, ainsi de nos frères qui négligent leur vie intérieure. Ils peuvent être dévoués pour leur classe et y réussir ; c'est l'écorce qui entretient la sève du dévouement et fait porter quelques fruits-, Mais au fond ni énergie pour leur sanctification, ni virilité spirituelle ; plus que de pâles motifs de bien faire, de travailler, d'obéir, de se dévouer et de souffrir. Ils ne meurent pas encore ; ils ne succombent pas tout d'un coup ; mais ils languissent, ils se traînent, semblables à ces malades que l'on voit errer mélancoliques et sans souffle, aux derniers rayons d'un soleil d'automne.

 2° Tendance dominante non combattue.

« Au fond de toute apostasie, dit un auteur contemporain, on découvre une tendance psychologiquement vicieuse qui n'a pas été combattue, surveillée, endiguée, maîtrisée, et qui un jour, après avoir longtemps couvé comme un feu souterrain dans les profondeurs de l'âme, finit par emporter l'édifice de la vocation religieuse ».

Sans doute l'apostat allègue des raisons tout autres. Mais les plus fragiles arguments ne prennent-ils pas, au regard d'un homme qui déjà sympathise avec les idées du monde, un relief, une force qui suffisent largement à le convaincre? Notons que la tendance vicieuse dont il est ici question n'est pas nécessairement une tendance inférieure, disons le mot, passionnelle. Ce serait donner, dans l'erreur qui consiste à se représenter tous les apostats comme des libertins en rupture avec les préceptes du 6ième Commandement.

Certes il en est parmi eux que la chair a vaincus. Mais il existe des déviations, des tares psychologiques ailleurs que dans les sens. Et ces déviations peuvent être, et se sont souvent révélées, plus dangereuses que les premières, car leur redressement exigerait un acte d'humilité tellement en désaccord avec la seconde nature qu'on s'est faite, avec l'être moral qu'on est devenu, que seul un vrai miracle de la grâce pourrait l'opérer. Les annales de notre Institut nous fournissent deux exemples frappants à l'appui de la thèse exposée ci-dessus, que la tyrannie d'une passion, un écart d'imagination, un travers de caractère ou d'intelligence préparent, si l'on n'y prend garde, de lamentables chutes. Nous  devons savoir gré au fin psychologue que fut le cher frère Jean Baptiste de nous avoir dépeint avec tant de détails la marche progressive vers l'infidélité du Frère Jean Marie, premier disciple du Vén. Fondateur, et celle du Frère Etienne Roumesy, qui abandonna sa, vocation à la même époque.

Ces deux sujets avaient reçu du V. Père les soins les plus affectueux, les plus intelligents, les plus spéciaux même. Mais l'éducation, si elle peut nous modifier, ne change pas le fonds de notre individualité. Quand nous nous éveillons à la vie nous y apportons un capital d'inclinations, de tendances qui peuvent être bonnes ou mauvaises. C'est la pâte dont notre personnalité est pétrie. Sur ce fonds, livré à l'état brut et plus ou moins riche de qualités ou de défauts, la volonté éclairée par les lumières de l'idéal peut travailler. Elle peut cautériser au fer rouge du sacrifice les parties contaminées, développer les inclinations heureuses, imposer une digue aux facultés trop exubérantes, rétablir peu à peu cet équilibre qui fait l'homme complet et maître de son âme.

C'est là par excellence le rôle de l'éducation et tout spécialement de la formation religieuse du noviciat. Notre caractère se forme d'abord sous la conduite de nos maîtres. Puis vient l'heure où c'est à nous de continuer dans les postes, la lutte contre nos tendances fâcheuses. Si on cesse de les maîtriser, de les discipliner, ces inclinations nous réservent de douloureuses surprises car elles ne tardent pas à relever la tête. C'est ce qui arriva pour Frère Jean-Marie et Frère Etienne Roumesy, tous deux victimes de leur orgueil, de leur attachement à la volonté propre. Cette tendance se manifesta, chez le premier tandis qu'il était Directeur à Bourg-Argental, par une sorte de pharisaïsme qui le portait à placer la perfection, non dans l'observation exacte des Règles établies par le V. Fondateur, mais dans des observances extérieures très sévères, peu en harmonie avec le genre de vie des Frères.

Ne pouvant y astreindre sa Communauté, et voyant que le V. P. Champagnat n'entrait nullement dans ses vues, il fit un coup de tête, se retirant à la Trappe sans attendre son remplaçant et laissant deux cents enfants à deux jeunes frères. Au bout de trois semaines, il demanda à rentrer dans l'Institut. Il y rentra avec son défaut dominant, avec sa, manie d'une perfection imaginaire, et cette fois se mit en tête d'imiter en tout saint Louis de Gonzague. Le V. P. Champagnat employa tous les moyens que lui suggéra son industrieuse charité et il usa même de toute son autorité pour le tirer de ses illusions et le ramener dans la bonne voie. Mais l'esprit propre, l'esprit d'orgueil qui le dominait et qu'il n'avait pas su combattre, rendit ce malheureux sourd aux avis et même rebelle à l'autorité de son supérieur. Il fallut l'éloigner. Le V. Père accompagna cet acte de sévérité, qui coûta tant à son cœur, de ces paroles que ne doivent jamais oublier les Petits Frères de Marie : « Ainsi seront traités tous ceux qui s'écarteront de l'obéissance pour suivre leur propre volonté ».

Voilà ce qu'a lait le libre essor donné à une tendance vicieuse chez un frère qui, au rapport du C. Frère Jean-Baptiste, joignit d'abord à une grande piété de grands talents pour la direction des classes et pour le gouvernement des maisons.

Fr. Etienne Roumesy nous donne la même leçon, car il arriva au même abîme par le même chemin : l'orgueil et l'attachement à la volonté propre. Son zèle, sa charité pour les pauvres et les orphelins étaient au-dessus de tout éloge et lui avaient gagné le respect et l'estime de tout le monde. Mais, comme la vertu dégénère en vice quand elle n'est. pas réglée par l'obéissance, ce fut l'inclination que ce frère avait pour ces sortes d'œuvres qui devint la cause de sa perte. Le V. Père en eut besoin pour la direction des travaux à la Maison Mère. Il l'y appela ; le frère y vint à contrecœur et une lutte s'engagea dans son âme entre l'obéissance et la volonté propre. Le V. Fondateur le soutint, l'encouragea, l'exhorta de toutes façons : Hélas ! F. Etienne Roumesy devait vérifier une fois de plus cette triste vérité qu'une inclination mauvaise qu'on n'a pas su dominer, un jour ou l'autre résiste, se cabre, trouble le calmé de notre existence et parfois la bouleverse de fond en comble. Les observateurs superficiels se trompent alors étrangement. C'est le changement de ce frère qui est cause de sa sortie, ou c'est telle difficulté dans son emploi, ou un désaccord avec son frère Directeur ou le F. Provincial. En réalité ce ne sont là que des causes secondes. La cause première c'est un travers, un défaut, une passion qu'on a nourrie peut-être inconsciemment. L'envahissement, la domination de notre être moral, intelligence, cœur, volonté, ne s'est pas fait, certes, tout d'un coup. Le mal s'est propagé sourdement, insensiblement, par une infiltration lente, progressive et sûre. Et puis un jour la crise éclate, ou plutôt le dénouement, car depuis longtemps la crise était commencée. Sous le choc d'un événement parfois insignifiant, la rupture d'équilibre est consommée. Le défaut, le travers, la passion s'affirme maîtresse de l'âme entière. L'intelligence, le cœur, la volonté sont impuissants à réagir.

Raisonnements, conseils, paroles affectueuses, exhortations, supplications, amitié, autorité ne peuvent plus rien sur les facultés maîtrisées, tyrannisées, paralysées. La tendance qui a, suivant l'expression consacrée, pris le dessus, dicte à l'être tout entier, le but, la fin vers laquelle il devra désormais se diriger et qui répond à ses exigences intraitables. De là, M. T. C. F., l'importance exceptionnelle dans la vie spirituelle et dans la question de la persévérance, de l'examen particulier, de la lutte sans trêve ni merci contre le défaut dominant.

En résumé, nous pouvons rattacher à deux causes l'infidélité dans la vocation : la négligence dans l'entretien de sa vie intérieure, la négligence dans le combat contre soi-même.

Ranimons donc en nos âmes d'une part l'estime pour l'oraison, l'esprit de foi, l'union à Dieu, la vie intérieure en un mot ; d'autre part, la lutte contre nos tendances mauvaises et nos défauts de caractère par le moyen de l'examen particulier.

Et comme conclusion de ces réflexions, M. T. C. F., faisons nôtre la résolution suggérée par St. Vincent de Paul à ses religieux : « Continuons notre voyage au Ciel sur le même vaisseau où nous nous sommes engagés ».

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*      *

 Je crois bon et utile de terminer tout ce que nous venons de dire sur la question capitale de la persévérance par le résumé d'une instruction de clôture de retraite que j'eus l'avantage d'entendre, il y a quelques années, à la suite d'une retraite annuelle dans une de nos maisons de Belgique.

J'ai déjà eu l'occasion d'en parler dans quelques-unes de nos retraites d'Europe. Ce ne sera pas sans profit de le répéter ici pour nos Frères de toutes les parties du monde.

Le Prédicateur était un éminent religieux de la Compagnie de Jésus.

Il avait devant lui un nombreux auditoire composé de Frères des postes et de novices de la maison qui avaient fait avec grande ferveur les saints exercices de la retraite.

Qu'est-ce que la persévérance? telle est la question qu'il posa dès le début de son sermon.

Et au lieu d'y répondre directement, il dit :

Deux hommes forts et vigoureux sont au bas d'une montagne. L'un et l'autre se proposent d'arriver au sommet.

Ils se sont munis du nécessaire pour faire le mieux possible cette ascension.

Ils n'ignorent pas qu'elle pourra présenter des difficultés.

L'un des deux se met en marche. Il avance avec prudence évitant avec soin les dangers divers qui se rencontrent sur son chemin. Il se repose un peu de temps en temps pour reprendre haleine et se réconforter. Peu à peu et sans grave accident il s'avance vers le but. Il finit par arriver au sommet d'où il jouit du panorama le plus magnifique.

L'autre part aussi avec courage, mais en cours de route il rencontre plus d'un obstacle. Soit manque de vigilance soit par toute autre cause il commence par trébucher. Toutefois il ne se décourage pas ; il se remet en marche. Mais voilà qu'un peu plus avant, un péril plus grand se présente et le fait tomber. Cette chute le contusionne bien un peu, mais cependant ne le décourage pas non, plus. Il se relève et se remet en marche s'avançant toujours vers le but.

D'autres causes le font encore trébucher et tomber. Il lui arrive même de se sentir glisser sur la pente qui avoisine un affreux précipice. Heureusement il peut saisir une branche solide et s'y accrocher. C'est pour lui le salut. Il se ressaisit, regarde un moment le terrible danger qu'il a couru. Enfin après diverses autres alternatives, il finit par arriver comme le premier au sommet de la montagne ; et comme lui, il y jouit du plus superbe des panoramas.

Après cette sorte d'apologue le Père Prédicateur ajouta, nous pouvons dire de ces deux hommes : « Ils ont per­sévéré  ! ».

Voilà, M. C. F., comment vous devez considérer cette question si importante de la persévérance.

Je veux encore rappeler ici un autre souvenir qui date d'environ 50 ans.

C'était à S. Genis-Laval, un saint Père Jésuite avait prêché avec un zèle tout apostolique une des retraites annuelles.

Dans son dernier sermon, il appuya avec grande insistance sur ce qu'il appela un mot d'ordre pour notre vie entière.

Quoi qu'il arrive, nous dit-il, ne vous découragez jamais ! et il le répéta par trois fois.

Oh  ! que nous serons bien avisés, M. T. C. F. si, à l'exemple du V. Père Champagnat, nous l'adoptons pour nous-mêmes, et, dans toute l'étendue de sa signification !­

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 LE CHER FRERE DAMIEN.

 La lettre de faire part, adressée à toutes nos maisons, le 7 janvier dernier, vous aura déjà fait connaître la grande perte que vient de faire notre Institut en la personne du-cher Frère Damien, Assistant Général.

C'est le 6 janvier, solennité de l'Epiphanie, et pendant la Grand Messe de Communauté, que le cher Frère Assistant a rendu sa belle âme à Dieu, après quelques semaines d’une maladie dont les premières atteintes se firent sentir en juillet.

On crut d'abord à une indisposition passagère. De fait, le mal paraissait enrayé, quand, à la fin de novembre, une crise assez aiguë se produisit, suivie de plusieurs autres à peu d'intervalles.

A partir de ce moment le cher malade dut garder le lit et s'astreindre à un régime sévère. Mais, déjà bien affaibli, les soins les plus empressés qui lui furent prodigués ne purent que prolonger de quelques jours cette existence, consacrée tout entière au service de Dieu et des âmes.

Pendant sa maladie, comme durant tout le cours de sa vie, le cher Frère Damien a fait l'édification de tous par sa piété, sa patience, sa résignation, sa reconnaissance et son tendre amour pour N. S. J. C., qu'il avait le bonheur de recevoir à peu près tous les jours, grâce.à l'extrême obligeance du bon père Aumônier.

Il a reçu également le sacrement de l'Extrême-Onction dans des sentiments admirables, répondant parfaitement, avec ce grand esprit de foi qui le caractérisait à toutes les prières du rite sacré.

Quand elles furent terminées, il renouvela ses vœux, en présence du Révérend Frère Supérieur, des Membres du Régime et autres Frères de la Communauté qui avaient assisté à cette bien impressionnante cérémonie.

Qu'il est doux de mourir quand on a aimé ardemment N. S. toute sa vie ! Le Religieux qui a reçu si souvent le bon Maître est assuré, à ce moment, d'être reçu à son tour dans le royaume céleste. C'était cette pleine assurance qui rendait notre cher Frère Damien si tranquille en face de la mort.

Oui, il fait bon mourir sous les auspices de Marie quand, pendant près de 60 ans, on a été un fidèle imitateur de ses vertus, un infatigable apôtre de sa dévotion et le chantre passionné de ses gloires !

Nous aimons à l'espérer, N. S. et la Très Sainte Vierge auront fait bon accueil à celui qui, durant sa longue carrière, a été constamment le modèle du Petit Frère de Marie dans l'amour de Jésus et de Marie.

Mon intention n'est pas de vous tracer ici la biographie du cher défunt, où il y aurait tant à dire. Le cadre de cette circulaire ne le comporte pas ; d'ailleurs, ce travail pourra venir en son temps. Mais, en attendant, je veux présenter à tout l'Institut notre cher Frère Damien comme un modèle achevé de fervente piété, de vraie vie intérieure et de simplicité toute mariste ; enfin, le Religieux d'une délicatesse de conscience vraiment remarquable, après vous avoir déjà rappelé plus haut son ardent amour pour N. S. et la bonne Mère.

Ces belles qualités, ces admirables dispositions, il les a montrées toute sa vie, dans les différentes fonctions qu'il a remplies ou les charges qu'il a occupées : au Noviciat de Labégude, comme professeur, pendant 12 ans ; à S.Florent, à Salindres, au Pensionnat d'Aubenas, comme Directeur, pendant 25 ans ; puisa comme Maître des Novices pendant 8 ans ; Vice-Provincial du Brésil Nord pendant 6 ans ; et enfin, comme Assistant du Contentieux durant les 8 dernières années de sa vie.

Mais ceux qui l'ont vu de près à travers ces diverses étapes ont pu facilement constater, surtout à partir de ses Grands Exercices, faits en 1885, qu'il est toujours allé du mieux au plus parfait, jusqu'à atteindre un certain degré de perfection où peu d'hommes, malgré leurs efforts,  forts, osent aspirer.

Les résolutions de sa dernière Retraite, en juin 1917, nous donnent la mesure du niveau moral où il se tenait :

Union plus intime avec Dieu, par la pratique de sa sainte présence ; union plus intime avec Jésus, dans la sainte communion ; union plus intime encore avec Jésus souffrant dans sa Passion.

Chaque jour, je remettrai à Marie mes indulgences, mes intentions apostoliques.

Je continuerai mes actes extérieurs d'humilité.

Avec permission : 1° Je continuerai à me lever à 3 h. ½  (depuis plus de 40 ans, il se rendait tous les jours à la chapelle à 4 h. du matin, pour y faire son chemin de croix) ; 2° J'userai un peu de discipline.

Homme de mortification, le cher Frère Damien le fut toute sa vie. Mais il fut surtout un homme de vie intérieure, et par conséquent, l'ennemi juré de toute démonstration extérieure trop bruyante, de toute réclame trop tapageuse, se rappelant sans-cesse la devise de son vénéré Maître, le cher Frère Philogone, de si douce mémoire : le bruit ne fait pas le bien.

De fait, on aime la vertu modeste, la science qui se défie d'elle-même pour ne compter que sur Dieu. C'est ainsi qu'a agi le bon Frère Damien, partout où il a passé. Aussi sa mémoire restera-t-elle en bénédiction auprès de tous ceux qui l'ont connu, parce que partout il a été la bonne odeur de J. C. et la gloire de son Ordre.

Que de témoignages nous pourrions citer à l'appui de ce que nous avançons, et qui nous viennent un peu de tous les côtés et de tous les rangs de la société, non seulement des Frères qui l'ont particulièrement connu ou des membres du Clergé qui l'ont vu de près, mais, même de pieux laïques.

Pour terminer ces quelques lignes, consacrées à faire revivre la mémoire du fervent Religieux que fut notre cher Frère Damien, bornons-nous à celui-ci :

« Je reçois avec une grande peine la nouvelle de la mort du bon Frère Damien. Vous savez en quelle particulière estime je tenais cet homme vénérable entre tous, modeste et doux, d'une si grande intelligence et d'un cœur bien plus grand encore.

« Votre Congrégation fait une grande perte : car de tels hommes sont rares.

« Je garderai pieusement le souvenir de ses belles qualités et de ses admirables vertus, avec l'assurance que du Ciel il priera pour notre pays ».

Ce beau témoignage, donné par un pieu laïc qui a été en relations avec le cher Frère Damien pendant plus de 20 ans, nous montre comment on savait apprécier, même dans le monde, ce Religieux si modeste, avec lequel il y avait tant de plaisir à faire route sur le chemin du ciel, parce qu'il y tenait bien peu de place. Que Dieu nous donne beaucoup de sujets de cette trempe !

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 NOS CAUSES DE BÉATIFICATION.

 Je suis bien persuadé, M. T. C. F., que tous, aussi bien que moi, vous avez un ardent désir de voir notre Vénérable Père Fondateur proclamé Bienheureux par la Sainte Eglise et dé pouvoir célébrer solennellement sa fête dans nos chapelles.

Combien ne serions-nous pas heureux aussi de voir la cause de béatification de notre vénéré F. François avancer d'un bon pas dans sa marche progressive !

Nous avons les mêmes désirs et nous faisons les mêmes vœux pour nos Martyrs de Chine.

Voici ce que m'écrivait à la date du 17 novembre dernier le cher Frère Candidus, notre Procureur général près le Saint Siège :

 « Quant à nos causes de béatification, nous en sommes au même point qu'il y a un mois, où je vous disais  que, pour celle du Vénérable Fondateur, Monseigneur Salotti travaille aux dernières réponses, et pour celle du vénéré Frère François, nous attendons que le même Monseigneur Salotti ait fait imprimer l'information ou résumé historique qui doit précéder le sommaire, pour nous occuper activement de la requête des Lettres postulatoires. Nous avons besoin de ce résumé pour • compléter celui qui doit accompagner notre demande  des Lettres postulatoires. Ce qu'il nous faudrait surtout,  mon T. R. Frère Supérieur, ce sont quelques miracles « éclatants. Il faut espérer que si, dans tout l'Institut, on se met à faire fervemment et constamment la prière pour demander à Dieu et à la Vierge bénie cette béatification si désirée, nous obtiendrons tout ce qu'il faudra, c'est-à-dire le Décret sur l'héroïcité des vertus et miracles éclatants ».

A la date du 13 décembre il m'écrivait de nouveau et me disait :

« Lundi passé, j'ai vu notre éminent Protecteur, le Cardinal Giustini. Il m'a promis de parler de la Cause de notre Vénérable Père à Monseigneur Salotti afin que celui-ci se hâte de nous donner les dernières réponses. Je pense qu'il l'a déjà fait ».

 Autre lettre dit cher Frère Procureur Général dit 13 novembre 1917 :

« Mon Très Révérend Frère,

Dans une note que j'ai reçue le 22 octobre, vous me posiez deux questions, auxquelles je suis à même de vous répondre aujourd'hui avec plus d'assurance que jamais

I. Pourrions-nous faire en publie, dans nos Communautés, la prière pour obtenir la béatification du Vénérable P. Champagnat telle qu'elle est au verso de l'image?

Il. Pourrions-nous faire cette prière à la chapelle,  par exemple, à la visite au Saint Sacrement qui précède le dîner?

A la première question- je réponds oui, entendant l'expression en public comme nous faisons dans nos Communautés la prière du matin et du soir.

A la seconde, je réponds aussi affirmativement. La visite au Saint Sacrement est un exercice de Communauté comme les autres, avec la seule différence qu'on est à la chapelle au lieu d'être à la salle des exercices. Ce n'est pas une cérémonie liturgique de culte public « exigeant la présence d'un prêtre officiant revêtu du surplis ou de quelque autre ornement sacré.

Ces réponses sont le résultat de consultations qui m'ont été données par des personnages de Rome qui font autorité en cette matière.

Veuillez agréer la nouvelle assurance des sentiments de profond respect et d'entière soumission avec lesquels je suis si heureux de me redire

Votre très humble et très obéissant serviteur en J. M. J. et en union de prières

Frère CANDIDUS ».

 Chacun d'entre vous, M. T. C. F., saura tirer une bonne conclusion pratique de cette lettre.

Nous pouvons espérer qu'il en résultera une augmentation considérable dans le nombre et la ferveur des prières qui seront faites pour obtenir la béatification si désirée.

Et non seulement nous prierons dans l'Institut à cette intention, mais nous déploierons tout le zèle possible pour provoquer des prières en dehors de l'Institut, parmi nos parents, parmi les religieux et religieuses avec lesquels nous pourrons nous mettre en relation. Nous nous attacherons aussi à faire prier plus que jamais dans cette intention les enfants de nos écoles.

J'insiste de nouveau pour qu'on répande dans une large mesure l'image du Vénérable qui porte au verso la prière pour la béatification.

Nous en avons un stock considérable à la Maison-Mère. Il y en a en français, en anglais, en espagnol, en italien et en portugais. L'Economat Général pourra expédier par la poste les commandes qui lui seront adressées.

Même recommandation pour la grande image en chromolithographie destinée aux classes, pour la petite Vie illustrée du Vénérable Père Fondateur et pour la brochure intitulée : Notice biographique sur le Vénérable Père Marcellin Champagnat et Relations de faveurs obtenues par son intercession.

Je tiens à la disposition de ceux qui m'en feront la demande, des images portant une petite relique du Vénérable Fondateur.

Plus nous les répandrons, surtout si nous avons soin de choisir judicieusement les milieux favorables, c'est-à-dire ceux où est vive la foi chrétienne, plus aussi nous aurons raison d'espérer une récolte de bons miracles, comme cela arriva pour la semence tombée en bonne terre dont nous parle le Saint Evangile.

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 FAVEURS SPÉCIALES

obtenues par l'intercession du Vénérable Père Fondateur.

 I

 Grugliasco, 11 novembre 1917.

1) Préservé d'une mort certaine le 26 avril 1916, à Noordschote ; mon co-brancardier, le Révérend Père Arthur Von Genechten, S. J., est frappé à côté de moi et meurt entre mes bras.

Moi, je n'aipas une égratignure ; j'avais soupiré : « O Vénérable Père Champagnat, se­courez votre enfant ! ».

2) A Calais, j'ai soigné les typhiques (les cas les plus dangereux) et cela pendant cinq mois.

Je n'ai même pas éprouvé le moindre dérangement intestinal.

Tous les jours, je récitais un Pater et un Ave en l'honneur du Vénérable Fondateur pour demander sa protection.

3) Le 5 novembre dernier, aux tranchées de Dixmude, j'ai secouru un blessé pendant un très violent bombardement. Obus de tous calibres, grenades, bombes, torpilles  : toutes les horreurs d'une attaque partielle s'étalaient à nos yeux. Je volai au secours d'un malheureux, en disant : « Vénérable Père, si j'en sors c'est à Vous que je le devrai ». Il en fut ainsi. Deo gratias !,..

4) L'an dernier, quoique mes papiers fussent bien en règle, je n'ai, pas eu le bonheur de venir à la Maison-Mère .....

Il y a 6 mois environ, j'ai demandé à notre Vénérable Père Champagnat de voir notre Maison-Mère pendant la guerre et... m'y voilà !                    

                          Frère Achille-Louis.

II

 J'avais écrit à ma tante (Supérieure des Religieuses.de l'hôpital à Usson) que le Vénérable avait secouru d'une manière providentielle le Rév. Frère François dans une visite qu'il faisait aux Frères de l'établissement de cette localité, et je l'engageais à faire une neuvaine pour demander au Vénérable sa guérison ou tout au moins une amélioration dans son état. Ma tante a eu ses 80 ans en juillet dernier.

Voici ce qu'elle m'écrivait elle-même à la suite de la neuvaine, en date du 18 février 1917 :

« Je viens, vous faire part du mieux qui s'est opéré en moi depuis l'avant-dernier jour de la neuvaine, c'était jeudi. Toutes mes souffrances ont cessé.

Aidez-nous à remercier le bon Révérend Père Champagnat. Nous avons commencé une neuvaine d'action de grâce, veuillez vous unir à nous.

Disons aussi un merci à notre bon Petit Frère Attale. Je l'ai prié de s'unir à notre demande ; il n'est pas indifférent pour les membres de sa famille.

« Que je vous dise aussi que sans souffrance j'éprouve toujours une grande faiblesse et une grande lassitude qui me retiennent dans une chambre, où je suis bien soignée comme toujours ».

A la suite de cette lettre j'avais demandé le diagnostic du docteur ; le voici :

« Mère Chantal est atteinte d'un néoplasme à la face antérieure de l'estomac (de l'étendue de la paume de la main). Quelques vomissements, amaigrissement considérable. La malade dit moins souffrir depuis quelques jours ».

Usson, le 8 mars 1917.

                          FOUCHERON.

III

 Je soussigné, Pallanche Joannès, demeurant à St. Martin-la-Sauveté (Loire) fais acte de reconnaissance au Vénérable Père Champagnat.

Il y a un peu plus d'un an, ma fille âgée de 24 ans, était malade et atteinte d'une pleurésie purulente.

Les médecins l'avaient presque abandonnée, sauf qu'ils voulaient tenter une opération à laquelle nous n'avons jamais voulu consentir vu l'état de grande faiblesse de la malade.

Ne sachant plus quoi faire, et possédant une relique du Vénérable Champagnat, qui nous avait été donnée par monsieur Laurent Girard, notre cousin, directeur de l'école libre de Saint-Symphorien-de-Mahun (Ardèche), nous avons eu la bonne pensée de la mettre sur la malade. Aussitôt il s'est produit un mieux. Peu de jours après, il s'est formé un abcès à l'endroit où la relique avait été placée et aussitôt que l'abcès a été percé la malade a été soulagée, et le mieux est venu bien doucement et -avec une convalescence de 8 à 10 mois ; ma fille est maintenant complètement guérie.

Comme titre de reconnaissance envers le Vénérable Père Champagnat, je vous envoie ce petit billet, où, j'appose ma signature.

St. Martin-la-Sauveté, 21 janvier 1917.

             Pallanche Joannès. IV.

 IV

 Mon Très Révérend Frère Supérieur Général,

Dans le court entretien que j'eus avec vous, le 11 septembre, vous me dîtes de vous adresser encore par écrit ce que j'avais omis volontairement dans le rapport que je vous avais envoyé au sujet des a deux opérations que, J'avais subies. Le voici :

Après ma deuxième opération, le Major m'avait expressément défendu de toucher à mon pansement et de remuer dans mon lit, de crainte, me disait-on, d'une hémorragie. Mais après l'apparition que j'ai décrite, je ne pus résister de passer la main entre la peau et le pansement, me disant : « Si tu n'es pas guéri, tes doigts en reviendront couverts de sang ou de pus». Je retirai ma main aussi nette qu'avant de la passer. Je défis alors complètement le bandage  ; je regardai mon reste de jambe, retouchant mon moignon, le frottant même fortement pour m'assurer si je n'éprouvais pas de douleur. Je ne souffrais rien qu'un agacement des fils de la couture qui s'y trouvaient encore. Je replaçai le pansement le mieux que je pus, mais sans pouvoir désormais le faire tenir ; car, dans mon contentement, je remuais dans mon lit.

Le 17 septembre, j'ai fait ma visite de remerciement aux religieuses de l'Hôpital de St. Chamond (Loire). Je dis à la religieuse à laquelle j'avais demandé un Magnificat d'action de grâces  : « Ma sœur, vous devez vous rappeler que vous vous êtes éloignée de mon lit en riant de la demande que je vous avais faite et que vous ne croyiez pas alors à ma guérison ». Elle m'a répondu : « Non seulement je n'y croyais pas, mais en le rapportant aux sœurs, je leur dis que c'était la fièvre qui vous avait porté à me parler ainsi ». - « Moi, je lui ajoutai, vous devez bien vous rappeler que je n'eus pas un instant de fièvre ». Elle me répondit encore : « Oui, mais je comprends maintenant aussi pourquoi votre pansement s'était défait ». - « Je ne vous dis pas que je l'avais défait moi-même, parce que je ne voulais pas être grondé par vous, ni par M. le docteur Laurençon, avant que fût constatée ma guérison ».

Je ne vois pas, mon T. B. F. Supérieur, d'autres choses à vous dire, si ce n'est que je demande à la Communauté de Grugliasco qu'elle veuille bien s'unir à moi pour remercier le bon Père Champagnat de la grande faveur qu'il m'a obtenue du bon Dieu.

Je suis, avec un profond respect et une entière soumission, mon Très Révérend Frère Supérieur,

Votre très humble et obéissant serviteur,

              M. LANGLAIS, Frère AGERICUS.

St. Sauveur-en-Rue, le 25 septembre 1917.

 V.

 Très Révérend Frère

A mon passage à Amiens, je suis descendu rapidement, le Il juillet 1917, chez monsieur Sauvenay, l'ami du Ch. Frère Gabriel, que je savais gravement malade.

J'étais allé le voir quelques jours auparavant et l'ayant trouvé très mal, je lui avais remis une image du Vénéré  Père Champagnat. La famille en fut très heureuse. Une neuvaine commença pour se terminer le premier vendredi du mois de juillet. Si la guérison corporelle ne fut pas donnée à M. Sauvenay, puisque Dieu l'appela à lui le 9 juillet, par les prières, lui fut obtenue la guérison spirituelle. M. Sauvenay était plutôt indifférent. La fa­mille m'avait demandé des  prières pour qu'il ne meure pas sans Sacrements. Ne pouvons-nous pas supposer que le V. P. Champagnat intervint dans l'affaire, puisque le vendredi, dernier jour de la neuvaine, le malade, qui s'était confessé la veille, communia avec toute la famille, et le lundi suivant, il mourait très pieusement à la grande consolation de la famille pour qui la foi avait adouci l'épreuve.

Je vous serais très reconnaissant de me procurer une autre image avec relique.

          Le sergent DANSET

            en religion Frère Louis--Damien.

 VI

 Très Révérend Frère Supérieur,

Je crois de mon devoir de vous signaler un fait qui vient de se passer dans mon Ecole. Le 5 novembre, nous arrivait d'une commune voisine, St Dier-d'Auvergne, comme interne, un gentil petit garçon, âgé de 13 ans Bernard Vaure. L'enfant s'installa comme ses camarades et se mit au travail. Le dimanche suivant, 11 novembre, ce brave enfant se plaignit au surveillant d'un mal de tête accompagné de frissons. On le fit coucher, espérant bien que le malaise aurait disparu le lendemain matin. Pas du tout, l'enfant avait une forte fièvre et souffrait toujours de la tête. Immédiatement j'avertis les parents et je fis appeler le médecin. Ce dernier constata de suite une congestion du poumon gauche. Le malade fut installé dans une chambre particulière et le soir même son père et sa mère étaient près de lui. Pendant la nuit l'enfant commença à délirer. Le délire et la fièvre (40°) persistèrent le mardi, le mercredi, le jeudi et le vendredi. Le vendredi, le médecin écrivit le diagnostic suivant :

« Je soussigné Potiadès, docteur en médecine, certifie avoir examiné l'enfant Vaure Bernard et avoir constaté qu'il est atteint de pneumonie massive à forme adynamique accompagnée d'hyper pyrexie, de délire et de grande faiblesse de l'état général.

Son état est très grave.

Courpière, le 16 novembre 1917.

           Signé : Docteur POTIADÈS ».

 Monsieur le curé, mis au courant dès le début de la maladie, jugea qu'il devait lui administrer l'Extrême Onction pensant que l'enfant aurait de la peine à passer la nuit.

Pendant que le Prêtre administrait notre cher petit malade, à genoux, près du lit, l'idée me vint de le recommander au Vénérable Père Champagnat et je promis de faire une neuvaine de Communions pour obtenir sa guérison. De concert avec mes professeurs nous décidâmes que tous les enfants de l'Ecole se réuniraient pendant neuf Jours pour la récitation du chapelet à la même intention.

Ce même jour, à 10 heures du soir, mon surveillant avait pour mission de tenir de force l'enfant dans son lit, pendant que dans un coin de la chambre, je faisais la communication suivante aux parents désolés qui redoutaient un dénouement fatal :

Je suis convaincu que vous êtes des parents foncièrement chrétiens, je puis donc vous parler librement. Puisque la science médicale semble impuissante à guérir votre cher petit Bernard, je vous engage à vous associer à nous tous dans la neuvaine que nous commencerons demain. Vous la ferez, à la même heure que nous, là devant le tableau du Vénérable Père Champagnat.

Puis j'épinglai une image avec relique du Vénérable à la tête du lit du malade.

O surprise, l'enfant qui n'avait plus dormi depuis le mardi, s'endormit dans les bras de mon surveillant pendant que je disais aux parents ce que nous allions faire. Le malade a dormi tranquillement pendant 2 heures. A partir de ce moment la fièvre et le délire ont sensiblement et graduellement diminué. Aujourd'hui, huitième jour de la neuvaine, l'enfant n'a plus de fièvre et va bien mieux ; il est hors de danger. Sous peu, il ira se reposer dans sa famille.

Le père et la mère sont heureux et ne manqueront pas de remercier le bon Dieu de leur avoir conservé leur enfant.

Cette modeste relation a pour but de témoigner notre grande reconnaissance envers le Vénérable Père Cham­pagnat.                

                 J. Ponceblanc.

                            2me Relation du sujet précédent.

 Depuis le moment où j'ai reconnu la gravité de la maladie de Bernard Vaure, jusqu'à sa guérison, je me suis tenu à peu près constamment auprès de notre cher malade pour le soigner et lui appliquer exactement les remèdes prescrits par le médecin. J'ai suivi pas à pas les progrès de la maladie et après avoir constaté la violence et la gravité du mal qui menaçait la vie de Bernard, j'estime que ni mes soins, ni les remèdes du médecin n'étaient par eux-mêmes capables de le guérir.

Le lundi, à sa 1ièrevisite, le médecin constata que le poumon gauche était fortement congestionné à la partie supérieure. Pendant la nuit le malade commença à délirer. Le mardi, la fièvre et le délire s'accrurent sensiblement : Bernard n'eut pas un moment de repos. Le mercredi, le médecin nous annonça qu'une pneumonie grise, massive, très dangereuse était nettement déclarée. Son état se trouvait encore aggravé par le fait d'un tempérament sanguin et fortement chargé d'humeurs. Dans la soirée de ce même jour, pendant que je soignais notre cher malade, il s'évanouit dans mes bras ; je crus son dernier

momentarrivé; je le frictionnai vivement et parvins 'à le ranimer. A partir de ce moment, Bernard n'eut plus conscience de son état ni de ce qui se passait autour de lui.

Le lendemain, jeudi, son état s'aggrava encore, la fièvre et le délire augmentèrent d'intensité, les symptômes d'une méningite apparurent; le médecin n'avait plus d'espoir de le sauver. Malgré tout, je comptais encore sur l'effet des remèdes et des soins que je lui prodiguais.

Le vendredi, le poumon menaçait d'être complètement bloqué et je me convainquis qu'il n'y avait plus rien à faire. A cause de la violence du délire, il devint presque impossible d'administrer aucun remède au malade; il refusait même de prendre du breuvage et je devais le maintenir de force dans son lit. Je m'attendais à chaque instant de lui voir rendre le dernier soupir.

C'est alors qu'ayant perdu tout espoir du côté de la terre, nous résolûmes de nous adresser au Ciel. Cet enfant, nous voulions le sauver et nous demandâmes avec confiance sa guérison au Vénérable Père Champagnat. Après le souper, ses petits camarades de pension, commencèrent à prier le Père Champagnat pour sa guérison et renouvelèrent leur prière avant leur coucher.

A dix heures du soir, M. Ponceblanc, entre dans la chambre du malade, apportant une image du Vénérable Père Champagnat avec relique qu'il suspend à la tête de son lit. A ce moment précis, Bernard Vaure, qui n'avait eu aucun moment de repos et qui n'avait cessé de délirer depuis 4 jours, qui, sous la violence du mal, poussait depuis 2 heures des cris entendus des voisins - Bernard que j'avais de la peine à retenir dans son lit, s'endormit paisiblement. Je m'écriai alors: Le Père Champagnat nous a entendus, le malade est sauvé.

Le lendemain, le médecin constata à sa grande surprise une amélioration très sensible.

Après avoir vu les progrès rapides de la maladie, j'ai pu constater les progrès non moins rapides de la guérison.

Dès le samedi, le délire disparut, la fièvre baissa et le malade reprit sa connaissance. Bientôt le médecin déclara qu'il était hors de danger.

Deux jours avant la fin de la neuvaine la guérison était assurée, grâce au Vénérable Père Champagnat

 VII

                                                             2 Décembre 1917­

 Très Révérend Frère Supérieur,                      

 Vous s’avez déjà que, ayant été atteint de la cataracte depuis une sixaine d'années, j’ai été obligé d'abandonner mon établissement de..., il y a plus d'un an. Tout heureux, dans mon infirmité, de pouvoir trouver un refuge dans la maison édifiée par le Vénérable lui-même; et d'autant plus content que je ne doutais nullement de ma guérison par son intercession. - Aussi à peine admis dans les murs bénis du paisible Hermitage  je me suis mis avec entière confiance à solliciter avec joie, avec ferveur, avec une entière confiance, à solliciter un miracle éclatant pour la cause du Vénérable Père Champagnat.                      

La Communauté, commença bientôt une neuvaine au Vénérable, qui ne se terminait que pour recommencer encore. Au dehors, Plusieurs maisons s’unissaient à nous; grand élan partout. De mon côté, je faisais mon possible; grand élan partout j'espérais pour le Centenaire, pas l'ombre d'un doute. Le 9janvier arrivé, le miracle n’était pas obtenu; mais si je n'ai pas été favorisé d'un miracle éclatant, la protection du Vénérable n'en a pas été moins évidente sur l'ensemble de ma guérison qui est aujourd'hui complète. Vue excellente par le moyen de l'opération qui a réussi merveilleusement. C'est l'aveu du Docteur oculiste est, en ce jour, dans Riolacci. De plus, mon organisme l'état que je souhaitais et que je n'ai cessé de solliciter par l'entremise du Vénérable. J'espère aussi, ne jamais cesser de l'en remercier.

Le Docteur après avoir constaté l'excellent état de mes yeux et l'état général de tout mon organisme grandement amélioré, s'est encore écrié dans la dernière consultation du 29 Novembre 1917 : Comme ça marche, chez vous, ça va comme on veut ! !...

              Joseph Astier, Frère Dagée

 Ci-après une attestation du Docteur Riolacci:

Docteur Riolacci, Chirurgien spécialiste,

                 4 Place de l'Hôtel de Ville, St. Etienne.

                 St. Etienne, 29 novembre 1917.

 « L'opération de M.  Astier a parfaitement réussi et il a maintenant une vision excellente.

« Son état général s'est en même temps considérablement amélioré, surtout depuis la 2ièmeopération.

            « RIOLACCI ».

 VIII.

 Reverendo Superiore Generale dei Fratelli Maristi,

Mese addietro, visitando assai spesso alcuni poveri ufficiali all'ospedale militare Morelli di Popolo, che mi erano stati raccomandati, ebbi la fortuna di conoscere il povero e coraggioso ferito tenente Masset Giovanni, fratello Marista. Lo rividi in altre mie visite ed ebbi da lui un libretto con le notizie biografiche del Venerabile Padre Marcellin Champagnat.

Lo lessi da capo a fondo, e vivamente convinta del potere di tale Venerabile presso l'Altissimo, vivamente io pure Io pregai, che pe' suoi meriti, per la sua vita intemerata e santa, mi ottenesse dal buon Dio, una grazia che ardentemente desideravo. Dico, non era una grazia spirituale, ma l'affare molto m'interessava.

Poche ore dopo la fatta preghiera, e ben lungi di credermi cos ! presto esaudita, io ottenni quanto umilmente avevo chiesto al Venerabile. Ma siccome nella mia domanda avevo soggiunto, che se fossi stata esaudita, avrei resa pubblica anche la mia riconoscenza, cosi ora sciolgo la mia promessa facendo voti che l'aureola dei beati rifulga presto sul capo del Venerabile, al quale ogni giorno salirà una mia preghiera di devota riconoscenza.

Il buon Padre Champagnat mi annoveri fra le sue serve. A Lei, Reverendo Signor Superiore, il compito cortese di far pervenire la niia pubblica riconoscenza, e se puô,. compia l'atto suo, che sarà per me indimenticabile, con l'inviarmi un'immagine del Santo con piccola reliquia - un pezzetto di abito appartenuto al Venerabile -. Me ne fece vedere una il signor Masset.

Grazie, grazie inrinite, e con riconoscenza sentita e devota mi professo di V. S. Rev.ma umilissima serva

 Torino, 13 ottobre 1917.

         LINA BERTONE BOARIO

                                  Via Gioberti, 38.

 

TRADUCTION.

 Révérend Frère Supérieur Général des Frères Maristes,

Il y a un mois, comme je visitais assez souvent quelques pauvres officiers blessés qui m'avaient été recommandés, à l'hôpital militaire Morelli di Popolo, j'eus l'occasion de connaître le pauvre et courageux blessé lieutenant Masset Jean, frère Mariste. Je le revis dans mes autres visites et j'eus de lui la brochure des notices biographiques du Vénérable Père Marcellin Champagnat.

Je la lus du commencement à la fin, et vivement convaincue du pouvoir de ce Vénérable auprès du Très-Haut, je le priai fervemment que, par ses mérites et par sa vie pure et sainte, il m'obtînt du bon Dieu une grâce que je désirais ardemment. Je le dis, ce n'était pas une grâce spirituelle, mais l'affaire était pour moi d'un grand intérêt. Peu d'heures après ma prière, et sans que je m'attendisse à être sitôt exaucée, j'obtenais ce que j'avais humblement demandé au Vénérable.

Et, comme dans ma demande j'avais ajouté, que si -j'étais exaucée je publierais ma reconnaissance, je remplis ma promesse et je fais des vœux pour que l'auréole des Bienheureux rayonne bientôt au front du Vénérable, à qui chaque jour s'élèvera ma prière reconnaissante. Que le bon Père Champagnat me compte parmi ses dévotes servantes.

Veuillez, Très Révérend Frère Supérieur Général, faire publier ma reconnaissance, et, s'il se peut, m'envoyer, une image du Vénérable avec relique, comme celle que me montra Monsieur Masser.

Merci, merci infiniment. Avec une grande et dévouée reconnaissance, je me professe de votre illustre Révérence très humble servante

Torino, 13 octobre 1917.

                           Lina Bertone Boario

                    Via Gioberti, 38 (Torino).

 IX.

 Reverendo Superiore Generale dei Piccoli Fratelli di Maria,

Dalla Signora Lina Bertone Boario, mia amica, ebbi, giorni sono, in dono l'immagine del Venerabile Padre Champagnat, e ad essa unita qùale reliquia una piccolissima parte dell'abito del Venerabile.

Mi rivolsi con fervide preci al buon Padre perché si degnasse proteggermi e farmi esaudita per tre grazie temporali, promettendo di far noto il suo mirabile potere presso il Buon Dio.

Non dovetti attendere l'efficacia dell'intervento, perchè quasi subito fui esaudita.

Compio la promessa, ben lieta di poter attestare il mirabile potere del Venerabile del quale mi professo devotamente riconoscente, e mi faro dovere di far noto ai miei conoscenti quanto sia valida la sua intercessione.

A Lei, Reverendissimo Superiore Generale, i miei ossequi riverenti e distinti.

Torino, el 11 novembre 1917.

                                  Devotissima

                    Clara Belletti

                  Via Silvio Pellico, 18, Torino,. 

TRADUCTION.

 Révérend Frère Supérieur Général des Petits Frères de Marie,

Il y a quelques jours, une de mes amies, madame Lina Bertone Boario, me fit don de l'image du Vénérable Père Champagnat, à laquelle était unie comme relique, une parcelle des habits du Vénérable.

J'adressai au bon Père de ferventes prières, afin qu'il daignât me protéger et m'exaucer pour trois grâces temporelles, promettant de faire connaître son admirable pouvoir auprès du bon Dieu, si j'étais exaucée.

L'efficacité de son intervention ne se fit pas attendre, car presque aussitôt je fus exaucée.

J'accomplis nia promesse, bien aise de pouvoir rendre témoignage de l'admirable pouvoir du Vénérable de qui je me professe dévotement reconnaissante, et je me ferai un devoir de faire connaître à mes proches combien est puissante son intercession.

   Veuillez agréer, Très Révérend Frère Supérieur Général,

mes hommages respectueux et distingués.

               Torino, le 11 novembre 1917.

                                 Votre très dévouée

                  Clara Belletti

                  Via Silvio Pellico, 18 (Torino).

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 INFORMATIONS ET AVIS DIVERS

 Election de Provinciaux.

Le Cher FRÈRE CLEMENT, Provincial d'Australie, étant près d'arriver au terme de la période triennale pour laquelle il avait été élu, le Conseil Général, dans sa séance du 30 octobre dernier, le réélut, conformément aux Constitutions, pour une autre période égale à partir du 2 avril 1918, où finit la 1ière période.

Le cher FRÈRE CAMARINUS,Provincial de N. D. de Lacabane, étant arrivé pareillement à la fin de sa seconde période triennale, a été prorogé pour quelque temps dans sa charge, en raison de la difficulté des circonstances, comme le prévoit l'art. 157 (3') des Constitutions.

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 Documents de Rome. 

I.

 Très Saint Père,

Le Procureur Général de l'Institut des Petits Frères de Marie, humblement prosterné aux pieds de Votre Sainteté, lui expose ce qui suit:

La Province d'Aubenas (diocèse de Viviers) comprend actuellement deux parties bien distinctes et fort éloignées l'une de l'autre: le district de France et celui d'Espagne. Le premier compte un personnel de 160 sujets; le second de 348 sujets. L'énorme distance qui sépare ces deux districts (1600 Km.) demande outre de longs, coûteux et pénibles voyages, un travail excessif.

Mais il n'y a pas que cet inconvénient. Par suite de la guerre, le Provincial ne peut plus même se rendre en Espagne. Pour la même raison, -les Frères d'Espagne, y compris les Conseillers Provinciaux, ne peuvent revenir en France. D'où impossibilité absolue de tenir le Conseil provincial, et cela depuis trois ans. Il en résulte que bien des affaires importantes, demandant *une prompte solution, restent en souffrance; ce qui est fort regrettable.

C'est pourquoi le Supérieur Général et son Conseil supplient respectueusement Votre Sainteté de vouloir bien accorder au Visiteur du district espagnol la faculté d'administrer, pendant la durée de la guerre, cette partie de province, conjointement avec les membres du Conseil qui lui sera donné.

Et que Dieu...

 En vertu des pouvoirs spéciaux à Elle accordé, par le Saint Père, la S. Congrégation préposée aux affaires des Religieux, attendu les faits exposés, a bénignement accordé par grâce ce qui était demandé. Nonobstant toutes choses contraires.

J. Card. TONTI, Préfet.   ADOLPHE, Ev. de Can., Secr.

 II.

Très Saint Père,

Le Supérieur Général de l'Institut ides Petits Frères de Marie, prosterné aux pieds de Votre Sainteté, vient lui exposer humblement ce qui suit:

En vertu d'un décret de la S. Congrégation des Religieux, ceux de nos Frères soldats qui avaient des vœux temporaires n'ont pas pu les renouveler; et à leur grand regret, ils se trouvent présentement sans vœux, et privés par conséquent du soutien moral et des grâces particu­lières dont ces vœux sont la source, juste au moment où ils en auraient, ce semble, le plus grand besoin, à cause du milieu si peu favorable à la vertu où ils sont obligés de vivre.

Beaucoup d'entre eux le sentent vivement; et la durée de la guerre, qui se prolonge par malheur au-delà de toute prévision, contribuant à leur rendre cette privation plus pénible encore, ils me demandent si, sur l'avis favorable de leur confesseur, je ne pourrais pas leur permettre de renouveler ces saints engagements envers Dieu et leur vocation.

Naturellement je dois leur répondre que la chose est au-dessus de mon pouvoir; mais leur insistance me touche et je me demande si vraiment, en général, il n'y aurait pas avantage pour leur âme à ne pas leur refuser cette consolation.

C'est pourquoi, Très Saint Père, je viens prier Votre Sainteté de daigner peser la question; et, si Elle n'y voyait pas de trop grave obstacle, de m'autoriser à permettre à ceux de nos jeunes Frères soldats qui, avec l'agrément de leur confesseur, m'en feront la demande, de renouveler dès à présent leurs vœux temporaires.

Et que Dieu...

 TEXTE

En vertu des pouvoirs spéciaux à Elle accordés par N. S. P. le Pape, la S. Congrégation proposée aux affaires des Religieux, attendu les faits exposés, a remis bénignement à S. Em. le Cardinal Archevêque de Lyon la faculté d'accorder, selon son avis et sa prudence, la faveur demandée.

Donné à Rome, le 14 Nov. 1917.

J. Card. TONTI, Préf.

  ADOLPhE, Ev. de Canope, Secr.

 Selon l'attribution que nous en fait l'Indult, Nous accordons la faveur demandée.

 Lyon, le 3 déc. 1917.

JEan, Ev. d'Hadrumette,

Auxiliaire de Lyon.

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Nos Frères Assistants absents 

1. Frère Paulin. - Dieu continue à l'éprouver par la maladie. Depuis plus de trois ans il est en résidence à S. Genis-Laval.

Tout dernièrement il a demandé lui-même à être administré.

C'est dans la salle de Communauté qu'a eu lieu la cérémonie. Elle fat des plus impressionnantes et des plus édifiantes. Elle rappelait celle où le Vénérable Père Fondateur voulut recevoir les derniers sacrements à la salle de Communauté de l'Hermitage.

Je recommande ce cher malade aux prières 'de tous.

2. FrèreDiogène. - Depuis plus de trois ans et demi, nous n'avons pu avoir aucune relation directe avec notre cher Frère Diogène. C'est une très grande privation pour nous, et nous sommes bien certains que cette privation n'est pas moins douloureuse pour lui.

Actuellement nous n'avons pas même de nouvelles précises sur sa résidence. Nous présumons toutefois qu'il est encore à Beaucamps e t qu'il a avec lui une douzaine de Frères anciens ou infirmes de la province.

Peuvent-ils se ravitailler suffisamment? N'ont-ils pas de grandes privations à endurer? Ce sont des questions que nous nous posons sans pouvoir y répondre. C'est bien triste !

Puisse cet état de choses si pénible et si anormal cesser bientôt !

Prions dans cette intention.

3. FRÈRE COLUMBANUS partit de Grugliasco vers la fin de l'année 1916 pour aller négocier diverses affaires dans notre province des Iles britanniques. Nous comptions qu'il serait de retour parmi nous au début de l'année 1917.

Nous voilà en 1918 et nous nous demandons quand il pourra nous revenir. Des difficultés de passeport et autres ne lui ont pas permis jusqu'à présent de se mettre en route pour l'Italie..

C'est encore un inconvénient causé par la terrible guerre.

Tout en disant religieusement notre fiat pour ces divers désagréments permis par la divine Providence, unissons nos prières pour obtenir que nous puissions bientôt en tout et partout reprendre notre marche normale si désirable pour le bien de la Congrégation.

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 Guide des Ecoles.

Au Régime, nous nous occupons de mettre la dernière main à la préparation d'une nouvelle édition de notre Guide des Ecoles.

Nous désirerions que cet ouvrage puisse être mis à la disposition de nos Frères à l'époque du prochain chapitre Général. Les événements nous permettront-ils de réaliser ce désir? Dieu le veuille !

Quoi qu'il en soit, je demande aux Frères qui seraient à même de faire quelques remarques ou suggestions utiles pour la bonne exécution de cet important ouvrage de nous les faire parvenir au plus tôt.

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 Questions d'ordre économique.

De toutes nos provinces on nous écrit que les prix des divers éléments nécessaires à la vie matérielle ont augmenté dans des proportions très considérables, quelquefois même vraiment exorbitantes.

Il importe donc que partout nous prenions des mesures efficaces en vue de pouvoir faire face à ces énormes augmentations.

1°Apporter le plus grand soin pour utiliser le mieux possible toutes choses: articles d'alimentation, habillements, chaussures, coiffure, lingerie, livres, fournitures classiques, etc. etc. Rappelons-nous la sévère réprimande du V. Père Champagnat au Frère Cuisinier qui avait laissé tomber et dépérir quelques grains de riz sur le fourneau. Voyons-le aussi recueillant soigneusement une à une les feuilles de paille de maïs que, par inadvertance ou insuffisance d'emballage, le Frère voiturier de la maison avait laissé tomber sur la route.

2° Tirer tout le parti possible de nos Jardins, de nos vergers et autres propriétés qui peuvent fournir des produits utilisables.

3° En toutes choses, éviter avec plus de soin que jamais les superfluités: voyages de simple agrément, correspondances non nécessaires, cartes postales ou lettres; superfluités dans le chauffage, l'éclairage, etc., etc. ...

Chacun doit avoir à cœur de contribuer, pour sa part, à diminuer les dépenses dans une mesure qui soit compatible avec le soin de la santé.

Comme je le disais dans une précédente circulaire, il faut aussi viser à augmenter les recettes en proportion du prix des divers éléments nécessaires à la vie matérielle.

Il est de toute équité d'en agir ainsi, surtout si l'on considère que, dans notre Institut, il y a un nombre considérable de sujets qui ne reçoivent aucun salaire; tels sont les Frères de l'Administration, les Frères anciens ou malades, nos Frères scolastiques, nos novices, nos juvénistes.

Les CC. FF. Provinciaux voudront bien donner des instructions pour qu'on augmente dans une proportion convenable les prix de pension dans  nos internats, les mensualités des externes là où il nous appartient d'en fixer le prix, et, en général, de tout ce qui est un élément de recette.

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 Recrutement des vocations.

 Assez fréquemment une grande et désolante plainte nous arrive de presque toutes nos provinces. On nous dit: « Les sujets nous manquent pour le maintien et surtout pour le développement de nos oeuvres d'éducation chrétienne, dont la nécessité cependant se fait de plus en plus sentir. »

Et nous ne sommes malheureusement pas les seuls à souffrir de cette pénurie de sujets ! Les ouvriers apostoliques de toute dénomination font plus ou moins défaut un peu partout.

Et tous ceux qui sont à même de bien apprécier les événements s'accordent à dire qu'après la guerre, ce besoin se fera sentir encore davantage.

Voici ce que je lis dans la Semaine Religieuse d'un de nos plus grands diocèses:

« Plus que jamais à l'heure présente nous devons redire :

La moisson est abondante.

Les ouvriers pour la cueillir sont peu nombreux.

Occupons-nous sans cesse et partout de faire le recrutement nécessaire.

Ne nous contentons pas de prier, c'est trop commode; trouvons de l'argent.

Ne nous contentons pas de trouver de l'argent, c'est insuffisant: trouvons des sujets.

Assurément, cette culture des vocations coûte des embarras, des ennuis: on se fait des affaires avec les familles aisées si on leur prend leurs fils; on s'impose des charges si on prend les fils des pauvres.

Qu'il ne soit pas dit que, dans un apostolat si urgent et si éminent, nous avons reculé devant la besogne et les difficultés ».

Faisons nôtre cet appel, M. T. C. F., et, dans toutes nos provinces, redoublons de zèle pour cette oeuvre si importante. Il y va de la gloire de Dieu, du salut des âmes et des meilleurs intérêts de notre cher Institut, que nous devons tous avoir à cœur de faire arriver au plus haut degré de prospérité possible, comme nous le dit l'article 144 de nos Constitutions.

La déclaration par laquelle Sa Sainteté Benoît XV a commencé la Lettre si magnifique qu'il a bien voulu nous adresser à l'occasion du Centenaire, est bien de nature à stimuler chez tous nos Frères le zèle pour le bon et nombreux recrutement.

Je la transcris de nouveau ici en la faisant imprimer en caractères très saillants afin que l'attention s'y porte davantage.

Former l'esprit et le cœur des enfants au moyen de l'enseignement est une oeuvre telle qu'aucune autre ne nous paraît intéresser davantage la société humaine.

Peut-on faire un plus grand éloge de la vocation de religieux enseignant, qui est la nôtre? Et c'est de la plus haute Autorité de la terre qu'il nous est décerné !

Oh ! comme nous devons en être grandement impressionnés et vivement reconnaissants !

Il est bien à souhaiter que cette déclaration du souverain Pontife soit portée à la connaissance d'un grand nombre, et surtout des jeunes gens qui sont en âge de se déterminer pour le choix d'une vocation.

Il sera bien utile aussi de répandre le plus possible le Bref de Sa Sainteté Pie X où il recommande à tous les archevêques, à tous les évêques et à tous les prêtres du monde entier ainsi qu'à toutes les familles chrétiennes de s'intéresser au recrutement des Petits Frères de Marie.

Peut-on trouver des recommandations plus autorisées et plus dignes d'être portées à la connaissance, des familles chrétiennes et des adolescents catholiques?

Ce sera donc faire œuvre utile à l'Eglise et en particulier à la grande cause de l'éducation chrétienne que, de répandre dans la plus large mesure possible les deux documents pontificaux.

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La guerre.

 Nous voilà encore en proie au terrible fléau de la guerre ! On en gémit d'un bout du monde à l'autre, et en particulier dans la malheureuse Europe.

Que de vies humaines fauchées ! que de blessés ! que de sang répandu ! que de larmes versées ! que de ruines de toute espèce amoncelées !

Quand sonnera, Seigneur, l'heure de la paix tant désirée et si impatiemment attendue?

O Jésus, Dieu de paix, nous vous en prions, exaucez les supplications que, dans tout notre Institut, nous vous adressons sans nous lasser depuis bientôt quatre ans !

Hélas ! vous nous direz peut-être, Seigneur, que nous n'avons pas encore assez expié pour faire pencher votre balance de toute justice du côté de la miséricorde.

Eh bien ! Seigneur, nous continuerons à vous importuner selon que vous nous y invitez vous-même dans votre saint Evangile. A la prière, nous ajouterons la pénitence qui consistera en une vie religieuse plus parfaitement régulière que jamais, nous nous attacherons à une très grande fidélité aux petites choses, au silence, à la parfaite ponctualité; nous accepterons avec une religieuse résignation et en esprit de réparation les privations et les rationnements imposés par les circonstances, et toutes les croix que votre divine providence nous donnera à porter. Nous nous conformerons de notre mieux à l'invitation de votre Mère Immaculée qui, il y a juste soixante ans, invitait la jeune Bernadette, et en sa personne tous les hommes, à la prière et à la pénitence.

Au milieu de cet effroyable cataclysme qui désole si fort le monde, restons fermement convaincus, M. T. C. F., que Dieu saura tirer  un grand bien de ce grand mal.

Quand et comment?

Il ne nous appartient pas de pénétrer dans les conseils divins. Mais ce dont nous sommes bien certains c'est que Dieu sait, peut et veut faire tourner tous les événements humains à sa gloire et au plus grand bien de ses élus.

Au milieu des grandes tristesses de cette affreuse guerre, nous avons la consolation de constater que la plupart de nos Frères soldats se maintiennent religieux fervents au milieu des multiples dangers de la vie militaire. Plusieurs d'entre eux ne se contentent pas d'être bons eux-mêmes, mais ils exercent autour d'eux un fructueux apostolat. C'est pour eux une très bonne manière d'accomplir leur mission d'éducateurs religieux. Je les en félicite, et ils peuvent avoir l'assurance que Dieu ne manquera pas de leur en tenir bon compte.

La liste des nôtres qui ont été victimes de la guerre soit sur les champs de bataille, soit des suites de leurs blessures va toujours s'allongeant. Nous atteignons et peut-être même dépassons-nous la centaine. Quelle grande brèche dans nos rangs !

Ceux qui ont été victimes méritent d'être loués d'avoir généreusement fait leur devoir en se sacrifiant pour la patrie.

Espérons que ce sacrifice leur vaudra une belle récompense au Ciel et ne sera pas sans profit pour les intérêts d'après guerre de notre chère Congrégation.

Faisons-nous toujours, M. T. C. F., un fraternel devoir de charité en leur appliquant d'une manière particulière nos suffrages pour les défunts.

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 Frères dont nous avons appris la mort depuis la Circulaire

du 24 mai 1917.

 

NOMS DES DÉFUNTS                        LIEUX DES DÉCÈS              Date des décès

 

F. Marie-Donat                        Profès temp.   A la guerre (Bois-le-Prêtre)  1 avril 1917

Miguel-Angel.                          Juvéniste         San Fernando (Buenos-Aires)31janvier 1916

F. Joseph-Sébastien              Profès temp.   Apipucos (Brésil)                   31 mai 191

F. François-Michel                                           Arlon (Belgique)                      ?

F. Agathon-Eugêne                                         À la guerre                               ?

F- Bonaventure-Léon              Profès perp.    Jassy (Roumanie)                   21 janvier1917

F. Josepli-Victoire                  Profès temp.   A la guerre (Moronvillers)       17 avril

F. Natale                                  »                       A la guerre                               ? »

F. Salvin                                   Profès perp.    Tlalpan (Mexique)                   26 »

F. Kostka                                 »                       N. D. de l'Hermitage (Loire)   27        »

F. Armandus                            »                       Orléans, hôpital Militaire.       29        »

F. Aybert                                  Stable                          .?                                              7 mai

F. Philothée                                                      Pontos (Espagne)                   14        »

F. Marie-Victor                        Profès perp.    Champ de bataille à Craonne            ?          »

F. Orens                                   Stable              Ruoms (Ardèche) -                 21        « 

F. Henri-Marie                                      Profès temp.   Champ de bataille (Fille Morte) 25    à

F. Claude-Marien                    Profès perp.    St Didier-,s-Chalaronne (Ain) 26        »

Olalde-Eugenio                       Juvéniste         Anzuola (Espagne)                 28

F: Claver                                  Stable              Cali (Colombie)                       3 juin

F. Luis-José                             Profès temp.   Torroella de Montgri (Espagne) 5     »

F. Louis-Daniel                                                             A la guerre (Flandres) 7

F. Paul-Antoine,                                                                                                 7

F. Marie-Sigisbert                                                        ?

F. Galdius-Norbert                               A la guerre (Aisne)                              8          »»

F. Aubry                                    Profès perp.    N. D. de l'Hermitage (Loire)   10        »»

F. Papyle                                                           St Genis-Laval (Rhône)          15        D

F. Louis-Rémi                          Profès temp.   Champ de bataille, Cerny (Aisne)  19           »

F. Marie-Emile                                                              A la guerre (Champagne)  20

Julian Martin                            Juvéniste         Vich (Espagne)                       24

F. Gentien                                StableSt           Genis-Laval. (Rhône)              6 juillet»

F. Alcmond                              Profès perp.    StJust-en-Chevalet (Loire)    11        »»

F. Fraterne                               Stable              Varennes-s/-Allier (Allier)       21        »

F. Joseph-Willibrord               Profès temp.   À la guerre                               29 »

F. Joseph-Othon                     Profès perp.                                                      31 »

F. Humérien                             »                                   (Aisne)                                      9

F. Joseph-Emmanuel             »                       »          (Flandres)                    ? août

F. Pierre-Anstremoine            Stable              Uberaba (Brésil)                     22 « 

F. Fiacre                                  Stable              Las Avellanas (Espagne)       25 »

F. Marie-Adon                                      Profès perp     A la guerre                               28 »

F. Jean-Sébastien                  Profès temp.   A la guerre (Cote 344)           3 septembre

F. Jean-Félix                            Profès perp.    N. D. de l'Hermitage (Loire)   15

F. Victor-Léon                                      Stable              Lévis (Canada)                       18

F. Ernest-Paul                                      Profès perp.    Pontos (Espagne)                   19

F. Paulintis                               Profès temp.   Varennes-'s-Allier (Allier)        septem.1917

F. 0gario                                                           'Burgos (Espagne)                  24  le,  

F. Natalus                                 Stable              Decize (Nièvre)                       octobre,

F. Adjutory                                profès perp.    Virton (Belgique)                     »

F.  Jean-Pascal                                                            Grugliasco (Italie)

F. Hilaire                                  Stable              StGenis-Laval (Rhône)          18

F. Armance                              Profès perp.    S. Antonio (Texas)                  19

F. Maurizio                               Profès temp.   Champ de bataille (MaImaison) 23

F. Carlo-Borromeo                                          A la guerre (Adige)                 ? novembre.

F. Juan-Norberto                     profès perpu.  Las Avellanas.  (Espagne)     6

F. Frederick,                            Stable              Sydney (Australie)                   6

F. Reginaldo                            Profès perp.    Bourg de péage (Drôme)      12

F. Philorum                                                       Varennes-/-Allier (Allier)         28

F. Marie-Chryseuil                                           Rochessadoule (Gard)           7 décembre 

F. Marie-Martin                        Stable              Ruoms (Ardèche)                    13        »

F. Pulchronius                                                   Anse (Rhône)                          13        »

F. Joseph-Augustin,                Profès perp.    Varennes-s-Allier (Allier)

F. Antonelli                                                        St Genis-Laval (Rhône  )        20        »

F. Bonius-Joseph                    Stable              St Paul-3-Chàteaux (Drôme)24        »

F. Mario-Pietro                        Profès temp.   Barezzani (Macédoine)          27 »

F. Stable                                  Profès perp.    Beaucamps (Nord)

F. Chrvsolus                                                      Beaucamps (Nord)                  janvier 1918

F. Cyprien-Désiré                   Profès temp.   Pontos (Espagne)

F. Damien Assistant                                        Grugliasco (Italie)                    6          »

F. Libert                                    Profès perp.    StGenis-Laval (Rhône)          1

F. Jovin                                                              StFélicien (Ardèche)              23»      »

F. François-Alexis                                            Varennes-S/-Allier (Allier)      25        »

F. Damianus                            Stable                 Pontés (Espagne)                   30        »

F. Louis-Abel                           Profès perp.    St. Rambert-'/-Loire                31        »»

F. Acvndinus                            Stable              Grugliasco                               20 février

 

La présente Circulaire sera lue en communauté à l'heure ordinaire de la lecture spirituelle.

Recevez, Mes Très Chers Frères, la nouvelle assurance de mes meilleurs sentiments de religieuse affection et d'entier dévouement en Notre Seigneur.

                                                                                        Frère STRATONIQUE.

 

PS. - Nous venons d'apprendre indirectement qu'à la date du 4 janvier dernier, notre cher Frère Diogène allait bien, qu'il était encore à Beaucamps avec dix de nos Frères anciens.

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[1]  :  Dom Bastien : Directoire Canonique 1912, art. 165.

[2] : « Âme de tout apostolat ». - Secrétariat de l'abbaye de Sept-Fonts par Dompierre (Allier).

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