Home > E-maristes > Circulars > Br. Stratonique - 24/05/1913



Wherever you go

Rule of Life of the Marist Brothers


 



 


Social networking

Marist Brothers

RSS YouTube FaceBook Twitter

 

 


Calls of the XXII General Chapter



FMSI


Archive of updates

 

Marist Calendar

7 May

Saint Gisella
1871: first Marist school opened in Samoa

Marist Calendar - May

Circulaires 243

 

Br. Stratonique
24/05/1913 - Vol. XII, n. 6
Circular 243

Download WORD (200 kb)

Date de la retraite du Régime. - Pour bien préparer nos prochaines retraites. -Fruit principal des retraites de cette année. Ma visite en Espagne. - Lettre de N. S. P. le Pape édictant un jubilé. - La croix et les croix. - Faveurs attribuées au V. P. Champagnat. Rapport sur le Brésil Nord. - Nos défunts.

243

Circ. Sup. 13.2

 V. J. M. J.

                                  Grugliasco, le 24 mai 1913.

                                                                                                          Fête de N.-D. Auxiliatrice.

   Mes Très Chers Frères,

Après vous avoir tous paternellement et religieusement salués en Notre-Seigneur, je vous informe que, cette année, la Retraite du Régime aura lieu en notre maison de Grugliasco du dimanche 22 au dimanche 29 juin.

Les Frères qui y prendront part sont :

1° Les Membres du Régime ;

2° Le C. Frère Econome Général et C. Frère Secrétaire Général ;

3° Le cher Frère Procureur Général près le Saint-Siège ;

4° Les Frères Provinciaux des provinces d'Europe et ceux des provinces de Turquie, du Mexique, de Colombie et du Brésil Central ;

5° Un certain nombre de Frères de nos maisons provinciales et autres maisons de formation d'Europe.

6° Enfin plusieurs autres Frères qui seront convoqués nominativement.

La neuvaine préparatoire prescrite par le Directoire Général, article 102, se fera individuellement par chacun des Frères qui devront prendre part à cette retraite. Elle consistera dans la récitation du Veni Sancte Spiritus, de l'Ave Maris Stella et de trois Ave Maria. On y ajoutera les invocations :

« Cœur Sacré de Jésus, ayez pitié de nous. »

« Cœur Immaculé de Marie, priez pour nous. »

Ces prières se feront, autant que possible, dans une visite au Très Saint Sacrement.

On commencera cette neuvaine le 6 juin, 73ième anniversaire de la précieuse mort de notre Vénérable Père Fondateur.

J'exhorte tous les Frères de l’Institut, tous nos postulants et juvénistes à offrir leurs prières de chaque jour, leurs communions et leurs actes de vertu du 6 au 15 juin et du 22 au 29 pour aider à obtenir que la retraite du Régime, qui est d'une si grande importance pour la bonne marche générale de l'Institut, soit particulièrement bénie du bon Dieu et qu'elle soit très féconde en fruits de salut.

Dans toutes les maisons, on fera bien de mettre une note additionnelle au Calendrier religieux pour rappeler à tous, au temps voulu, la neuvaine préparatoire à la retraite du Régime.

Dans les diverses provinces, les Frères Provinciaux fixeront eux-mêmes les dates des retraites et des Grands Exercices de Saint Ignace. Ils voudront bien faire connaître ces dates au Frère Supérieur Général. Ils détermineront aussi en quoi consistera la neuvaine préparatoire et la date où elle devra commencer.

 QUELQUES CONSIDERATIONS UTILES

pour nous aider à bien préparer et à bien taire

 nos prochaines retraites.

 Dans la dernière Circulaire[1], répondant aux souhaits de bonne année que vous m'aviez si filialement exprimés, je résumais mes vœux pour vous tous dans la réalisation de ces paroles de l'Oraison Dominicale: Que votre Nom soit sanctifié ; que votre Règne arrive ; que votre Volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Pouvais-je désirer mieux ? Non, certainement ; car, tracé de la main même du divin Maître, ce programme, si étendu dans sa concision, si élevé dans sa simplicité, embrasse en effet toute l'économie de notre vie, de notre fin comme chrétiens et comme religieux ; toute la perfection et la sainteté vers lesquelles nous devons tendre.

Mais pour que cette pensée si grave ne nous échappe pas au milieu de tant d'occupations absorbantes, remarquons bien qu'il ne s'agit point ici d'une chose quelconque, qu'il nous soit libre de choisir ou de rejeter ; de différer ou d'accomplir. Il s'agit, en effet, de ce que nous avons de plus sacré : de notre âme, de notre salut, de notre éternité, et, en cela, personne ne peut nous remplacer.

Combien il importe donc de nous en bien pénétrer, et surtout, d'y conformer notre conduite, à l'exemple des Saints et de notre Vénérable Père. Ainsi faisait le Psalmiste, c'est pourquoi il s'écriait : Donnez-moi, Seigneur, l'intelligence de votre loi, afin que je la médite et l'observe de tout mon cœur. Mais conduisez-moi vous-même dans les sentiers de votre justice[2].

A notre tour, confessant humblement notre faiblesse et nos négligences ; regrettant sincèrement les fautes commises, demandons à Dieu, en toute confiance, de nous guider lui-même dans les sentiers de la perfection et de la justice ; de nous faire estimer et aimer davantage sa sainte loi, notre belle vocation et nos devoirs d'état.

Mais, j'en ai la confiance, vous voulez réparer le passé et préparer ou perfectionner l'avenir ; pour cela, vous voulez vous mettre davantage entre les mains divines, en apportant plus de soins, plus de fidélité en tout ; vous voulez selon nos saintes Règles[3]: « Vous  convaincre de plus en plus de l'importance du salut ; voir devant Dieu et en face de l'éternité, l'état de votre âme ; vous voulez  vous renouveler dans l'esprit de votre saint état, connaître la partie faible de votre âme ; voir ce que vous devez faire pour mieux  répondre aux grâces abondantes que Dieu vous donne. »

Quel temps plus favorable que celui de la retraite pour ce grand travail de réparation et de restauration !

Je vous invite donc, M. T. C. F., de la part de Dieu et de Marie, notre céleste Mère, qui veulent notre sanctification ; de la part de notre Vénérable Fondateur qui du haut du ciel, n'en doutons pas, prie pour nous et nous bénit.

Pendant cette année, vous avez vaillamment combattu et vous combattez encore, je le sais, et vous avez droit à un juste repos pour l'âme aussi bien que pour le corps, afin de reprendre ensuite l’œuvre de Dieu avec un nouveau courage.

Mais, considérant tout particulièrement aujourd'hui les besoins des âmes, laissez-moi vous dire comme Judas Macchabée à ses soldats victorieux : Venez, montons pour purifier le lieu saint et le renouveler[4].

Oui, en mains la lampe du sanctuaire, entrons dans le temple de notre âme ; voyons les souillures et les ruines que nos défauts, les passions et le péché peuvent y avoir amassées ; et avec foi et courage, purifions et renouvelons ce saint temple, le rendant une demeure pure et ornée, plus digne de Dieu et de ses grâces.

Trois dispositions guideront nos efforts dans cette sainte entreprise :

Réformer ou réparer, conformer, transformer.

Daigne notre divine Mère nous obtenir à tous la grâce de faire un travail vraiment digne de la gloire de Dieu et utile à nos âmes.

 I

 Réformer ou Réparer. - En ascétisme peu de mots ont été plus souvent employés que celui-là. Maintes et maintes fois nous l'avons entendu répéter dans nos précédentes retraites, et peut-être, hélas, sans résultat bien appréciable. Je le redis encore ici, en vue de vous exciter à préparer plus sérieusement que jamais la retraite de cette année. Puissions-nous, enfin, nous en bien pénétrer ! et cette fois, plus dociles aux inspirations de la grâce, plus soucieux de nos intérêts éternels, opérer franchement les réformes nécessaires, pour extirper de nos âmes tout ce qui s'opposerait encore à l'action de la grâce, à notre conversion parfaite. D'ailleurs, le temps presse, car n'oublions pas que pour quelques-uns ce sera certainement la dernière retraite.

Réformer ; c'est remettre dans son premier état, dans sa vraie forme ce qui a été déformé ou ruiné. C'est à un semblable travail que nous sommes invités.

Les âmes - seule question que nous ayons en vue - créées à l'image de Dieu, pour la paix, le bien et le bonheur, subirent dès le principe une effrayante déformation, par suite de la désobéissance originelle de nos premiers parents.

Dès lors, nous eûmes pour partage la guerre intérieure, l'inclination au mal, les peines, les passions avec tout leur cortège de maux, ennemis acharnés et d'autant plus redoutables, que leur siège et leur principe sont en nous, et que le combat doit durer toute la vie.

Le ciel ou l'enfer, tel est l'enjeu ; et n'oublions pas qu'ici la bataille est décisive ; gagnée ou perdue, c'est fini à jamais ; il n'y a plus de revanche possible.

Qui ne connaît cet état de lutte sans trêve ? Qui n'a pas senti les morsures des passions révoltées ? Personne assurément. Tous peuvent donc dire en vérité comme Saint Paul : « Un aiguillon a été mis dans ma chair, instrument de Satan, pour me donner comme des soufflets ».

Effrayé de la violence du combat, l'Apôtre demande à Dieu d'en être délivré. La réponse fut : « Ma grâce te suffit » (II Cor., XII, 7, 8, 9).

Plus ou moins tous les Saints ont été traités de même. Après cela, serions-nous étonnés de rencontrer les mêmes ennemis ? Non, sans doute ; car celui qui veut entrer au service de Notre-Seigneur doit porter sa Croix et le suivre[5].

Mais ce qui serait étonnant, ce qu'il y aurait de vraiment redoutable, c'est que, manquant de zèle pour notre perfection, pour opérer les réformes nécessaires, l'on pactise avec l'ennemi ; que par négligence ou lâcheté, on ménage tel ou tel défaut ; qu'on laisse croître des habitudes pernicieuses, vrais monstres parasites qui usent les forces vives de l'âme, paralysent ainsi ses progrès dans le bien, et s'opposent aux desseins de Dieu.

Dans la précédente Circulaire[6] j'ai déjà signalé à votre attention les études religieuses et le silence ; courageusement, apportons-y les réformes à désirer.

Tournons ensuite nos regards sur d'autres points essentiels de nos Règles  ; et après avoir imploré les lumières du Saint-Esprit: voyons comment nous nous en acquittons.

Prières, union à Dieu. - Deux choses qui sont la sève même de la vie religieuse et de la perfection. Un religieux qui ne prie pas ou prie mal est comme une plante qui s'étiole faute de sève ; il court fatalement à  la perte de sa vocation. Qui ne tremblerait à cette pensée !

L'Obéissance. - Elle est le cœur et l'âme de la vie religieuse. Or, par ce siècle d'égoïsme effréné, d'indépendance, d'insubordination à outrance contre toute autorité légitime, aucune vertu n'est attaquée comme celle-là. Sous prétexte de dignité personnelle on se retranche derrière l'obéissance à la moderne, interprétative, inquiète, raisonneuse, qui renverse les rôles, discute sur ses prétendus droits et oublie volontiers ses devoirs ; qui cherche à substituer la volonté propre à celle de Dieu, manifestée par les Supérieurs ou la Règle. Sur une telle pente on n'est pas loin du cri de révolte : « Je ne servirai pas »

La Pauvreté. Revoir attentivement nos obligations sur cette vertu, qu'il faut conserver florissante à notre cher Institut ; bien nous persuader que l'affaiblissement de la pauvreté est le commencement de la ruine des Congrégations : « C'est la malédiction des Communautés »[7]. En ces temps de libre examen, que d'interprétations hasardées ont porté le trouble dans les consciences ! Sur ce point capital, il faut nous en tenir rigoureusement à la direction des Supérieurs, dont la doctrine est basée sur celle de l'Eglise.

Notre esprit sur les Règles. - Bien convaincus que dans les desseins de la Providence, elles sont pour nous le moyen sûr d'atteindre à la perfection, nous avons le devoir de les garder fidèlement. Que de faux pas ne fait-on pas hors la voie, quand on les néglige

Rapports avec le monde. - Gardons rigoureusement la clôture selon notre état, nos Constitutions et nos Règles. J'appelle l'attention de tous sur les obligations renfermées dans le chapitre VII, 3e partie de notre Directoire Général, et j'invite tout particulièrement les Frères Directeurs à ne pas tolérer que les Frères de leur Communauté s'en écartent. L'infraction de ces Règles si sages a été la cause principale de la perte d'un grand nombre d'excellentes vocations.

Inspirons-nous donc, M. T. C. F., des exemples de notre Vénérable Père. Du haut du ciel il s'intéresse toujours à nous, comme aux Frères qu'il avait à former et à conduire durant sa vie. Or, avec quel zèle, quelle patience, quelle charité, quelles industries, il les aidait à corriger leurs défauts, à réformer leur intérieur et leur caractère ! Lisons sur ce sujet le chapitre XVI de sa vie, deuxième partie ; c'est une leçon pratique, toujours instructive et très-profitable pour nous et pour ceux dont nous avons la charge. Son successeur, le vénéré Frère François, si plein de son esprit et de ses vertus, que n'a-t-il pas fait à son tour pour la réforme spirituelle et la perfection des Frères ? Je me contente de rappeler ici deux grandes pensées qui ont inspiré une de ses belles Circulaires sur l'esprit de foi.

La première pensée est celle qui sanctifia saint Louis de Gonzague : « Qu'est-ce que cela pour l'éternité ? » La seconde tirée des exemples du Vénérable Fondateur : « Je veux me sauver quoi qu'il m'en coûte ». Pour que cette pensée fût bien remarquée, il la fit imprimer en caractères saillants[8]. Sont-ce bien là nos sentiments à l'égard de notre salut ?

Si nous voulons connaître la pensée du Frère Louis-Marie sur l'impérieuse nécessité de se réformer, ouvrons ses magnifiques Circulaires ; de chaque page émerge cette même vérité en termes pressants et pleins d'énergie. Ecoutons-le :

« Nous-mêmes, nous religieux, où allons-nous ? Ne marchons-nous pas avec les relâchés et les négligents ? Ne sommes-nous pas dans la voie qui aboutit presque infailliblement à la perdition, la voie de la tiédeur, la voie des péchés véniels volontaires ? L'enfer, dit le Prophète, a dilaté ses entrailles ; il a ouvert sa bouche outre mesure ; les petits et les grands, les forts et les faibles y descendaient à flots pressés (Is., V, 14). Que « faire donc, puisque nous croyons qu'il y a un enfer et  un enfer éternel ?.... »

« Il faut faire tout de suite ce que nous voudrions avoir fait à l'heure de la mort. Il faut faire ce que ferait un réprouvé lui-même, s'il lui était donné de sortir de l'enfer, de confesser son péché et de se repentir. Oh ! comme sa confession serait sincère ! Comme sa contrition serait parfaite ! Comme sa pénitence serait prompte, sévère et entière ! Oh ! quelle constance et quelle persévérance dans son repentir et son ferme propos[9] ! »

Mais je ne veux pas prolonger ces citations, si graves soient-elles. Laissez-moi, cependant, vous rappeler quelle impression profonde elles faisaient sur l'esprit de leur auteur, du vénéré Frère, Louis-Marie.

Après en avoir écrit si fortement, commentant lui-même dans une réunion la pensée de l'enfer, il le faisait avec tant de conviction et de véhémence que son auditoire en était saisi.

Tout à coup, comme si une épouvantable vision se dressait devant lui, son regard si brillant d'ordinaire, s'illumine encore ; ses traits expriment une sainte terreur ; des larmes coulent sur ses joues. Il se lève instinctivement et s'écrie avec fermeté : « Oh ! mes Frères, mes Frères, mes Frères ! Qu'il faut que le péché soit un grand mal ! Justice de mon Dieu, que vous êtes incompréhensible ! Oh ! qui me donnera des paroles et des cris capables d'effrayer tous les hommes ! Il n'y a que vous, ô mon Dieu, qui puissiez le faire, qui puissiez porter dans les âmes une sainte terreur, qui convertit et qui sauve. Faites-le donc, ô mon Dieu, et faites-le dans moi-même le premier ; car je le confesse, je ne suis pas effrayé de l'enfer comme je devrais l'être ! »

Sondons, M. T. C. F., nos dispositions présentes, et voyons devant Dieu si cet enseignement de nos premiers Supérieurs ; si ces grandes pensées atteignent nos âmes ; si nous savons en conclure le rigoureux devoir de réformer ce qui est un obstacle à notre fin ; ce qui serait la cause de notre tiédeur au service de Dieu et de nos chutes volontaires ; ce qui nous conduirait fatalement à la perte de notre vocation et peut-être aussi de notre salut.

 II

 Conformer. - Mais pour une réforme il faut un idéal : Regarde, et fais toutes choses selon le modèle qui l'a été donné sur la montagne (Ex., XXV, 40) dit Dieu au Législateur d'Israël.

De nos jours, le glorieux Pontife Pie X, montant sur la Chaire de Saint Pierre, prend en mains le gouvernail de l'Eglise avec cette sublime devise : Restaurer toutes choses dans le Christ.

Notre idéal, à nous, Petits Frères de Marie, est tracé par le Vénérable P. Fondateur, dans le premier article de nos Constitutions : « Leur but est de travailler à la plus grande gloire de Dieu, et à leur propre sanctification par l'observance des trois vœux simples de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, et des Constitutions de leur Institut ».

Œuvre importante entre toutes, car elle comprend notre fin première ; oeuvre divine, qui ne peut s'accomplir qu'en application des grâces reçues ; oeuvre de choix, qui mérite de notre part toute notre attention et notre reconnaissance ; car nous n'y avions aucun droit, et tant d'autres à notre place s'en seraient peut-être rendus plus dignes par leur fidélité. Est-il possible de faire ces graves réflexions sans se sentir remué jusqu'au fond de l'âme à la pensée de ses obligations, de ses propres responsabilités devant Dieu

Mais, naturellement entraînés chaque jour dans le mouvement d'une vie remplie d’œuvres multiples de zèle, ne sommes-nous pas exposés à nous oublier nous-mêmes, à nous extérioriser outre mesure, tout en nous dépensant pour les autres ? C'est là un danger contre lequel nous né saurions trop nous tenir en garde ; danger qui faisait dire à Saint Paul : qu'après avoir prêché aux autres il craignait de se damner lui-même.

Donc, M. T. C. F., si réellement nous voulons remplir notre fin religieuse ; si nous avons souci de nos intérêts éternels, sachons profiter de la retraite pour mettre ordre à nos affaires spirituelles ; pour voir où nous en sommes dans la voie de la perfection et de l'imitation de Jésus-Christ notre Modèle ; car, dit saint Paul : Ceux que Dieu a connus dans sa prescience, il les a aussi prédestinés pour être conformes à l'image de son Fils (Rom., VIII, 29).

De tout cœur, je demande à Dieu, à notre divine Mère, à notre glorieux Protecteur Saint Joseph, et à notre Vénérable Fondateur, de vous éclairer, de vous guider dans cette circonstance ; de vous faire regarder la prochaine retraite comme une grâce spéciale, unique, décisive, que Dieu nous donne dans sa miséricorde et son amour.

Mon grand désir serait de pouvoir vous le redire encore de vive voix au moment venu. Mais, comme -cela ne sera pas possible, laissez-moi résumer ici ma pensée dans la parole que David adressait à son fils Salomon, au moment où lui donnant l'investiture royale, il le faisait monter sur son trône : Tu ne pourras prospérer qu'en suivant les ordres, et en gardant les lois et les préceptes du Seigneur. Sois fort, agis en homme (Paral., XIIX, 13).

Oui, M. T. C. F., c'est un devoir rigoureux pour nous d'être forts, d'agir en hommes, de marcher courageusement dans la sainte voie des ordres et préceptes reçus de notre Vénérable Père et Fondateur: de marcher dans la voie de Jésus-Christ, selon que nous l'avons appris (Colos., 11, 3) ; de travailler à sa suite comme de bons soldats (Il Tim., 11, 3).

En faisant ainsi, nous n'attendons pas un trône sur la terre : nous cherchons celui que Dieu nous promet  dans l'éternité ; car ; nous dit Notre-Seigneur : Pour vous qui m'avez suivi, lorsque, au jour de la régénération, le Fils de l'homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous aussi serez assis sur des trônes, jugeant les douze tribus d'Israël (Mat., XIX, 28).

Qui donc, après de si solennelles promesses, de si magnifiques récompenses, hésiterait encore ? Qui ne voudrait entrer généreusement dans la. voie de la perfection à la suite de Notre-Seigneur ? Les grâces nous seront données en proportion des efforts faits pour conformer notre vie à celle de Jésus-Christ.

La souveraine sagesse dit l'Imitation consiste en ceci : par le mépris du monde, tendre au royaume du ciel[10].

Malheureusement il peut se rencontrer des religieux qui se recherchent eux-mêmes plutôt que la vérité. S'il s'en trouvait parmi nous, qu'ils craignent d'entendre Notre-Seigneur leur dire : Je vous le dis, en vérité, vous avez reçu votre récompense (S. Matt., VI, 5). Oh ! la détestable récompense que celle de se retrouver soi-même dans le maudit amour-propre ! Dieu nous en garde à jamais  !

Aussi ai-je la ferme confiance que, plus avisés, la grâce de Dieu ne passera pas en vain sur nous que, dociles aux inspirations et aux lumières du Saint-Esprit, «nous verrons devant Dieu et en face de l'éternité »[11]où nous en sommes de notre travail de perfection, et ce qui nous reste à faire pour mettre nos pensées, nos jugements, notre manière d'agir, en harmonie avec les pensées, les jugements et la manière d'agir de Notre-Seigneur.

Nous nous efforcerons alors :

De vouloir ce que Dieu veut et comme Il le veut : Que votre Volonté soit faite sur la terre comme au ciel  ; la piété, l'obéissance, la perfection, la gloire de Dieu, la sainteté, tout est là.

Ah ! si nous savions comprendre, si nous savions nous mettre entièrement entre les mains de la Providence, quelle riche fortune spirituelle nous ferions ! Quittez tout et vous trouverez tout[12], nous dit l'Imitation. Pensée concise mais profonde, qu'il faudrait méditer souvent.

Comme moyen efficace de la réaliser nous avons la Profession religieuse. Par elle, en effet, nous entrons volontairement et librement dans la voie royale de la volonté divine. Mais, hélas ! par suite de la fragilité humaine, ne se surprend-on pas, après plusieurs années, encore plein du moi personnel, qui parfois s'insurge et veut prévaloir contre la volonté divine, contre l'obéissance solennellement vouée.

De grâce, sachons y mettre ordre, et puissions-nous dire en toute vérité : Je vis, ou plutôt ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi (Gal., 11, 20).

Mais la vie de Notre-Seigneur en nous, implique nécessairement le zèle pour la gloire de Dieu son Père, l'abnégation complète de nous-mêmes, jusqu'au très aimable trépas de notre volonté propre, selon la belle expression de saint François de Sales.

 III

 Transformation. - Ainsi donc, pour résumer, la première étape de notre vie de perfection religieuse est la réparation, ou la réforme nécessaire, indispensable de notre intérieur ; la correction de nos défauts et de ce qui en nous contrarierait l'action divine de la grâce. Travail qu'il serait souverainement imprudent de différer, Dieu ne promettant à personne le lendemain.

La deuxième, la conformation, a pour but le renoncement à nos attaches, à nous-mêmes, à notre volonté propre, pour nous élever jusqu'à la volonté divine, par l'imitation de Jésus-Christ, notre divin Modèle.

Ces deux étapes préparent la troisième, plus élevée et plus parfaite encore, où doivent tendre tous nos soins, tous nos désirs : c'est la complète abnégation de nous-mêmes, la remise totale de la clé de notre volonté entre les mains de Dieu.

Par elle s'opère la Transformation, ou l'intime union de notre âme avec Dieu, travail de renoncement, de sainte persévérance, d'autant plus important et plus délicat, qu'il est le couronnement de notre édifice spirituel, et la préparation immédiate à notre éternité.

Quelle autre chose au monde serait donc capable de nous détourner de celle-ci ? Hélas, c'est triste de penser qu'il s'en trouve qui n'ont ni la volonté assez forte pour essayer de surmonter de vieilles habitudes ; ni le regard de la foi assez élevé, pour voir au-delà des choses de la terre ! Et cependant, nous dit saint Paul : Si nous vivons par l'esprit, marchons aussi par l'esprit (Gal., V, 25).

Tout dernièrement encore je vous y invitais[13], de la part même de notre Vénérable Fondateur, en vous recommandant ce qui fut sa dévotion toute spéciale, sa pratique préférée: la sainte présence de Dieu. J’y reviens volontiers toutes les fois que l'occasion s'en présente, convaincu que nous y trouverons comme lui, le moyen efficace de notre perfection et de notre sanctification.

Etabli par la volonté de Dieu comme Supérieur et père, je dois vouloir votre plus grand bien ; j'ai le devoir sacré de travailler à vous y faire parvenir ; et, grâce à Dieu, je puis vous assurer que sur ce point la charité de Notre-Seigneur me presse.

Voilà pourquoi, à l'occasion, de nos retraites, je viens vous exhorter encore à ne pas recevoir la grâce en vain, mais à entrer franchement, généreusement, dans  la voie du sacrifice ; à écarter tous les obstacles qui pourraient s'opposer au règne de Dieu en vous ; pour entrer dans le sentier de la vive lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde (Jean, 1, 9), et goûter le bonheur de la sainte paix, de l'intime union à Dieu,

Alors, éclairés, sanctifiés, transformés par cette lumière éternelle, nous serons des instruments efficaces pour opérer le bien autour de nous ; car, dit saint Paul : C'est par la sainteté de votre vie que vous serez à l'égard de vos enfants la bonne odeur de Jésus-Christ, pour répandre efficacement la connaissance de son Nom (Il Cor., 2).

 FRUIT PRINCIPAL

proposé pour les retraites de cette année.

 Il va de soi que les Frères Assistants généraux, les Frères Provinciaux et autres qui auront à présider nos retraites de cette année, ne manqueront pas de profiter de l'occasion pour insister sur les deux points fonda. mentaux qui ont fait l'objet principal de la circulaire du 2 février dernier.

Il semble qu'il y aurait là ample matière pour le travail spirituel d'une année dans toutes nos provinces et dans toutes nos Communautés. Il sera bon qu'on ne les perde pas de vue. Dans ce but, on fera bien de relire de loin en loin, en communauté, quelques portions de la circulaire, choisies par les Frères Directeurs ou par les Frères Provinciaux à l'occasion de leurs visites.

Toutefois je me sens porté à proposer aux efforts spirituels de tous nos religieux et aspirants, une vertu plus distincte et qui a été pratiquée excellemment, héroïquement par notre Vénérable Père Fondateur et par nos aînés des premiers temps de l'Institut.

 C'est la vertu de mortification.

 Quatre ans seulement nous restent avant la célébration du centenaire de la fondation de notre chère, Congrégation.

Chacun de nous devrait être convaincu que le moyen par excellence de se bien préparer à célébrer dignement cette grande solennité de famille, c'est de travailler résolument, généreusement, constamment à parfaire en soi, la vraie copie du Vénérable Fondateur et de ceux qui furent ses fer­vents disciples et ses fidèles imitateurs.

Nous qui vivons un siècle après eux, nous ne pouvons rien faire de mieux que d'imiter aussi fidèlement que possible les exemples qu'ils nous ont donnés.

Considérons, M. T. C. F., l'ensemble de ces admirables exemples comme un héritage précieux qui nous a été laissé par notre Vénérable Père et nos Frères aînés. N'en doutons pas, la volonté de Dieu, nos meilleurs intérêts et ceux de l'Institut demandent que nous fassions valoir cet héritage avec tout le soin et tout le zèle possibles pendant ces quatre années qui vont terminer le premier siècle d'existence de la Congrégation.

Un des caractères bien saillants de la sainteté de ceux qui furent les Petits Frères de Marie des premiers temps, et que nous pouvons et devons considérer comme ayant été, à la suite du Vénérable Père Champagnat, les fondateurs de notre Institut, ce fut la vertu de mortification.

Ici, M. T. C. F., il est à propos et il sera très utile de citer des exemples pris dans notre histoire de famille.

Bien que ces exemples soient plus ou moins connus de tous, il y aura sûrement un réel profit à les grouper.

L'impression que produira sur nos âmes ce groupement sera certainement très salutaire. Ce sera pour nous tous, je n'en doute pas, un sujet de grande édification et un puissant stimulant pour nous exciter à devenir de plus en plus nous-mêmes, des religieux vraiment mortifiés.

Commençons par citer dans leur éloquente brièveté les trois lignes suivantes prises au chapitre XI de la Vie du Vénérable Fondateur (2ièmepartie).

Toute la vie du V. Père Champagnat ne fut qu'une perpétuelle immolation des facultés de son âme et de son corps à Dieu par le glaive de la mortification.

Oh ! qu'il serait beau aux yeux de Dieu et utile à l'Eglise, à notre Institut, si on pouvait rendre le même témoignage de tous nos Frères ! Il serait alors vraiment le sel de la terre, selon le désir exprimé par Notre-Seigneur à ses apôtres.

Que chacun de nous, M. T. C. F., se pose sérieusement la question suivante : « Pourrais-je, avec vérité, dire de moi : Toute ma vie a été une perpétuelle immolation des facultés de mon âme et de mon corps à Dieu par le glaive de la mortification ? »

Hélas ! Il est bien à craindre que plusieurs parmi nous ne puissent répondre affirmativement.

Du moins, ce que nous devrons et pourrons tous répondre, c'est qu'à l'avenir, et, Dieu aidant, nous ferons des efforts généreux et constants pour devenir, sur ce point important, les fidèles imitateurs du Vénérable Père.

Je viens de relire tout entier et à plusieurs reprises le chapitre de la Vie du Vénérable sur la manière dont il a pratiqué la vertu de mortification.

Mais c'est là, M. T. C. F., une mine d'une richesse incomparable tant pour la doctrine que pour les exemples !

Si je m'écoutais j'en citerais ici de larges extraits en les faisant imprimer en caractères saillants.

Mais ce serait trop allonger cette circulaire.

Ce que je puis faire c'est d'insister beaucoup pour demander à tous nos Frères qu'ils aient grandement à cœur, de lire de temps en temps et très attentivement ce chapitre si remarquable.

Il me paraît évident que cette lecture ainsi faite devra comme nécessairement, faire naître et grandir dans les âmes de nos Frères un désir in­tense et vraiment efficace de devenir, à un haut degré des hommes de mortification.

On pourra faire cette lecture, chacun en son particulier, pendant l'heure d'étude religieuse, et même, parfois, pendant la demi-heure d'oraison du matin particulièrement en carême, aux quatre-temps, au jour de la récollection mensuelle, etc.

Ceux qui présideront les prochaines retraites se feront un devoir de donner ou de faire donner une ou plusieurs conférences sur ce chapitre.

J'invite les Frères Provinciaux à profiter de l'occasion de leurs visites dans les établissements pour faire lire ce chapitre en communauté, et, au­tant que possible, accompagner cette lecture d'un commentaire en rapport avec les besoins locaux.

Quelques-uns d'entre vous, M. T. C. F., seront, peut-être tentés de dire : « Mais le Vénérable Père Champagnat est un modèle trop parfait pour nous ! Comment, pourrions-nous songer à devenir des hommes mortifiés comme lui ? »

Erreur ! erreur ! Avec l'aide de Dieu, on peut dire qu'en général, ce qu'un homme a fait, un autre peut le faire.

L'Apôtre saint Paul qui était, comme nous le savons, à un degré héroïque, un homme mortifié, écrivait aux chrétiens de son temps : « Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même de Jésus-Christ ! »

,Ne vous semble-t-il pas, M. T. C. F., que, du haut du ciel, notre Vénérable Fondateur nous dit de même : « Soyez les imitateurs de ma vie mor­tifiée comme je l'ai été moi-même de Jésus-Christ et des Saints ? »

Ne soyons pas sourds à cette invitation.

Sur ce point, ne craignons pas de viser trop haut car il est bien à présumer qu'ayant à compter avec la faiblesse humaine qui nous tire toujours en bas, nous resterons au-dessous de ceux qui, dans les desseins de la divine Providence, sont plus particulièrement nos modèles.

Peut-être même y en a-t-il parmi nous qui seraient portés à dire : Autres temps, autres mœurs  !

Prenons garde ! prenons bien garde !... Avec de tels principes, on est bien exposé à laisser la voie étroite suivie par les Saints pour s'engager dans la voie large de la vie commode où la partie inférieure de l'homme joue un rôle prépondérant.

Que Dieu préserve toujours nos Frères de tels errements dans les idées et des funestes conséquences pratiques qui en sont la suite ordinaire ! .....

Outre le Vénérable Père Fondateur, nous avons parmi les trois mille de nos Frères qui nous ont précédés dans l'autre vie, un grand nombre de modèles de mortification. Ceux-là ont été tout à fait dans les mêmes situations et les mêmes conditions que nous. Leurs exemples doivent donc avoir sur nous une particulière influence.

 Voici d'abord le témoignage d'un des huit postulants qui vinrent au noviciat de Lavalla vers 1820.

 «On avait tort, dit-il, de tant se méfier de nous et de suspecter les motifs qui nous amenaient : si ces motifs eussent été humains nous ne serions pas restés un seul jour. Qui aurait pu, en effet, nous retenir dans une maison où l'on ne voyait que la pauvreté, dans une maison où nous n'avions pour dortoir qu'une grange, pour lit un peu de paille, pour toute nourriture du pain noir qui tombait en pièces, tant il était mal cuit, quelques  légumes et de l'eau pour boisson  ; dans une maison où on nous appliquait depuis le matin jusqu'au soir à un travail pénible dont l'unique salaire était quelques réprimandes ou quelques punitions qu'il fallait recevoir avec un profond respect. »

 L'un des novices de cette époque exprima longtemps après ses sentiments sur la manière dont on acceptait alors à Lavalla cette vie si austère.

« Oh ! heureux temps, écrivait-il, où êtes-vous ? Je ne puis m'en rappeler le souvenir sans que les larmes m'en viennent aux yeux ! »

Nous voyons bien par là, M. T. C. F., que la vie austère n'est pas incompatible avec le vrai bonheur, et  que Notre-Seigneur nous a bien dit la vérité en nous annonçant que son joug est doux.

Mais quels sont ceux qui jouissent de ce vrai bonheur dans la vie austère et qui goûtent la suavité du joug de Notre-Seigneur ?

Evidemment, ce ne sont pas les religieux immortifiés, ni ceux qui murmurent d'avoir à porter le joug du Seigneur, mais ceux qui acceptent tout cela généreusement et religieusement.

Une autre citation trouvera bien ici sa place. Elle est prise dans l'histoire des premiers temps, que l'on peut, à bon droit, appeler les temps héroïques.

C'était en 1824, alors que l'on construisait la maison de  l'Hermitage

« Pour loger les Frères, le V. Père Champagnat loua une vieille maison qui se trouvait sur la rive gauche du Gier (…). Les Frères couchaient dans un mauvais grenier, si étroit qu'ils étaient les uns sur les autres. Leur nourriture était des plus simples et des plus frugales. Du pain, du fromage, quelques légumes que des personnes charitables de la ville de Saint-Chamond leur envoyaient ; quelquefois, par extraordinaire, un morceau de lard et toujours de l'eau pure pour boisson : tel était leur régime de vie[14]. »

N'est-ce pas là un passage vraiment admirable de notre histoire de famille ?

Et on pourrait avec profit en citer bien d'autres. Contentons-nous d'en signaler très sommairement quel­ques-uns.

Logement, mobilier, vestiaire des Frères, tout était pauvre et grossier comme leur nourriture.

Tous couchaient sur la paille, et il n'y avait pas même de matelas pour les malades. Tous les voyages se fai­saient à pied, quelque longs et pénibles qu'ils fussent.

Ce qu'il y a de plus admirable, c'est que cette vie plaisait aux Frères. Ils l'aimaient et la pratiquaient librement et par vertu. Ils refusaient tout ce qui y au­rait apporté le moindre adoucissement.

Exemples :

 1° Refus d'un pain de sucre offert en cadeau par une personne charitable.

La raison du refus est que dans l'Institut on n'usait pas de ces sortes de choses.

2 Embarras des Frères arrivant dans un poste nouveau et trouvant dans leur cave une pièce de vin mise là pour eux par les Fondateurs. « Qu'en ferons-nous ? » se disent-ils entre eux. Ils se décident à avouer aux Fondateurs qu'ils ne boivent pas de vin, et les prient de faire enlever celui qui est dans la cave.

3° « Qu'allons-nous faire, dit un Frère convalescent, de ce sucre, de ces pots de confiture, de ces bouteilles de vin si bien bouchées qui lui avaient été apportés par les bourgeois de la localité pour favoriser sa convalescence ? Pour moi, je n'en veux pas, dit-il, car je n'en ai aucun besoin. » Et, après avoir tenu conseil avec les autres Frères, on convient de faire porter le tout à l'hôpital.

4° Les Frères envoyés à Bourg-Argental, en 1822, trouvent dans les lits qui avaient été préparés pour eux, de bons matelas. Au lieu de s'en servir, ils les portent au grenier et couchent sur la paille.

5° Une neuvaine de jeûnes au pain et à l'eau est ordonnée par le Vénérable Fondateur dans la communauté naissante, à Lavalla, pour conjurer un péril imminent qui menace son existence.

Nous savons qu'elle produisit le résultat désiré, car le péril redouté fut écarté.

6° Pendant de longues années, le Vénérable Fondateur et toute la Communauté jeûnaient au pain et à l'eau le Vendredi Saint.

7° Frère Louis fut jusqu'à la fin de sa vie un modèle par son humilité, sa mortification, etc. ...

8° Frère Stanislas. On ne l'entendait jamais se plaindre de ses maux, jamais il ne demanda de soulagement ni qu'on le déchargeât d'une partie de son travail. Son ambition était de mourir à la peine et de se sacrifier.

9° Frère Damien. Son zèle pour l'instruction des enfants, son dévouement à l'Institut, ses mortifications journalières consumèrent en peu de temps sa forte santé.

Toujours calme, toujours résigné, toujours insatiable de mortifications, il supportait avec une patience héroïque ses longues souffrances, et ja­mais on ne l'a entendu faire une plainte ou demander quelques soulagements. Loin de là, il refusait même, par vertu, ceux qu'on lui offrait

10° Frère Chrysostome. On peut dire qu'il porta même trop loin l'esprit de sacrifice et de mortification, prenant à table ce qu'il pouvait man­ger, c'est-à-dire du pain et des légumes, et ne permettant pas qu'on servît rien de particulier pour lui (il n'aimait pourtant ni la viande ni le fromage).

Ses souffrances, pendant sa dernière maladie, furent vraiment effrayantes et n'eurent d'égale que son héroïque résignation.

« Mon Dieu - répétait-il sans cesse - tout ce que vous voudrez, tant que vous voudrez, dix ans et plus si c'est votre sainte volonté. »

Et la biographie de cet excellent Frère se termine ainsi : « Oh ! nos très chers Frères, que le bonheur d'une telle mort vaut bien la peine de vivre loin des satisfactions du monde et dans les exercices mortifiants de la vie religieuse ! »

11° Frère Bonaventure. « Je suis, disait-il, dans la disposition de faire tous les sacrifices que demande la vie religieuse et de ne rien refuser à Dieu. »

Habitué à ne jamais écouter la nature, à ne jamais se ménager dans le travail, il s'est occupé et a pris soin des affaires de la maison tant qu'il a pu se tenir debout. Jamais on ne l'a entendu se plaindre, jamais on ne l'a vu triste.

 C'est une preuve de plus que la sainte joie n'est nullement incompatible avec une vie très mortifiée.

12° Frère Léon. Il a été un saint religieux ; il s'est fait remarquer par sa fidélité à la Règle, son amour pour la mortification, etc.

« La perfection, disait-il, vaut plus que la santé. Mieux vaut vivre un an dans la ferveur et dans l'esprit de mortification que de passer 80 ans à se soigner et à se dorloter. »

13° Frère Cassien. « Pour plaire à tous, disait-il je sacrifierai mes goûts, mon repos, mes forces, ma santé et même ma vie ; car toute mon am­bition est de contenter mes Frères, de leur être utile et de les gagner à Dieu. »

Chez lui, l'esprit de pénitence s'étendait à tout. Dans la nourriture, il était d'une sobriété rare ; il ne prenait jamais rien entre les repas ; et, bien qu'il se sentît plus faible, il ne se dispensa jamais du jeûne jusqu'à la mort. Il répondit à quelqu'un qui lui disait qu'on n'était plus obligé au jeûne après soixante ans: « Il ne faut flatter le corps et lâcher la bride à la sensualité ni avant ni après soixante ans, car en tout temps, dans la vieillesse comme dans la jeunesse, la chair est notre grand ennemi. »

14° Frère Nicétas. Dans sa dernière maladie, ses souffrances ne lui donnaient aucun moment de relâche, sa faiblesse était extrême, inondé d'une sueur froide et ne pouvant faire aucun mouvement, il fut bientôt tout écorché. Au milieu de tant de douleurs, il ne se plaignait pas, et, toujours plein de charité pour ses Frères, il ne voulait pas même qu'ils restassent la nuit pour le veiller.

15° Frère Ribier. Il avait une sainte haine de lui-même qui le portait à ne laisser échapper aucune occasion de mortifier la nature.

Il disait dans une occasion : « Quand on tient à satisfaire entièrement sa conscience et à ne rien refuser à Dieu, on est obligé de contrarier la nature et de la tenir sans cesse sur l'autel du sacrifice. Or cette immolation continuelle coûte, mais elle est nécessaire pour être fidèle à la grâce. »

Il ne connaissait pas les délicatesses de la nature ; c'était pour lui un plaisir de servir les malades les plus dégoûtants.

Il était dur pour lui-même et il cachait avec soin ses vertus, ses mortifications. Il appelait son corps Carnaval.

16° Frère Pascal. Quatrième cause de son bonheur dans la vie religieuse : la mortification, les privations, les épreuves....

Dans la voie de la mortification, il n'y  a que les premiers pas qui coûtent. La mortification a un baume et des saveurs dont on ne peut plus se passer ; quand on les a une fois connus, on veut épuiser la coupe jusqu'au bout. Frère Pascal connaissait cette vérité par expérience. L'âme qui pos­sède cet amour et cet esprit est dans une région supérieure.

Le plus qu'il pouvait, il voyageait à pied, et quand il était obligé de prendre les voitures, il s'imposait de grandes privations dans la nourriture afin de diminuer les dépenses.

L'esprit de mortification était chez lui, une affaire de principe ; il ne croyait pas qu'on pût autrement acquérir une solide vertu.

« Ne sommes-nous pas sur la terre pour souffrir ? disait-il. - Ne faut-il pas faire pénitence pour aller au Ciel ? Où en serions-nous, quelle vertu au­rions-nous, si nous voulions vivre commodément et prendre toutes nos aises ? »

17° Frère Timothee.

« Comment vous trouvez-vous aujourd'hui ? - lui demanda le Père Champagnat un matin.

- Très bien, mon Père, répondit-il.

- Mais pourtant la fièvre est toujours bien forte et vous fait beaucoup souffrir, répondit le bon Père.

- C'est vrai, repartit le Frère, mais la sainte Vierge est là, et elle me comble de tant de consolations que je ne sens ni la fièvre ni aucun autre mal. Oh  ! mon Père, qu'il fait bon mourir enfant de Marie et dans sa maison ! Je suis si content, je m'estime si heureux, que j'en ai du scrupule : car, vous le savez, c'est par la croix et la douleur qu'on va en Paradis, et moi je n'ai que des consolations ! »

18° Frère Jean-Claude. Toute sa vie il a pratiqué la pauvreté et la mortification d'une manière héroïque. Ce n'est qu'à l'âge de 80 ans qu'il a consenti à user de tricot. Il se levait à 4 heures du matin et se rendait à la chapelle où il passait en moyenne 2 heures, hiver comme été. Après cela, il faisait encore ses prières avec les convalescents.

19° Frère Philogone. Autant il était bon pour les autres, autant il était dur pour lui-même, fût-il dans le besoin, fût-il malade. Il mangeait si peu, qu'on s'étonnait qu'il pût se soutenir. Souvent il souffrait de la tête ou de l'estomac ; cependant il ne se plaignait jamais, ne disait rien, ne faisait rien qui pût révéler qu'il était indisposé.

Nous pourrions multiplier ces citations si édifiantes et si capables de nous stimuler à marcher résolument à la suite de ces bons Frères dans la voie de la sainte mortification.

Mais il faut nous borner. Disons toutefois un mot sur, la question des instruments de pénitence, cilice, discipline, etc.

L'histoire écrite et l'histoire non écrite de notre Institut nous apprennent que le Vénérable Fondateur, le vénéré Frère François, le Frère Pascal et un grand nombre d'autres, ont fait bon usage de ces sortes d'instruments

Faut-il, M. T. C. F., vous exhorter à les imiter ?

La meilleure réponse à faire à cette question, sera de citer dam son entier l'article 81 de nos Constitutions : elles sont, comme vous le savez, l'expression certaine de la volonté de Dieu à notre égard.

« Les Frères qui auraient une bonne santé et qui désireraient imiter plus parfaitement Jésus-Christ, l'homme de douleurs, pourront demander à faire quelques pénitences corporelles, chacun selon ses forces, mais ils ne doivent rien faire de ce genre sans permission.

« La permission pour les mortifications et les pénitences privées et secrètes se demandera au Confesseur ;  pour les mortifications et les péni­tences publiques et extérieures, on devra, en outre, obtenir la permission du Frère Directeur. »

Sa Sainteté Léon XIII, dans une de ses admirables encycliques, constatait avec douleur que, dans nos temps, il y a un peu partout, dans le monde, une tendance de plus en plus marquée à se porter vers tout ce qui flatte la nature, lui procure du plaisir, et à fuir tout ce qui la gêne et la fait souffrir.

Et il invitait toute la chrétienté à réagir contre cette tendance funeste.

Ne pourrions-nous pas dire actuellement, dans une certaine mesure, de notre Congrégation ce que Léon XIII disait de la chrétienté en général ?

Oui ! oui ! malheureusement nous subissons plus ou moins l'influence du milieu dans lequel notre vocation d'éducateurs nous oblige de vivre.

Cependant nous ne pouvons pas et nous ne devons pas nous le dissimuler : la vie du chrétien et plus encore celle du Religieux doit être une mortification continuelle ; le royaume du Ciel souffre violence, et il n'y a que ceux qui se font violence qui le ravissent.

Il est bien à souhaiter que tous nos Frères s'efforcent de bien comprendre et surtout de bien pratiquer l'article 202 du Directoire Général: « L'amour de la mortification et de la pénitence les portera à faire un saint usage des occasions de souffrir que leur fourniront les lieux qu'ils habitent, les climats, les saisons, s'estimant heureux d'être mal logés, mal nourris, de souffrir le froid, la chaleur, les intempéries de l'air et une infinité d'autres incommodités. »

Remarquons tout spécialement, M. T. C. F., les deux mots : « s'estimant heureux ».

En sommes-nous à ce degré ? Que chacun réponde en toute sincérité et devant Dieu !

Laissez-moi terminer ces réflexions sur un sujet d'apparence austère en vous rappelant le mot de lImitation de N.-S. J.-C. : « En toutes choses, il faut considérer la fin », et celui du bienheureux Grignon de Montfort dans ce beau cantique sur le ciel, qui se chante dans nos communautés et dans nos écoles : « Le ciel en est le prix ! »

La pratique de la mortification est le chemin un peu rude mais sûr pour arriver au ciel ; et c'est vraiment là, 

Dans l'éternel empire,

Qu'il sera doux de dire

Tous mes maux sont finis  ! »

QUELQUES MOTS SUR MA RÉCENTE VISITE EN ESPAGNE.

 Après la célébration des solennités pascales en notre maison de Grugliasco, j'ai cru utile d'aller, en compagnie du Cher Frère Michaëlis, Assistant Général, faire une tournée de visites en Espagne.

Que vous dirai-je, M. T. C. F., de ces visites ?

Bien que je ne sois resté que très peu de temps dans chacun des vingt-deux établissements que j'ai visités, j'ai pu me convaincre que l'Œuvre de Dieu s'y fait, comme je le disais naguère après avoir fait la visite de nos établissements de Syrie et de Turquie.

Cette constatation est pour moi une grande consolation. C'est aussi un puissant soutien pour m'aider à porter le fardeau si lourd de la respon­sabilité générale. Comment n'en serait-il pas ainsi quand je me rappelle la promesse du Vénérable Père Fondateur mourant, aux Frères François et Louis-Marie réunis auprès de lui : « Vous aurez, leur dit-il, beaucoup d'embarras ; mais ayez confiance, le bon Dieu sera avec vous, car c'est son oeu­vre que vous faites. »

Puisse-t-on dire toujours avec vérité de tous les Petits Frères de Marie dans toutes les parties du monde: Ils font 'véritablement I'Œuvre  de Dieu ! Ce sera sûrement un gage d'abondantes bénédictions célestes sur l'Institut.

Le premier établissement où nous fîmes une courte halte est celui de Gérone, en Catalogne.

C'est dans cette ville que prit naissance, il y a un quart de siècle, notre province d'Espagne, aujourd'hui, grâce à Dieu, si florissante.

L'histoire de cette fondation mérite d'être portée à la connaissance de l'Institut. Elle me fut narrée sommairement sur place par le Cher Frère Hi­larius, un des quatre qui furent les ouvriers de la première heure. Disons toutefois que le C. F. Bérillus, Assistant général, avait préparé les voies dans une visite préalable, faite peu de temps avant, sur l'invitation du Révérend Frère Théophane.

Là, comme dans les premiers temps de l'Institut, comme dans toute la suite de son histoire, la main de la divine Providence et la protection de Marie se montrent d'une manière si visible, qu'il faudrait être aveugle pour ne pas les reconnaître.

C'est dans le but de faire former des sujets à la langue espagnole que les quatre premiers Frères sont envoyés à Gérone en qualité d'étudiants. Ils sont destinés, dès qu'ils seront suffisamment préparés, à aller fonder un établissement à Buenos-Aires, en Argentine.

C'est ici que l'on peut bien dire en toute vérité : L'homme propose et Dieu dispose.

En effet, par suite de circonstances imprévues, l'établissement projeté en Argentine ne se fonda pas alors.

Mais, de proche en proche et avec une rapidité vraiment merveilleuse, l'Institut fonda des écoles dans les diverses provinces de la catholique Espagne.

Et, ce qui est peut-être plus merveilleux encore, c'est que cette nouvelle province fut comme un des principaux moyens dont Dieu se servit pour faciliter la fondation des provinces de Colombie et du Mexique, où nos Frères font aussi avec zèle et succès l'Œuvre de Dieu.

Plus tard vinrent des fondations en Argentine, à Cuba, et enfin, tout récemment, celles du Pérou et du Chili.

Gloire en soit rendue au Seigneur et reconnaissance à Marie qui continue si bien à faire tout chez nous, selon l'expression du Vénérable Père Fondateur !

- Pour l'édification générale, je suis heureux de dire que, dans l'ensemble, j'ai trouvé : 1° le culte religieux de l'autorité ; 2° le véritable esprit de famille ; 3° un zèle digne de tout éloge pour faire prospérer les diverses œuvres de l'Institut dans ce pays  ; 4° une grande dévotion à la Très Sainte Vierge Marie, tant parmi les Frères que parmi les élèves ; 5° un zèle assez prononcé pour le recrutement des voca­tions.

Vous remarquerez, M. T. C. F., que tout cela constitue, dans son ensemble, la réalisation des suprêmes volontés du Vénérable Père Fondateur telles que nous les trouvons exprimées dans son Testament spirituel.

O vous, mes Frères, qui travaillez dans cette belle portion de la vigne du Seigneur, ne cessez jamais de lui rapporter la gloire du bien qui s'ac­complit en vous et par vous ; efforcez-vous de devenir des ouvriers de plus en plus dignes de Lui, de l'Institut dont vous êtes membres et du Vénérable Fondateur, notre modèle à tous  !

Je tiens à signaler ici la grande bienveillance des membres de l'épiscopat espagnol que j'ai eu l'honneur de visiter, leur dévouement paternel à nos Frères et à nos oeuvres.

L'Institut tout entier apprendra certainement avec grande satisfaction que nos maisons de recrutement et de formation en Espagne sont très peuplées d'une .bonne et intéressante jeunesse qui donne les plus belles espérances.

Nous avons dans ce pays six juvénats

Vich et Arceniega appartenant à la province d'Espagne ;

Pontos et Tuy appartenant à la province d'Aubenas ;

Anzuola appartenant à la province de Notre-Dame de Lacabane ;

Carrion de los Condes où l'on reçoit des juvénistes destinés à aller plus tard dans les provinces du Mexique, de Colombie et dans le dis­trict de l'Argentine.

Nous avons de plus en Espagne trois noviciats

1° Las Avellanas, où j'ai eu la grande joie de trouver 110 novices présents et appartenant tous à la province d'Espagne. Il me fut donné d'assister là à une vêture de 45 postulants bien préparés. C'était bien leur cœur qui parlait lorsque, après la cérémonie de la chapelle, ils vinrent se présenter au Frère Supérieur et lui répétèrent qu'ils étaient ravis de joie et que leur cœur était dans la plus vive allégresse.

Avec quel accent de parfaite sincérité ils promirent, solennellement, l'un après l'autre, et ensuite tous ensemble, de porter ce saint habit jusqu'à la mort !

Je donne cet édifiant détail dans cette circulaire pour faire savoir à tout l'Institut leur solennelle promesse. Cela les aidera à persévérer et ainsi à mériter que se réalise en eux la promesse du Vénérable Père Fondateur : « J'ai la confiance que tous ceux qui mourront dans l'Institut seront sauvés ! »

 2° Pontos, où j'ai eu à me réjouir beaucoup en voyant le grand nombre des novices, leurs excellentes dispositions, et la parfaite installation matérielle du noviciat : classes, salle d'exercices, dortoir, réfectoire, cour de récréation, le tout simple et modeste, mais bien disposé, bien éclairé, bien aéré et formant un ensemble parfaitement indépendant, comme il convient pour un noviciat. C'est un modèle du genre, et qui a été réalisé dans une maison relativement restreinte où se meuvent quatre divisions bien distinctes, juvénat, noviciat, sco­lasticat et communauté des anciens et employés aux travaux manuels.

3° Anzuola. Là, on peut dire que le nombre dépasse la capacité du local. Il est bien à souhaiter que l'on puisse trouver Dieu aidant, les moyens d'agrandir les, bâtiments de manière à ne pas être dans la nécessité où l'on est actuellement de refuser ou d'ajourner les bonnes vocations qui se présentent.

Que l'on ne se lasse pas d'agir et surtout de prier avec confiance. Ce sont là les moyens qu'employait le Vénérable Père Fondateur. Et nous n'ignorons pas qu'ils lui réussirent toujours, comme nous le lisons dans sa vie au commencement du chapitre de sa confiance en Dieu ; « Le Père Champagnat a réussi dans tout ce qu'il a entrepris.. etc. »

Les scolasticats de Pontos et d'Oñate sont prospères. Ils vont être à même de fournir bientôt de bons ouvriers pour aller travailler à la grande et sainte oeuvre de l'éducation chrétienne dans les divers pays où on nous demande des Frères avec plus d'instances que jamais.

Je suis heureux de témoigner ma satisfaction pour la docilité avec laquelle on a réalisé le désir que j'avais témoigné dans une précédente circu­laire à propos de l'enseignement théorique et pratique de la langue française.

Dans nos diverses maisons de formation d'Espagne, j'ai pu constater avec beaucoup de plaisir que la plupart de nos juvénistes, de nos novices et tous nos scolastiques sont à même de comprendre et de parler le français.

Avec des efforts persévérants nous arriverons partout, s'il plaît à Dieu à un résultat pareil.

Il en résultera certainement un sérieux avantage pour la bonne marche de l'Institut.

Il m'est très agréable de faire savoir à tout l'Institut qu'au dire de plusieurs évêques, de plusieurs prêtres et de beaucoup de nos Frères d'Espa­gne, grand, très grand même, est le nombre de bonnes vocations que l'on pourrait recruter dans ce pays et surtout dans certaines provinces.

Puisse Notre-Dame del Pilar nous aider à trouver et à prendre les meilleurs moyens de les découvrir, de leur donner asile parmi nous et d'en faire de bons ouvriers apostoliques pour la grande oeuvre dé l'éducation chrétienne de l'enfance et de la jeunesse !

Je recommande tout particulièrement au zèle de nos Frères d'Espagne de jeter le filet dans nos écoles et même de viser à recruter de bons su­jets pour nous parmi les élèves les plus avancés.

A-t-on jusqu'ici dirigé suffisamment de ce côté le zèle pour le recrutement ?

Je crois être dans le vrai en répondant, qu'en général, on aurait pu faire beaucoup mieux.

Un point sur lequel il me semble bon, et utile de donner très sommairement quelques détails, c'est l'enseignement professionnel.

Dans plusieurs de nos plus importantes écoles d'Espagne, on a sérieusement organisé, pour nos élèves, des ateliers où on les occupe à des travaux sur le bois, sur le fer, le cuivre, etc., - à des travaux de moulage, d'installations électriques, etc.

Ce qui est surprenant, c'est que les jeunes gens sont réellement friands de ces sortes de travaux et qu'ils y réussissent. On leur accorde même parfois de s'y livrer à titre de récompense.

J'espère que des spécimens de leurs travaux figureront avec honneur à l'exposition scolaire permanente de Grugliasco.

Il est un dernier point qui mérite bien d'être mentionné, ce sont les œuvres de persévérance.

Des sociétés amicales d'anciens élèves des Conférences de Saint-Vincent et autres associations sont déjà formées ; d'autres sont en voie de formation et enfin d'autres sont en projet.

Je ne saurais trop féliciter ceux de nos Frères qui ont eu ces initiatives et ceux qui ont collaboré et collaborent encore avec eux.

C'est certainement un des grands moyens d'assurer la permanence des fruits de l'éducation donnée et reçue dans nos écoles.

Mais il importe, pour cela, que ces associations aient, même extérieurement, une allure franchement chrétienne.

Il sera très utile aussi d'insérer dans les statuts un ou plusieurs articles qui feront que la société aura en elle-même les principes de sa perma­nence et de son développement alors que ceux qui l'ont fondée ne seront plus là pour la diriger ou la patronner.

Il est aussi de première importance que la sève de l'esprit foncièrement chrétien ait une part très prépondérante dans la vitalité morale de l'As­sociation.

Ce qui serait parfait, ce qui répondrait pleinement aux désirs de Sa Sainteté Pie X, ce serait que la Communion fréquente ou tout au moins heb­domadaire fût en honneur parmi les Associés.

 DOCUMENT DE ROME

 LETTRES APOSTOLIQUES DE S. S. LE PAPE PIE X 

édictant un jubilé universel en souvenir de la paix

accordée à l'Église par l'empereur Constantin le Grand.

 PIE X PAPE

 À TOUS LES FIDÈLES DU CHRIST

QUI PRENDRONT CONNAISSANCE DE CES LETTRES

SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.

Si la commémoraison du grand et heureux événement qui, il y a seize siècles, assura enfin la paix à l'Église remplit d'une grande joie toutes les nations catholiques et les invite aux oeuvres de piété, elle Nous presse, Nous, d'une manière particulière, d'ouvrir les trésors des grâces célestes, pour que de cette insigne solennité l'on retire des fruits choisis et abondants dans le Seigneur. Il est juste, en effet, et il Nous semble très opportun de célébrer l'édit promulgué à Milan par l'empereur Constantin le Grand, édit qui suivit de près la victoire remportée sur Maxence, grâce au glorieux étendard de la Croix et qui, mettant fin aux cruelles persécutions contre les chrétiens, leur assura cette liberté dont le sang du divin Rédempteur et des martyrs fut le prix. Alors, enfin, l'Eglise militante remporta le premier de ces triomphes qui, aux diverses époques de son histoire, suivent toujours les persécutions de tout genre, et de ce jour, elle répandit de plus en plus ses bienfaits sur la société. Délaissant peu à peu le culte superstitieux des idoles, les hommes adoptèrent dans leurs lois, leurs mœurs et leurs institutions un genre de vie de plus en plus chrétien, et c'est ainsi que la justice et la charité fleurirent sur la terre.

Il Nous a donc paru convenable, en l'heureux anniversaire d'un fait de cette importance, de redoubler de prières à Dieu, à la Vierge sa Mère, à tous les saints, aux apôtres en particulier, afin que tous les peuples soucieux de la gloire et de l'honneur de I'Eglise reviennent au giron de cette Mère insigne ; qu'ils repoussent, autant qu'il est en eux, les erreurs dont les ennemis inconsidérés de la foi s'efforcent d'obscurcir sa splendeur ; qu'ils s'atta­chent au Pontife Romain avec la plus grande soumission et qu'enfin ils reconnaissent avec confiance l'Eglise catholique comme la sauvegarde et l'ap­pui de toutes choses. Alors, il y aura lieu d'espérer que, les yeux enfin fixés sur la croix, les hommes pourront, par ce signe de salut, terrasser à la fois les ennemis du nom chrétien et les passions déchaînées de leur cœur.

Et pour que les humbles prières qui seront multipliées dans le monde ca­tholique à l'occasion de cette solennité séculaire produisent encore plus de fruits pour le bien spirituel des fidèles,- Nous avons décidé de les enrichir d'une indulgence plénière, en forme de Jubilé, et Nous exhortons vivement tous les enfants de l'Eglise à unir aux Nôtres, leurs oeuvres de piété et à profiter surabondamment de la grâce qui leur est offerte par ce Jubilé pour le plus grand bien de leurs âmes et l'avantage de la religion.

C'est pourquoi, Nous confiant en la miséricorde du Dieu tout-puissant et en l'autorité des bienheureux apôtres Pierre et Paul, en vertu de ce pouvoir de lier et de délier, qui Nous a été divinement octroyé, malgré Notre indignité, après en avoir conféré avec Nos vénérables Frères les Eminen­tissimes Cardinaux de la sainte Eglise Romaine Inquisiteurs généraux, Nous accordons et ordonnons, par les présentes, une indulgence plénière de tous leurs péchés, en forme de Jubilé universel, à tous et à chacun des fidèles de l'un et l'autre sexe, résidant dans Notre auguste Ville ou qui y vien­dront à partir de dimanche in albis de la présente année, où commenceront les solennités séculaires commémoratives de la paix de l’Eglise, jusqu'à la fête de l'Immaculée Conception de la Vierge Mère de Dieu inclusivement, pourvu qu'ils visitent deux fois les basiliques de Saint-Jean de Latran, de Saint-Pierre, Prince des apôtres, et de Saint-Paul hors les murs et y prient Dieu, quelque temps, selon Nos intentions, pour la prospérité et l'exaltation. de l'Eglise catholique et de ce Saint-Siège apostolique, pour l'extirpation des hérésies et la conversion de tous ceux qui sont dans l'erreur, pour la concorde entre les princes chrétiens, la paix et l'union de tout lé peuple fidèle, et que, dans cet espace de temps, ils se purifient sacramentellement de leurs fautes, se nourrissent au banquet céleste et fassent, en outre, une aumône, selon leurs moyens, soit aux pauvres, soit, s'ils le préfèrent, aux oeuvres pies.

A tous ceux qui ne pourraient se rendre à Rome, Nous accordons la même indulgence plénière, pourvu que, dans le même laps de temps, ils visitent six fois l'église ou les églises de leur localité, qui auront été une fois pour toutes désignées par l'Ordinaire, et qu'ils y accomplissent les autres œuvres de piété que Nous avons indiquées plus haut.

Nous permettons, en outre, d'appliquer, par mode de suffrage, la même indulgence plénière aux âmes unies à Dieu par la charité, qui ont quitté cette vie.

Nous accordons que les navigateurs et les voyageurs dès qu'ils auront regagné leur domicile ou qu'ils seront arrivés, à un point déterminé de leur voyage, puissent gagner la même indulgence, en accomplissant les oeuvres ci-dessus indiquées, et en visitant six fois l'église cathédrale, ou principale, ou paroissiale du lieu où ils se trouvent domiciliés ou arrêtés.

Les réguliers de l'un et l'autre sexe, même vivant dans la clôture perpétuelle et toutes les personnes laïques ou ecclésiastiques du clergé séculier ou régulier, retenues en captivité, incarcérées, empêchées par la maladie ou par tout autre motif, qui ne pourraient pas accomplir la totalité ou quelques-unes des oeuvres rappelées plus haut, s'adresseront à leur confesseur. Nous accordons et permettons que celui-ci commue les oeuvres empêchées en d'autres oeuvres que le pénitent peut faire, ou proroge le délai fixé pour autant qu'il sera nécessaire, et qu'il use de la faculté de dispenser de la réception de la sainte Eucharistie, les enfants qui n'ont pas encore fait leur première Communion.

Nous accordons à tous et à chacun des fidèles, soit laïques, soit ecclésiastiques, du clergé séculier et régulier, de n'importe quel Ordre ou Institut, même jouissant du privilège de la mention spéciale, de pouvoir se choisir, à cet effet, un confesseur pris parmi les prêtres séculiers ou réguliers approuvés pour les confessions. Pourront également se servir d'un confesseur à leur choix les moniales, novices et autres femmes vivant dans la clôture, pourvu que ce confesseur soit de ceux qui sont approuvés pour les religieuses.

 Tous ceux et toutes celles qui, pendant le temps déterminé, se présenteront au confesseur de leur choix, avec l'intention de gagner le Jubilé et d'accomplir toutes les oeuvres nécessaires pour cela, pourront, cette fois seulement et dans le for de la conscience, se faire absoudre par lui de toutes les excommunications, suspenses et censures, prévues par le droit ou portées par un supérieur, et pour quelque motif que ce soit, même celles réservées aux Ordinaires des lieux et à Nous, ou bien au Siège Apostolique, même celles qui sont dites « spécialement réservées au Souverain Pontife et au Siège Apostolique », et dont l'absolution d'ordinaire, n'est pas comprise même dans les plus larges concessions. Le confesseur pourra également absoudre de tout désordre et de tout péché si grave et si énorme soit-il, même réservé aux Ordinaires, à Nous et au Siège Apostolique, après avoir prescrit la pénitence salutaire et les réparations convenables. Il pourra absoudre du péché d'hérésie ceux qui auront abjuré et rétracté leurs erreurs, comme il est prescrit par le droit. Il pourra commuer les vœux et serments même réservés au Souverain Pontife, en d'autres oeuvres pies et salutaires, excepté cependant les vœux de chasteté, de religion et ,ceux qui impliquent une obligation envers un tiers ou dont l'abrogation causerait préjudice à ce tiers, et les vœux pénitentiels que l'on fait pour se préserver du péché, à moins cependant que la commutation, par le confesseur, ne soit estimée aussi préservatrice que le vœu lui-même. Il pourra encore dispenser ses pénitents promus aux Ordres sacrés, de toute irrégularité occulte pouvant empêcher l'exercice de ces Ordres ou la réception des Ordres supérieurs.

Nous n'entendons pas, néanmoins, par les présentes, donner dispense des autres irrégularités, provenant d'un délit ou d'un défaut, qu'elles soient publiques, occultes ou notoires, et des autres incapacités ou inhabilités, de quelque façon qu'elles aient été contractées, ni donner à personne, dans les cas susdits, le pouvoir de dispenser, habiliter et régulariser, même au for de la conscience. Nous n'entendons pas non plus déroger à la Constitution de Notre prédécesseur Benoît XIV Sacramentum Poenitentiæ, ni aux déclarations qui l'accompagnent. Nous ne voulons pas que les présentes puissent ou doivent rien changer à la situation canonique de ceux qui, par Nous, et par le Siège Apostolique, ou par quelque prélat et juge ecclésiastique, se trouvent nommément excommuniés, suspens, interdits, ou qui ont été déclarés juridiquement tombés sous les dites sentences et censures, à moins que, pendant le temps du Jubilé, ils n'aient satisfait et ne soient réconciliés dans les formes. Que si, pendant le temps du Jubilé, ils n'ont pu, au jugement de leur confesseur, donner satisfaction, Nous accordons qu'ils puissent être absous au for de la conscience, en vue seulement du gain des indulgences du Jubilé et avec l'obligation de satisfaire dès qu'ils le pourront.

C'est pourquoi, en vertu de la sainte obéissance, et par la teneur des présentes, Nous prescrivons et ordonnons à tous les Ordinaires des lieux, à leurs Vicaires et Officiaux, et, à leur défaut, à tous ceux qui ont charge d'âmes, dès qu'ils auront reçu des exemplaires manuscrits ou imprimés du présentes Lettres, de les publier et de les faire publier dans leurs églises, diocèses, provinces, cités, villes, territoires et autres lieux, de désigner aux populations les églises qu'elles devront visiter, et de les préparer, autant que possible, par la prédication, de la divine parole, au gain du Jubilé.

Nonobstant, les Constitutions et Ordonnances apostoliques, en particulier celles qui réservent le pouvoir d'absoudre, pour certains cas, au Pontife romain, alors existant, au point que même des concessions semblables ou différentes d'indulgences et de pouvoirs ne puissent être accordées à personne, sans qu'il soit fait mention expresse des présentes ou qu'une dérogation spéciale y soit apportée. Nonobstant de même la règle qui défend d'accorder des indulgences ad instar, et tous statuts de quelque Ordre, Congrégation ou Institut que ce soit, même corroborés par serment, confirmation apostolique ou tout autre mode de consécration et aussi toutes coutumes, privilèges, indults, Lettres apostoliques, concédés, approuvés, renouvelés, de quelque manière que ce soit, à ces Ordres, Congrégations et Instituts et à leurs membres. A toutes et à chacune de ces choses, même à celles dont il devrait être fait, pour leur teneur entière, mention spéciale, spécifique, expresse et individuelle, et non pas seulement par formules générales équivalentes, ou au sujet desquelles quelque autre forme particulière devrait être employée, Nous déclarons, ayant du reste leur teneur pour suffisamment, exprimée par les présentes et la forme traditionnelle à y employer pour observée, déroger nommément et expressément pour cette fois, en vue de l'effet que Nous voulons obtenir. Et pareillement à toutes choses contraires. Enfin, pour que Nos présentes Lettres qui ne peuvent parvenir dans tous les lieux, arrivent plus facilement à la connaissance de tous, Nous voulons qu'en tous lieux et chez tous les peuples, on accorde aux copies ou exemplaires imprimés de ces Lettres s'ils sont signés de la main d'un notaire publie et munis du sceau d'une personne constituée en dignité ecclésiastique, la même foi qu'aux présentes, si elles étaient exhibées ou montrées.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le 8 mars de l'année 1913, de Notre Pontificat la dixième.

Par mandement spécial de Sa Sainteté,

           R. Card. MERRY DEL VAL, 

           Secrétaire d'Etat.

 Nous nous ferons un devoir, M. T. C. F., en reconnaissance de la faveur si précieuse du Jubilé que nous accorde le Souverain Pontife, de prier avec une exceptionnelle ferveur pour son auguste personne, Nous demanderons au bon Dieu qu'il prolonge bien longtemps encore ici-bas ses jours si précieux à la Sainte Eglise.

Nous, Petits Frères de Marie, nous devons beaucoup à Sa Sainteté Pie X. Aussi nous nous réjouissons tout particulièrement de ce que Dieu a bien voulu exaucer les nombreuses et ferventes prières qui se sont faites partout pour obtenir la guérison de la récente et grave maladie du vénéré Pontife.

Dans les diverses provinces, on s'entendra avec les autorités ecclésiastiques pour le temps et le mode de faire gagner l'indulgence jubilaire à nos Frères et aux élèves de nos écoles.

Je m'étais proposé de profiter de la grande circonstance du seizième centenaire de l'apparition de la Croix à Constantin pour appeler votre attention sur le culte de la Croix en chacun de nous et dans l'Institut en général.

on aurait pu avec profit faire des réflexions importantes sur ce sujet qui est si bien d'actualité en ce moment, et, pour cela, développer les points suivants :

I° De l'amour de la Croix considérée en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

II° De l'amour de la Croix dans les saints.

Ill° De l'amour de la Croix chez le Vénérable Père Champagnat et nos premiers Frères.

IV° Quel est notre amour de la Croix ?

Mais pour ne pas trop allonger cette circulaire, je me décide à ajourner à un peu plus tard les réflexions que j'avais l'intention de faire.

Toutefois laissez-moi vous dire très sommairement:

1° Que nous devons être heureux et nous tenir pour grandement honorés de porter la croix sur nos poitrines.

Je vous exhorte à la porter toujours bien ostensiblement et toujours très dignement. Qu'elle soit toujours d'une irréprochable propreté  !

Que les Christs dans nos divers appartements de résidence et ceux de nos classes soient bien choisis, bien, placés et toujours bien tenus.

Disons et faisons dire avec plus d'attention et de ferveur que jamais l'invocation par laquelle nous commençons notre chapelet quotidien : Je vous salue, ô sainte Croix qui avez porté le Roi des rois !

2° Que partout et plus que jamais, on s'attache à très bien faire le signe de la Croix.

A ce propos, je vous rappelle le vœu du Frère Louis-Marie consigné dans la circulaire du 6 juin 1874, et dont je transcris ici la partie essentielle :

« Combien magnifique et saisissant serait le spectacle de toutes les Ecoles catholiques, si, dans toutes, Maîtres et Elèves, se faisaient une loi invariable de faire parfaitement le Signe de la Croix  ! Chaque jour, ce seraient non seulement des centaines de mille, mais même des millions de signes de croix parfaits, des  millions d'actes d'amour et de reconnaissance offerts à Jésus Crucifié pour les outrages qu'il a reçus dans sa passion, des millions d'actes de réparation pour les oublis qu'en font encore une multitude de chrétiens.

« Certes ! la pensée ou la perspective d'un tel hommage rendu au grand mystère de la Rédemption n'est-elle pas vraiment consolante ? Quelle gloire à Dieu, quelle édification pour les âmes ! quelle résurrection de l'esprit chrétien, si une habitude aussi sainte gagnait toutes les Communautés, gagnait toutes  les maisons  d'éducation, arrivait enfin à gagner toutes les familles ! »

La conclusion pratique que nous tirerons de ce vœu si véhément, ce sera de redoubler d'attention sur nous-mêmes et de zèle à l'égard de ceux dont l'éducation nous est confiée, pour arriver à sa réalisation aussi parfaite que possible.

3° Nous serons, je n'en doute pas, très édifiés et nous, pourrons tirer un grand profit spirituel en nous pénétrant profondément de la doctrine suivante qui est celle de l'un des nôtres.

Ce fut le Frère Jean-Baptiste qui l'écrivit au Frère Louis-Marie au commencement de l'année 1871 :

« La bonne année ! hélas ! - lui disait-il - il n'y a que Dieu qui puisse la donner telle. Mais si l'on reste dans la vérité, une bonne année est une année pleine de mérites pour le Ciel ; et comme il n'y a pas de mérite sans sacrifice, il faut conclure qu'une bonne année est tout simplement une année pleine de Croix.  Mieux vaut la Croix, la sainte abnégation que toutes les satisfactions de la nature recherchées par les mondains et les religieux tièdes. Donc, la Croix jusqu'au bout ; c'est là ce que je désire pour moi, ce que je vous souhaite à vous, mon Révérend et à tous vos Assistants. »

Et le Frère Louis-Marie, commentant, quatre ans plus tard, ce souhait du Frère Jean-Baptiste, écrivait:

« la Croix ! souhait magnifique !

« la Croix ! souhait infiniment heureux

« la Croix ! souhait délicieux.

« la Croix ! souhait de salut et de gloire

Je m'arrête sur ces pensées si frappantes et si belles, et je les recommande à vos méditations.

 FAVEURS OBTENUES PAR L'INTERCESSION DU

VÉNÉRABLE CHAMPAGNAT.

(Traduit de l'espagnol).

 I

 Tandis que la chose est encore récente, je me sens le devoir de rendre un hommage de reconnaissance à Dieu Notre-Seigneur et au Vénérable Champagnat, à qui je me crois très redevable pour la guérison, soit temporelle ou physique, soit spirituelle, que je viens d'obtenir par son intermédiaire.

Voici le cas. Au mois de juin de la présente année j'étais tombé gravement malade ; j'eus trois attaques successives d'apoplexie, et il me survint une enflure générale et rapide, commencement d'une véritable hydropisie, avec une notable hypertrophie du foie, et un épanchement séreux du diaphragme vers le côté gauche, et tout cela m'avait mis dans un état voisin de la mort, auquel les médecins ne savaient plus que faire. Or, je crois avoir été délivré et guéri de tous ces maux et d'un autre d'ordre spirituel par l'intercession et le secours du Vénérable Champagnat, dont une relique, consistant en un petit morceau de vêtement, m'avait été donnée par les Frères Maristes de cette ville. C'est ce que j'affirme avec une entière conviction, et s'il le fallait pour la glorification du Vénérable - je l'assure coram Deo, tacto pectore et corona.

Je dois au Vénérable Champagnat encore une autre faveur. Il y a environ quatre ans, un de mes neveux, Hermenegildo Eraso, qui se trouvait au petit séminaire dirigé par les Jésuites, fut amené chez moi, atteint d'un typhus violent, si violent, que dès l'abord le médecin, M. le Dr Caicedo Primitivo, désespéra de sauver l'enfant. Par amitié pour moi et à cause du danger qu'il voyait pour ma famille, il fit pourtant tous ses efforts pour essayer de conjurer le mal, mais sans succès ; de sorte que le pauvre Hermenegildo se trouva bientôt à toute extrémité.

Dans ce pressant danger, je recourus à la protection et à la bonté du Vénérable Champagnat. J'appliquai sur l'enfant une image du Serviteur de Dieu que m'avaient envoyée les Frères, et le péril fut conjuré. Après une heureuse crise, le malade continua d'aller de mieux en mieux, et c'est aujourd'hui un jeune homme robuste et fort, dont la santé ne laisse rien à désirer.

C'est ce que j'affirme et jure comme prêtre, tacto pectore et corona.

Pasto, capitale du département de Narino, République de Colombie, le 27 novembre 1911.

         Dr Hermenegildo Rivera, Docteur en théologie.

 II

 Le soussigné certifie avoir éprouvé en plusieurs circonstances, depuis six mois, les effets sensibles de l'intercession du Vénérable Champagnat.

1. - Une de ses images m'étant tombée entre les mains, je me recommandai à son puissant crédit, et bientôt je sentis mon cœur, depuis longtemps éloigné de Dieu revenir à de meilleurs sentiments et me porter à un :radical changement de vie qui a été durable.

2. - Une personne m'avait fait la commande d'un ouvrage qui devait remplir certaines conditions faute desquelles il ne pourrait pas être accepté : or, en exécutant cet ouvrage, j'oubliai plusieurs de ces conditions. Dans ma crainte que l'ouvrage ne fût refusé, je me -recommandai de nouveau à mon puissant protecteur, et, à mon grand étonnement, celui qui m'avait commandé l'ouvrage s'en déclara pleinement satisfait.

3. - Je devais livrer deux « galàpagos » à une date déterminée, et, surchargé de travail, je me vis dans l'impossibilité de faire la livraison dans le délai convenu. Je recourus pour la troisième fois au crédit du Vénérable Champagnat, et, chose étonnante ! la personne ne se présenta que lorsque j'eus terminé les deux « galàpagos », c'est-à-dire un mois environ après le délai fixé.

Pasto, 15 octobre 1910

            Pedro Antonio Enriquez.

 RAPPORT SUR LE BRÉSIL NORD

 1912-1913.

    Mon Très Révérend Frère,

Il m'est particulièrement agréable de vous rendre compte de la visite de Délégation faite à nos Frères de la Province du Brésil Nord ; car, une fois de plus, j'ai pu constater qu'ils font bien là, comme partout, l'œuvre de Dieu.

Et je suis heureux tout d'abord de rendre le meilleur témoignage de leur piété soutenue, de leur esprit bien mariste, de leur attachement aux Supérieurs, de leur inlassable dévouement surtout dans ce pays où ils portent allégrement, avec grand esprit de foi et une constance à toute épreuve, le poids du jour et d'une chaleur excessive.

Mais permettez-moi, Très Révérend Frère, avant tout autre détail, de remercier ceux qui ont bien voulu faire des prières ferventes et persévérantes à mon intention, afin d'obtenir la protection de la Très Sainte Vierge sur mon voyage, et attirer les bénédictions du Seigneur sur ma visite. Bien des fois j'en ai ressenti les heureux effets. Outre une parfaite santé dont je n'ai cessé de jouir, que de faveurs signalées et de grâces obtenues ! Que d'affaires assez difficiles à traiter et conclues cependant au mieux des intérêts de tous !

Je me plais à le reconnaître et à le proclamer bien haut, tout cela est le fruit de la prière et l'effet de l'assistance divine.

Nos maisons de Ruoms, de Pontos, de Tuy, de Sangano et d'Apipucos, sans toutefois oublier les autres, ont un droit particulier à ce tribut de reconnaissance.

Partis de Grugliasco le 12 octobre, avec mon compagnon de route, le bon Frère Jean-Hippolyte, nous nous embarquions au Havre le 15, après avoir eu le bonheur, le jour précédent, d'entendre la messe et de faire la sainte communion à Montmartre, et instamment demandé au Sacré-Cœur une bénédiction spéciale pour la mission qui m'était confiée.

il faut exactement quinze jours du Havre au Para, où j’ai débarqué d'abord.

Après une des plus heureuses traversées qu'on puisse désirer, nous arrivions chez nos Frères dans la soirée du 30 octobre, où une réception vraiment digne de la Communauté du Carmo nous était réservée : c'est tout dire. Une chose cependant manquait à bord de l'Anselm, la sainte messe et la communion quotidienne, Pour le religieux, c'est un grand sacrifice d'en être privé si longtemps. Il l'offre généreusement à Dieu et tâche de suppléer à ce divin aliment de l'âme par d'autres pratiques pieuses ; car le temps, sur mer, est bien ce qui manque le moins.

La province du Brésil Nord compte neuf maisons. Je vous dirai quelques mots sur chacune d'elles, d'après l'itinéraire suivi, en allant du nord au sud.

 BELEM (Collegio do Carmo).

 On sait que Belem est une des plus importantes cités du Brésil Nord. Elle compte actuellement 230.000 habitants. Par un service très régulier, chaque semaine plusieurs grands paquebots mettent la capitale du Para en communication directe avec les différentes contrées d'Europe.

L'important établissement que nous avons là, sous le nom de Collegio do Carmo, occupe seize Frères, indépendamment de quelques professeurs auxiliaires.

Ce fut en 1903 que nous fut confiée la direction de cette maison, tombée si bas, à cette époque, que la rentrée de janvier n'avait pu se faire faute d'élèves. Les Frères arrivèrent à Belem le 12 avril. Ils se mirent aussitÔt résolument à l'œuvre et firent annoncer l'ouverture du Collège pour le 1iermai. A la fin de la première année, ils avaient déjà 60 élèves. Il serait superflu de redire ici au prix de quels sacrifices ils obtinrent ce résultat relativement appréciable pour qui connaît les difficultés, qu'ils eurent à surmonter au début.

Depuis, ce chiffre s'est progressivement élevé et semble se maintenir à 250, malgré la suppression des « équiparations » c'est-à-dire de la collation des grades. La crise terrible du caoutchouc, qui se fait sentir depuis deux ans et qui a mis beaucoup de familles dans une très grande gêne financière, coûte aussi un certain nombre d'élèves surtout parmi les pensionnaires venant de l'intérieur.

Les élèves, dont quelques-uns dépassent l'âge de vingt ans, sont animés d'un excellent esprit et font, en général, la consolation de leurs maîtres. C'est plaisir de les entendre chanter dans la vaste et belle chapelle du Carmo. Mais ce qui est mieux encore, c'est de les voir communier fréquemment. En moyenne, l'ensemble des communions est de 1.200 chaque mois.

On le voit, c'est le fruit des bons catéchismes, toujours bien préparés et bien arrosés par la prière. C'est encore le résultat des conférences spéciales, fort bien goûtées des élèves et faites par des religieux-prêtres, âmes d'apôtres et véritables amis de la jeunesse.

Dernièrement, il a été donné aux Frères d'en constater les effets d'une manière bien sensible. Un de leurs élèves, pris presque subitement d'une maladie violente dont on n'a pu connaître la cause, mourait après trois jours d'épouvantables souffrances. Pendant ce temps il a montré un courage héroïque, puisant dans sa tendre dévotion, envers la Très Sainte Vierge les forces dont il avait besoin pour supporter avec résignation la terrible maladie qui le consumait. Il eut constamment son chapelet à la main et serrait très fortement, en le baisant, son scapulaire. Avec quelle foi et quelle confiance il invoquait Marie ! Les parents alarmés, mais fort touchés des sentiments de leur enfant, essayèrent vainement de divers remèdes.

« Tout est inutile, disait le pieux jeune homme, je me sens mourir. C'est aujourd'hui samedi, jour consacré à  la Sainte Vierge. J'espère que cette bonne Mère viendra me chercher, lui ayant demandé si souvent de m'assister à l'heure de ma mort. » Il expira quelques instants après, en prononçant la douce invocation « O Marie conçue sans péché, priez pour moi ! »

Qui ne voit là le résultat d'une éducation foncièrement chrétienne et le fruit des bons catéchismes du samedi, comme aussi des pieuses pratiques suggérées aux enfants en l'honneur de la Mère de Dieu ?

Heureux les élèves qui reçoivent une telle éducation  ! Plus heureux encore seront les maîtres qui accompliront toujours intégralement leur devoir relativement à l'importante question de l'enseignement religieux et de l'explication du catéchisme !

Les anciens élèves des Frères font généralement bonne figure dans les diverses administrations où ils prennent du service.

Une revue locale et mensuelle qui leur est propre et dont ils sont les principaux rédacteurs, a pour devise : Laboremus  ! 

Elle témoigne, en toute occasion, de leur reconnaissance pour l'éducation reçue et les maîtres qui la leur ont donnée.

Des questions sociales, des sujets littéraires, scientifiques ou d'actualité sont aussi traités dans cet intéressant organe qui se distingue surtout par son empreinte du plus pur christianisme.

Cet apostolat, par la plume des « Jeunes » est de bon augure pour l'avenir. On voit aussi, parmi les membres des Conférences de Saint-Vincent de Paul, plusieurs anciens élèves de nos Frères. Ceux-là exercent également un apostolat dont on connaît toute l'importance.

Il y a un excellent esprit au sein de la Communauté. Union, piété, esprit de famille, dévouement : voilà bien, en résumé, ce qui la caractérise.

On est à l'aise dans un tel milieu, car c'est essentiellement le milieu qui convient au religieux. Quand on trouve des hommes, - et c'est ici le cas, - qui font entière abnégation d'eux-mêmes, avec le sacrifice de tout ce qui coûte le plus à la nature, et cela pour assurer la bonne marche et la prospérité du Collège, il y a tout lieu d'espérer que ce Collège sera béni de Dieu dans l'avenir comme il l'a été par le passé.

Le bien que font les Frères et les bons résultats qu'ils ont obtenus jusqu'à ce jour font vivement désirer la fondation d'une autre maison dans un des centres de la ville. Etant donné le chiffre de sa population, on pourrait avoir encore un bon nombre d'élèves dans la nouvelle école, sans aucun préjudice, pour le Carmo, dont le nouvel établissement serait une succursale.

Nous pensions pouvoir réaliser cette année ce projet, conçu déjà depuis longtemps. Mais le moment voulu par la Providence semble n'être pas venu encore.

En attendant, une école gratuite vient de s'ouvrir dans les dépendances du Carmo. Les enfants pauvres, au moins dans une certaine mesure auront l'immense avantage de recevoir là, avec l'enseignement primaire, une bonne éducation religieuse.

Ce sacrifice, fait généreusement par la province pour les bienfaits reçus du Seigneur, est un acte de remerciement.

Puisse ce témoignage de sincère reconnaissance envers Dieu, attirer de nouvelles bénédictions au Collège du Carmo et aplanir les difficultés de la fondation projetée.

 SAINT-LOUIS DU MARANHÃO.

 A 36 heures de bateau du Para, sur l’Océan Atlantique, se trouve S. Luiz do Maranhão capitale de l'Etat de ce nom et port de commerce important. Cette ville, qui compte 60.000 habitants, a un climat chaud comme celui du Para, mais les vents alizés le tempèrent considérablement. Il est salubre. On constate avec plaisir que les santés s'y maintiennent très bien.

L'Etat du Maranhâo a une superficie de 235.000 kilom. carrés et une population de 788.000 habitants, à peu près tous catholiques. Or, pour assurer le service religieux de ce vaste territoire ne formant qu'un seul diocèse, l’Evêque de S. Luiz dispose seulement d'une trentaine de prêtres séculiers et de deux communautés de religieux-prêtres, ayant chacune quatre ou cinq sujets affectés aux missions. On le voit, le champ est vaste, mais il y a fort pou d'ouvriers pour le cultiver. Il est impossible, dans ces conditions, qu'un si petit nombre d'apôtres, quels que soient leur zèle et leur dévouement, puissent atteindre ces populations éparses sur cet immense territoire. Aussi, malgré leur ardent désir d'être instruites des mystères de la foi, sont-elles d'une ignorance profonde en matière de religion.

Monseigneur Silva François-de-Paule, très soucieux des devoirs de sa charge et plein de zèle pour ses chères ouailles, s'est vivement ému, dès son arrivée dans le diocèse, en 1907, de cette lamentable situation morale.

A peine avait-il pris possession de son siège que déjà il s'occupait de fonder une école congréganiste qui donnerait, avant tout, aux enfants de sa ville épiscopale d'abord, l'enseignement religieux.

Il appela donc les Frères Maristes qu'il avait vus à l'œuvre dans le Brésil Central et dont il avait hautement apprécié le dévouement et les aptitudes professionnelles. Ainsi fut fondé dans les premiers jours de l'année 1908, le Collège St. François-de-Paule à S. Luiz do Maranhâo, en attendant que d'autres écoles puissent s'ouvrir dans ce vaste diocèse, selon l'ardent désir et les pressantes instances de Sa Grandeur, quand la province du Brésil Nord aura suffisamment de sujets.

L'école de S. Luiz a pleinement réalisé les espérances de son fondateur et protecteur. Elle est aujourd'hui sa consolation parce qu'il voit, par elle, une régénération morale pour l'avenir. Elle produit déjà de bons fruits.

La première année a vu arriver 82 élèves. Il y en avait 145 à la fin de la deuxième. Actuellement le chiffre s'élève à 200, avec les pensionnaires. La plupart de ces enfants arrivent chez nos Frères sans aucune connaissance religieuse. C'est bien vraiment l'apostolat chrétien qu'ils exercent dans ce pays où, comme on le sait, l'enseignement religieux est exclu des programmes officiels.

C'est là aussi que l'on dispose parfaitement les enfants à la Première Communion, dont la retraite préparatoire est toujours prêchée par Monseigneur lui-même. Et quand le grand Jour de la Communion solennelle est arrivé, on revoit ces belles et touchantes cérémonies d'autrefois, que l'on ne connaissait plus depuis le départ des jésuites, persécutés et chassés par Pombal, de si triste mémoire.

De tels exemples de zèle apostolique donnés par Monseigneur -sont un puissant stimulant pour nos Frères. Aussi quel dévouement chez tous pour l'emploi qui leur est confié, et quel excellent esprit de famille parmi eux ! Après avoir travaillé toute l'année scolaire, ils ont passé le temps de leurs dernières vacances à exécuter eux-mêmes différents travaux d'aménagement et d'embellissement, de leur maison, et non certes, sans succès ! Le Vénérable Fondateur qui s'entendait à tout et plus spécialement en cette partie, aurait pu leur dire : « C'est bien ! Je suis content de vous.... »

Les Frères, au nombre de huit, font l'œuvre de Dieu dans cette ville et sont bien à la hauteur de leur tâche. Du reste, le bon esprit des élèves, leur assiduité à fréquenter les sacrements le proclament assez. La parole autorisée de l'Evêque qui, à lui seul, demande 50 Frères pour cette année, le proclame plus éloquemment encore.

M. le Gouverneur de l'Etat, aux côtés de Monseigneur, a bien voulu honorer de sa présence la séance de fin d'année. Devant un auditoire nombreux et choisi, il a fait publiquement l'éloge des Frères, rendu hommage à leur dévouement et proclamé la supériorité de leur enseignement, à en juger par les résultats obtenus.

Puissent ces témoignages si consolants être d'un heureux augure pour le relèvement moral de ce pays, trop longtemps privé de maîtres chrétiens !

Puissent aussi les pressants appels de ce saint Evêque susciter de futurs et nombreux missionnaires dans nos maisons de formation

 PERNAMBUCO (Ponte d'Uchoa).

 Pernambouco est une ville de 200.000 âmes. Les travaux d'assainissement et de transformation que l'on exécute en ce moment lui donneront, une fois terminés, un des premiers rangs parmi les cités brésiliennes.

Dans la région, on la désigne sous le nom de Recife, à cause du banc de rochers à fleur d'eau, parallèles à la côte, dont ils sont éloignés de quelques mètres seulement.

Par sa situation à la partie la plus orientale de l'Amérique du Sud, Pernambouco est le point d'arrivée de toutes les provenances européennes. Cette ville est à dix jours de Bordeaux et à huit de Lisbonne, par les bateaux les plus rapides.

Elle est aussi un point relativement central pour la province du Brésil Nord.

De plus, les environs sont très bien desservis par les chemins de fer et bientôt par les tramways électriques. C'est ce qui nous a portés à établir dans un de ses faubourgs le Noviciat et la maison provinciale.

A cet effet, une fort belle maison qui devait servir en même temps de Collège fut achetée, il y a trois ans, à Ponte d'Uchoa, l'un des beaux quartiers de Pernambouco. Elle est située au milieu d'un vaste clos bien ombragé qui en rend le séjour fort agréable.

Mais la divine Providence, toujours admirable dans ses voies, nous fit comprendre d'une manière bien sensible que le Noviciat, alimenté principalement par des Européens, serait peut-être mieux placé dans un endroit plus solitaire, assez éloigné de la grande ville et au grand air.

Du reste, l'on ne tarda pas à s'apercevoir que la maison était trop petite pour les deux oeuvres. Elle fut donc exclusivement affectée au Collège, et Ie Noviciat fut transféré à Apipucos, quartier plus tranquille et plus indépendant, situé à dix kilomètres de Pernambouco, dans la direction de l'ouest.

Disons maintenant quelques mots sur l'œuvre de Ponte d'Uchoa comme Collège.

Nous arrivons là, venant du Maranhào, avec le cher Frère Provincial le 21 novembre, fête de la Présentation de la Sainte Vierge, à 8 heures du matin, et nous allâmes directement à la chapelle où le saint sacrifice venait de commencer.

Quelle bonne impression j'ai gardée des 75 élèves qui s'y trouvaient, entendant pieusement la messe ! Au moment de la communion, avec une ferveur admirable et dans un ordre parfait, tous se sont approchés de la sainte Table. On se serait cru au milieu de nos Juvénistes, tant ces enfants étaient recueillis et édifiants.

Ce jour-là le Collège clôturait sa deuxième année et les vacances allaient commencer le lendemain. Les élèves avaient voulu - avant de quitter cette chère maison où ils se plaisent tant parce qu'ils y sont très bien soignés - se nourrir du pain des forts et se mettre sous la protection de la Très Sainte Vierge.

Leur nombre, qui va croissant chaque année, dira la prospérité du Collège. Il y eut 35 élèves la première année et 75 la deuxième. Pour la troisième, à en juger par les présences actuelles le nombre s'élèvera facilement à 120. La proportion des pensionnaires est de moitié. La Communauté comprend sept Frères.

Dans une ville où les Institutions de ce genre sont si multipliées, c'est un beau résultat. Malheureusement, dans la plupart de ces établissements, les jeunes gens reçoivent un enseignement tout imprégné de positivisme, quelquefois irréligieux. Quel bien on pourra faire aux enfants des familles distinguées qui semblent nous accorder de plus en plus leur confiance, quand le Collège aura atteint son plus haut degré de prospérité ! La progression ascendante du chiffre des élèves semble nous le promettre pour un avenir relativement rapproché. Il faut ajouter que les Frères ont su, dès le début, par leur dévouement et leur zèle industrieux autant que par leur rare savoir-faire, s'attirer la sympathie des élèves et gagner la confiance des familles ; avec cela, le grand moyen de la prière qui très certainement leur a attiré les bénédictions du Ciel.

La Sainte Vierge est la patronne de la maison : c'est le Collège de l'Immaculada.

Il y a trois ans nous désirions ardemment avoir Noviciat et Collège à Pernambouco et nous confiions ce double projet à notre « Ressource Ordinaire », en l'accompagnant de ferventes prières. Nos désirs d'alors sont une réalité aujourd'hui. Les deux oeuvres, quoique modestes encore, semblent promettre de bons résultats pour l'avenir. A Marie Immaculée notre reconnaissance et notre amour !

 CAMARAGIBE.

 A 15 kilomètres de Pernambouco, et dans la direction de l'ouest, se trouve le bourg de Camaragibe, qui peut compter 4.000 habitants.

Cette localité, grâce à sa situation sur un petit monticule, se trouve dans d'excellentes conditions au point de vue hygiénique.

Elle doit son importance et le bien-être matériel dont jouissent ses habitants à une florissantes fabrique de tissus de coton, fondée en 1891, par le docteur Carlos Alberto de Menezes, homme éminent, aussi remarquable par sa belle intelligence que par sa rare piété. Ce grand chrétien fut ravi à l'affection des siens le 1ier novembre 1904, à l'âge de 49 ans, non toutefois sans avoir eu la bien douce consolation de doter son pays d'une école congréganiste pour les enfants de ses ouvriers.

C’est en juin 1904 que les Frères arrivèrent à Camaragibe. Un Supérieur d'une Congrégation amie,  consulté par M, le docteur Carlos à propos du choix du personnel pour la fondation de son école, lui dit : « Adressez-vous aux Frères Maristes. Ils répondront sûrement à vos désirs et vous donneront pleine satisfaction ».

Grâce à Dieu, le pronostic s'est bien réalisé.

Dès la première année, les classes comptaient 68 élèves, entre les nombreux jeunes gens qui suivaient les cours du soir et auxquels on enseignait aussi la religion, afin de préparer à la première Communion ceux qui ne l'avaient pas encore faite.

Depuis lors le chiffre s'est élevé à 125 et semble devoir s'y maintenir, car c'est tout ce que l'on peut avoir dans ce milieu. Quatre Frères sont employés là.

Indépendamment des classes du jour, il y a encore les cours du soir, suivis par un certain nombre de jeunes ouvriers : de 50 à 60 environ.

Les Frères font un grand bien à ces enfants. J'ai eu le plaisir de constater déjà, lors de ma première visite, que dans les classes régnait à un haut degré cet esprit de famille qui fait aimer l'école et attache pour toujours les élèves aux professeurs. Quand les enfants ont terminé leurs études primaires, ils sont admis à la fabrique. Mais bien qu'ils aient quitté l'école, ces jeunes ouvriers élevés par les Frères, ne cessent pas pour cela les relations avec leurs anciens maîtres. Ceux-ci profitent de -ce contact pour continuer leur apostolat auprès de cette Jeunesse. Dans ce but, et pour conserver ces enfants dans leurs bonnes dispositions, une Association sous le patronage de Saint Louis de Gonzague, a été fondée, il y a quelque temps.

Au début elle comptait 50 membres et se composait de deux groupes :

1. - Les enfants qui suivent encore les classes.

2. - Ceux qui les ont quittées pour aller à l'atelier.

Plusieurs fois la semaine, ces jeunes gens se réunissent dans une des salles de l'école, spécialement affectée à l'Association, sous la présidence d'un Frère, et là, ils se livrent à des jeux innocents, font des lectures intéressantes ou assistent à des instructions pratiques, selon les besoins et les circonstances.

D'autres fois, ce sont de paternelles recommandations qui leur sont faites ou de charitables avis qui leur sont donnés. Ils sortent meilleurs de ces réunions, bien disposés à être avant tout des catholiques pratiquants, des ouvriers modèles ; en un mot, des apôtres dans le milieu où ils se trouveront.

Le premier vendredi du mois, avant d'aller au travail bon nombre d'entre eux entendent la messe et font la sainte communion, retardant ce jour-là volontiers leur déjeuner jusqu'à neuf heures, pour satisfaire leur dévotion envers le Sacré Cœur de Jésus. Naturellement, dans une atmosphère si religieuse et un milieu très favorable, on doit trouver des vocations : car les mêmes causes produisent généralement les mêmes effets, quels que soient les pays et les climats. Sous ce rapport, Camaragibe mérite la mention Bien. Cette maison, en effet, outre les vocations sacerdotales nous a valu déjà quelques bons sujets et tout nous porte à croire qu'il y en aura encore d'autres sous peu.

Les Frères sont en tout point à leur affaire. Ils ont l'estime de M. le Gérant de la Compagnie, M. le docteur Collier, gendre de M. de Menezes, continuateur de son oeuvre et fervent chrétien comme lui : on le voit chaque matin à la Ste messe et à la Table Sainte, ainsi que tous les membres de son honorable famille. Quel admirable exemple !

il est tout dévoué aux Frères Maristes, ainsi que M. J'aumônier. Mais ce dévouement, qui se montre en toute circonstance, s'est tout particulièrement manifesté Ion de nos malheurs en 1910, quand la maladie et la mort éprouvèrent, comme on sait, notre Noviciat à ses débuts. Qu'ils reçoivent ici, l'un et l'autre, l'expression de notre sincère reconnaissance pour tant -et de si bons services rendus 1 On en gardera toujours le souvenir ému  !

 MACEIO.

 Au sud de Pernambouco et à une distance de 450 kilomètres en chemin de fer, se trouve Maceio, jolie ville de 50.000 âmes, sur l'Atlantique.

C'est aussi un port de mer naturel, où plusieurs bateaux européens et brésiliens font escale toutes les semaines, écoulant ainsi facilement les produits de l'Etat d'Alagôas dont Maceio est la capitale.

Les Frères arrivèrent à Maceio le 19 janvier 1905, après avoir arrêté avec l'Evêque, Monseigneur Don Antonio Brandao, les conditions de fondation du « Collegio Diocesano ».

Le 7 février suivant ils commencèrent les classes avec 20 élèves. Ce nombre s'éleva à 60 en trois mois. A la fin de l'année on en avait 92, internes compris. Depuis, ce chiffre est monté à 115 et s'y est maintenu jusqu'en 1909.

Dès leur arrivée, les Frères trouvèrent des familles bien sympathiques au sein de cette population. Les enfants se montrèrent dociles ; mais difficilement on pourrait se faire une idée juste de l'ignorance religieuse dans laquelle ils étaient plongés.

Le premier et principal soin des nouveaux maîtres fut d'organiser les catéchismes préparatoires à la première Communion. Sur 60 élèves, à peine y en avait-il cinq ou six qui eussent accompli l'acte le plus important de la vie d'un chrétien. La plupart des autres ne connaissaient pas même le sacrement de l'Eucharistie et, imitant en cela certains juifs contemporains de Notre-Seigneur, plusieurs s'éloignèrent quand on leur parla de la réception des sacrements.

Il fallut du dévouement pour instruire et convaincre. On se mit résolument à l'œuvre et par un labeur quotidien, on obtint, après quelques mois, des résultats bien satisfaisants. Le jour solennel arriva. Monseigneur lui-même voulut présider la touchante cérémonie de la première Communion, à laquelle assistèrent M. le Gouverneur, les Parents des enfants et plusieurs invités, amis de leurs familles.

L'ensemble de cette belle fête laissa une pieuse impression dans tout le pays : les journaux de la ville s'en firent l'écho.

Les Frères étaient déjà bien posés à Maceio ; car, indépendamment de l'enseignement religieux, le publie avait encore pu juger de la valeur professionnelle des nouveaux maîtres par les bons résultats rapidement obtenus dans les sciences profanes.

Les élèves étaient contents et avaient pris goût au travail. Ils aimaient les Frères et, à leur manière, faisaient l'éloge de leur dévouement soit en ville, soit au sein de leurs familles.

Nous avons dit que le chiffre de 115 élèves s'était maintenu jusqu'en 1909. A cette date, par un concours de circonstances qu'il serait trop long d'énumérer ici, et malgré l'admirable dévouement des Frères pour maintenir leurs positions et donner pleine satisfaction aux parents, le nombre des élèves fléchit considérablement. Pendant deux ans le Collège fut assez réduit : à tel point qu'il ne parvint pas à couvrir ses frais durant cette période décroissante. Mais en 1912, une augmentation très sensible s'est produite.

On est arrivé au chiffre de 125. La suppression des équiparations, qui a porté un préjudice considérable à nos grands collèges, a été, en partie, pour celui de Maceio, la cause de cette augmentation. Cela se comprend. Les élèves trouvent là les mêmes avantages que dans les grands établissements. Du reste, les cours y sont très bien organisés : outre la branche du commerce, il se fait du très bon travail dans les deux enseignements primaire et secondaire.

Cette année s'annonce meilleure encore. Il y a tout lieu d'espérer un chiffre de 140 élèves. La maison actuelle est trop petite pour recevoir tous ces enfants ; mais on s'occupe très activement d'une installation plus vaste et plus commode, dans un immeuble bien situé où l'on pourra, selon le désir plusieurs fois exprimé, avoir une chapelle et posséder Notre-Seigneur Jésus-Christ. Tout porte à croire que ce projet sera réalisé à la fin de l'année, au grand contentement des Frères.

Ainsi, avec une maison indépendante et spacieuse, on aura en plus le service religieux assuré dans l'établissement.

Quel immense avantage dans cette localité où chaque matin, après la méditation, les Frères sont aux écoutes pour savoir où ils pourront entendre la messe.

En effet, rien n'est assuré de ce côté par les prêtres séculiers qui vont dire leur messe dans les églises souvent assez éloignées et là où ils sont payés. Il a fallu toute la bonne volonté des Frères, dans un pays où la chaleur est extrême, pour parcourir parfois de longues distances afin de satisfaire à cet impérieux besoin d'entendre la messe et de faire la sainte communion tous les jours. Il leur arrive même quelquefois de sacrifier leur déjeuner lorsque la messe est dite à une heure tardive, car dès le retour il faut entrer en classe dans ces cas-là.

Cette conduite prouve leur dévotion à la Sainte Eucharistie et leur tendre amour envers Notre-Seigneur Jésus-Christ. Elle est aussi un témoignage de leur excellent esprit religieux. Avec de telles dispositions no-, Frères font certainement le bien auprès des enfants. Il est consolant de le constater.

Daigne le Divin Maître, en venant prendre possession de la place d'honneur qui lui est réservée dans la nouvelle installation, répandre sur le « Collegio Diocesano » ses plus abondantes bénédictions  !

 BAHIA (N. S. da Victoria).

 Il faut 24 heures en bateau pour se rendre de Maceio à Bahia. Avec le cher Frère Provincial, nous arrivions dans cette ancienne capitale du Brésil le 14 décembre au matin. Par une délicate attention, une lanche[16]spéciale, mise gracieusement au service des Frères pour la circonstance, vint nous prendre au large. A 10 heures nous étions chez nos Frères du Gymnasio da Victoria.

Nous reçûmes là, comme partout, l'accueil le plus affectueux. Dès la première entrevue, on put remarquer l'esprit filial de cette excellente Communauté, heureuse de recevoir ses Supérieurs et de leur témoigner, en même temps que sa respectueuse sympathie, son sincère attachement. Un de ses membres, se faisant l'interprète des sentiments de tous, nous le dit fort gentiment en des termes d'une exquise délicatesse.

Depuis l'achèvement des dernières constructions, nous avons à Bahia un bel établissement, avec chapelle suffisamment vaste et fort convenable.

Comme on le sait déjà, le Collège est situé dans un des plus beaux quartiers de la ville. Il est complètement indépendant, au milieu d'un enclos rectangulaire où poussent à plaisir les bananiers, les papayers, les manguiers et autres arbres des tropiques dont les fruits sont toujours si appréciés. Les cours de récréation sont particulièrement remarquables. Par les grands arbres qui les ombragent, ce sont de véritables salles d'ombre qui rendent ce séjour délicieux à toutes les époques de l'année.

Les élèves ont, en général, très bon esprit. Ils aiment leurs maîtres. On pourrait citer plusieurs faits, même récents, qui le prouvent éloquemment.

La Communion fréquente est en honneur au Collège. Celle du 1iervendredi de chaque mois revêt un caractère de solennité qui laisse toujours une excellente impression.

On trouve là plusieurs congrégations établies : naturellement c'est l'élite du Collège qui en fait partie. Un Frère est chargé de la direction.

Indépendamment de l'instruction religieuse donnée dans leurs classes respectives, les élèves assistent encore toutes les semaines, à une conférence qui leur est spéciale, faite par un Père franciscain de grand renom. Ce complément d'enseignement religieux, pratique avant tout et fort bien goûté du jeune auditoire, semble produire de bons résultats pour le présent et pour l'avenir, auprès de cette chère jeunesse, si riche d'espérance ! Quel immense avantage pour les familles de trouver là ce qu'on est loin de rencontrer dans les établissements officiels  !

Au point de vue des sciences profanes, il se fait du bon travail au Collège, ainsi qu'en témoignent les élèves admis ces derniers temps à l'école Polytechnique ou à la Faculté de droit, pour ne parler que de ces deux spécialités.

Depuis longtemps il est question de former une Association des anciens élèves. C'est indispensable si l'on veut faire œuvre durable auprès de ces jeunes gens appartenant pour la plupart à des familles distinguées. On s'en occupe sérieusement. Le projet, bien mûri, sera mis à exécution avant la fin de l'année.

Cependant, ainsi que nous l'avons fait remarquer à propos de Maceio, la suppression des équiparations a fait perdre quelques élèves aux Collèges qui jouissaient de cet avantage. Celui de Bahia était de ceux-là.

De plus, la récente installation d'un nouveau et grand Collège religieux au cœur même de la ville - celui des Jésuites chassés de Portugal - a coûté également quelques unités au Gymnasio.

Il faut bien le reconnaître, si le Collège N. S. da Victoria est très bien situé au point de vue hygiénique, il n'est ni bien central, ni bien desservi par les tramways. Or, au Brésil, tout spécialement, ces deux avantages ont une importance capitale pour le recrutement des Collèges.

Néanmoins, il y a tout lieu de croire que cette maison remontera au chiffre des meilleures années. Tout le fait espérer : l'éducation chrétienne qui y tient le premier rang ; la forte organisation des études avec programmes modifiés ; la discipline ferme mais paternelle qui y règne et, par-dessus tout cela, le dévouement des Maîtres. Que n'aurions-nous pas à dire à ce sujet ?

On voit là des Frères qui ne reculent devant aucun sacrifice pour assurer la prospérité du Collège. Bien qu'ils soient surchargés, on les trouve toujours disposés à accepter un supplément de travail, à remplacer un professeur absent, à soulager un confrère fatigué dans n'importe quel emploi. Ils possèdent à un haut degré cet esprit de famille essentiellement mariste, qui prévient les besoins et porte à s'offrir généreusement, sans attendre un ordre, difficile à donner dans certaines circonstances délicates. Quelle consolation pour un Directeur, pour un Supérieur d'avoir des hommes de cette trempe ! Quelles précieuses ressources ils offrent pour la bonne marche et le succès de nos oeuvres ! C'est assurément un gage de prospérité pour une maison, ainsi que nous l'enseigne l'histoire de notre Institut.

De tels exemples ont leur éloquence et ils sont suggestifs au sein de nos Communautés.

Ils n'échappent pas non plus aux personnages clairvoyants, bien à même d'en apprécier la valeur et la haute portée. Monseigneur l'Archevêque de Bahia, primat du Brésil, toujours très sympathique aux Frères et plein d'estime pour eux, est bien de ceux-là. Son Excellence a daigné nous rendre visite en la fête de Noël et nous témoigner son admiration pour l'œuvre des Frères, proclamer le bien qu'ils font en nous exprimant toutefois un vif désir : celui de voir multiplier les Collèges des Frères Maristes dans son diocèse.

Chaque année, Son Excellence daigne venir présider la séance de fin d'année, ayant à ses côtés M. le Gouverneur, M. l'Intendant et autres personnages de marque.

La présence de ces hautes notabilités en cette circonstance solennelle prouve combien l'œuvre des Frères est sympathique. C'est un éclatant et solennel hommage rendu à leur dévouement.

Que ce soit aussi un puissant motif pour eux de mériter de plus en plus cette confiance et cette estime qui les honorent, par le parfait accomplissement de tous leurs devoirs et comme religieux et comme éducateurs.

 BAHIA (S. Pedro).

 Indépendamment du Collège N. S. da Victoria, nous avons encore à Bahia, dans les annexes de la cathédrale, une école qui compte 75 élèves dont un certain nombre sont reçus gratuitement. C'est l'école S. Pedro, la première que les Frères aient ouverte en arrivant à Bahia, en 1904, et que l'on a maintenue à la prière de l'Archevêque et de MM. les chanoines, ces dignitaires ayant pu apprécier eux-mêmes dans maintes circonstances tout le bien qui s'y fait.

Deux Frères dépendant du Collège da Victoria sont affectés à cette école.

C'est plutôt un ministère de charité en faveur d'un certain nombre d'enfants pauvres que l'on admet là et auxquels on accorde le bienfait de l'enseignement primaire et de l'instruction religieuse.

A cause du milieu peu favorable où vivent ces enfants, leur formation offre peut-être plus de difficultés qu'ailleurs. Malgré cela, les Frères se plaisent avec ces enfants et leur zèle obtient là encore des résultats bien consolants. On voit, particulièrement à l'époque des premières communions, s'opérer de véritables transformations morales. Plusieurs enfants sont devenus, à la suite de ce grand acte, des élèves modèles par leur piété et leur docilité.

Ils ont fait la consolation de leurs maîtres qui fondent sur eux les meilleurs espérances pour l'avenir.

Avec un personnel plus nombreux on pourrait avoir là une oeuvre fort intéressante et réalisant un grand bien. Que Dieu nous donne beaucoup d'ouvriers apostoliques  !

 ALAGOINHAS.

 Alagoinhas est une ville de 25.000 habitants, située dans l'intérieur de l'Etat de Bahia, distante de 120 kilomètres de la capitale et reliée à cette dernière par une voie ferrée !

Son climat est sain. L'été y est chaud, mais non extrême, avec des nuits toujours fraîches. Le Collège, sous le vocable de « Maria Immaculada », compte 115 élèves en y comprenant les internes.

On est profondément édifié en écoutant ces enfants faire la prière ou dire le chapelet : c'est la piété, la ferveur et le recueillement que l'on rencontre dans nos maisons de formation. Il est consolant de constater aussi que la leçon la mieux goûtée est bien celle du Catéchisme.

Dans des conditions si favorables, les vocations religieuses doivent germer, se développer et éclore. C'est précisément ce qui s'est produit. Quatre élèves de ce modeste Collège sont au Noviciat d'Apipucos. L'un d'entre eux a déjà pris l'habit religieux à la dernière Vêture.

La Communauté d'Alagoïnhas, composée de cinq Frères, n'est pas bien riche. Elle boucle assez péniblement son budget chaque année. Mais, par contre, on trouve là aussi des religieux modèles qui rappellent les premiers disciples du Vénérable Fondateur par leur simplicité, leur esprit de famille, leur piété, leur dévouement et leur amour pour l'Institut. On est heureux de rencontrer de si belles âmes, visiblement bénies de Dieu, qui leur accorde le centuple des consolations promises aux serviteurs fidèles. Là se réalisent pleinement ces paroles de la Sainte Ecriture : « Qu'il est beau, qu'il est agréable pour des Frères d'habiter ensemble ! »

Ils font le bien sans bruit, s'acquittent parfaitement de leur emploi et vivent en parfaits religieux. Voilà bien, en trois mots, le résumé de leur histoire. Elle n'est pas longue ; mais on n'en saurait lire de plus intéressante.

Quand on écrira le « Livre d'Or » de la Congrégation, composé des plus beaux actes de dévouement accomplis dans l'Institut, les Annales d'Alagoînhas fourniront certainement une belle page.

 PERNAMBUCO (Noviciat d'Apipucos).

 Quelques mots maintenant sur la maison de Noviciat d'Apipucos, que nous avons réservée pour la fin.

Depuis deux ans, Apipucos est le chef-lieu de la Province du Brésil Nord avec son Noviciat et la résidence du cher Frère Provincial.

C'est un bourg de 3.000 habitants, à 10 kilomètres de Pernambouco. Un chemin de fer le relie à la capitale : ce qui facilite les communications avec cette grande ville où l'on a si souvent affaire.

Difficilement on aurait pu trouver dans la région un site plus agréable et qui répondît mieux aux besoins d'une maison de Noviciat avec les différents services qu'elle comporte. Il y a de l'espace, de l'air et de l'indépendance.

Au point de vue hygiénique, la propriété d'Apipucos, d'une contenance de plus de 3 hectares, paraît se trouver dans de bonnes conditions, grâce à sa situation sur le sommet d'une colline. En outre, les forêts qui l'avoisinent et les vents d'est qui y soufflent régulièrement, tempèrent considérablement l'ardeur du soleil. De plus, elle est couverte de grands arbres qui donnent, outre leurs fruits, un bel ombrage. Avec quelques transformations, on pourra avoir des salles d'ombre superbes, c'est-à-dire des cours de récréation fort commodes.

Elle offre encore un panorama splendide du côté de la mer : le spectateur a d'abord devant lui un terrain un peu ondulé, couvert de verdure, au milieu duquel se dessinent quantité de villages avec leurs églises aux couleurs voyantes ; puis la ville de Pernambouco dont on distingue assez bien les principaux monuments ; et enfin, l'Océan, qu'on ne peut se lasser de contempler, avec le mouvement de va-et-vient des vaisseaux qui entrent au port ou en sortent.

Nous sommes actuellement en location à Apipucos. Si Dieu veut bien bénir nos projets, nous pourrons bientôt nous installer là définitivement et plus au large, car la maison est de beaucoup trop petite.

C'est le 21 novembre, après avoir rapidement visité Ponte d'Uchoa, que j'ai eu le bonheur de voir cette chère Communauté. A mon arrivée, Frères et Novices étaient réunis devant la façade principale de la maison. Ce fut l'accueil le plus empressé et la réception la plus enthousiaste. Après le premier salut si affectueux et les souhaits de bonheur échangés, on se rend à la chapelle pour la Bénédiction du Saint Sacrement, retardée pour la circonstance. Dans le saint lieu, c'est l'ornementation des grands jours de fêtes. Les chants liturgiques sont fort bien exécutés. Avec quel bonheur je m'unis à la Communauté dans le chant solennel du beau cantique d'actions de grâces, le Magnificat

Après la cérémonie religieuse, réunion dans la salle de réceptions, enguirlandée et ornée, à cette occasion, d'oriflammes et de tableaux de bon goût. Là, dans l'intimité de la famille, le bon Frère Directeur, au nom de tous, nous souhaite la bienvenue.

Quelles douces émotions j'ai éprouvées en voyant pour la première fois cette maison de formation désirée depuis longtemps, objet de tant de sollicitudes de la part du cher Frère Provincial et des membres de son Conseil et qui nous a coûté bien des sacrifices, comme toutes les oeuvres de Dieu ! Naturellement le souvenir du premier Directeur, Frère Romualdus, est revenu à toutes les mémoires, aussi bien que le généreux sacrifice qu'il fit de sa vie pour le salut de l'œuvre.

Quel bonheur aussi de revoir nos anciens Juvénistes de Pontos, fondateurs du Noviciat et devenus, après trois ans, de pieux et fervents Novices, ainsi que leurs braves condisciples brésiliens, et se préparant aux luttes de l'avenir, c'est-à-dire à l'apostolat de l'enseignement par la prière et le travail.

Ils sont animés des meilleures dispositions et contents dans leur saint état. Oui, ils prient bien. Je l'ai constaté à la chapelle comme dans la salle d'exercices. Ils travaillent tout aussi bien. D'ailleurs les progrès réalisés et les meilleures notes obtenues aux examens trimestriels nous l'ont prouvé.

On n'est pas encore bien nombreux au Noviciat d'Apipucos - une vingtaine de jeunes gens seulement. C'est peu relativement aux pressants besoins de la province et aux nombreuses demandes de fondations qui nous sont adressées. Mais le Juvénat de Sangano se développe. Là aussi il se fait du bon travail de formation.

Bientôt un petit groupe de fervents juvénistes ira renforcer le Noviciat et grossir le nombre des postulants appelés à la prochaine Vêture. Comme ils seront bien accueillis dans ce pieux asile du bonheur et de la paix, où un zélé et saint prêtre au cœur d'apôtre, M. le Chanoine Deslandes, assure le service religieux et donne une bonne direction spirituelle avec un dévouement vraiment admirable !

Il me resterait à dire un mot de la retraite qui a eu lieu du 1ierau 8 décembre et qui s'est clôturée par une Vêture de six postulants. Mais je crois vous avoir fait connaître, Mon Très Révérend Frère, par lettres particulières, les bonnes dispositions des retraitants au nombre de 50, et les consolations qu'elles nous ont procurées, au cher frère Provincial et à moi. Il en a été de même de celles du Para et de Bahia. On peut attendre d'heureux fruits de ces saints exercices et pour les Frères et pour la mission qui leur est confiée,

En terminant, je dirai qu'il y a lieu de bénir le Seigneur de la bonne marche de la petite province du Brésil Nord.

Elle a maintenant ses deux maisons de formation, Noviciat et Juvénat, qui lui assureront le recrutement nécessaire pour maintenir ses positions et accepter bientôt d'autres fondations.

Les Frères se livrent à l'étude, s'occupent sérieusement de leur tâche et donnent des soins assidus à l'enseignement chrétien. Ils s'entre aident et l'union règne parmi eux.

Il y a mieux que cela, ainsi que j'ai eu le plaisir de le constater sur place et de le mentionner dans ce court exposé : nombre d'entre eux ont compris que des vertus communes et un dé­vouement ordinaire étaient insuffisants pour remplir leur difficile mission et lutter avan­tageusement dans les positions qu'ils occupent.

Aussi rencontre-t-on chez eux une foi profonde, une piété solide, une constance que rien ne lasse et une confiance sans bornes en Notre-Seigneur et sa Sainte Mère. Avec de telles dispositions on doit nécessairement faire arriver une oeuvre, une classe, une maison à son plus haut degré de prospérité possible.

Souhaitons vivement que tous nos Frères emploient ces puissants moyens de succès. Très certainement il en résultera un grand bien pour l'Institut et ses oeuvres.

                         Frère Flamien.

 

Nos DÉFUNTS.

 F. JEAN DE RIETTI, Profès perp., décédé à Sâo Paulo (Brésil), le 8 janvier 1913.

F. CHARLES-DE-SEZZE, Profès perp., décédé à Auckland (Nouvelle-Zélande), le 26 janvier 1913.

F. PHILANGE, Stable, décédé dans la Province de Saint-Paul-Trois-Châteaux, le 1ierfévrier 1913.

F. VÉNÉRAND, Stable, décédé à Saint-Genis-Laval (Rhône), le 4 février 1913.

F. LOUIS-HONORE, Profès perp., décédé dans la Province d'Aubenas, le 7 février 1913.

F. MARIE-ERmiN, Profès perp., décédé à Saint-Genis-Laval (Rhône), le 13 février 1913.

F. MAXIMIEN, Profès perp., décédé, à Saint-Genis-Laval (Rhône), le 18 février 1913.

F. SYMILIEN, Stable, décédé dans la Province d'Aubenas, le 23 février 1913.

F. SEVERIN, Profès perp., décédé à Varennes (Allier), le 24 février 1913.

F. MARIE-RUFINIEN, Profès perp., décédé à Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), le 25 février 1913.

F. HUMILIS, Stable, décédé à Gohissart-les-Jumet (Belgique), le 5 mars 1913.

F. ADHÉRIT, Profès perp., décédé à Varennes (Allier), le 13 mars 1913.

F. GRACILIEN, Profès perp., décédé à Varennes (AI lier), le 14 mars 1913.

     MARTELLI Maurice, Juvéniste, décédé à Marcos-Juarez (Argentine), le 14 mars 1913.

F. PATERNE, Profès perp., décédé à Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), le 18 mars 1913.

F. SEPTIMUS, Stable, décédé à Callao (Pérou), mars 1913.

F. GUERRIC, Profès perp., décédé à Notre-Dame de l'Hermitage (Loire), le 29 mars 1913.

F - MARIE-EUGÈNE, Stable, décédé à Saint-Hyacinthe (Canada), le 1ieravril 1913.

F. ROMUALD, Profès perp., décédé dans la Province d'Aubenas, le 8 avril 1913.

F. JOSEPH-THÉODOSE, Profès temp., décédé à Anzuola (Espagne), le 15 avril 1913.

 

La présente circulaire sera lue dans toutes nos Communautés à l'heure ordinaire de la lecture spirituelle.

Recevez, M. T. C. F., la nouvelle assurance de mon religieux et paternel attachement en Notre-Seigneur.

                                Frère Stratonique.

---------------------------------------------

 


 

[1] : 2 février 1913.

[2] : Ps. CXVIII, 34-35.

[3] : Art. 103, Direct. Général.

[4] : Mach. IV, 36.

[5] : St Luc, IX, 23.

[6] : 2 février 1913.

[7] : Bienheureuse Mère Barat.

[8] : Circul. Du Fr. François, 21 décembre 1851.

[9] : Fr. Louis-Marie, Instruction sur l’enfer, 8 décembre 1878.

[10] : Imit. I, 1, 12.

[11] : Direct. Général, art. 103.

[12] : Imit. de J. C., XXXII, 4.

[13] : Circ. 2 février 1913.

[14] : Vie du f. Jean-Baptiste, Edition 1989, page 129. NDLR.

[16] : Il doit s’agir d’un moyen de locomotion…. NDLR.

3564 visits