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Marist Calendar - May

Circulaires 255

 

Br. Stratonique
24/05/1916 - Vol. XIII, n. 8
Circular 255

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Annonce des retraites et réflexions sur leur importance. - Fruit principal proposé pour ces Retraites. Nos Frères soldats. - Nos Causes de Béatification. In formations et avis divers. - Liste des Défunts.

255

Circ. Sup.16.2

 V. J. M. J.

                   Grugliasco, le 24 mai 1916.

                                                                                                       Fête de Notre-Dame Auxiliatrice.

     Mes Très Chers Frères,

Que Marie, notre bonne et puissante Mère du Ciel, dont nous célébrons le mois béni, vous obtienne à tous le don précieux de la sainte paix du Seigneur!

Selon la coutume et les bonnes traditions de l'Institut, je viens vous inviter aux saints exercices de la Retraite annuelle.

Celle du Régime aura lieu en notre maison de Grugliasco; elle s'ouvrira le dimanche, 2 juillet fête de la Visitation, et se clôturera le dimanche suivant, 9 juillet, fête de la Bienheureuse Vierge Marie, Reine de la Paix.

Y prendront part : les Membres du Régime, le C. F. Econome Général, le C. F. Secrétaire Général, le C. F. Procureur Général près le Saint-Siège, les Frères Provinciaux d'Europe et un certain nombre d'autres Frères qui y seront nominativement convoqués.

Conformément à l'article 102 du Directoire Général, on se préparera à cette retraite par une neuvaine à la Très Sainte Vierge.

Elle commencera le lundi 19 juin, pour se terminer le mardi 27, fête de N.-D. du Perpétuel Secours. Elle consistera dans la récitation des Litanies de la Très Sainte Vierge, auxquelles on ajoutera trois fois les invocations Auxilium Christianorum, ora pro nobis et Regina pacis, ora pro nobis.

Chacun de ceux qui devront prendre part à la Retraite du Régime, fera ces prières en son particulier et, autant que possible, dans une visite au Très Saint Sacrement.

Cette Retraite des premiers Supérieurs ayant une très grande importance pour la bonne marche de toute la Congrégation, j'invite tous les Frères, les novices, les postulants et les juvénistes de l'Institut à s'unir d'intention pendant le cours de la neuvaine préparatoire. Et pour qu'on ne soit pas exposé, à l'oublier, on voudra bien, dès la réception de la présente Circulaire, inscrire au Calendrier religieux à la date du 19 juin, la mention suivante : « Aujourd'hui commence la neuvaine préparatoire à la Retraite du Régime ».

Nous n'ignorons pas que la pénitence unie à la prière a une grande efficacité pour attirer les grâces de Dieu. C'est vous dire, M. T. C. F., que vous ferez oeuvre très utile à l'Institut et très méritoire aux yeux de Dieu en pratiquant des oeuvres de pénitence pendant le cours de cette neuvaine. Vous aurez la certitude de pratiquer la pénitence comme Dieu le demande et l'attend de vous si vous observez très fidèlement le chapitre VII du Directoire Général 2ième partie) et notamment les articles 197 et 198.

Ce que je demande pour le temps de la neuvaine préparatoire, je le demande aussi pour le temps de la retraite. A cet effet, on inscrira aussi dans le Calendrier religieux, à la date du 2 juillet, la mention suivante : « Aujourd'hui commence la Retraite du Régime ».

Dans les Provinces, les chers Frères Provinciaux fixeront eux-mêmes la date des retraites annuelles, ainsi que celle des Grands Exercices de saint Ignace prescrits par l'article 38 des Constitutions.

Ils voudront bien aussi communiquer au Frère Supérieur Général, sur une feuille détachée, cette fixation des retraites et de la neuvaine préparatoire.

 *      *

*

 Vous avez sans doute remarqué, M. T. C. F., que depuis un certain nombre d'années, en vous invitant aux retraites annuelles, on a presque chaque fois appelé votre attention sur l'importance exceptionnelle de ces saints exercices. On avait, pour cela, de bien bons motifs tirés de la difficulté des temps que l'on traversait.

N'avons-nous pas raison aujourd'hui, beaucoup plus encore que par le passé, d'insister sur la nécessité de faire nos retraites avec une ferveur tout à fait exceptionnelle.

A-t-on jamais vu dans l'histoire des peuples, des temps aussi calamiteux que ceux par lesquels passent, depuis bientôt deux ans, la plupart des nations européennes, et aussi, par voie de répercussion, les autres nations de diverses parties du monde?

La plupart des organes qui sont nécessaires à la bonne marche normale des peuples sont plus ou moins désorganisés par les exigences de la terrible guerre.

Nous ne savons que trop, hélas ! combien grande est l'épreuve que traverse notre chère Congrégation à cause de cette effroyable guerre.

Plus de 700 des nôtres sont maintenant sous les drapeaux, où ils sont exposés à bien des dangers de toutes sortes.

Déjà plus de 50 ont trouvé la mort sur les champs de bataille ou ont succombé des suites de leurs blessures. Notable est le nombre de ceux qui sont blessés ou prisonniers.

Quelle brèche énorme cela fait dans nos rangs !

Combien sont grandes les difficultés qui en résultent pour le maintien et la bonne marche de nos œuvres !  Hélas ! il en est même quelques-unes, qu'à notre grand regret, nous avons dû abandonner faute de personnel.

D'autre part, il est profondément triste pour nous et pour la grande et si importante cause de l'éducation chrétienne, de nous voir dans la dure nécessité de répondre négativement aux demandes de fondations nouvelles qui continuent à nous arriver de divers côtés.

Nous vous avons déjà fait part précédemment de la grande peine que nous avons éprouvée et que nous éprouvons encore en voyant la ruine presque complète de nos provinces de Syrie et de Constantinople, où nos Frères faisaient si bien l’œuvre de Dieu.

Notre province du Mexique a subi et subit encore, elle aussi, une persécution qui l'a arrêtée dans sa marche alors qu'elle était en pleine prospérité.

Nous avons encore un autre sujet de grande peine, c'est d'être depuis bientôt deux ans dans l'impossibilité de correspondre avec notre cher Frère Diogène, Assistant Général, et d'être privés de sa collaboration au Conseil du Régime.

 Grande aussi, n'en doutons pas, doit être la peine que lui cause cet isolement.

De plus, il lui est impossible de visiter les Frères et les maisons dont il est chargé de prendre soin en qualité d'Assistant Général

Non seulement il ne peut pas les visiter, mais il ne peut échanger aucune correspondance avec eux. Nous savons que c'est une grande privation pour nos Frères du Brésil Méridional et pour ceux du Congo belge.

Tout cela constitue une lacune très regrettable à laquelle il n'est pas possible de remédier pour le moment.

Le fléau de la guerre entraîne encore avec lui bien d'autres inconvénients pour notre chère famille religieuse ; vous ne les ignorez pas; je puis donc me dispenser de les énumérer.

Vous avez certainement compris, M. T. C. F., le motif pour lequel je viens d'appeler votre attention sur les grandes épreuves par lesquelles passe notre Congrégation en ces malheureux temps de guerre. C'est pour vous exciter à recourir à Dieu avec la ferveur et la confiance que demandent de tels événements. Nos besoins personnels et les besoins généraux de l'Institut y sont intéressés à un haut degré. Nous nous inspirerons pour cela de la pensée du Roi-Prophète contenue au premier verset du psaume CXIX que nous redisons chaque matin au commencement de Tierce : Ad Dominum cum tribularer, clamavi, et exaudivit me. « J'ai crié vers le Seigneur lorsque j'étais dans la tribulation, et il m'a exaucé. »

Mon désir est que ce ne soit pas seulement dans le cours ordinaire de notre vie quotidienne que nous redoublions de ferveur, mais c'est surtout aux retraites prochaines.

Et pour que ces retraites soient plus ferventes que jamais, il importe de les préparer mieux que jamais par une régularité plus parfaite, une piété plus intense, une plus grande pureté d'intention, une application plus qu'ordinaire au saint exercice de la présence de Dieu, etc. ...

Il n'y a pas de doute qu'en agissant ainsi, nous répondrons à ce que Dieu et notre Institut demandent et attendent de nous.

 FRUIT PRINCIPAL

 PROPOSÉ POUR LES RETRAITES DE CETTE ANNÉE 1916-1917

 Accomplissement aussi parfait que possible des désirs et volontés suprêmes du Vénérable Fondateur tels qu'il les exprima à la fin de sa sainte vie et en particulier dans son Testament spirituel.

 Après avoir prié et examiné devant Dieu en vue de connaître quel serait le fruit le meilleur et le plus opportun pour les retraites de cette année, aucun ne m'a paru plus important ni plus en rapport avec les circonstances où nous nous trouvons que celui auquel correspond le titre de ce paragraphe.

N'est-il pas en effet éminemment à propos, en cette année qui termine le premier siècle de notre Institut, de considérer avec une attention filiale toute particulière celui qui en a été le Fondateur, qui a été l'instrument dont Dieu s'est servi pour lui donner l'existence et lui communiquer l'esprit particulier qui doit le caractériser ?

Pendant les vingt-trois ans que le Vénérable Père employa à ce laborieux travail de fondation, il multiplia les enseignements, les exemples, les règlements, les directions. Pour tout cela, nous devons avoir et nous avons en effet un culte d'admiration et de respect, et c'est bien légitime.

Mais il y a dans le patrimoine moral qu'il nous a légué en héritage, quelque chose qui, pour nous, doit revêtir une sorte de caractère sacré : ce sont les derniers conseils et les derniers exemples qu'il a donnés, les derniers désirs qu'il a exprimés et les suprêmes volontés qu'il a manifestées au moment où il allait terminer sa carrière mortelle pour aller à l'éternelle récompense.

Nous agirons donc sagement et très utilement en fixant avec toute l'application dont nous sommes capables notre attention sur ce précieux héritage religieux qui nous a été légué, à nous qui vivons en cette fin de siècle, et qui est destiné aussi à tous les Petits Frères de Marié qui se succèderont dans la suite des âges.

Par la pensée, transportons-nous à l'Hermitage et voyons ce qui s'y passait en 1840.

Oh! comme on est profondément impressionné en lisant le récit des événements si mémorables de cette date. Les chapitres XXI et XXII de la Vie du Vénérable, qui nous ont conservé le récit de ces événements, sont un trésor historique inappréciable pour notre institut.

Je viens de les relire deux fois coup sur coup, et je suis heureux de déclarer ici que cette lecture a produit en mon âme une émotion et un sentiment d'édification plus intenses que jamais.

Quelle conclusion pouvons-nous et devons-nous en tirer ?

Nous pouvons en conclure: 1° qu'il y a dans ces pages quelque chose d'attachant et d'édifiant que nous ne trouvons pas ailleurs et qui nous convient tout particulièrement ; 2° que nous ne devons pas manquer de les relire de temps en temps en particulier et en lecture spirituelle de communauté.

Ne craignons pas d'aller souvent puiser à cette source si précieuse.

Dans l'illustre Compagnie de Jésus, il est un usage bien digne d'être remarqué. Chaque mois, on y lit en communauté la Lettre de S. Ignace sur l'obéissance. Vous voyez par-là, M. T. C. F., quel est le culte de ces excellents religieux pour ce qui leur a été légué par leur saint Fondateur en fait de doctrine sur un point qui est fondamental dans leur Compagnie.

Je ne résiste pas au désir de vous relater un autre fait se rapportant au sujet qui nous occupe, et auquel la Providence a permis que je prenne part au cours de mon dernier voyage en Amérique.

Nous eûmes la bonne fortune de faire la traversée de l'Atlantique en compagnie d'un Sulpicien qui jouit d'une haute réputation de science ecclésiastique, de sainteté et d'éloquence. C'est M. Lecoq, Supérieur d'une importante maison de leur Société à Montréal.

Après avoir fait connaissance sur le paquebot au premier jour de la traversée, on se rencontra de nouveau le lendemain sur le pont. Il avait en main et lisait un ouvrage qui venait de paraître sur les Sulpiciens et autres prêtres tombés victimes de la terrible Commune de Paris. Après m'avoir fait l'éloge de ce livre, il s'offrit gracieusement à me le prêter en me disant qu'il m'intéresserait; c'est ce qui arriva en effet. J'avais moi-même en main la vie du Vénérable Père Champagnat, je me permis de la lui offrir comme il m'avait offert lui-même son ouvrage. Il l'accepta volontiers. Deux jours après, il en avait achevé la lecture. En me le rendant, il me dit des paroles que je recueillis précieusement. Je suis heureux d'en faire part à tout l'Institut.

« O mon cher Frère, me dit-il, quel trésor précieux vous avez dans ce Livre, c'est de l'or en barre, ayez la bonté de m'en procurer un exemplaire ; je ne manquerai pas d'en faire donner lecture à nos prêtres à l'occasion de la retraite ecclésiastique; elle ne pourra manquer de les édifier grandement. »

 Ma joie fut grande en entendant un si beau témoignage tombant d'une bouche si autorisée.

 Cette joie vous la partagerez, M. T. C. F., j'en suis bien convaincu, et de plus, votre estime pour ce trésor ne manquera pas d'en être accrue. C'est le but que j'ai voulu atteindre en vous citant ce trait et les remarquables paroles de cet éminent ecclésiastique.

Et maintenant, M. T. C. F., contemplons ensemble trois scènes mémorables qui se passèrent à l'Hermitage dans les dernières semaines qui précédèrent la sainte mort du Vénérable Fondateur.

Figurons-nous que nous sommes au nombre de ceux qui en furent les témoins.

Voyons les personnes, entendons les paroles et considérons les actes.

 *      *

*

 PREMIÈRE SCÈNE.

 Le Vénérable Père reçoit les derniers Sacrements.

 La maladie a affaibli les forces physiques du Vénérable Fondateur, mais elle n'a pas diminué cette vitalité spirituelle qu'il posséda à un si haut degré pendant toute sa vie. Ah ! c'est qu'il sut prendre les bons moyens pour la conserver et même pour la fortifier à mesure que la maladie minait progressivement sa forte constitution. En lisant attentivement les chapitres XXI et XXII sur lesquels je viens d'appeler votre attention, on se rend bien compte des soins multiples que prit le vénérable malade pour maintenir à un haut degré en son âme la vitalité spirituelle.

Aussi se rendant bien compte de la gravité de son état et voulant profiter en pleine connaissance des secours suprêmes que la sainte Eglise réserve à ses enfants à la fin de leur pèlerinage sur cette terre, il demanda lui-même à être administré.

C'est là un exemple dont nous devons tous avoir à cœur de profiter : 1° en prenant avec soin, comme le fit le Vénérable Père, les bons moyens de nous conserver fervents dans nos maladies; 2° en n'attendant pas qu'on nous propose de recevoir les derniers sacrements, mais ,en les demandant nous-mêmes. Sur un point aussi important, il, vaut beaucoup mieux devancer un peu que de s'exposer à être privé d'un secours spirituel si précieux.

Le Vénérable Père voulut que la cérémonie des derniers sacrements se fît avec une certaine solennité dans la salle d'exercices de la communauté, en présence des Pères Aumôniers, des Frères et des postulants. Lui-même se revêtit du surplis et de l'étole.

C'était une des dernières manifestations de son zèle pour le culte extérieur, chose à laquelle il avait tant tenu pendant sa vie. Soyons ses dignes enfants, M. T. C. F., en déployant beaucoup de zèle pour tout ce qui touche le culte extérieur dans les églises, dans nos chapelles, nos oratoires, nos classes, dans l'exécution des chants liturgiques, etc., etc.

Et maintenant assistons en esprit à l'imposante et touchante cérémonie. Voyons le vénérable malade assis sur un modeste fauteuil[1]. Contemplons cette physionomie altérée par une longue et douloureuse maladie, c'est la physionomie d'un saint comme le disaient peu de temps avant les pensionnaires de La Côte-Saint-André.

Voyons avec une filiale vénération le Vénérable Père joignant les mains et se recueillant profondément pendant quelques instants pour se préparer à la réception des derniers sacrements.

Cherchons à nous rendre compte de l'ardente piété avec laquelle il reçoit les onctions sacrées, de la foi vive, de l'humilité profonde et du tendre amour dont il est pénétré au moment où Jésus-Hostie, le Pain du voyageur, se donne à lui en Viatique.

La cérémonie sainte terminée, il reste, quelques minutes comme anéanti, adorant et remerciant le divin Sauveur qui vit en lui.

Un religieux et profond silence règne dans la salle, tous les yeux sont fixés sur le vénérable malade.

Il lève alors la tête et promenant ses regards sur tous Ceux qui sont présents, il commence à leur parler d'une voix faible, attendrie, mais pathétique.

Ecoutons ses paroles, M. T. C. F., et recueillons-les avec le plus religieux respect ; ce sont celles d'un bon et tendre Père qui va bientôt mourir.

Souvenez-vous de vos fins dernières et vous ne pécherez jamais, dit-il.

Ah ! il sait bien, le Vénérable Fondateur, que la sainte crainte des jugements de Dieu et l'horreur pour le péché qui en découle, sont les bases solides sur lesquelles repose l'édifice de notre sanctification !

« Le seul regret, ajoute-t-il, qu'on éprouve au moment de mourir est de n'avoir pas fait assez pour le bon Dieu et pour le salut de son âme. »

Remarquons bien ces graves paroles, M. T. C. F., et demandons-nous si nous faisons assez pour le bon Dieu et pour le salut de notre âme. Si nous constatons que jusqu'à ce jour nous avons été bien loin de faire autant que le Vénérable P. Champagnat, que ce soit un stimulant qui nous excite à faire mieux et davantage à l'avenir.

Quelle sera la seconde recommandation que fera ensuite le vénérable malade? Ecoutons-la, M. T. C. F., avec une religieuse docilité: « Ce que je vous demande par dessus tout avant de vous quitter, c'est que vous vous aimiez les uns les autres. Il faut que vous soyez tellement unis, tellement habitués à vous rendre la vie heureuse, que l'on puisse vous appliquer ces paroles de la Sainte Ecriture : « Qu'il est beau, qu'il est doux et agréable de vivre avec des Frères ! »

Oh ! M. T. C. F., permettez-moi d'insister d'une manière toute particulière sur cette recommandation suprême de notre Vénérable Père. Qu'en cette fin de siècle et par ces temps de guerre, où la vraie charité chrétienne est parfois si méconnue, chacun de nos Frères ait grandement à cœur de cultiver en soi et autour de soi cette vertu, qui aura pour résultat de nous faire jouir dès ici-bas du centuple promis par Notre-Seigneur.

Mais n'oublions pas que le moyen nécessaire et toujours efficace de maintenir et de fortifier parmi nous la vraie charité fraternelle et la bonne union, c'est de faire les sacrifices nécessaires pour nous supporter et nous entr'aider mutuellement.

Qui d'entre nous voudrait hésiter à faire généreusement ce que demande l'accomplissement de ce désir suprême du Vénérable Fondateur ? Non ! non ! personne ne voudra hésiter, et, à l'occasion de la célébration du Centenaire, nous aurons tous la douce satisfaction de voir régner dans tout l'Institut, répandu maintenant dans toutes les parties du monde, la vraie charité fraternelle, l'union des esprits, des cœurs et des volontés.

Du haut du ciel, le Vénérable Fondateur en contemplant ses nombreux fils spirituels pourra sentir sa félicité céleste et sa gloire s'augmenter. Il pourra dire au bon Dieu : « Je les reconnais, ils ont bien les caractères que, sous votre inspiration et à l'aide de votre grâce, j'ai voulu leur donner. »

Le Vénérable n'aura garde d'oublier la vertu capitale de tout religieux, l'obéissance. C'est la vertu, dit-il, que je vous recommande le plus après la charité. Recueillons, M. T. C. F., cette recommandation avec une religieuse docilité, et agissons en conséquence.

Ecoutons aussi de même ce qu'ajoute le Vénérable : « Pour un Religieux, l'obéissance est le grand chemin du paradis; s'il ne quitte pas cette voie, il y arrivera infailliblement. »

Quelle rassurante doctrine! Combien nous devons être heureux qu'elle nous ait été donnée par notre Vénérable Fondateur au moment suprême où il vient de recevoir les derniers sacrements.

Faisons-la bien nôtre, M. T. C. F., en théorie, mais surtout en pratique.

Quelle est la plus grande consolation du Vénérable Père en ce moment suprême? - C'est, comme il le dit, d'avoir vécu et de mourir dans la Société de Marie. Et il exhorte tous ceux qui sont présents à prendre les moyens efficaces pour s'assurer la grâce de la persévérance. « Aimez votre vocation, dit-il, conservez-la ; c'est par elle que Dieu veut vous sauver, et vous vous sauverez en effet si vous avez le bonheur de mourir dans la Société de Marie. »

Vivons, M. T. C. F., vivons en vrais religieux et alors le souhait du Vénérable Père se réalisera comme il l'a dit autre part. Admirons surtout le remarquable acte d'humilité par lequel il clôture cette touchante cérémonie.

« Je termine, dit d'une voix émue et affaiblie le vénérable malade, en demandant ici, devant Notre-Seigneur, pardon à tous, des mauvais exemples que j'aurais pu vous donner. Je ne me rappelle pas d'avoir lait volontairement de la peine à quelqu'un, mais si cela m'est arrivé, je lui en demande sincèrement pardon. »

On sait combien fut grande l'impression que causèrent ces dernières paroles à ceux qui venaient de les entendre, comment ils tombèrent spontanément à genoux, et quelles larmes d'attendrissement leur arracha cet acte d'humilité si émouvant, accompli par le Vénérable Père.

Ne faut-il pas voir en cela, M. T. C. F., une inspiration venue du Ciel au Vénérable Fondateur pour montrer, en ce moment où il va terminer sa carrière ici-bas, aux Petits Frères de Marie de tous les temps et de tous les lieux, que l'humilité devra être toujours leur cachet de famille?

 DEUXIÈME SCÈNE.

 Promulgation du Testament spirituel.

 C'est le 18 mai 1840, vers 9 heures du soir, les RR. Pères Aumôniers et tous les membres de la Communauté sont réunis dans la chambre du Vénérable Père Fondateur. Sur sa demande, on lui applique d'abord l'indulgence Inarticulo mortis.

Soyons là par la pensée, M. T. C. F., et laissons-nous bien pénétrer de tout ce qui va se passer. Le vénéré Frère François soulève un peu et soutient la tête du vénérable malade. Le Frère Louis-Marie, au milieu du plus grand recueillement et de la plus religieuse attention, lit le Testament spirituel que nous connaissons tous et sur lequel il sera utile que nous fassions quelques réflexions.

Remarquons d'abord le commencement de ce document qui a une si grande importance pour notre Institut.

C'est au nom de la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, en présence de Dieu et sous les auspices de Marie et de Joseph, que le Vénérable Fondateur va nous faire connaître ses dernières et ses plus chères volontés. Ah ! comme on voit bien là une impressionnante manifestation de la grande piété et de la foi vive qui ont brillé d'un si vif éclat pendant toute la vie du Vénérable Serviteur de Dieu. C'est ainsi que les saints pensent, parlent et agissent à la fin de leur pèlerinage sur cette terre.

Et si nous nous demandons pourquoi ils pensent, parlent et agissent ainsi à ce moment suprême, nous pourrons répondre, sans crainte de nous tromper, que c'est là comme une conséquence nécessaire de ce qu'a été leur vie tout entière.

Il dépend de nous, M. T. C. F., Dieu aidant, qu'il en soit de même pour nous. Nous n'ignorons pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Nous désirons tous évidemment que la fin de notre vie ressemble le mieux possible à celle des saints et plus particulièrement à celle de notre Vénérable Père. Et alors il faut que notre vie ressemble le mieux possible à la leur, que nous ayons à cœur, comme je vous l'ai dit plusieurs fois dans des circulaires antérieures, d'être, en cette fin de siècle et en l'année du Centenaire, qui est à la porte, des copies bien ressemblantes du Vénérable Fondateur et de nos aînés des premiers temps, qui eux, furent si bien ses fidèles imitateurs.

Remarquons, M. T. C. F., que le Vénérable Père nous dit que ce sont ses plus chères volontés qu'il va nous nous faire connaître dans son Testament spirituel. Comme cette expression est bien faite pour agir efficacement sur des cœurs d'enfants bien nés !

Point n'est besoin d'insister. Tous nos religieux voudront accomplir filialement et intégralement les plus chères volontés de notre Vénérable et bien-aimé Père. Son premier et, par conséquent, son plus cher désir est qu'une entière et parfaite obéissance règne toujours et partout chez les Petits Frères de Marie. Mais il veut que cette obéissance soit toujours imprégnée d'esprit surnaturel, qu'elle soit vivifiée par un grand esprit de foi, qu'on envisage toujours dans le Supérieur, quel qu'il soit, la personne de Jésus-Christ. C'est, comme vous le voyez, M. T. C. F., un « Sursum Corda » qu'adresse le Vénérable Père à ses fils spirituels de tous les temps et de tous les lieux.

Pour nous qui vivons en cette fin de siècle et qui nous préparons à la célébration du Centenaire, c'est un motif s'ajoutant à bien d'autres de faire régner en nous cette mentalité vraiment surnaturelle, ce sens vraiment religieux demandé par le Vénérable Père.

Arrière le sens purement humain ! Considérons-le comme un ennemi contre lequel il y a lieu de nous tenir en garde. Ainsi que je vous l'ai déjà dit plusieurs fois dans des Circulaires antérieures, par notre vocation d'éducateurs, nous avons nécessairement des contacts plus ou moins fréquents avec le monde. Or nous ne savons que trop quelle est l'atmosphère morale qui y domine. Soyons donc sur nos gardes afin de ne pas noua laisser atteindre par ses funestes influences. Attention aux gaz asphyxiants de l'ordre moral quelle que soit leur provenance! Soyons d'autant plus surnaturels que le monde l'est moins. Ainsi nous serons le sel de la terre selon que Notre-Seigneur le demande et l'attend de nous. Ainsi nous réaliserons un des suprêmes et des plus chers désirs de notre Vénérable Père mourant.

Que va-t-il demander encore au bon Dieu pour ses enfants et que va-t-il leur souhaiter de toute l'affection de son âme? Ecoutons-le religieusement : « Je vous souhaite, mes Frères, que vous persévériez dans le saint exercice de la Présence de Dieu, l'âme de la Prière, de l'Oraison, de toutes les Vertus. » Ah ! il savait bien par expérience que ce saint exercice est le moyen le plus court, le plus simple et le plus efficace pour avancer dans la voie de la perfection.

Nous aurons tous à cœur, M. T. C. F., en ces temps où nous devons plus particulièrement viser à l'imitation de notre Vénérable Père, de pratiquer assidûment et fervemment comme lui ce saint exercice. Et, n'en doutons pas, ce moyen nous aidera puissamment comme il l'aida lui-même à avancer dans le chemin de la perfection.

Le Vénérable Père ne pouvait manquer de faire dans son Testament spirituel, une bonne part à la dévotion à Marie ; elle a joué un rôle si important dans sa vie et dans la grande oeuvre de la fondation de l'Institut!

Aussi écoutons-le :

« Que tous les Petits Frères de Marie, dans tous les temps et dans toutes les circonstances soient animés d'une tendre et liliale dévotion envers la Bonne Mère du Ciel et qu'ils soient remplis d'un saint zèle pour la faire aimer partout. »

Avons-nous répondu jusqu'à présent dans notre Institut à cette exhortation suprême du Vénérable Père? Je crois que nous pouvons répondre affirmativement. Nous pourrions citer de nombreux témoignages à l'appui de cette consolante affirmation; mais les limites de cette Circulaire ne permettent pas d'entrer dans les détails. Toutefois ce que je tiens à dire ici, c'est que nous pouvons toujours aller du bien au mieux. C'est ce que nous ferons tous avec une ardeur exceptionnelle en cette époque du Centenaire. Rappelons ici qu'un des panégyristes du Vénérable Fondateur a dit de lui qu'il fut un des plus grands serviteurs de Marie du dix-neuvième siècle.

Les fils ne doivent-ils pas avoir grandement à cœur de devenir le mieux possible les imitateurs de leur Père? - Le Vénérable Fondateur ne voulut pas manquer de mentionner et de recommander la dévotion au glorieux Saint Joseph et aux saints Anges Gardiens.

Nous nous ferons un devoir filial de répondre de notre Mieux à ce désir en ravivant ces dévotions en nous et autour de nous. Faisons-nous assez dans notre Institut pour la dévotion aux saints Anges Gardiens? - Que chacun réponde. Il y aurait encore à faire bien des réflexions utiles sur la dernière partie du précieux Testament, sur l'excellence de notre sainte vocation, sur la persévérance, sur la régularité préservatrice de la vertu de chasteté, etc. Ceux qui présideront les retraites voudront bien se charger de faire quelques conférences sur ces points.

Nous remarquerons, M. T. C. F., avec une particulière attention la courte prière à Marie que fit le Vénérable Père vers la fin de son Testament : Daigne cette bonne Mère, dit-il, vous conserver, vous multiplier et vous sanctifier !

Oh ! qu'elle est belle dans sa brièveté !

A-t-elle été exaucée ?

A la gloire de Marie et avec grande reconnaissance pour sa maternelle bonté, nous pouvons répondre: Oui. Pendant les soixante-seize ans qui se sont écoulés, depuis la mort du Vénérable Père, notre cher Institut a été conservé malgré les nombreux et graves périls par les quels il a dû passer. Les sujets se sont multipliés, d'une manière vraiment remarquable. En 1840, l'Instit ut comptait en tout deux cent quatre-vingts sujets, y compris les postulants; et aujourd'hui nous en avons plus de six mille.

Nous pouvons ajouter qu'on s'est sanctifié dans l'Institut, car plus de trois mille des nôtres sont partis pour leur éternité avec de très bonnes marques de prédestination. En demandant à Marie, de multiplier le nombre des sujets dans l'Institut, le Vénérable Père nous a donné un suprême exemple de zèle pour l’œuvre capitale du recrutement des bonnes vocations.

A cette occasion, j'entrerai certainement dans la pensée du Vénérable Père en adressant à tout l'Institut un pressant appel pour qu'on redouble partout de zèle pour le recrutement des bonnes vocations. Il faut nous mettre tous à la hauteur des circonstances. Pensons à la brèche énorme faite dans nos rangs par la terrible guerre.

Il y a un intérêt apostolique de premier ordre à se dévouer au recrutement du clergé et des éducateurs religieux. Un des moyens que je vous conseille d'employer c'est la diffusion du Bref de Sa Sainteté Pie X, par lequel il recommande à tous les archevêques, à tous les évêques, à tous les prêtres et à toutes les familles chrétiennes du monde entier le recrutement de nos juvénats.

Pensons à la parole du Vénérable Père déjà citée tant de fois, mais qu'on ne répètera jamais trop. Une bonne vocation est un trésor qui n'a pas de prix, tout l'or du monde ne suffirait pas pour le payer. Pensons aussi à celle qu'écrivait le vénéré Frère Pascal à un Frère Directeur : Vous me faites beaucoup plus de plaisir en m'annonçant un bon postulant que si vous m'annonciez que vous allez nous apporter cinquante mille francs.

Et maintenant, M. T. C. F., avant de quitter cette chambre, où le Vénérable Père va bientôt mourir, et où son Testament spirituel vient d'être promulgué, mettons-nous en esprit à genoux en compagnie de ceux qui sont là, entourant le lit du vénérable malade, et prenons part à ce qui va se passer.

Le vénéré Frère François prend la parole et demande au Vénérable Père Fondateur sa bénédiction pour tous les membres de l'Institut présents et absents, ainsi que pour ceux qui doivent en faire partie plus tard.

Le Vénérable joint alors les mains, lève les yeux vers le Ciel, porte ensuite ses regards sur les Frères et prononce la formule ordinaire avec une grande ferveur et d'un ton de voix faible mais très énergique. La mémorable cérémonie était terminée. Avant de se retirer les Frères récitent pour le vénérable malade trois Ave Maria le Memorare et le Sub tuum.

Ne manquons pas de remarquer que nous tous qui composons actuellement l'Institut, nous étions dans la pensée du Vénérable Père quand il donna sa suprême bénédiction.

 TROISIEME SCENE.

 Le Vénérable Fondateur a un entretien intime avec le vénéré Frère François

et le vénéré Frère Louis-Marie.

 Cette scène renferme des enseignements qui s'appliquent de préférence à ceux qui parmi nous sont constitués en autorité, les Premiers Supérieurs, les Frères Provinciaux, les Frères Directeurs, les Maîtres des Novices, etc., etc. Ils sont invités à méditer ces enseignements et à en tirer profit pour leurs meilleurs intérêts personnels et pour le bien de ceux dont ils sont chargés.

C'est peu de temps après la promulgation du Testament spirituel, le vénérable malade, un jour se trouve seul avec le vénéré Frère François.

Après un entretien de quelques instants, le Vénérable Père se tourne du côté du Frère et lui demande depuis combien de temps ils sont ensemble. Depuis plus de vingt ans lui répond le Frère. Le Père se retourne, lève les yeux au Ciel, et dans un profond recueillement paraît faire une ardente prière.

« Mon Père, dit alors le Frère, j'espère bien que si nous sommes obligés de nous séparer de corps, vous serez toujours d'esprit et de cœur avec nous, et nous avec vous, et que vous continuerez d'être notre Père! » « Oh ! oui, répond-il, si j'ai quelque crédit auprès de Dieu et de la Sainte Vierge, je l'emploierai tout entier en faveur de la Société. »

Quelle excellente et réconfortante promesse pour nous ! Elle est bien de nature à nous inspirer une grande confiance dans la protection d'En-Haut au milieu des nombreuses et grandes difficultés de l'heure présente. Après avoir fait cette promesse si consolante pour les Frères de tous les temps et de tous les lieux, regardant le Frère François avec attendrissement, il lui dit : Pauvre Frère, je vous plains ; car le gouvernement de l'Institut est un lourd fardeau.

Persuadons-nous bien, M. T. C. F., nous qui avons une part d'autorité plus ou moins importante dans la Congrégation, que cette parole du Vénérable au Frère François s'applique à nous comme elle s'est appliquée et s'appliquera toujours aux divers Supérieurs des Instituts religieux qui auront une idée juste de leur responsabilité, et qui voudront remplir consciencieusement tous les devoirs de leur charge.

Cet aspect de la supériorité serait bien de nature à effrayer la faiblesse humaine; mais hâtons-nous de remarquer ce qu'ajoute le Vénérable Père. L'esprit de zèle, dit-il au Frère François, l'esprit de prière et la confiance en Dieu vous aideront à porter ce lourd fardeau.

Que tous les Supérieurs de l’Institut prennent pour eux cette parole encourageante et agissent en conséquence. Le Vénérable continua et dit au Frère François une autre parole qui se recommande à l'attention, au zèle et à l'esprit de sacrifice de tous les Supérieurs et aussi de tous nos Frères qui sont employés au ministère de l'éducation des enfants. « Souvenez-vous, dit-il, qu'on ne peut être utile aux autres et procurer le salut des ames qu'en se sacrifiant. »

Oh! comme le bon Père aurait bien pu ajouter ici en toute vérité à l'exemple de l'Apôtre saint Paul : « Sur ce point, que tous les Petits Frères de Marie soient mes imitateurs comme je l'ai été moi-même de Jésus-Christ. »

Quelle vie de constant dévouement et de sacrifices continuels n'a pas été celle du Vénérable Père ! Nous pouvons dire en toute vérité qu'il a pratiqué ces deux vertus au degré héroïque.

Ô Seigneur Jésus, vous le divin Modèle, le Modèle par excellence de toutes les vertus, faites qu'en cette fin de siècle. tous les Petits Frères de Marie et particulièrement les Supérieurs majeurs et autres, soient à un très haut degré des hommes de dévouement et de sacrifice.

 Le vénérable malade vient de terminer son  dialogue avec le Frère François. A ce moment le Frère Louis­ Marie entre dans la chambre. Le bon Père, en lui serrant la main, lui dit: « Allons, mon Frère, secondez le Frère François de tout votre pouvoir ; entendez-vous bien avec lui; vous aurez beaucoup d'embarras; mais ayez confiance, le bon Dieu sera avec vous, car c'est son oeuvre que vous faites ; avec son secours, vous vaincrez tous les obstacles que l'ennemi pourra vous susciter. Puis ne l'oubliez pas, vous avez la Sainte Vierge qui est la Ressource de la Maison; sa protection ne vous man­quera jamais. »

Combien nous devons admirer ces paroles de notre Vénérable Père ! elles sont si instructives et si réconfortantes !

« L'union dans le respect de l'autorité », tel fut le mot d'ordre que donna Sa Sainteté le grand pape Léon XIII à tous les catholiques du monde entier. Il y attachait, et non sans raison, une grande importance.

Sous une autre forme, n'est-ce pas le même mot d'ordre que donne le Vénérable Père en disant au Frère Louis-Marie : « Secondez de tout votre pouvoir le Frère François votre Supérieur : c'est le culte de l'autorité en pratique ; entendez-vous bien avec lui : c'est l'union. »

Qu'il en soit ainsi M. T. C. F. dans tout l'Institut en ces temps si troublés que nous traversons. Je vous y exhorte de la part de Dieu et pour répondre au désir du Vénérable Fondateur.

Que l'autorité soit toujours et partout entourée d'une religieuse déférence et qu'il y ait union parfaite entre tous les Frères et les Supérieurs de tous les degrés, Supérieur général, Assistants généraux, Frères Délégués, Provinciaux, Directeurs, Maîtres des Novices, Sous-Directeurs, etc.

C'est là un grand principe de force pour assurer la bonne marche de l'Institut à notre époque où l'esprit d'indépendance est malheureusement si répandu parmi les peuples et où les causes de division sont si nombreuses et produisent de si pernicieux effets.

Ayez confiance, dit le Vénérable Père, en terminant ce mémorable entretien intime, le bon Dieu sera avec vous; car c'est son oeuvre que vous faites ; avec son secours, vous vaincrez tous les obstacles qui pourront vous être suscités.

Oui ! oui ! M. T. C. F., ayons confiance! les soixante-seize ans qui se sont écoulés depuis que cette promesse fut faite sont là pour nous montrer que l'Institut a pu continuer sa marche et qu'il a prospéré d'une manière fort consolante malgré les obstacles nombreux qui lui ont été suscités par l'ennemi de tout bien et par ses suppôts.

Toutefois ne manquons pas de bien remarquer que la condition nécessaire sur laquelle doit être basée notre confiance, c'est que nos Frères aient toujours grandement à cœur de faire de leur mieux l'œuvre  de Dieu.

Cherchons avant tout le royaume de Dieu et sa justice, et le reste nous sera donné comme par surcroît : c'est la parole du divin Sauveur qui est la Vérité même.

Pour nous, enfants de Marie, la dernière parole du mémorable entretien doit nous être tout particulièrement chère. « Puis ne l'oubliez pas, dit le Vénérable Père, vous avez la Très Sainte Vierge Marie qui est la Ressource de la Maison. sa protection ne vous manquera jamais. »

J'ai tenu, M. T. C. F., à mettre une seconde fois sous vos yeux cette promesse du Vénérable Père en faisant imprimer en caractères très apparents les six derniers mots qui ont une sorte de caractère prophétique.

Oh ! combien n'avons-nous pas raison de bénir le Seigneur et sa divine Mère en constatant aujourd'hui la réalisation de cette promesse. Oui ! oui ! nous pouvons le proclamer hautement. La protection de Marie ne nous a jamais manqué.

Et nous pouvons être certains qu'il en sera de même à l'avenir pourvu que nous soyons partout et toujours de dignes enfants de cette Bonne Mère.

 NOS FRÈRES SOLDATS

 Un de nos Frères Provinciaux m'a communiqué ses pensées et ses impressions, sur nos Frères qui sont actuellement sous les drapeaux.

Je suis heureux de leur donner place dans cette Circulaire, et je suis persuadé qu'elles seront accueillies avec plaisir et édification par tous nos Frères. Elles ne peuvent manquer, en effet de donner satisfaction au légitime et fraternel désir d'être informés sur tout ce qui concerne ces Membres de la famille, exposés à tant de périls.

Ce Frère Provincial s'exprime ainsi :

« ... Au milieu des angoisses cruelles que, chaque jour, la guerre nous apporte, combien sommes-nous grandement consolés, par le spectacle vraiment admirable que nous donnent nos Frères soldats, tant ceux du front que ceux de l'arrière.

« Sans parler de leur générosité, de leur courage, de leur bravoure qu'on ne peut mettre en doute, leur conduite comme Religieux ne laisse rien à désirer, au moins chez la plupart d'entre eux.

« Ce n'est pas, sans doute, et ce ne peut être, cette régularité de nos Maisons de formation ou de nos Communautés : c'est, quand même, une fidélité aux devoirs du Chrétien et aux pratiques religieuses, aussi grande que possible, et dont le Ciel doit être bien réjoui.

« Parmi nos Frères soldats, la Prière n'est pas négligée ; la Sainte Messe est entendue et la Sainte Table fréquentée autant que les circonstances peuvent le permettre ; enfin, la salutaire dévotion à Marie paraît y être toujours en grand honneur. Y en a-t-il un seul  qui oublie que cette bonne Mère doit être notre Ressource ordinaire ?

« Le Chapelet, notre Prière favorite, arme dont le maniement est aussi facile qu'efficace, est-il jamais sorti des doigts de nos Braves ? Non, peut-on répondre, en toute vérité : n'en avons-nous pas des preuves ?

 N'est-ce pas cette fidélité à la prière, cette assiduité auprès de Notre-Seigneur, recours permanent à la Sainte Vierge Marie qui ont donné à nos Frères soldats ce courage, cette endurance partout admirés, et qui se sont soutenus au milieu même des moments les  plus périlleux ?

 Oui, Très Révérend Frère, nos soldats sont bons, et s'efforcent de rester tels.

 Voyez-vous ce petit groupe au pied d'une statue mutilée, dans une église que le bombardement a ruinée, faisant le Mois de Marie?

« Voyez-vous ces deux qui, après la soupe, se retirent, sous bois, en une allée solitaire, pour réciter leur chapelet, et faire, ensemble, une petite lecture, en guise de Mois de Marie?

« Voyez-vous ces autres qui, profitant de quelques jours de repos, se groupent autour d'un prêtre soldat, pour faire, comme en Communauté, une fervente et sérieuse Retraite ?

« Remarquez-vous ce petit troupier qui devance le lever, parcourt, de bon matin, un assez long chemin, pour pouvoir entendre la Messe et communier ?

« Et cet autre qui, en prenant ses mesures, peut, chaque matin, communier et servir plusieurs Messes?

« Et cet autre qui, sans respect humain, comme sans forfanterie, mais simplement, fait, au pied de son lit, sa prière du soir ?

« Et cet autre qui, sans honte, récite ostensiblement son chapelet, en se promenant non loin des copains, dont pas un n'oserait le railler tant, par sa conduite, il a su s'imposer ?

« Qu'ils sont nombreux et combien admirables les traits de ce genre !

« La dévotion à Marie, ai-je dit, Très Révérend Frère, est en honneur parmi nos Frères soldats. Pour preuve, je cite un passage, un seul, d'une lettre à moi adressée, par un de nos « Poilus »... Ce ne sont pas vos enfants du front qui penseraient à changer de drapeau. A l'ombre momentanée des trois couleurs, c'est toujours sous la bannière de Marie que nous demeurons. Qu'Elle entende en ce Mois béni, la protestation d'amour et de fidélité de celui qui est heureux plus que jamais, de porter ses livrées, d'être son enfant. Depuis quinze mois que je suis au front, comment ne pas crier bien haut qu'Elle s'est montrée ma Mère. Elle a été ma Consolatrice, à quelque point frontal que je me sois trouvé... Oh! oui, Marie est bien la Mère des Compatissances, la Mère des pitiés... Aussi, en telle allée mystérieuse qui ne m'est pas indifférente votre Frère X... va-t-il centupler ses forces chaque jour au repos, en la Chapelle de N.-D. des Sept-Douleurs... »

J'ai parlé du chapelet et j'ai dit qu'il ne quittait guère les doigts de nos Frères soldats : voulez-vous quelques citations qui réjouiront tous les dévots à Marie ?

« Jamais je n'ai tant aimé mon chapelet que depuis mars 1915, date de mon arrivée au front.

« Il a été mon consolateur et le mystérieux témoin d'étapes qui n'ont pas été douces.

« Grâce à cette arme puissante, grâce au secours que la Sainte Vierge m'a accordé, jamais le découragement ne m'a envahi...

« Combien ne pourrais-je pas multiplier ces citations !

« Ce qui n'est pas moins beau, chez nos Frères soldats, c'est le fructueux apostolat qu'ils exercent auprès de leurs camarades.

« Cet apostolat prend des formes diverses selon la situation de chacun.

« Ce sont des Cercles catholiques qu'avec l'aide de quelque prêtre soldat, ils organisent, et où ils amènent pour leur faire du bien, le plus de jeunes soldats possible.

 « Ce sont des camarades en retard qu'ils mènent à la  messe, conduisent à confesse et dirigent à la Sainte Table.

« Ce sont des conseils que l'on fait accepter, avec un verre de vin tiré de son quart.

« Ce sont de bonnes lectures que l'on propage.

« Ce sont, à l'occasion des fêtes, de belles cérémonies religieuses que l'on provoque, et pour lesquelles on exerce des chants.

« Ce sont des blessés, des malades que l'on prépare aux sacrements et que l'on dispose à bien mourir.

 Ce sont même, le cas s'est vu, de sages, honnêtes et prudentes remontrances adressées au camarade prévenu ou égaré, pour défendre l'autorité des chefs,  et la soutenir !

« Je n'en doute pas, il vous sera doux et agréable, comme à moi, Révérend Frère, de reconnaître tout à la gloire de Dieu et à l'honneur de Marie, que le Soldat Mariste, en cette formidable guerre, n'a été inférieur à nul autre, en courage, en générosité, en bravoure et en endurance.

 C'est son grand esprit de foi, sa piété virile et son habitude de la discipline et du dévouement qui lui  ont inspiré ces sentiments si élevés, si nobles, si chevaleresques, et qui l'ont soutenu dans les rudes épreuves qu'il a rencontrées.

« Une chose encore, Révérend Frère, dont nous n'avons pas été moins consolés, c'est la très étroite union qui, depuis les débuts de la guerre, existe entre  les Frères aux armées et les Supérieurs.

« Entretenue, de part et d'autre, par une correspondance régulière, et, par des rapports fréquents et très cordiaux, cette union est, on ne peut plus affectueuse.

« Sauf de très rares exceptions qui ne comptent pas, tous nos chers soldats se font un devoir de correspondre fidèlement avec leurs Supérieurs respectifs, Assistants et Provinciaux, indépendamment des lettres très filiales qui sont adressées à Votre Révérence.

« Ces recommandations, avis, conseils des Supérieurs, contenus dans leurs lettres, ou dans les petites et très fraternelles Circulaires que nous leur adressons chaque mois, sont reçus avec le plus grand respect.

« Que vous avez donc raison, Très Révérend Frère, d'être fier de nos Frères soldats, et de les aimer!

 Beaucoup ont déjà répandu leur sang, et sont morts pour la Patrie aimée, sur le champ de bataille ou dans les ambulances.

 D'autres ont été blessés, et porteront jusqu'à la fin de leur vie, les glorieuses marques de leur bravoure.  D'autres ont été faits prisonniers, et ont connu les rigueurs de la captivité.

« Tous ont plus ou moins souffert du froid, de la faim, de la soif, de la fatigue et d'une infinité d'autres choses.

« Tous, donc, quoique à des degrés divers, sont grandement méritants et devant Dieu, et devant la Patrie.

« Cependant, tous ne reviendront pas avec de nouveaux ou plus beaux galons.

« Tous ne reviendront pas avec la Croix de guerre.  Tous ne reviendront pas avec de nobles cicatrices.  Mais tous reviendront avec l'honneur et la gloire d'avoir fait vaillamment leur devoir.

« Tous reviendront avec la légitime fierté de pouvoir dire qu'ils ont montré ce que doit être un soldat Chrétien et Mariste.

« Tous reviendront avec des droits incontestables à la reconnaissance de la Patrie.

 « Mais ce qui est infiniment plus beau, tous reviendront avec le même amour pour Jésus et Marie;- le  Même attachement à leur vocation, et le même désir de se sacrifier et de se dévouer jusqu'à la mort, pour la plus grande gloire de Dieu et l'honneur de Marie, aux oeuvres de la Congrégation ! ! ! »[2]

 NOS CAUSES DE BÉATIFICATION

 LE VÉNÉRABLE PÈRE CHAMPAGNAT.

 Notre cher Frère Candidus, Procureur général près le Saint-Siège, m'écrit que la Cause du Vénérable Père Fondateur, qui nous est si chère, suit son cours.

On a l'espoir que, sans bien tarder, se tiendra la Congrégation qui doit se prononcer sur l'héroïcité des vertus du Vénérable Fondateur. La décision qui sera prise doit avoir une grande importance pour la bonne issue de la Cause. C'est pour cela, M. T. C. F., que je vous exhorte tous avec instance à redoubler vos prières et à faire prier le plus possible à cette intention.

Faisons-nous assez pour que le Vénérable Père Champagnat soit connu et pour que des prières ferventes, confiantes et nombreuses lui soient adressées pour obtenir des faveurs par son intercession ?

Les préoccupations causées par les terribles événements qui se déroulent depuis près de deux ans, ont sans doute un peu détourné notre attention de cette chère Cause de béatification. Il y a lieu de le regretter. Il y a lieu surtout de raviver notre zèle pour l'emploi des bons moyens destinés à en accélérer l'heureuse issue.

Nous avons décidé en Conseil Général de faire éditer a un grand nombre d'exemplaires une image du Vénérable Fondateur ayant au verso une prière pour demander la béatification. Cette prière est approuvée par le Promoteur de la Foi.

On prendra des mesures pour faire arriver ces images dans les provinces en proportion de leur importance comme personnel, Frères et élèves.

On voudra bien les répandre le plus possible et surtout exciter à faire la prière pour la béatification.

Nous avons en disponibilité à l'Economat Général : 

1° Petite Vie illustrée du V. Père Champagnat en français.

                                                   10.000 exemplaires.

 2° Notice biographique el faveurs attribuées au Vénérable P. Champagnat.

                                             6 500 exemplaires.

 3° Nouvelle image du Vénérable P. Champagnat catéchisant.

                                             texte français, 24.000.

                                           texte espagnol, 2.500.

 4° Ancienne image du Vénérable P. Champagnat catéchisant, ­

                                      texte italien 7.000.

                                    texte anglais 7.500.

                                     texte portugais 8.000.

 J'exhorte les Frères Provinciaux à prendre des mesures pour que ces ouvrages et images soient distribués le plus possible chacun dans sa province. On pourra profiter de l'occasion de la retraite du Régime pour se les procurer.

Je tiens aussi moi-même à la disposition de ceux qui m'en feront la demande, des images du Vénérable Fondateur avec relique.

Je répète ce que nous avons déjà dit bien des fois. Il faut obtenir des miracles ! Plus la foi et la confiance seront grandes, plus aussi on obtiendra facilement les faveurs demandées.

Pourquoi n'obtiendrait-on pas par l'intercession du Vénérable Champagnat ce qu'on a obtenu ces derniers temps pour un grand nombre de Serviteurs et de Servantes de Dieu qui ont été inscrits au nombre des Bienheureux?

 FAVEURS ATTRIBUÉES AU VÉNÉRABLE P. CHAMPAGNAT.

 I. Guérison d'un enfant malgache.

                     Bétafo, Madagascar, 29 juin 1914.

Mon Cher Frère Assistant,

Je me fais un plaisir de porter à votre connaissance le fait de la guérison d'un de nos pensionnaires, guérison que j'attribue, non sans motif comme vous allez en juger, à l'intercession du Vénérable P. Champagnat.

Cet enfant, nommé Philibert Raleisoarahona, est un garçon de douze ans, d'assez débile constitution.

Le 4 juin dernier, il fut atteint de la fièvre ; pendant trois jours, je le soignai de mon mieux, mais sans trop m'inquiéter de son état, croyant à un simple accès de paludisme, comme il s'en produit fréquemment à cette époque de l'année. Cependant, le dimanche 7 juin, voyant que la fièvre persistait malgré la quinine, et constatant en outre certains symptômes inaccoutumés dans les cas ordinaires de fièvre, je me décidai à l'envoyer en consultation à l'hôpital, où je le fis conduire par deux grands élèves, avec cette note pour le médecin : « Voici un petit qui a la fièvre depuis trois jours; craignant quelque complication je vous l'envoie : veuillez l'examiner. »

Il fut retenu à l'hôpital.

Le jour suivant, 8 juin, le médecin étant venu à la maison, je lui demandai des nouvelles de mon malade : «Il a de la pneumonie, me répondit-il. - Serait-ce grave ? - La pneumonie est toujours grave ».

Le mardi matin, 9 juin, on vint me prévenir que l'enfant avait pris une crise pendant la nuit et qu'il était très mal. Je me rendis immédiatement à l'hôpital avec un professeur indigène de notre Ecole, qui, à la vue du malade abattu, les yeux troubles, et parlant difficilement, me dit « Il va mourir ». J'en étais moi-même persuadé.

Je prévins immédiatement le Père Supérieur, qui envoya d'urgence un Père pour administrer le malade. Pendant ce temps je faisais faire à tous les élèves des prières pour obtenir à leur petit camarade la grâce d'une bonne mort. Car il faut savoir que, chez les Malgaches, la pneumonie est une maladie grave et très souvent mortelle.

Le soir de ce même jour, je fis commencer aux pensionnaires une neuvaine au Vénérable Père Champagnat devant son image-relique épinglée au mur. Or, chose remarquable, le lendemain, 10 juin, le malade était un peu mieux ; quelques jours après, il était en pleine voie de guérison : il était sauvé ! Le dernier jour de la neuvaine, il sortait de l'hôpital, et pouvait prendre part aux prières de cette neuvaine, qui se termina en action de grâces.

Après quelques jours de convalescence passés auprès de ses parents, Philibert a repris sa place en classe, et maintenant, quoique encore un peu faible, les couleurs de la santé brillent de nouveau sur son visage. Son père et sa mère, après avoir passé, au chevet de leur cher enfant, des heures d'angoisse que l'on conçoit, ont, dans leur reconnaissance, offert à la Mission, les honoraires d'une messe à célébrer en action de grâces de cette guérison un moment inespérée.

Puisse ce fait, qu'il ne m'appartient pas de donner comme miraculeux, contribuer cependant à la gloire de notre Vénérable, et porter les âmes éprouvées à s'adresser à lui avec confiance !

 Je suis, avec un profond respect, et une entière sou­mission,

Mon cher Frère Assistant,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

               F. André-Frédéric.

 II. - Guérison d'un autre Malgache.

 Marcel Ralaizafiniavo est un de nos professeurs indigènes. C'est un converti. D'abord employé à la Mission catholique, il obtint ensuite un poste plus lucratif dans l'administration de la Colonie. Dans ce milieu plutôt hostile à la Religion, il oublia bien vite ses sentiments chrétiens et se laissa aller à des excès de tous genres. Sa pieuse femme gémissait de ses désordres et répandait ses larmes devant Dieu, suppliant en même temps les Missionnaires de sortir son mari de cette situation dangereuse. Ses prières furent exaucées : Marcel, enfin désabusé, revint au bercail, c'est-à-dire à la Mission, et depuis lors, il mène une vie très chrétienne et des plus édifiantes.

Mais les excès se payent souvent même dès ce monde. Bientôt Marcel perdit la santé. Ce fut d'abord la fièvre : toute maladie, à Madagascar, commence par là ; puis de violentes douleurs de tête, de poitrine et d'entrailles, enfin-des vomissements de sang.

En février dernier, son état empira, et il fut obligé de cesser tout à fait sa classe que, depuis plusieurs mois, il ne pouvait faire que très irrégulièrement. Souvent, il passait des nuits entières sans pouvoir dormir; une fois même il pensa trépasser et fit appeler un Père pour se confesser. - Il s'adressa aux deux médecins indigènes de Bétafo, qui furent impuissants à le soulager. A la Mission, chacun était persuadé qu'il était perdu, usé par ses excès antérieurs, et que sa mort n'était que l'affaire de quelques mois.

J'allais souvent le visiter. Le voyant s'affaisser de jour en jour, je lui dis : « Mon pauvre Marcel, je ne vois plus qu'un moyen de vous tirer de ce mauvais pas : c'est de demander votre guérison à notre Fondateur, le Vénérable Champagnat; il peut obtenir de Dieu un miracle en votre faveur, comme il en a obtenu pour tant d'autres. »

Le malade accueillit cette idée avec enthousiasme et s'y accrocha comme à une dernière planche de salut. Je lui remis une image-relique du Vénérable avec indication de quelques prières à réciter pendant neuf jours. Je fis commencer en même temps une neuvaine à nos pensionnaires. C'était le jeudi 5 mars. Pendant cette neuvaine, les souffrances du malade augmentèrent. On lui conseilla d'aller se faire soigner à Antsirabé, localité située à 24 kilomètres de Bétafo. Il s'y fit en effet transporter le mardi 10 mars, mais il emporta son image et promit de prier le Vénérable. De notre côté, nous continuâmes la neuvaine avec confiance.

A Antsirabé, il ne put consulter qu'un médecin indigène, pas plus fort que ses confrères de Bétafo. Cependant, quelques jours après la conclusion de la neuvaine, j'apprenais que le malade allait beaucoup mieux, et qu'il était en bonne voie de guérison.

Le vendredi saint, 10 avril, il était de retour à Bétafo. En entrant dans ma chambre, son premier mot fut: « Je suis guéri ! Merci ! » Sa femme ne pouvant pénétrer dans les appartements privés des religieux, m'attendait au parloir. Elle non plus ne savait comment me remercier d'avoir fait prier le Vénérable pour son mari.

Marcel a repris sa classe à la rentrée de mai, et maintenant il se porte à merveille: nul retour de la maladie dont il souffrait depuis plus d'un an, et qui s'était aggravée de telle sorte au commencement de cette année, qu'on le croyait perdu.

Bétafo, 2 juillet 1914.

                   F. André-Frédéric.

 Ill. -- Guérison d'un Juvéniste d'Arceniega.

 Mon Cher Frère Assistant,

Laissez-moi vous raconter aujourd'hui, à la gloire du Vénérable Fondateur, la guérison inespérée, et on peut dire merveilleuse, de notre petit juvéniste Antonio Ibañez Alzate.

 Cet enfant, neveu du Frère Veremundo, fut atteint, le 3 janvier dernier, d'une pneumonie que dès l'abord le médecin jugea grave parce que le patient avait tardé trop longtemps à faire connaître le mal dont il souffrait.

Elle empira encore de jour en jour durant une semaine, de telle sorte que, le 11, son état donnait les plus graves inquiétudes.

Le 12, on lui administra les derniers sacrements, et le médecin nous déclara qu'il ne conservait plus aucun espoir de le sauver. Il le croyait irrémédiablement perdu.

La veille, nous avions commencé une neuvaine au Vénérable P. Champagnat pour demander au Ciel la guérison du petit malade, que tous les moyens humains semblaient désormais impuissants à procurer, et nous avions placé sous son oreiller une image-relique que l'enfant se plaisait à baiser souvent en invoquant le Serviteur de Dieu.

A la vue de la mauvaise tournure que prenait la maladie, nous redoublâmes de ferveur, et le 13, lorsque M. le docteur Juan de la Maza del Rio vint faire sa visite, il se montra extrêmement surpris de l'amélioration survenue, ne parvenant pas à s'expliquer qu'un pareil changement eût pu se produire en un temps si court.

« L'enfant va très bien, dit-il; je ne sais ce qui s'est passé ; mais tous les symptômes alarmants ont disparu, et il se trouve actuellement en très bonne voie de guérison. »

A partir de ce jour, en effet, le malade se mit à aller rapidement de mieux en mieux ; et le 19, précisément le jour où finissait la neuvaine, il put commencer à se lever.

Il jouit présentement d'une santé excellente et se montre plein de reconnaissance envers le Vénérable Champagnat, à qui, après Dieu, il est persuadé devoir sa guérison.

Saragosse, 11 avril 1916.

                Frère Eusebio.

 IV. Guérison d'un jeune enfant atteint d'épilepsie.

 Encouragés par cette première faveur, - continue le Frère Eusebio - nous entreprîmes d'en obtenir une autre, et je proposai à ma famille de faire une neuvaine pour demander la guérison d'un petit neveu, Victor-Martinez Gomez, qui prenait de temps à autre des attaques d'épilepsie si violentes que sa vie en était menacée.

Depuis une douzaine de jours, ces attaques étaient devenues plus fréquentes et plus fortes que d'ordinaire. Elles se renouvelaient journellement jusqu'à six et sept fois, et le médecin jugeait le petit malade perdu.

Mais sur ces entrefaites arriva ma lettre, et la famille, en la lisant, sentit renaître sa confiance. C'était le 18 janvier. Une neuvaine fut aussitôt commencée; et le 25, le père du petit malade m'écrivait:

« Nous faisons la neuvaine avec beaucoup de ferveur, et, pour mon compte, j'invoque plus de deux cents fois par jour le Vénérable Champagnat, auquel j'ai une grande dévotion. Depuis deux jours les attaques ont cessé ; mais nous n'en continuons pas moins la neuvaine en remerciant le Serviteur de Dieu de la grâce qu'il nous a accordée. »

Le 13 février, un autre neveu m'écrivait que la guérison était complète, que les attaques n'étaient plus revenues et que son petit frère, à ce moment, jouissait d'une santé parfaite. Je sais que cette santé continue depuis, et que l'enfant n'a plus ressenti aucune atteinte du terrible mal qui avait mis ses jours en si grand danger. La famille ne sait comment témoigner sa reconnaissance envers le Vénérable, et sa dévotion envers lui devient chaque jour plus grande. Dieu soit béni

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 V. - Ma guérison.

 Vers la fin du mois de mai 1901, je tombais malade à Guadalajara. Bientôt, je ne pus garder ni aliment, ni médecine. Après plusieurs consultes entre trois bons médecins, je fus déclaré incurable. Néanmoins on priait et on faisait prier beaucoup la Sainte Vierge et le Vénérable Père Champagnat à mon intention. Le 6 juin, de grand matin, on m'apporta le Saint Viatique que je pus garder, et depuis j'ai été de mieux en mieux jusqu'à complet rétablissement. A la rentrée des classes de septembre, je pus me remettre au travail.

Grugliasco, 31 octobre 1914.

           F. Odonis.

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 Le vénéré Frère François.

 Je suis heureux d'annoncer que le Procès de l'Ordinaire pour la Cause de béatification du vénéré Frère François a été imprimé à Rome. On en a tiré un certain nombre d'exemplaires. J'espère pouvoir en distribuer quelques-uns à l'occasion de la Retraite du Régime.

Sous la direction du C. Frère Candidus, Postulateur de la Cause, on a recueilli et copié la plupart des écrits du vénéré Serviteur de Dieu. Ce travail sera bientôt terminé.

On va s'occuper maintenant de faire le nécessaire pour obtenir l'Introduction de la Cause devant le Saint-Siège. Je recommande cette importante affaire aux prières de tous.

Plusieurs de nos Frères m'ont écrit qu'ils invoquent souvent le vénéré Frère François et que leurs prières n'ont pas été vaines. Dans des circulaires antérieures, je vous ai relaté plusieurs faveurs signalées qui ont été obtenues par des prières adressées au vénéré Serviteur de Dieu.

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 Nos Martyrs de Chine.

 Nous n'avons pas de nouvelles récentes de ce qui s'est déjà fait et de ce qui doit se faire encore pour la Cause de béatification des cinq Frères qui furent massacrés à Nantchang en 1906 et des quatre des nôtres qui furent victimes des Boxeurs à Pékin, en 1900.

Espérons qu'un jour la Sainte Eglise les inscrira au Catalogue de ses bienheureux Martyrs et que nous pourrons les fêter et les invoquer. Ce sera un grand et précieux avantage pour l’Institut.

Je suis heureux de profiter de l'occasion pour dire ici que, pendant la dernière année scolaire, il y a eu un nombre notable de conversions parmi les élèves de nos écoles de Chine et on a de bonnes raisons d'espérer que ce nombre ira croissant à l'avenir. Dieu veuille qu'il en soit ainsi et prions dans cette intention.

 INFORMATIONS ET AVIS DIVERS

 Célébration du Centenaire.

 Voici que nous approchons du 2 janvier 1917, centième anniversaire de l'heureuse fondation de notre cher Institut.

Nous voulons tous certainement célébrer ce mémorable anniversaire le plus dignement possible.

Et pour cela il importe de bien s'y préparer pendant les six mois qui nous en séparent.

En quoi ferons-nous consister cette préparation ?

Tout d'abord, nous prierons fervemment et nous ferons, dans cette intention des actes de vertu plus nombreux et plus généreux que d'habitude.

En un mot, il y aura dans tout l'Institut, pendant ces six mois, un renouvellement et un accroissement marqués dans la ferveur, la régularité, le zèle, la mortification, etc.

Les retraites prochaines pourront nous aider très efficacement à entrer résolument et à marcher généreusement dans cette voie.

Mais pour fixer quelque chose de plus précis, voici ce qui sera fait : on récitera dans toutes nos Communautés, à partir de la réception de cette circulaire et jusqu'au 2 janvier prochain, l'invocation : Omnes Sancti et Sanctae Dei, orate pro nobis, immédiatement avant le Miserere qui termine la prière du soir. Dans cette invocation, nous aurons l'intention de nous adresser spécialement au Vénérable Fondateur et à tous les Petits Frères de Marie que Dieu a admis dans son Paradis pendant le siècle écoulé.

De bon nombre de nos provinces, on m'a donné communication des programmes indiquant ce qu'on se propose de faire pour fêter le centenaire.

Il y a dans ces programmes d'excellentes initiatives; elles sont dignes d'être louées.

En général, le tout a été étudié et adopté en Conseil provincial; c'était la bonne manière de procéder.

Toutefois, il y a eu aussi des initiatives individuelles très dignes d'être prises en considération. On n'a pas manqué de leur faire bon accueil.

Qu'on n'oublie pas, dans tout ce qui sera entrepris pour fêter dignement le Centenaire, de donner une grande prépondérance au côté religieux et que le tout ait bien le cachet mariste.

Qu'on se souvienne aussi que nous sommes éducateurs religieux et qu'en conséquence, on ait à cœur de donner une bonne part à tout ce qui concerne cette importante mission qui nous est confiée dans l'Eglise.

A la Maison-Mère et dans les pays où sévit la guerre, on fera pour le mieux. Les Frères Provinciaux de ces pays qui pourront venir à la retraite du Régime, voudront bien nous communiquer leurs projets. En mettant à contribution les divers programmes qui nous seront ainsi communiqués, peut-être sera-t-il possible d'en tirer bon parti, malgré les nombreuses et grandes difficultés causées par l'état de guerre.

Ce qui pourra être certainement fait dans tous les pays et par tous nos Frères, à l'époque du Centenaire, ce sera: 10 d'accepter avec une religieuse soumission tout ce qui arrive de fâcheux en apparence, nous souvenant bien que tout est permis ou ordonné par la divine Providence; 20 de redoubler d'application et d'exceptionnelle générosité dans l'accomplissement de tous nos devoirs d'état en prenant pour modèles le Vénérable Fondateur et nos saints ainés des premiers temps.

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 Buste du Vénérable Père Champagnat.

 A l'occasion du Centenaire, nous avons fait exécuter par un bon sculpteur de Turin, un buste du Vénérable Père Fondateur. C'est un bon travail. Il est de grandeur naturelle.

Après mûr examen, nous avons décidé en Conseil Général qu'il sera adopté dans l'Institut à l'exclusion de tout autre.

C'est afin d'arriver à une uniformité vraiment désirable que nous avons pris cette décision.

Nous en faisons exécuter un certain nombre de reproductions qui seront mises en vente à l'Economat, Général.

De plus, nous nous proposons de faire exécuter une reproduction à demi-grandeur. Le poids et les dimensions en seront réglés de manière qu'il puisse être expédié en colis postal.

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 Livre des Annales.

 Je crois rappeler que l'article 649 du Directoire Général prescrit qu'il y ait dans chacune de nos Maisons un livre d'Annales.

Il indique la manière dont il doit être tenu.

Les Frères Provinciaux voudront bien se rendre compte dans leurs visites, si cet article est bien observé et mettre une note à ce sujet dans leur rapport au Frère Supérieur Général.

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 Le Livre d'Or du Dévouement.

 Puisque nous voilà presque à la veille de la Célébration du Centenaire, il me serait très agréable de recevoir des documents précis et nombreux pour contribuer à la Composition du Livre d'Or, dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois dans des circulaires antérieures.

Tant soit peu qu'on ait vécu dans l'Institut, on a certainement été témoin d'actes de dévouement dignes d'être présentés à l'admiration et à l'imitation des Frères qui le composeront dans les siècles futurs.

Tous les emplois, si humbles soient-ils, présentent de ces exemples dont il serait vraiment regrettable de laisser perdre le souvenir.

Ces faits, ces actes de dévouement groupés 'ainsi dans un Livre spécial seront un puissant stimulant dans l'exercice de nos fonctions et dans l'accomplissement du devoir qui exigent parfois un véritable héroïsme.

Donc, à l’œuvre et sans retard, envoyez-nous les relations de ces traits de dévouement, de courage, de générosité que, dans l'Institut, nous fournissent tous les âges, toutes les situations, tous les pays.

Bien préciser les noms, les âges, les lieux, les dates, etc. ...

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 Collection des Circulaires.

 Faisant allusion à la réimpression des Circulaires adressées aux membres de l'Institut par le Vénérable Fondateur et les Supérieurs généraux qui ont gouverné la Congrégation depuis 1840, je vous disais dans la Circulaire du 2 février dernier que cet important travail se poursuit activement, malgré les difficultés du temps présent.

Aujourd'hui, je puis ajouter : Nous avons le ferme espoir de pouvoir le terminer avant la fin de la présente année, si nos imprimeurs ne sont point dérangés par des événements imprévus.

Les treize volumes dont se composera cette précieuse Collection, pourraient donc être expédiés aux Procures provinciales, et de là, aux Maisons particulières, dès le mois de décembre prochain.

Le renchérissement constant de la main-d’œuvre, du papier, etc., ne nous permet pas de fixer, pour le moment, le prix auquel l'Economat Général pourra livrer cet important travail. Nous savons toutefois, qu'une reliure ordinaire, mais solide, faite à Lyon, reviendrait actuellement, au prix d'environ 2 francs, suivant l'importance du volume. Les volumes ont, pour le plus grand nombre, de 600 à 800 pages. S'il devait y avoir avantage financier pour les Procures Provinciales à faire exécuter sur place le travail de reliure, les Frères Economes voudront bien en avertir au plus tôt le C. F. Econome Général, afin que ce dernier prenne les dispositions voulues pour faire l'envoi soit en feuilles, soit en volumes brochés.

Suivant une décision du Conseil Général, chacune des Maisons de l'Institut devra se munir au moins d'une série des treize volumes. Les Maisons de formation et les Maisons nombreuses devront, en outre se procurer une ou plusieurs séries supplémentaires, afin de permettre aux Membres de leurs Communautés d'étudier, lire ou consulter, tout à leur gré, les enseignements nombreux et précieux, contenus dans notre Collection de Circulaires. A cette fin, les CC. FF. Economes Provinciaux voudront bien indiquer au C. F. Econome Général, le nombre approximatif de séries qui devront leur être expédiées en plus de la quantité déterminée par le nombre des maisons de leur province respective.

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 Election d'un Frère Provincial.

 Par la mort du regretté Frère Floribert, appelé à Dieu le 14 mars dernier, la province d'Espagne était demeurée sans Provincial. Pour ne pas la laisser plus longtemps privée de chef, le Conseil Général se réunit à la Maison-Mère, le 17 du même mois, en vue de donner un successeur au cher défunt, et le suffrage unanime des Conseillers se porta sur le C. F. Nicétus, Directeur de la maison de Saragosse, qui, en conséquence, fut déclaré élu.

 Je le recommande, M. T. C. F., à vos bonnes prières, ainsi que l'importante portion de l'Institut qui lui est con­fiée, afin qu'il lui soit donné d'y faire beaucoup de bien.

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 Retraite annuelle des Frères soldats.

 C'est à vous spécialement, mes chers Frères soldats, que j'adresse ces quelques lignes, pour vous exprimer le grand désir que j'ai de vous voir jouir vous aussi du bienfait de la Retraite annuelle.

Sans doute, il est bien probable que pour en faire les saints exercices, vous n'aurez pas la facilité des Frères de nos Communautés. Vous n'en aurez que plus de mérite, et n'en retirerez pas moins de fruit, si vous y mettez de la bonne volonté.

En vous exhortant à faire cette Retraite, autant, bien entendu, qu'il vous sera possible, voici, sans vous l'imposer, ce que je vous propose :

I. Le temps est à votre choix. Je crois que pour vous, trois jours suffisent.

Il. Chaque matin des trois jours choisis, après l'acte d'offrande de la journée au S. Cœur de Jésus, par le Cœur Immaculé de Marie, dont la formule est connue, vous réciterez le Veni Creator et l'Ave maris stella.

III. Après la prière du matin, ou à un autre moment plus propice, vous ferez, là où vous vous trouverez pour les besoins du service, un bout de méditation, qui, pour vous (car il faut tout vous simplifier et vous faciliter), consistera en un Acte de Foi, d'Espérance et de Charité, fait lentement, et adapté aux quatre fins dernières de l'homme.

Vous répéterez cet Acte 10 fois, 20 fois, s'il le faut.

« Mon Dieu, je crois à la mort dont, à chaque instant, je suis menacé.

« Mon Dieu, je crois au jugement sévère qui doit la suivre, et qui décidera de mon sort éternel...

« Mon Dieu, je crois à l'enfer, qui serait le châtiment éternel du péché mortel, si j'en avais un seul au moment de la mort...

« Mon Dieu, je crois au bonheur du ciel, qui sera la récompense éternelle de ceux qui auront persévéré dans votre amour.

« Mon Dieu, j'espère en votre bonté et en votre miséricorde infinies, pour obtenir la grâce d'une bonne mort; d'un jugement favorable; la grâce d'être préservé de l'enfer, et d'obtenir la vie éternelle.

« Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, afin que vous m'accordiez la grâce d'une bonne mort ; d'un jugement favorable; d'être préservé de l'enfer, et d'arriver au ciel. »

Vous comprenez que vous pouvez varier la formule.

IV. Si vous le pouvez, chacun des trois jours, vous irez à la Messe et y ferez la sainte Communion. Si cela vous est impossible, vous y assisterez en esprit, et ferez la Communion spirituelle.

V. Vous réciterez tous les jours, au moins un Chapelet ; le Rosaire, si vous pouvez.

VI. Vous ferez une lecture dans l'Imitation de Jésus-Christ, laissant le choix du chapitre à la Sainte Vierge, n'ouvrant le livre qu'après avoir dit un Ave.

VII. Avant de prendre le repos de la nuit, vous ferez un peu d'examen.

VIII. Vous tâcherez de faire une bonne confession et une petite revue de l'année, disant au prêtre que vous faites une petite retraite.

IX. Pendant ces trois jours, vous multiplierez les oraisons jaculatoires et le jour et la nuit et vous vous efforcerez de pratiquer de votre mieux le saint exercice de la présence de Dieu.

X. Le dernier jour, vous renouvellerez vos vœux, et votre consécration à la Sainte Vierge (formule de la prière du matin) et au Sacré-Cœur, autant que possible, après avoir communié.

C'est peu et facile, vous le voyez, mes chers soldats. Si vous le faites bien, Jésus, Marie, Joseph et le Vénérable Père en seront contents et vous accorderont leurs faveurs.

Cependant, si vous voulez et pouvez faire davantage, ce sera très bien.

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 Documents à envoyer à la Maison-Mère.

 A la fin du Calendrier Religieux, avant la liste des défunts, il est instamment recommandé, chaque année, aux CC. Frères Provinciaux, Vice-Provinciaux, Maîtres des Novices et Directeurs des Maisons, chacun en ce qui les concerne, d'envoyer très exactement à la Maison-Mère, aux époques fixées, les documents ci-après, dont nous avons absolument besoin pour le fonctionnement régulier des diverses branches de l'administration.

 I. - Par les Chers Frères Provinciaux

ou Vice-Provinciaux.

 1° Le 1ieroctobre et le 1iermai. - Liste générale des placements des Frères de la province ou du district.

Le 1ierdes mois de décembre, de février, de mai et de juillet. - Etat des mutations et des sorties pendant les mois précédents.

Le 1ierjanvier. -a) Liste nominative du personnel de la province.

b) Statistique générale de la province ou du district.

c) Pour les provinces et districts situés hors d'Europe, état général des postes occupés par les Frères durant l'année qui vient de finir.

A la suite de chaque retraite. - Procès-verbaux des émissions de vœux.

Au commencement de décembre. - Liste et adresses des Frères soldats.

Après chaque session d'examen pour les brevets. Liste des Frères ayant réussi à ces examens.

Les arrêtés de comptes de la Maison provinciale et de chacune des maisons de leur province, de manière qu'ils arrivent au plus tard à Grugliasco avant la fin mars et la fin septembre.

 Il. - Par les Chers Frères Maîtres des Novices.

 Après chaque vêture. - 1° Liste générale des jeunes Frères qui ont pris l'habit ; 2° état civil de chacun d'eux.

 III. - Par les Chers Frères Directeurs des Maisons.

 Informer immédiatement de chaque décès, en faisant connaître la date (jour et mois) et le lieu des décès.

Nota. - Il existe au Secrétariat général des imprimés. relatifs à tous les renseignements précédemment indiqués. Les chers Frères chargés de fournir ces renseignements sont priés de demander lesdits imprimés en cas de besoin.

Nous sommes heureux de constater que, d'une manière très générale, on met un louable empressement à répondre à cet appel. Il est rare toutefois que chaque année il n'y en ait pas un certain nombre (souvent les mêmes) qui, par une regrettable exception, négligent de s'acquitter de ce devoir ou ne s'en acquittent que trop tardivement, ce qui suffit à troubler le bon ordre des choses. J'insiste donc pour que dorénavant ces exceptions ne se produisent plus. Là où le Frère Provincial, par suite de ses occupations, ne peut veiller par lui-même à l'envoi en temps opportun de toutes ces pièces, il lui est toujours possible de se faire remplacer dans cet office par quelqu'un qui soit capable de le bien remplir. Comme les Frères Assistants Généraux, peuvent être absents de la Maison-Mère, il est préférable et plus sûr qu'elles soient adressées au Supérieur Général.

Il y a lieu d'insister particulièrement sur l'exactitude à envoyer les arrêtés de comptes.

 Nos DÉFUNTS. 

F. LOUIS-REGIS, Profès temp., décédé sur le champ de bataille, le 17 juillet 1915.

F. ANTHONY, Profès perp., décédé à Leone (Océanie), le 22 décembre 1915.

F. MARIE-PAMPHILE, Profès perpétuel, décédé à N.-D. de l'Hermitage (Loire), le 7 février 1916.

F. AMATEUR, Profès perp., décédé à Vintimille (Italie), le 10 février 1916.

F. ULPIEN, Profès perp., décédé sur le champ de bataille, en février 1916.

F. FLORE, Stable, décédé à Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), le 14 février 1916.

F. STYLITE, Profès perp., décédé à Saint-Genis-Laval (Rhône) le 14 février 1916.

F. ANATOLIUS, Profès perp., décédé à Ruoms (Ardèche), le 14 février 1916.

F. OTHON-JOSEPH, Novice, décédé à Fribourg (Suisse), le 14 février 1916.

     Fernand CHAMPMARTIN, Postulant, décédé à Bairo (Italie), le 15 février 1916.

F. PAUL-MAURICE, Profès temp., décédé à Ceara (Brésil), le 16 février 1916.

F. LUIZ-ANSELMO, Profès temp., décédé à S. Maria d. Beco do Mte (Brésil), en février 1916.

F. FERDINANDUS, Stable, décédé à Arlon (Belgique), le 19 février 1916.

F. GAUTHIER, Stable, décédé à Saint-Genis-Laval (Rhône), le 3 mars 1916.

F. JOSEPH-FLORIBERT, Profès perp., décédé à l'ambulance de Harbonnières, le 4 mars 1916.

F. ARÈSE, Profès perp., décédé à S. Maurizio Canavese (Italie), le 6 mars 1916.

F. DIMITRIEN, Profès perp., décédé sur le champ de bataille, à Verdun, le 7 mars 1916.

F. LÉON-CORSINI, Profès temp., décédé sur le champ de bataille, à Verdun, le 8 mars 1916.

F. IGNATIUS, Profès perp., décédé sur le champ de bataille, à Verdun, le 9 mars 1916.

F. FLORIBERT, Stable, décédé à Barcelone (Espagne), le 14 mars 1916.

F. LAURENTINUS, Profès perp., décédé à Dumfries (Ecosse), le 15 mars 1916.

F. ALFONSO-MARIA, Profès temp., décédé à Las Avellanas (Espagne), le 15 mars 1916.

F. HILARIUS, Stable, décédé à Gérone (Espagne), le 19 mars 1916.

F. MAURITIUS, Profès perp., décédé à Les Vastres (Haute-Loire), le 21 mars 1916.

F. ANTONIUS, Stable, décédé à Notre-Dame de l'Hermitage (Loire), le 25 mars 1916.

F. JULES-ALPHONSE, Stable, décédé à Anse (Rhône), le 25 mars 1916.

F. MARIE-GABRIEL, Stable, décédé à Lyon (Rhône), le 31 mars 1916.

F. JEOVIN, Profès perp., décédé à Herseaux (Belgique), en mars 1916.

F. ILLIDIUS, Profès perp., décédé sur le champ de bataille (Verdun) le 14 avril 1916.

F. ALPHONSE-MARIE, Novice, décédé à Notre-Dame de l'Hermitage (Loire), le 25 avril 1916.

F. MARAN, Profès perp., décédé à Vintimille (Italie), le 11 mai 1916.

F. LOUIS-BERTRAND, Profès temp., décédé à Berlin, date inconnue.

F. JEAN-DE-MATHA, Profès perp., décédé à Beaucamps (Nord), date inconnue.

F. MARIE-LÉoN, Profès perp., décédé à Beaucamps (Nord), date inconnue.

F. ELIE-ETIENNE, Profès temp., décédé sur le champ de bataille, le 3 mars 1916.

 

La présente Circulaire se lira en Communauté, à l'heure ordinaire de la lecture spirituelle.

Recevez, M. T. C. F., la nouvelle assurance de mes meilleurs sentiments de religieuse affection et d'entier dévouement.

                         Frère Stratonique,

                         Supérieur Général.

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 [1] : Il est conservé à l'Hermitage comme relique.

[2] : Très beau passage dans le genre patriotique, mais qu’en pensent les frères de la récente province d’Allemagne fondée le 2 février 1914 à Recklinghausen ? NDLR.

[3] : Ces établissements. ont été suspendus à cause de la guerre.

[4] : Ces établissements ont été suspendus à cause de la guerre.

[5] : Les établissements du Mexique, sauf quatre du diocèse de Mexico ont été suspendus à cause de la révolution.

 

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