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Marist Calendar - May

Circulaires 231

 

Br. Stratonique
24/05/1910 - Vol. XI, n. 15
Circular 231

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Annonce des retraites. - Fruit pour les retraites. - Visite du R. F. en Syrie et en Turquie. - Visite du C. F. Flamien au Brésil septentrional. - Election d'un Provincial. - Second noviciat. - Notre formule de salut fraternel. - Cause du V. Champagnat. - Faveurs attribuées au V. Champagnat. -Défunts.

231

Circ. Sup. 10.2

 V. J. M. J.

                                                                                                   Grugliasco, le 24 mai 1910.

                                                                                        Fête de Notre-Dame Auxiliatrice.

      Mes Très Chers Frères,

La retraite dite du Régime aura lieu, cette année, du 19 au 26 juin, en notre maison de Grugliasco. Y prendront part les Membres du Conseil Général, le C. F. Econome Général, le C. F. Secrétaire Général, le C. F. Procureur Général près le Saint-Siège, les Frères Provinciaux d'Europe et autres Frères qui y seront spécialement convoqués.

Parmi nos retraites annuelles, plus nombreuses aujourd'hui que jamais dans l'Institut, celle du Régime a évidemment une importance exceptionnelle; le premier paragraphe de l'article 207 de nos Constitutions nous le dit clairement. Qu'on fasse des prières continuelles, y est-il dit, pour obtenir de Notre-Seigneur par l'intercession de sa sainte Mère, pour les Supérieurs dont la vertu et la sainteté importent si fort au bien de tout le corps.

Cette recommandation de prier en tout temps pour les Supérieurs s'applique évidemment d'une manière toute spéciale à la huitaine pendant laquelle ils sont appelés à se livrer aux saints exercices de la retraite.

J'invite tous les Frères de l'Institut, les novices, les postulants et les juvénistes à avoir une intention spéciale pour cette retraite, dans leurs prières et communions, ainsi que dans tous les actes de vertu qu'ils pratiqueront depuis le 19 juin jusqu'au 26.

Les Frères Directeurs voudront bien se faire un devoir de rappeler, au moment voulu, cette intention à leurs Communautés respectives.

Dans les diverses provinces, les retraites auront lieu aux dates indiquées par les Chers Frères Provinciaux et dans les maisons qu'ils désigneront.

Conformément à l'article 102 du Directoire Général, on se préparera à la retraite par une neuvaine à la Très Sainte Vierge. Les Frères Provinciaux détermineront en quoi elle devra consister et à quelle date elle devra commencer.

Les Grands Exercices de saint Ignace, qui, d'après l'article 32 des Constitutions, doivent servir de préparation à l'émission des vœux perpétuels, auront lieu aux dates qu'indiqueront les Frères Provinciaux et dans les maisons qu'ils désigneront.

 N'en doutons pas, M. T. C. F., Notre-Seigneur de­mande et attend de nous que nous tirions tout le fruit possible et de nos retraites annuelles et des Grands Exercices. C'est pourquoi il importe beaucoup qu'on ne néglige aucun des moyens pratiques qui pourront contri­buer à obtenir ce précieux résultat.

 Tous ceux qui ont mission d'organiser ou de présider les retraites voudront bien prendre soigneusement et d'avance toutes les mesures nécessaires pour que tous les retraitants puissent s'occuper exclusivement du saint travail de la retraite pendant toutes  a durée.

Il y a lieu de citer ici l'article 104 du Directoire Général : « Les Frères regarderont la retraite comme une grande grâce, et, POUR NE PAS PERDRE UN INSTANT d'un temps si précieux, comme aussi pour éviter tout ce qui pourrait contrarier l'opération de la grâce, ILS METTRONT DE CÔTÉ TOUTE OCCUPATION et même toute pensée qui serait contraire à la retraite. »

J'appelle d'une manière particulière l'attention de tous sur les mots soulignés. 

FRUIT PRINCIPAL PROPOSÉ

pour les retraites de cette année. 

Après avoir prié et réfléchi, je me suis décidé à vous proposer le même que l'année dernière, à savoir, un accroissement d'ardeur pour travailler à la sérieuse imitation du Vénérable Père Champagnat, et cela comme préparation à la digne célébration du grand centenaire de 1917.

Ce ne sera pas trop de sept ans d'efforts généreux et constants de la part de tous nos religieux pour acquérir ou développer en eux les vertus qui ont brillé d'un si vif éclat dans notre Vénérable Père. Chacun devra travailler de son mieux pour arriver à penser et à agir comme pensait et agissait le Vénérable.

Ainsi tous nos Frères arriveront progressivement à devenir des copies de plus en plus ressemblantes du modèle proposé à notre imitation.

Il est à souhaiter que, dans ce but, chacun fasse en son particulier une étude approfondie de la seconde partie de la vie du Vénérable. Ce ne serait pas trop de refaire cette étude complète une fois chaque année jusqu'au centenaire. Les Frères Provinciaux et les Frères Directeurs voudront bien prendre les mesures convenables pour qu'il y ait un nombre suffisant d'exemplaires de la vie du Vénérable dans les établissements.

Vous constaterez, M. C. F., comme je l'ai constaté moi-même et comme bien d'autres l'ont constaté aussi, qu'on trouve toujours un nouveau charme et un réel profit spirituel à chaque fois qu'on relit attentivement ce précieux ouvrage.

Dans la circulaire du 25 avril 1909, je vous engageais à vous attacher de préférence à l'imitation du Vénérable considéré comme homme de prière, homme de règle, homme de zèle, homme de mortification et homme de dévouement.

Je sais que beaucoup d'entre vous ont pris grandement à cœur la réalisation de ce programme spirituel. Je m'en réjouis, j'en bénis le Seigneur et je vous en félicite, tout en vous exhortant à aller toujours de l'avant et avec un courage soutenu dans ce saint travail.

 L'esprit de foi étant fondamental dans la vie reli­gieuse et ayant été le principe de la grande sainteté de notre Vénérable Père, je vous engage tous, M. T. C. Frères, à travailler, tout particulièrement à la suite des retraites de cette année, à fortifier en vous cet esprit si nécessaire et en prenant pour guide et pour modèle le Vénérable Fondateur. Nous trouvons sa doctrine sur ce point dans presque tous nos livres ascétiques et plus particulièrement d  ans le chapitre 1ier de la seconde partie du Directoire Général et dans le chapitre 1ierde la seconde partie de sa vie. Je ne saurais trop recom­mander l'étude de cette doctrine. Les Frères Provin­ciaux et les Frères Directeurs sont invités à faire tout ce qui dépendra d'eux pour que les Frères placés sous leur direction alimentent leur esprit de cette doctrine ascétique si belle et qui nous convient si bien. C'est Dieu, nous ne devons pas en douter, qui l'a inspirée au Vénérable Fondateur pour qu'elle serve de guide à tous les Petits Frères de Marie qui se succèderont dans la suite des âges. 

VISITE A NOS PROVINCES DE SYRIE

ET DE CONSTANTINOPLE. 

Il m'est agréable, M. T. C. F., de vous donner quelques nouvelles très-sommaires de ma récente visite à nos deux provinces de Syrie et de Constantinople. Le voyage a duré exactement trois mois. Parti de Grugliasco le 16 février, j'y étais de retour sain et sauf, grâce à Dieu, le 15 mai au matin.

Je n'ignore pas que des prières ferventes et persévérantes ont été faites dans l'Institut à l'intention du Supérieur, afin d'obtenir la protection de Marie sur son voyage et d'attirer les bénédictions du Seigneur sur les visites qu'il allait faire pour accomplir l'article 142 des Constitutions.

Je me fais un devoir et un bonheur d'en exprimer ici à tous, mes meilleurs sentiments de reconnaissance. En plus d'une rencontre, nous avons été l'objet, mon socius et moi, d'une protection visible. Les prières faites à l'intention de ce voyage ont donc produit leur effet. Gloire et reconnaissance en soient rendues à Marie, notre céleste et bonne Mère ! Une fois de plus, Elle a montré qu'Elle prend un soin maternel et tout particulier de ses Petits Frères à travers les périls et sur terre et sur mer.

Déjà le Bulletin de l'Institut vous a donné quelques détails sur la première partie du voyage, c'est-à-dire sur les visites à nos Frères d'Italie, d'Egypte, de Palestine et de Syrie. Avant d'ajouter quelque chose à ce récit, laissez-moi vous rappeler la scène qui se passait à l’Hermitage, il y a juste 70 ans.

Au moment de terminer sa vie, tout à la fois si laborieuse, si éprouvée et si féconde, le Vénérable Père Fondateur adressa au Frère Louis-Marie en présence du Frère François ces paroles mémorables : « Allons, mon Frère, secondez le Frère François de tout votre pouvoir ; entendez-vous bien avec lui ; vous aurez beaucoup d'embarras, mais ayez confiance, le bon Dieu sera avec vous, car C'EST SON ŒUVRE QUE VOUS FAITES, avec son secours vous vaincrez tous les obstacles que l'ennemi pourra vous susciter. »

1 Après avoir visité nos établissements des deux provinces, après avoir vu les Frères à l'ŒUVRE, après avoir entendu les témoignages des autorités ecclésiastiques et civiles, je suis heureux de pouvoir faire savoir à tout l'Institut qu'on peut leur appliquer les paroles du Vénérable auxquelles je viens de faire allusion.

Oui, nos Frères, des provinces de Syrie et de Constantinople FONT L'ŒUVRE DE DIEU autant que cela leur est possible.

Aussi, mes eh-ers Frères, des deux provinces du Levant, c'est avec bonheur que je vous adresse ici les paroles du Vénérable Fondateur mourant: Ayez confiance, le bon Dieu est avec vous, car c'est son ŒUVRE que vous faites ; avec son secours vous vaincrez tous les obstacles que l'ennemi pourra vous susciter. 

1. - Province de Syrie. 

Oui, vous qui avez été placés par l'obéissance pour être les collaborateurs des RR. Pères Jésuites au Caire, à Beyrouth, à Zahlé et à Adana, vous FAITES L’ŒUVRE DE DIEU : les supérieurs de ces importants collèges m'en ont donné de précieux témoignages. Et d'ailleurs une des meilleures preuves que vous êtes de bons auxiliaires dans l'ŒUVRE si belle et si utile qu'ils accomplissent, c'est que, presque partout, on nous demande d'augmenter le nombre des Frères. 

*       *

Oui, vous faites l'ŒUVRE DE DIEU, vous, nos six Frères de Saida, qui travaillez avec un zèle visiblement béni d'En-Haut à faire régner Jésus-Christ dans un pays où domine si malheureusement l'islamisme et où l'hérésie protestante emploie avec profusion l'or et les propagateurs de l'erreur pour enrôler la jeunesse dans l'hérésie.

 Puisse Saint Louis, roi de France, patron de votre Ecole, bénir et faire promptement aboutir les projets d'agrandissement de vos locaux ! Il Sera si avantageux à la gloire de Dieu et au salut des âmes que vous puissiez donner asile aux enfants et jeunes gens qui s'annoncent comme devant venir en grand nombre vous demander le bienfait inappréciable d'une bonne éducation ! 

*       *

Oui, VOUS FAITES L'ŒUVRE DE DIEU, vous que la divine Providence a placés à Deir el Kamar, et qui, avec des ressources trop limitées, faites néanmoins, avec un zèle très louable, beaucoup de bien aux nombreux enfants et jeunes gens qui vous sont confiés. Oh! combien il fut consolant pour moi, le spectacle de vos nombreux élèves assistant pieusement à la sainte messe dans votre chapelle et faisant en grand nombre la sainte Communion que beaucoup d'entre eux ont le bonheur de recevoir chaque jour. 

*       *

Oui, VOUS FAITES AUSSI L'ŒUVRE DE DIEU vous, nos dix-sept Frères qui travaillez dans notre important Collège de Jounieh.

Je vous ai vus à l'ŒUVRE, fournissant tous une grand& somme de travail quotidien pour donner à vos nombreux élèves une instruction à la fois complète et solide, et surtout une excellente éducation telle que la demandent les temps difficiles dans lesquels nous vivons. Vous avez déjà pu constater que vous ne semez pas en terre stérile en mettant au premier rang de votre programme l'instruction religieuse, en inculquant à vos élèves de fortes convictions, en leur inspirant l'estime et l'amour de la Religion et en les habituant à en. pratiquer les devoirs.

Je n'ai pas oublié que, malgré des agrandissements récents, vous vous trouvez de nouveau à l'étroit. Il y a lieu d'en bénir le Seigneur plutôt que de s'en plaindre. Puisse la bonne Mère, qui a tant aidé le Vénérable Fondateur dans la fondation et le développement de notre cher Institut, vous faire triompher des divers obstacles qui pourront se rencontrer dans l'exécution des projets en vue. C'est Marie qui a tout fait chez nous, disait le Vénérable Fondateur. Que cette parole soit pour vous tout à la fois une indication et un motif de confiance. 

*      *

Que dirai-je de Gebail ? A peine l'établissement, vient-il de naître ; il en est à sa deuxième année. Des dix religieux qui forment le personnel, je puis dire qu'eux aussi FONT L'ŒUVRE DE DIEU. Les élèves sont venus plus nombreux qu'on ne l'espérait leur demander le grand bienfait d'une bonne éducation, et j'ai pu constater qu'on la leur donne avec beaucoup de zèle. La population manifeste hautement son attachement et son estime pour l'ŒUVRE, elle en désire le développement.

Là, dans cette antique Byblos, où régnait autrefois en maître le paganisme avec son cortège de vices dégradants, nos Frères font régner l'Evangile avec sa doctrine de sainteté. Puissent-ils être de plus en plus dignes de cette mission si belle, si agréable à Dieu et si utile aux âmes. 

*      *

Et vous, Frères de Batroun, avez-vous votre place dans le bon témoignage que je donne aux autres établissements de la province? Je n'ai pu passer que peu d'instants auprès de vous et de vos élèves. Néanmoins, je puis dire que j'ai rapporté de cette trop courte visite l'impression que vous aussi, vous FAITES L'ŒUVRE DE DiEu et que vous la faites avec beaucoup de zèle. Vous avez à lutter contre l'hérésie protestante, qui cherche à s'emparer de la jeunesse du pays pour l'entraîner dans l'erreur. C'est donc une ŒUVRE très importante, très -utile à l’Eglise et aux âmes que celle qui vous est confiée. Vous vous y dévouez de votre mieux et dans un local trop exigu où vous n'êtes que pour un temps bien limité. Puisse la divine Providence intervenir pour la réalisation du vif et légitime désir que vous avez de posséder une installation stable et plus vaste ! C'est un problème qui n'est pas facile à résoudre ; mais rien n'est impossible à Dieu : il n'est pas embarrassé pour trouver les moyens de réaliser les désirs qui ont pour but sa gloire et le salut des âmes. 

*      *

Frères d'Alep, de la grande et populeuse ville d'Alep (200.000 habitants), qui reçûtes la visite du Supérieur un jour plus tôt que 'vous ne l'attendiez (c'était Marie, notre Céleste gardienne qui avait ainsi disposé les choses. pour nous faire éviter un grave déraillement qui arriva au train par lequel il avait été d'abord convenu que nous vous arriverions), que faut-il faire connaître à l'Institut de votre établissement? FAITES-VOUS L'ŒUVRE DE DiEu dans cette grande capitale de vilayet? Ce que j'ai vu de mes yeux pendant ma visite et les témoignages qui m'ont été donnés par sa Grandeur Monseigneur Augustin, votre si digne, si zélé et si aimable archevêque, par Monsieur le Consul de France d'autres personnages,, tout m'est une bonne preuve que vous FAITES VRAIMENT L'ŒUVRE DE DIEU et que vous la faites bien auprès des enfants, en nombre toujours croissant, dont l'éducation vous est confiée.

Comme ailleurs et peut-être mieux qu'ailleurs, vous semez en bonne terre. La semence a déjà produit beaucoup de bons fruits pour la cause si chère à Notre-Seigneur, du salut des âmes. Des ŒUVRES spéciales fortement animées de l'esprit chrétien-catholique, et ayant pour but de préparer et de faciliter la persévérance, fonctionnent dans votre école, elles sont complétées par des ŒUVRES post-scolaires qui continuent l'ŒUVRE commencée.

Les vocations religieuses pour notre cher Institut ont germé sur la bonne terre de votre école, et j'ai eu le bonheur de constater que d'autres se préparent. Tout, cela n'est-il pas, à un haut degré, l'ŒUVRE DE DIEU ?

Et j'ai eu la joie, en arrivant à Grugliasco, de trouver une lettre de Sa Grandeur Monseigneur Augustin m'annonçant qu'une requête de sa part à la Sacrée Congrégation de la Propagande à l'effet d'obtenir l'autorisation de développer de plus en plus son ŒUVRE scolaire de garçons, a eu un plein succès.

Gloire à Dieu et félicitations à tous ceux qui collaborent à cette belle ŒUVRE ! 

*      *

Et vous, nos cinq Frères d'Achkout, vous attendez évidemment que je ne passe pas sous silence ma visite si courte et par un temps si froid à votre établissement.

Nous devons croire que c'est par une permission de la divine Providence que l'inclémence du temps et la quantité de neige qui couvrait le pays ont empêché vos élèves de venir à l'école ce jour-là.

Accepter avec esprit de foi la rigueur du climat et les autres difficultés qui se rencontrent dans les meilleures ŒUVRES et parfois entravent ou même arrêtent complètement leur marche, c'est aussi FAIRE L'ŒUVRE DE DIEU.

Fiat voluntas tua sicut in coelo et in terra !

Rien n'est aussi parfait sur la terre que l'accomplissement intégral de la volonté de Dieu, quelle qu'elle soit. 

*      *

Déjà dans la petite lettre circulaire du 28 mars dernier, j'ai dit quelques mots de mes impressions sur JÉRUSALEM la Ville Sainte. Peut-être me sera-t-il donné plus tard de m'étendre davantage sur mon pèlerinage aux Lieux Sacrés où notre divin Sauveur est né, où il a vécu, où il est mort, où il est ressuscité glorieux et où il est monté triomphant au Ciel.

Mais dès maintenant, je tiens à dire un mot de nos Frères employés dans le vaste et magnifique établisse-ment de Saint-Pierre de Sion.

Là aussi nos Religieux FONT ET FONT BIEN L'ŒUVRE DE DIEU : c'est le témoignage que m'en a donné le T. Révérend Père Givelet, Supérieur Général de l'Institut des Pères de Sion, fondé au siècle dernier par le Père de Ratisbonne.

Belle est l'ŒUVRE des orphelins à laquelle collaborent nos Frères.

Je ne crois pas avoir jamais vu si bien prier et entendu si bien exécuter les chants liturgiques et autres que le font les orphelins dans la belle chapelle de Saint-Pierre de Sion.

C'est tout à la fois un encouragement et un bel exemple que je suis heureux de donner ici à tous nos Frères. 

*      *

Grande aussi fut ma satisfaction à la visite de votre maison, mes chers Frères d'Amchit. Nous pouvons le dire en toute vérité, c'est là et surtout là que l'ŒUVRE DE DIEU S'EST FAITE. C'est dans cette maison, en effet, que beaucoup de nos religieux trouvèrent un asile préparé par les soins de la divine Providence lorsqu'ils furent contraints de quitter leur patrie. C'est là qu'ils se formèrent à la belle mission d'éducateurs-apôtres. C'est là que l'on fit des travaux rappelant ceux de Lavalla et de l'Hermitage. Que de labeurs, que de sueurs pour transformer en beaux et productifs jardins ce qui n'était que rochers arides ! Oh ! sans doute le Vénérable Fondateur dut contempler du haut du Ciel avec complaisance ces infatigables travailleurs ! Et il aurait certainement pu leur dire : « Oui je vous reconnais, vous êtes bien mes vrais fils, mes fidèles imitateurs et les imitateurs de ceux qui furent vos aînés dans l'Institut. »

Et actuellement encore l'ŒUVRE DE DIEU SE CONTINUE par l'Ecole paroissiale installée dans la maison. Là, trois de nos Frères donnent avec zèle et succès une éducation solide et foncièrement chrétienne aux enfants du pays. Combien il est édifiant de voir ces enfants assister quotidiennement et pieusement à la Sainte Messe ! Combien il est plus édifiant encore d'en voir plusieurs s'approcher chaque jour de la Sainte Table !

L'ŒUVRE DE DIEU se continue aussi dans la Communauté par la parfaite régularité, la piété, le dévouement, et aussi par le support joyeux, généreux, foncièrement religieux et, par suite, très édifiant des diverses épreuves et infirmités physiques qui sont souvent l'apanage de la vieillesse.

Il convient de citer encore un trait de ressemblance entre Amchit actuel et Lavalla en 1822. A cette date, la maison qui fut le premier berceau de l'Institut n'avait plus un seul novice. Le Vénérable Fondateur en était désolé mais non découragé.

 Il pria fervemment avec confiance et persévérance pour obtenir des postulants, et il fit prier de même. Le résultat fut merveilleux : à la fin de cette même année 1822, le Noviciat comptait plus de vingt novices. La Bonne Mère du Ciel avait exaucé magnifiquement les prières de son fidèle serviteur.

Dieu veuille que nous ayons le bonheur de constater .la complète ressemblance entre la maison d'Amchit en 1910 et celle de Lavalla en 1822 sous le rapport du recrutement des vocations ! Ce sera certainement I'ŒUVRE DE DIEU ACCOMPLIE D'UNE EXCELLENTE MANIÈRE. 

Il. - Province de Constantinople. 

Dans la presque totalité de la Turquie tant en Europe qu'en Asie, on a la douleur de constater que l'islamisme, le judaïsme, le schisme grec, le schisme arménien ont une grande prépondérance. Le catholicisme n'y est professé que par une petite minorité. il y a donc amplement matière pour FAIRE L ŒUVRE DE DIEU en ces pays.

Là où les mosquées sont si nombreuses, là où le Croissant domine, là où le Coran, avec sa doctrine de naturalisme, de fatalisme et de fanatisme, sert de guide aux peuples, nos Frères sont envoyés par la divine Providence pour aider à propager la sainte doctrine de l'Evangile, à mettre la Croix en honneur à la place du Croissant, à faire régner Notre-Seigneur sur les peuples, et cela en exerçant principalement leur influence sur les enfants et les jeunes gens.

C'est un beau et saint programme ; mais il ne faut pas se dissimuler que la tâche est difficile. Humainement parlant, elle demandera sans doute beaucoup de temps avant de donner des fruits aussi abondants et aussi apparents qu'on le désirerait. C'est le cas de se rappeler que Dieu demande seulement qu'on plante et qu'on arrose. Il se réserve de donner lui-même l'accroissement.

Ce que j'ai dit de nos Frères employés comme auxiliaires chez les RR. Pères Jésuites en Egypte et en Syrie s'applique de tout point à ceux qui, dans la province de Constantinople, collaborent avec Messieurs les Lazaristes aux Collèges Saint-Benoît, Sainte-Pulchérie, Saint-Georges et à Bébek ainsi qu'avec les prêtres arméniens catholiques à l'Ecole de Péra.

Monsieur Lobry, Visiteur, qui a joué depuis déjà bien des années et qui joue encore un rôle si important et si fécond dans tout ce qui touche aux intérêts catholiques à Constantinople et dans le Levant, et tout spécialement dans les ŒUVRES d'apostolat, d'enseignement et de charité confiées aux Lazaristes et aux Filles de la Charité, m'a donné le meilleur témoignage sur le précieux concours qu'apportent nos Frères pour aider à la bonne marche des Collèges.

Les supérieurs des Collèges Saint-Benoît, Sainte-Pulchérie, Saint-Georges et celui de la résidence de Bébek n'ont fait que corroborer l'excellent témoignage de Monsieur Lobry.

Nos Frères font donc du bon travail à Constantinople et ils le font bien, soit qu'on les emploie comme professeurs, soit qu'ils se dévouent au devoir si important de la surveillance.

D'ailleurs il m'a été donné de le constater par moi-même. Quel beau, quel édifiant spectacle de voir, dans la nouvelle et belle église de Bébek, un certain nombre d'élèves de notre école communier tous les jours ! Ne peut-on pas espérer qu'ils seront, avec la grâce de Dieu dans cette population si profondément et si malheureusement inféodée à l'islamisme, la petite quantité de levain qui fera un jour lever toute la pâte?

C'est là qu'on peut bien dire, en toute vérité, que nos Frères FONT L'ŒUVRE DE DIEU.

Et vous aussi, nos six Frères de Sainte-Pulchérie, ne faites-vous pas aussi et excellemment I'ŒUVRE DE DIEU auprès des jeunes enfants qui vous sont confiés? Ils m'en ont donné une si belle et si intéressante preuve dans la séance académique qui me fut offerte à l'occasion de ma visite, et dont le programme fut exécuté avec tant d'aisance et de distinction. Oui, et je suis heureux de le dire, vous semez de la bonne semence et vous la semez en bonne terre.

Combien il me fut agréable d'être témoin de l'estime et de l'attachement de bon aloi que ces jeunes élèves ont pour leurs maîtres !

Il y a grandement lieu de bénir le Seigneur et de se réjouir, quand on voit l'ŒUVRE DE DIEU s'accomplir si fructueusement au milieu d'une grande cité qui est, en grande majorité, dans les ténèbres de l'erreur ou dans -une lamentable indifférence religieuse.

Je considère comme un devoir dont je suis heureux de m'acquitter de témoigner ici, au nom de l'institut, toute notre reconnaissance à Monsieur Lobry pour sa bienveillance et son dévouement envers nos Frères et nos ŒUVRES.

Nous aimons à reconnaître qu'après Dieu, c'est, pour une bonne part, à son intervention que les Petits Frères de Marie doivent d'avoir pu s'établir à Constantinople, s'y consolider et fonder des écoles en d'autres villes du pays

Nous devons donc le compter au nombre des bienfaiteurs de la Congrégation. Que le Seigneur lui rende au centuple ce qu'il a fait et ce qu'il continue de faire pour nous ! 

*      *

MAKRI-KEui sur la mer de Marmara, SCUTARI sur la rive asiatique du Bosphore, SAMSOUN sur la côte sud de la mer Noire sont trois de nos établissements qui tiennent bien leur rang dans la belle série des établissements catholiques de la Turquie : maisons appartenant à l'Institut, maisons pleines d'élèves, maisons prospérant d'une manière continue, maisons où règne une bonne et forte discipline bien acceptée, maisons où l'on fait des études sérieuses et où le dévouement et la sainteté des maîtres ne peuvent manquer d'exercer une influence salutaire sur les élèves non catholiques qui forment une notable proportion de la population scolaire, etc. Il y aurait encore beaucoup d'intéressants et édifiants détails à donner sur chacune. Peut-être le Bulletin de l'Institut pourra-t-il les donner. Qu'il me suffise de dire ici pour l'édification de tous les membres de la Congrégation que là aussi, nos Frères FONT CERTAINEMENT L'ŒUVRE DE DIEU.

Cep, trois maisons demandent à s'agrandir afin de pouvoir faire l'ŒUVRE de Dieu dans une mesure toujours plus grande. C'est une ambition louable. Dieu veuille que l'on puisse trouver le moyen de satisfaire ces desiderata ! 

*      *

Que dirai-je de MÉTELIN ?

Hélas ! sur les 150.000 habitants qui forment la population totale de l'île, à peine compte-t-on quelque 150 catholiques. Il y a donc là un champ bien vaste offert au zèle apostolique.

Nos Frères qui se dévouent dans la ville même de Mételin, qui est la capitale, peuvent bien prendre pour eux et s'appliquer la parole de Monsieur le Vicaire Général Courbon envoyant Monsieur l'Abbé Vianney comme curé à Ars. «Allez, mon ami, allez à Ars; il n'y a pas beaucoup d'amour de Dieu dans cette paroisse, Mais vous en mettrez! »

Et nous savons que le saint Curé en mit en effet et en mit beaucoup.

Ah ! les saints ! combien grande est leur puissance dans les ŒUVRES qui ont pour but la sanctification des âmes !

Soyez de plus en plus des saints, vous les six Petits Frères de Marie qui travaillez à Mételin ; ce sera le moyen par excellence d'y FAIRE L'ŒUVRE DE DIEU.

Soyons partout des saints, M. T. C. F., comme le fut notre Vénérable Père, lui qui avait justement été, au séminaire, le condisciple du bienheureux Vianney dont je viens d'évoquer le souvenir.

Et alors, comme ces deux hommes, nous aurons une très grande puissance POUR FAIRE L'ŒUVRE DE DIEU là où l'obéissance nous aura placés. 

*       *

ATHÈNES ! Que de souvenirs réveille ce nom

Je n'ai pas l'intention de m'y arrêter. Mais ce que je tiens à faire connaître à tous nos Frères, c'est que Sa Sainteté Léon XIII conçut l'idée d'établir une grande maison d'éducation catholique en cette ville si célèbre dans l'histoire, et il put la réaliser de son vivant. On donna à cette maison, le nom de Lycée Léonin. Dieu a voulu que, depuis trois ans, les Petits Frères de Marie aient été appelés à collaborer à cette ŒUVRE, qu'ils y aient joué progressivement un rôle de plus en plus important. Aujourd'hui la direction, pour ainsi dire complète, leur en est confiée.

J'ai été heureux de pouvoir constater et je suis heureux aussi de faire connaître à l'Institut que là encore nos Frères, au nombre de neuf, FONT L’ŒUVRE DE DIEU, en donnant une bonne éducation à une population scolaire toujours croissante, composée de catholiques et de non catholiques.

Le désir du grand pape Léon XIII se réalise donc aujourd'hui par les Petits Frères de Marie. C'est un véritable honneur pour notre Institut. Là, comme partout, nous serons d'autant plus dignes de cet honneur que nous serons plus humbles et plus saints.

Sa Grandeur, Monseigneur Delenda, archevêque d'Athènes, est fort satisfait de nos Frères, il l'a déclaré hautement et s'est montré d'une rare bienveillance pour le Supérieur Général et pour son compagnon.

Et Sa Grandeur voudrait doter d'autres villes de son diocèse d'une école dirigée par nos Frères, en commençant par la ville de Patras. Que ne pouvons-nous répondre à ce désir ? Ce sont des champs qu'on nous Offre POUR Y Faire L'ŒUVRE DE DIEU. La moisson est abondante- Pourquoi faut-il que les ouvriers manquent pour la cueillir ? 

*     *

De leur côté, sur les bords du Danube, nos trois Frères de ROUSTCHOUK se dépensent avec beaucoup de zèle pour FAIRE L'ŒUVRE de DIEU dans un pays où la jeunesse a grand besoin d'une bonne éducation. Comme, à Mételin, les catholiques sont là fort peu nombreux. Il y a donc beaucoup de bien à faire. Aussi S. G. Monseigneur Doulcet, évêque du diocèse, qui s'intéresse beaucoup aux Frères et à leur école, a-t-il l'intention de développer l'ŒUVRE.

Cet établissement a fait, dans le passé, I'ŒUVRE DE DIEU d'une manière spéciale et qui intéresse tout particulièrement notre Institut. C’est là, en effet, que, grâce à la bienveillante adhésion de Sa Grandeur, on a pu commencer, dans les dépendances de l'évêché, l'ŒUVRE importante de la formation des vocations recrutées dans le pays pour notre Institut. Les débuts ont donné des résultats satisfaisants; nous avons à en bénir la Seigneur et à en remercier la bonne Mère du ciel.

Il était dans les desseins de Dieu que cette ŒUVRE de recrutement et de formation ne reste pas à Roustchouk. 

*     *

SANCTA MARIA D'ORSOVA tel est le beau nom que porte le juvénat récemment fondé en Hongrie, plus en amont, sur la rive gauche du Danube, près des confins de la Roumanie.

Dans l'Avant-Propos du Livre « Avis, Leçons, Sentences » le Frère Jean-Baptiste pose cette question : « Qu'est-ce que l’Institut des Petits Frères de Marie? » et il y répond en ces termes : « C'est une Congrégation née dans l'humilité, la pauvreté et à l'ombre de la Croix de Jésus. La petite maison qui lui a servi de berceau ressemblait à l'étable de Bethléem »

Et, quelques lignes plus loin, il ajoute : « C'est une Congrégation riche de prospérités et des bénédictions divines. »

Nous pouvons dire que les commencements d'Orsova ressemblent à ceux de Lavalla: c'est la même pauvreté, la même exiguïté ; il m'a été donné de le voir de mes yeux et je m'en suis réjoui. La Croix de Jésus qui présida aux débuts de Lavalla, se trouve aussi à Orsova. Ne peut-on pas dire, en toute vérité, que c'est un bon signe?

Pourra-t-on dire bientôt de cette nouvelle fondation ce que le Frère Jean-Baptiste pouvait écrire de l'Institut en 1868, à savoir : « La maison d'Orsova est riche de prospérités et de bénédictions divines? »

C'est à souhaiter, et on peut l'espérer, car la Hongrie est un pays bien catholique, et on y professe une grande dévotion à la Très Sainte Vierge.

Il y aurait beaucoup de bien à faire en Hongrie dans l'ŒUVRE par excellence de l'éducation chrétienne des enfants du peuple.

Dans les desseins de Dieu, la maison d'Orsova est-elle destinée à préparer des ouvriers pour cette ŒUVRE? On peut l'espérer. Elle ferait ainsi, comme le disait le Frère Pascal de sainte mémoire, I'ŒUVRE DE DIEU EN GRAND.

La Hongrie ne serait pas le seul pays à en bénéficier le champ d'apostolat par l'éducation chrétienne est si vaste en d'autres contrées de l'orient, et les demandes de Frères qui nous en viennent sont si nombreuses !

O Marie, notre Ressource Ordinaire, patronne et protectrice de la maison d'Orsova, nous vous en prions, faites-y affluer de nombreuses et bonnes vocations ! 

*      *

Il manquerait évidemment, dans cette relation sur la visite du Supérieur Général aux deux provinces, un point de première importance si je ne disais pas que j'ai eu la grande satisfaction de trouver parmi les religieux de nos communautés la piété, la régularité, le bon esprit de famille tant recommandé par le Vénérable Fondateur et le culte respectueux et filial pour les Supérieurs.

Il me reste un regret à exprimer, c'est de n'avoir pu visiter nos Frères de Bagdad, d'Alexandrette, d’Adana et de Monastir. On y a suppléé, dans la mesure du possible par la correspondance, et, pour ceux d'Andrinople, par une visite qu'ils ont pu me faire à Constantinople.

Je suis heureux de pouvoir faire connaître à tout l'Institut que, dans ces établissements comme dans ceux que j'ai visités, nos Religieux ont à cœur d'être dignes de leur sainte vocation en communauté et de FAIRE L'ŒUVRE DE Dieu avec zèle dans leur mission d'éducateurs.

A DIEU EN SOIT TOUTE LA GLOIRE 

LE BRÉSIL SEPTENTRIONAL.

 Le cher Frère Flamien, que j'avais délégué pour visiter notre province du Brésil Septentrional, m'a remis, sur cette partie de l'Institut, un volumineux rapport dont j'espère que le Bulletin vous donnera, en temps utile, d'intéressants extraits. En attendant, j'ai prié le C. F. Assistant de m'en faire un résumé, que je suis heureux d'insérer dans la présente Circulaire.

                        Mon Très Révérend Frère,

Après avoir passé trois mois au milieu de nos Frères et vu toutes choses de bien près, je vous dirai simplement que j'arrive fort content de ma visite de Délégation dans la province du Brésil (Nord).

Oui, il y a vraiment de quoi bénir le Seigneur de l'excellent esprit mariste, qui anime tous les Frères; de leur piété et de leur zèle infatigable pour l'ŒUVRE de l'éducation chrétienne ; du bien qu'ils ont déjà réalisé dans ce vaste pays, où les ouvriers évangéliques font surtout défaut ; enfin, du témoignage très élogieux que l'épiscopat tout entier, qui se plaît à voir en eux de précieux coopérateurs, rend à leur dévouement et à leur apostolat chrétien.

D'une part, quand on songe qu'il y a sept ans, quatre Frères Maristes débarquaient sur les rives du Tocantins et recommençaient là-bas, bien modestement et sans même connaître la langue du pays, les ŒUVRES que nous ne pouvions plus continuer en France et que, d'autre part, après ce court espace de temps, on trouve une province bien organisée, des Communautés ferventes et régulières, des collèges très prospères, des jeunes gens élevés bien chrétiennement, des familles sympathiques et qui ont accordé toute leur confiance aux nouveaux maîtres ; un épiscopat, en un mot, qui les admire et loue hautement leur dévouement, on ne peut que bénir le Seigneur de ces résultats si consolants, si encourageants, et reconnaître clairement le doigt de Dieu et la protection de Marie sur cette humble province, la dernière-née de notre grande famille.

La province du Brésil (Nord) compte huit maisons seulement. Elle a un peu souffert ces dernières années du manque de personnel. Mais, qu'elle se console! Désormais les maisons d'Europe lui enverront un bon contingent chaque année, ce qui lui permettra de se développer au gré de ses désirs et répondre aux nombreuses demandes de fondation.

  Communautés. - Partout j'ai trouvé des Communautés pieuses et laborieuses qui rappellent nos maisons de France autrefois et où l'on vit heureux parce qu'on est bien régulier.

La Communion quotidienne pour tous, est en honneur, et l'on y a, par-dessus tout, la dévotion que le Vénérable Père Champagnat aimait bien : la dévotion du coude. Sous ce rapport et en raison du manque de personnel, plusieurs Frères ont fait longtemps, à eux seuls, le travail de deux, quelquefois de trois, sans se plaindre jamais.

Leur excellent esprit de famille les porte à se dévouer sans mesure pour leur maison, bien convaincus qu'ils doivent aller jusque-là. Qu'il fait bon rencontrer de tels dévouements ! Quelle bonne fortune pour les Communautés qui les Possèdent. Aussi, on vit heureux dans ces maisons parce que la charité y a établi son empire.

Ainsi que je l'ai constaté, c'est bien dans de tels milieux que se réalisent pleinement les paroles du Psalmiste : « Qu'il est doux et agréable pour des Frères d'habiter ensemble ! »

Oui, il sera toujours vrai de dire que là où l'on est bien pieux, bien laborieux, bien dévoué et bien régulier là aussi on est le plus heureux.

 Collèges. - Mais si l'esprit religieux des Frères est admirable, la Prospérité de quelques-uns de nos Collèges et le bien réel qui s'y fait ne le sont pas moins, en nous reportant toujours au Point d'origine, avec des débuts plus que modestes.

Pour nous borner, nous citerons seulement les deux maisons du Parà et de Bahia.

Le Collège du Carmo, au Parà, a débuté avec 25 élèves. Il y en a 250 aujourd'hui, dont près de 100 pensionnaires. Grâce à l'immense avantage de l'équiparation dont il jouit depuis un an, ce chiffre augmentera encore.

Cette maison a passé par bien des épreuves. Néanmoins les Frères, toujours pleins de confiance en Dieu, ne se sont jamais découragés. Au sein de l'adversité ils ont redoublé d'efforts et de zèle pour mettre cette maison au niveau qu'elle a atteint aujourd'hui et qui en fait une Institution de premier ordre.

Comme ils voient maintenant leur dévouement récompensé ! Mais ce qu'il y a de bien beau à leur louange c'est le soin qu'ils apportent chaque année à la préparation de la première Communion. Il faut savoir qu'au Brésil, sous ce rapport, les Frères exercent un apostolat fécond.

Faute de prêtres, nombre d'enfants ne font pas leur première Communion quand ils fréquentent des Ecoles où l'Enseignement est neutre.

Heureux sont les jeunes gens de nos Collèges ! Là, en effet, tout en préparant leurs examens de fin d'année, ils se disposent aussi à la première Communion qui se fait solennellement chaque année dans la chapelle du Collège, sous la présidence de Monseigneur l'Archevêque. On voit ainsi des jeunes gens de 20 ans accomplir ce grand acte de la vie avec des sentiments de foi et de piété vraiment admirables. Généralement, ils restent fidèles aux pratiques religieuses qu'on leur a inculquées et, aux grandes fêtes de l'année, quand ils ont quitté le Collège, on les voit s'agenouiller à la sainte Table.

Sous ce rapport, les Frères font un bien immense. Et -ce que nous disons du Parà s'applique à tous nos Etablissements. Partout les Frères apportent tous leurs soins à la préparation de la 1ièreCommunion. On revoit ainsi dans certains Etats, ces belles et touchantes cérémonies que l'on ne connaissait plus depuis le départ des Jésuites, comme à Maranhao, par exemple.

 Bahia. - Quand les Frères débarquèrent à Bahia, en 1904, ils ne surent où aller loger, par Fuite d'un malentendu avec ceux qui les avaient appelés.

Le couvent de Saint-Benoît les abrita quelque temps d'abord, la sacristie de San Pedro ensuite. C'est dire combien les débuts furent modestes.

Mais, intrépides et courageux, surtout pleins de confiance en la protection de la sainte Vierge, ils se mirent à l'ŒUVRE et ouvrirent leur école qui sentait l'extrême pauvreté. Elle compta d'abord peu d'élèves, si peu que la Communauté ne pouvait vivre avec les rétributions mensuelles, les seules ressources d'alors. Elle pria, s'industria pour vivre, en ajoutant au labeur quotidien, des leçons particulières. Ce fut le commencement de la prospérité, car les personnages illustres qui 'Venaient prendre des leçons d'anglais, d'allemand et de français, fort bien impressionnés de la manière de procéder des nouveaux maîtres, les firent connaître avantageusement et leur valurent une clientèle choisie.

 En 1906, ils purent donc s'installer rua da Victoria, où ils reçurent plus de 80 élèves. Mais à la fin de l'année le local était devenu bien trop petit. Il fallut songer à chercher une maison plus vaste. C'est alors qu'on fit l'acquisition de la propriété située rua do Canella, un des plus beaux emplacements de la ville, avec maison superbe, pouvant recevoir, avec les modifications apportées depuis, près de 400 élèves.

Le Collège en compte actuellement 350 dont plus de 100 pensionnaires. Il jouit de l'avantage de l'équiparation depuis plusieurs années, ce qui lui vaut une jeunesse de choix, l'élite de la cité. L'année prochaine elle aura ses premiers bacheliers.

C'est plaisir de voir ces enfants dont plusieurs sont des jeunes gens ayant plus de 20 ans. Ils sont studieux classe, pleins d'entrain dans leurs jeux, surtout pieux à la chapelle. La Communion fréquente est en honneur parmi eux, et ils célèbrent très solennellement le 1iervendredi du mois.

En un mot, il y a lieu de tout espérer pour l'avenir, de ces enfants élevés si chrétiennement et qui donnent à leurs professeurs de bien douces consolations.

Hâtons-nous de le reconnaître, des résultats si consolants sont l'effet de la protection de la sainte Vierge qui a été invoquée tant de fois et constituée supérieure et patronne de ces maisons et dont la statue domine l'édifice.

Il manquait à la province du Brésil (Nord) une maison centrale et qui fût en même temps une maison de formation.

La bonne Providence vient de la lui donner à Pernambouco, dans un des faubourgs de la ville et dans un quartier fort bien situé. En juin, un groupe de huit juvénistes de Pontos va venir l'habiter. Autour de ces intrépides Européens, quelques braves enfants brésiliens, qui attendent depuis longtemps leur arrivée, viendront se grouper. Ainsi s'ouvrira la maison de l'Immaculada Conceição. Que la bonne Mère la protège et la remplisse d'excellents sujets !

En terminant, sachons reconnaître les bienfaits du Seigneur et rendons-lui-en de continuelles actions de grâces, car nous avons là une preuve de plus de la vitalité de la Congrégation et du bien qu'elle opère dans le monde. 

ELECTION D'UN FRÈRE PROVINCIAL. 

Pour réparer un oubli qui s'est glissé dans la Circulaire du 21 novembre .1909, je me fais un devoir de porter à la connaissance de la Congrégation que, le 19 juillet dernier, le C. F. EUPHROSIN, directeur de notre établissement dit du « Telar », à Mérida de Yucatan, à été élu provincial du Mexique, en remplacement du C. F. Michaélis, élu Assistant Général. 

SECOND NOVICIAT. 

Le second noviciat de six mois s'ouvrira, cette année, en notre maison de Grugliasco, le dimanche 21 août.

Les Frères qui y seront appelés, ne manqueront pas de prendre leurs mesures pour être rendus le samedi, 20, AU PLUS TARD. Il est très important que tous soient présents à l'ouverture. J'insiste pour demander cette parfaite exactitude : elle est tout à l'avantage de la bonne marche d'ensemble et au plus grand bien de chacun de ceux qui seront appelés à bénéficier de cette faveur. 

INDULGENCE DE 300 JOURS ATTACHÉE PAR N. S. P. LE PAPE

        à notre formule de salut fraternel. 

TRÈS SAINT PÈRE,

Le Frère Candidus, Procureur Général de l'Institut des Petits Frères de Marie, humblement prosterné aux pieds de Votre Sainteté, expose respectueusement ce qui suit :

L'article 65 des Règles communes prescrit qu'au premier coup de cloche pour le lever des Frères, celui qui est désigné dira à- haute voix : LaudeturJesus Christus; et les autres répondront : Et Maria, Mater ejus. Amen.

L'article 439 prescrit, que, dans les visites, les Frères, en s'abordant et en se donnant le baiser de paix, diront ces paroles : LaudeturJesus Christus. R. Et Maria, Mater ejus. Amen.

De sorte que cette invocation de louange à Jésus et à Marie, sa Mère, est comme le signal habituel de la Communauté.

C'est pourquoi le susdit Procureur Général sollicite respectueusement de Votre Sainteté la concession de 300 jours d'indulgence chaque fois, à tous les Frères qui prononceront cette louange, et une indulgence plénière une fois le mois, aux conditions ordinaires, applicables l'une et l'autre aux âmes du Purgatoire.

Et que Dieu...

                            Rome, le 20 novembre 1909.

 Accordiamo l'indulgenza di trecento giorni toties quoties.

                                                                                                           Le 21 novembre 1909.

                              Plus PP. X. 

CAUSE DE BÉATIFICATION

DU VÉNÉRABLE PÈRE CHAMPAGNAT. 

Dans la petite lettre-circulaire du 28 mars dernier, que je vous écrivis de Jérusalem, je demandais qu'on fasse, dans tout l'Institut, des prières particulières à l'occasion de la Congrégation antépréparatoire qui devait se tenir à Rome le 3 mai.

Je suis très heureux, M. T. C. F., de pouvoir vous annoncer que ces prières ont été exaucées. En effet, le Cher Frère Candidus, notre Procureur Général près le Saint-Siège, nous fit savoir immédiatement que « tout était bien ».

Grande fut notre joie à tous, et le lendemain une Messe d'actions de grâces fut célébrée à l'église Saint Benoît de Constantinople.

Je vous invite tous, M. T. C. F., à unir vos actions de grâces aux nôtres. Nous ne saurions être trop reconnaissants envers Dieu de cet heureux événement qui a une si grande importance pour la prompte et bonne issue de la Cause qui nous est si chère à tous.

Et maintenant il importe que partout nous redoublions d'ardeur pour obtenir de nouveaux miracles.

Plus vive sera notre foi, plus complète sera notre confiance, plus instantes et persévérantes seront nos supplications et plus aussi nous serons puissants pour obtenir les miracles que l'Eglise demande et tels qu'elle les demande pour procéder à la béatification.

 FAVEURS ATTRIBUÉES

A L'INTERCESSION DU VENÉRABLE CHAMPAGNAT. 

I

                                                                                                     Anzuola, le 2 février 1910.

Mon Très Révérend Frère Supérieur Général, 

Le C. F. Corneille vous aura sans doute fait savoir qu'une épidémie de grippe a sévi, dans le courant de janvier, sur notre maison d'Anzuola; une quinzaine de nos jeunes Frères ou postulants en ont été atteints, mais d'une manière très bénigne, pour la plupart.

Il n'en a pas été de même pour notre bon petit Frère Eugenio Valentin; car chez lui la grippe a dégénéré en pneumonie; sa guérison a été un vrai miracle. Le jeudi, 27 janvier, son état fut reconnu si grave qu'on jugea à propos de lui faire administrer les derniers Sacrements qu'il reçut avec une grande piété et une entière résignation ; quelques crises qui se produisaient en dehors des prévisions de la science déconcertaient un peu notre bon et, savant médecin. Quant à nous, malgré ces terribles crises qui semblaient annoncer une mort prochaine, nous avions la ferme confiance dans le succès de la neuvaine commencée dans l'intention d'obtenir la guérison de ce jeune Frère par l'intercession du Vénérable P. Champagnat. Dès que l'état fut déclaré grave on eut soin de déposer sur la poitrine de notre cher malade une image du Vénérable, et, enfin, vers le milieu de la neuvaine, notre médecin déclara que notre cher malade était hors de danger.

J'espère que cette guérison contribuera puissamment à augmenter chez nos Frères et novices la confiance dans la prière et dans les neuvaines faites pour obtenir des miracles par l'intercession du Vénérable P. Champagnat.

Je me permets de vous prier de m'envoyer quelques images de notre Vénérable Père avec relique.

              F. Laurent.

II 

                                                                                                Beaucamps, le 16 janvier 1910. 

Mon Très Révérend Frère Supérieur Général,

Je m'empresse de vous envoyer la relation que je reçois d'une guérison obtenue par l'intercession du V. Père Champagnat.

Je vous serais très reconnaissant de m'envoyer à l'occasion quelques images avec relique, je n'en ai plus une seule.

« Le 24 février 1909, Marc Buchez, âgé de 17 ans, tombait malade, et son état devenait bientôt très grave; le jeune homme demandait à être administré le dimanche 29 février.

« Le docteur Gantois, appelé dès le premier jour, crut d'abord à une grippe, mais le 5° jour, il constata une pleuropneumonie double, avec épanchement.

« Le 28, le docteur trouvant son malade très abattu demanda à la famille une consultation, et se rencontra au chevet du jeune homme avec le docteur Ledoux, de Saint-Omer.

« Les deux praticiens déclarèrent la situation très sérieuse et traitèrent le mal par des injections de collargol, des inhalations d'oxygène.

« Cependant la maladie résistait à tout et s'aggravait toujours; la faiblesse du malade augmentait et son état inspirait des craintes sérieuses.

" L'épanchement double était devenu purulent. Deux consultations, le 12 et le 16 mars, eurent lieu. Les docteurs jugèrent une opération nécessaire, niais n'osèrent l'entreprendre à cause de la gravité et de la bilatéralité des lésions.

« Le traitement précédent fut continué en y ajoutant quelques toniques employés en pareil cas. Un abcès de fixation fut provoqué à la cuisse du malade comme pis aller.

« Le docteur mit le père au courant du résultat des consultations et le prévint de s'attendre à tout événement.

« Dès le début on avait prié, on avait fait des neuvaines; la famille était désolée de voir l'affaiblissement continuel, et C'était entre deux sanglots que les visiteurs obtenaient de la mère une expression souvent répétée : « Ça ne va pas, c'est à perdre courage ».

« Depuis le premier jour de la maladie, cette femme courageuse n'avait, pour ainsi dire, pas quitté là chambre de son enfant, récitant le chapelet et autres prières auxquelles son fils n'avait plus la force de répondre.

« Dans un élan de dévotion, Mme Buchez, promit que le malade irait à Lourdes en action de grâces si la Sainte Vierge avait la bonté de le guérir.

« Mais pour un moment Notre-Dame semblait faire la sourde oreille ; voulait-elle que la confiance augmentât, ou bien que cette faveur fût accordée par l'intermédiaire d'un de ses Enfants, toujours est-il que le malade baissait toujours et en était arrivé à une faiblesse telle que tout mouvement lui était devenu très difficile.

" Un soir, le docteur le trouva si abattu qu'il fit éloigner la mère, et conseilla à la garde-malade de ne pas le perdre de vue, car il s'attendait à le perdre pendant la nuit.

« Et comme tout espoir semblait perdu, la mère renouvela sa promesse à Notre-Dame de Lourdes, mais aucun changement n'intervint.

« Le directeur de l'Ecole libre, qui venait voir fréquemment son ancien élève, se rappela posséder une image du Vénérable Marcellin Champagnat sur laquelle était collé un fragment de sa soutane.

« Il apporta cette image au malade et lui proposa de commencer une neuvaine pour obtenir sa guérison par le Vénérable qui la solliciterait de Notre-Dame de Lourdes. Aussitôt exprimée, cette invitation fut acceptée. On convint que la famille et le malade d'un côté, les Elèves et les Maîtres de l'Ecole libre de l'autre, réciteraient trois Ave et trois invocations au Vénérable, puis que la mère donnerait l'image à baiser au malade. On était vers la fin d'avril.

« Le désir de la Sainte Vierge était-il réalisé et le moment de la grâce avait-il sonné? Probablement que oui.

« Le premier jour de la neuvaine, le malade se trouva mieux, son air abattu et désolé se modifia, il fit quelques mouvements qu'il n'avait pas exécutés depuis longtemps. Chaque jour apporta sa petite part d'amélioration.

« Après deux jours d'arrêt, une deuxième neuvaine au Vénérable fut faite et le mieux augmenta chaque jour, si bien que le 9ièmejour, le malade put se lever et, soutenu par sa mère, il s'assit un moment près de sa fenêtre. Que s'était-il passé pendant ces vingt jours?

« Toutes les personnes qui l'avaient vu depuis quelque temps étaient très étonnées, très surprises, car toutes l'avaient cru perdu. A partir de cette époque, la convalescence commença, et cette santé si délabrée revint peu à peu durant les mois de juin, juillet, août, si bien que Marc partait le 1° septembre à Lourdes, par Rocamadour, et supportait vaillamment les fatigues de ce grand voyage. Il y remercia tout spécialement la bonne Mère et son vénérable intermédiaire.

« Depuis son retour, le docteur a ausculté minutieusement celui qui fut son malade et l'a trouvé en excellent état.

« C'est donc une guérison inespérée que le Vénérable Père Champagnat avait obtenue du Ciel. Qu'il en soit loué et que nos hommages montent vers Dieu avec les accents de la reconnaissance. »

                             F. Gabriel. 

DECLARATION DU PÈRE ET DE LA MÈRE.

 Je soussigné Désiré Buchez, marchand boucher à Watten, certifie que le Docteur Gantois, après une consultation avec son confrère M. le docteur Ledoux de Saint-Omer sur l'état de mon M Marc, m'avait prévenu que je devais m'attendre à tout événement.

                            Watten, le 16 décembre 1909

                    Désiré Buchez.

 Je soussignée Laure Vasseur, dame Buchez, certifie avoir constaté une amélioration sensible chez mon fils Marc le premier jour de la neuvaine faite pour sa guérison en l'honneur et par l'intercession du Vénérable Marcellin Benoît Champagnat.

Watten, le 16 décembre 1909.

                         Laure Vasseur. 

III 

                                  Deir el Kamar, 10 avril1910.

Mon Cher Frère Assistant,

Comme je parlais au Révérend Frère de la protection visible du Vénérable Fondateur sur notre établissement de Deir el Kamar, à l'occasion de l'épidémie qui sévit dans le pays pendant la seconde moitié de l'année dernière, il me réclama une courte relation des faits. La voici :

Dès le mois de mai 1909, une fièvre très maligne, dans le genre de la typhoïde, faisait son apparition à Deir. Vers la fin des vacances, l'on nous apprenait que la localité comptait plus de trente malades dont une douzaine dans le voisinage immédiat de l'école.

A la vue du danger qui nous menaçait, nous priâmes le Vénérable Fondateur de nous préserver de la maladie, lui promettant d'en écrire à la maison-mère s'il daignait nous écouter.

Or, bien que la maladie, cantonnée surtout dans notre quartier, n'ait cessé qu'à la fin de février, pas un membre de la communauté n'a ressenti les atteintes de la fièvre, non plus que nos internes. Seuls deux petits externes ont dû s'aliter, mais les voilà tous deux remis.

Le Vénérable Père Champagnat s'est même plu à écouter favorablement la supplique que lui adressa la mère de l'un des deux élèves malades. Celle-ci, qui soignait ses deux enfants alités, ayant ressenti un jour les premiers accès de la fièvre, communiqua ses craintes à notre Père aumônier qui était allé visiter le petit malade : Voyez, dit-elle au père Mobarak Tabet, je n'ai personne pour soigner mes enfants, que deviendrons-nous si je suis obligée de m'aliter ». Le Père lui conseilla de s'adresser avec confiance à notre Vénérable Père Champagnat, ce que la bonne femme fit incontinent, et le lendemain, complètement débarrassée de la fièvre, elle continuait ses soins à ses enfants. J'ai pensé que la relation de ces traits de protection servirait à accroître notre confiance au Vénérable Fondateur, c'est le seul motif qui m'ait porté à en donner la relation par écrit.

             Fr. Antoine de Patrizzi. 

IV 

                      Saïda, le 7 avril 1910.

Très Cher Frère Assistant,

Gloire à notre Vénérable Fondateur : il vient de manifester une fois de plus sa sollicitude à l'égard de notre jeunesse. Ci-joint la relation de la faveur accordée par son intercession à notre petit élève Edouard. Je l'ai rédigée d'après mes propres observations ; si des certificats de docteurs ou d'autres témoins pouvaient être utiles, il serait aisé de les avoir.

Vers le milieu de janvier, une violente toux oblige Edouard à se mettre au lit. Rougeole, bronchite, abcès du foie, forte fièvre continuelle fondent ensemble sur lui pour l'accabler. Bientôt sa faiblesse est si grande que je me dis: « Son tour est arrivé ». Il fait sa première communion en viatique. Un mieux se produit, au moins en apparence; il répond d'un ton ferme aux invocations suggérées. M. le Curé craint toujours; il lui administre l'Extrême-Onction et lui donne l'indulgence In articulo mortis.

Un docteur nouveau le voit ; mais il part sans rien ordonner ni revenir, d'où je conclus : Il juge la guérison impossible.

Le 1ierfévrier au soir, les symptômes de l'agonie se manifestent: plus de réponse aux questions ni aux invocations ; la respiration est très pénible. Nous récitons les prières des agonisants. M. le Curé, accouru aussitôt, lui donne l'absolution et récite de nouveau les prières. Tout à coup l'enfant semble sortir d'un profond sommeil et répond par signes aux exhortations; il finit par dire : « Laissez-moi dormir ».

Quelque temps après, un docteur de passage juge ainsi : Poumons, très plats, remèdes inutiles, affaire de peu de jours Pour la mort, maintenez une fenêtre ouverte pour faciliter la respiration. - Vers le 15 février, le docteur traitant, conseille de l'envoyer à l'hôpital de Beyrouth afin qu'il ne meure pas à l'école. Une diarrhée très forte se prolonge d'une façon inquiétante. La nuit du vendredi au samedi, 19 février, est des plus mauvaises : l'agonie commence. Un Père Jésuite le voit après souper, il lui renouvelle l'absolution et le reçoit du Scapulaire et du saint Rosaire. Le dimanche, le docteur traitant appelé pour savoir si l'on peut tenter le voyage, ne juge pas même à propos de passer à la maison tant la faiblesse a empiré. Le Frère venu exprès de Beyrouth s'en re tourne seul. Tous partagent la conviction du docteur. « Plus d'espoir, il va mourir d'un moment à l'autre. »

Comme nourriture durant plus d'un mois : un petit biscuit trempé dans un peu de lait chaud, deux ou trois fois par jour, quelquefois un jaune d'œuf cru. Encore il disait: «Cela me fatigue, l'estomac n'est pas bien. »

D'une part je redoutais la mort à cause des suites funestes que cela peut occasionner à un collège nouveau. De l'autre, le sachant orphelin adopté par un maronite (mort à Marseille en décembre 1909), que deviendra-t-il plus tard, ajouté que sa nouvelle tutrice a renié la foi catholique? Comme je le voyais si bien disposé, je me disais : Pour lui la mort serait un bonheur. Souvent il demandait de l'eau bénite, baisait avec affection la croix, les images de la Sainte Vierge, du Vénérable, en répétant : « Vénérable Champagnat, guérissez-moi. »

Le voyant résister si longtemps à la mort malgré toutes les prévisions des docteurs, je finis par croire: Notre Vénérable veut le guérir. Le lundi matin nous commençons en classe une neuvaine : « Ave Maria... Ami de la jeunesse, guérissez notre camarade ». Tous promettent quelque chose s'il est bientôt guéri messes, communions, chapelets, cotisation pour acheter son image.

Un peu après, le docteur arrive (sans être au courant de la neuvaine), fait mander son confrère pour la consultation ; ils constatent un mieux sensible et pressent le départ pour l'hôpital.

En voiture Edouard parle, regarde le pays, presse le cocher, mais ce n'est qu'un effet de la fièvre. A l'hôpital, la Supérieure le juge désespéré, et dit au Frère directeur : « Ce sera l'affaire de peu de temps: demain vous pourrez venir l'enterrer ». Elle se trompait, heureusement.

 En effet, contre ses Prévisions et celles de tous les docteurs qui l'avaient soigné, y compris ceux de l'hôpital, le jeune malade se mit bientôt à aller rapidement du côté du mieux; il reprit graduellement l'appétit et les forces ; l'ouïe, qu'il avait presque entièrement perdue, lui revint avec toute sa finesse ; et, bien qu'il n'ait conservé aucun souvenir de la période aiguë de sa maladie et ne puisse reconnaître aucun des docteurs qui l'ont soigné, il a recouvré la mémoire très claire de tout ce qu'il savait auparavant.

Maintenant, il est en classe, s'applique assidûment, dort bien, mange beaucoup, ne se plaint plus de rien, et demeure intimement convaincu qu'il doit sa guérison au Vénérable Champagnat.

         Frère Charles-Edouard. 

V 

                                   Constantinople, 22 avril 1910.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

« Maintenant, mon cher Frère Assistant, il faut que je vous parle de la belle conduite du Vénérable Père Champagnat à Gérémia (c'est un hôpital catholique de Constantinople desservi par les Filles de la Charité).

« Encore un de sauvé !... Et c'est le Frère Joseph de la Communauté de Saint-Benoît.

« Voilà deux mois de fièvre.

« Monsieur Harly, docteur de Gérémia, vient voir le Frère à Saint-Benoît et veut qu'il aille à Gérémia. C'était bien la typhoïde qui allait son train ; rien de bien sérieux. Le 31 mars je l'avais vu , Je voyais que je pouvais partir sans crainte, et je partis. Mais à Mételin je reçois de mauvaises nouvelles : état grave.

« Dès notre arrivée à Constantinople le Révérend Frère et moi nous courons à Gérémia. Le Frère Joseph était mal, mais, dès l'instant et le lendemain, il a été mieux: une heureuse réaction produite sans doute par la visite du Révérend Frère qui a remis au malade une image du Vénérable Père Champagnat avec relique. Cependant le 17 et le 18, le cher malade allait moins bien, et le 18, à 7 heures 1/2 du soir, à Bébek, pendant le souper, nous recevons le télégramme suivant : « Frère Joseph très mal, ne passera pas la nuit, venez si possible. »

« Ce n'était pas possible.

" Le lendemain matin, j'envoie le Frère Jean-Emile aux nouvelles, comptant moi-même descendre pendant la matinée.

« Et nous avons prié !

« Je n'ai pu descendre que le soir. Mais vers une heure Frère Jean-Emile était de retour :

« Perdu ! question d'heures ! » nous dit-il.

« Oh ! alors, en route pour Constantinople, je mets le Vénérable Père Champagnat en demeure de s'exécuter. Je venais « de lire la Circulaire du Révérend Frère et j'avais été frappé de  ce passage : « C'est là dans cet endroit que Notre-Seigneur a dit : Demandez et vous recevrez ». Voilà mon affaire, me suis-je dit. Puis m'adressant au Vénérable : « Comment, lui ai-je dit, mon Supérieur Général me gronde de ce que je ne trouve pas de vocation, et vous ne nous garderiez pas celles que nous avons ! Il nous fait prier pour que votre tour de la Béatification arrive et vous resteriez insensible. Ne manquez pas la belle occasion qui s'offre et pour vous et pour nous. »

« Et je commence une neuvaine, et je promets une neuvaine de messes aux âmes du Purgatoire.

« J'arrive à Gérémia.

« Ah ! que vous allez lui faire plaisir! m'a dit la Sœur, il craignait de mourir sans vous avoir vu.

 « J'entre. Le malade m'a parfaitement reconnu, il voulait me parler, mais je l'en empêchais voulant lui éviter la fatigue.

« Calme, résigné, administré, Frère Joseph voulait mourir ; mais son confesseur l'avait fait consentir à demander sa guérison selon la volonté de Dieu.

« Il ne pouvait plus rien avaler; on le nourrissait avec des lavements.

« Deux Frères de Saint-Benoît étaient là qui le veillaient.

« Il était 5 heures et demie du soir. Je leur dis: « Montons à la « chapelle des Sœurs et prions! » Bientôt nous revenons, et lui « montrant l'image avec relique fixée au mur, je dis au malade vous guérira ». Et je reviens tranquille.

«  A 8 heures, Frère Jean Stanislas et Frère Fidèle vont à Gérémia pour y passer la nuit. Quant à moi j'ai bien dormi.

« Le lendemain matin, je ne m'empressais pas de demander des nouvelles: je savais bien que Frère Joseph vivait. Puis cependant:

«  Et Ie malade?...

« Bonne nuit ; il a reposé

« Pendant toute la journée du mercredi, les nouvelles ont été de mieux en mieux, le malade buvait et criait au bifteck. La Sœur Supérieure S'est contentée de dire : Frère Joseph a  changé son aiguillage ! »

« Et nous en sommes à remercier le bon Dieu et le Vénérable. »

                                         F. Acyndinus, Provincial.

Sur la même lettre, à la date du 23, le Frère Provincial ajoute en post-scriptum : « Le mieux va de l'avant ».

Avant de quitter Constantinople pour continuer mes visites, j'ai eu la consolation de voir le cher malade en pleine convalescence, et j'ai pu constater avec bonheur qu'autour de lui, on attribue sa guérison au Vénérable Père Champagnat.

Il est à noter qu'au fort de la maladie, trois médecins réunis en consultation ont jugé le cas désespéré.

Je reçois aujourd'hui une lettre du cher Frère Marie-Amateur, premier Conseiller, dans laquelle il me dit : « Frère Joseph est en « convalescence à Bébek depuis plus de huit jours. Il va très « bien. C'est une vraie résurrection. Gloire soit rendue à notre « Vénérable Père ! »

Que cette guérison, qui humainement était inespérée, et qui est aujourd'hui un fait accompli, soit pour nous un motif de redoubler de confiance au crédit du Vénérable auprès de Dieu. 

Nos DEFUNTS.

 

F. ACYNDINE, Profès perp., décédé à Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), le 1iernovembre 1909.

 F. MARTIN, Profès perp., décédé à Ventimiglia (Italie), le 25 novembre 1909.

F. COLOMBINI, Profès perp., décédé à Saint-Genis-Laval (Rhône), le 15 décembre 1909.

F. BAJULE, Profès perp., décédé à Saint-Genis-Laval (Rhône), le 24 décembre 1909.

F. MAIEUL, Profès perp., décédé à Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), le 24 décembre 1909.

F. BOISIL, décédé à Saint-Genis-Laval (Rhône), le 25 décembre 1909.

F. ROMUALDO, Profès perp., décédé à Barcelone (Espagne), le 26 décembre 1909.

F. SEPTIME, Profès perp., décédé à Camogli (Italie), le 29 décembre 1909.

F. MARIE-ALGIS, Profès perp., décédé dans la Province de St-Paul-Trois-Châteaux, le 1ierjanvier 1910.

F. CAMILLE, Stable, décédé à Saint-Genis-Laval (Rhône), le 10 janvier 1910.

F. ELIE-ETIENNE, Profès perp., décédé à Amchit (Syrie), le 10 janvier 1910.

F. JUSTINIANI, Profès perp., décédé à Notre-Dame de l'Hermitage-sur-Saint-Chamond (Loire), le 11 janvier 1910.

F. TRIPHOSE, Profès perp., décédé à Saint-Genis-Laval (Rhône), le 12 janvier 1910.

F. DEMOCRITE, Profès perp., décédé à N.-D. de l'Hermitage-sur-St-Chamond (Loire), le 20 janvier 1910.

F. MARTINIANUS, Profès perp., décédé à Saint-Genis-Laval (Rhône), le 28 janvier 1910.

F. GEORGE S-WOLFGANG, Novice, décédé à Arlon (Belgique), le 17 février 1910.

F. VIAL, Profès perp., décédé à Mittagong (New South-Wales), le 18 février 1910.

F. HIPPOLYTE, Profès perp., décédé dans la Province de l'Hermitage, le 2 mars 1910.

         ALLARIA Giuseppe, Juvénistes décédé à Grugliasco (Piémont), le 9 mars 1910.

F. MAGNUS Profès perp., décédé à Grugliasco (Piémont), le 14 mars 1910.

F. CHARLES-XAVIER, Vœux temp., décédé à Saint-Hyacinthe (Canada), le 31 mars 1910.

F. AARON, Profès perp., décédé à Ruoms (Ardèche), le 2 avril 1910.

F. ALYPE, Profès perp., décédé à Ruoms (Ardèche), le 4 avril 1910.

F. JOSEPH-NICOLAS, Profès perp., décédé à Saint-Genis-Laval (Rhône), le 8 avril 1910.

F. HÉLÈNE- JEAN-BAPTISTE, Profès perp., décédé dans la Province de l'Hermitage, le 8 avril 1910.

F. NICÉAS, Profès perp., décédé à Notre-Dame de l'Hermitage-sur-St-Chamond (Loire), le 12 avril 1910.

F. THADÉUS, Profès perp., décédé dans la Province de Saint-Genis-Laval, le 22 avril 1910.

F. EDWARD, Vœux temp., décédé à Dumfries (Ecosse), le 24 avril 1910.

F. VICENTE-LÉoN, Novice, décédé à Manresa (Espagne), le 27 avril 1910.

F. BRICE, Profès perp., décédé à Arceniega (Espagne), le 5 mai 1910.

F. ARGÉE, Profès perp., décédé à Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), le 11 mai 1910.

F. AGRECIUS, Profès perp., décédé à Notre-Dame de l'Hermitage-sur-St-Chamond (Loire),   le 19 mai 1910.

Voilà donc, mes bien chers Frères, une nouvelle liste de 32 membres de notre famille religieuse, qui vient s'ajouter à celle des 2.623 qui les avaient précédés pour aller prendre place - nous l'espérons - dans la patrie céleste, au pied du trône de Marie, à côté du Vénérable Fondateur. En nous acquittant à leur égard des suffrages que nous prescrivent les Constitutions, nous nous souviendrons des beaux exemples de vertu que nous ont donnés la plupart d'entre eux, et nous demanderons au Seigneur de nous accorder, comme à eux, la grâce insigne de la persévérance.

Je demeure, en J. M. J.,

 Mes Très Chers Frères, Votre tout dévoué et religieusement affectionné,

                                          F. STRATONIQUE.

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